ou Abou Hafs Omar ibn Abd al-Aziz (, ), né vers 682 à Médine et mort en 720 à Alep, est le huitième calife omeyyade et donc le douzième calife sunnite. Il succède à son cousin Sulaymān en 717. est parfois considéré par les sunnites comme le cinquième calife bien guidé de l'islam. pour sa sagesse, sa justesse et sa grande piété.

Son règne est marqué par une entreprise de consolidation du califat, tant sur le plan politique que religieux. Ces efforts comprennent la première collecte officielle des hadiths ainsi qu'une promotion vigoureuse de la Sunna. Sur le plan économique, il cherche à stabiliser l'État en mettant en œuvre une réforme fiscale qui établit l'égalité des musulmans non arabes (mawālī) en les exemptant de la jizya, tout en protégeant les terres publiques contre leur privatisation au profit de la dynastie. Ces politiques visent à concilier les besoins financiers de l'État avec les principes de justice islamique.

Confronté aux lourdes pertes humaines et à la pression financière considérable causées par le siège de Constantinople, ʿUmar réoriente la politique défensive de l'État. Il ordonne le retrait des forces musulmanes des fronts septentrionaux les plus exposés, notamment de Constantinople et de Cilicie, afin de concentrer la défense autour du cœur syrien du califat. Malgré une réduction générale des grandes campagnes offensives, son gouvernement poursuit des opérations militaires locales et supervise notamment la fortification de Narbonne en Septimanie.

De nombreux musulmans le considèrent comme le cinquième calife « bien guidé » et nombre de ses contemporains voient en lui le Mahdi, en raison de sa réputation de piété, de générosité, d'ascétisme et de son profond sens de la justice. Cette qualification repose sur une tradition historiographique limitant le califat bien guidé à trente années, calcul qui inclut le bref califat de Hassan ibn Ali en 661 comme partie du règne de son père. Célébré pour son opposition singulière à ce qui est perçu comme la tyrannie des autres souverains omeyyades, il occupe une place particulière dans l'histoire islamique : aussi bien les premiers critiques de la dynastie que les Abbassides postérieurs épargnent sa mémoire et sa descendance des profanations systématiques infligées aux autres membres de la dynastie omeyyade.

Jeunesse

ʿUmar naît probablement à Médine vers 680. Son père, Abd al-Aziz ibn Marwan, appartient à la famille régnante de la dynastie omeyyade, tandis que sa mère, Layla bint Asim, est issue du clan des Banu Adi, appartenant aux Quraych, et est une petite-fille du deuxième calife rachidoune ʿUmar (). Comme son arrière-grand-père, il porte la kunya Abū Ḥafṣ. Sa filiation avec le deuxième calife est ensuite fortement mise en avant par les historiens afin de distinguer son caractère et son règne de ceux des autres califes omeyyades.

Au moment de sa naissance, une autre branche des Omeyyades, les Sufyanides, règne depuis Damas. Après la mort rapide du calife Yazid Ier () puis de son fils et successeur Mu'awiya II, en 683 et 684, l'autorité omeyyade s'effondre dans l'ensemble du califat. Les Omeyyades du Hedjaz, y compris ceux de Médine, sont expulsés par les partisans du calife rival Abd Allah ibn az-Zubayr, établi à La Mecque. Les exilés omeyyades se réfugient en Syrie, où des tribus arabes restées fidèles soutiennent la dynastie. Le grand-père de ʿUmar, Marwan Ier (), est reconnu comme calife par ces tribus et, avec leur soutien, rétablit l'autorité omeyyade en Syrie.

En 685, Marwan évince le gouverneur d'Ibn al-Zubayr en Égypte et confie la province au père de ʿUmar. ʿUmar passe une partie de son enfance en Égypte, notamment à Hulwan, qui devient le siège du gouvernement de son père entre 686 et la mort de celui-ci en 705. Il reçoit néanmoins son éducation à Médine, reprise par les Omeyyades en 692 sous l'autorité de son oncle paternel, le calife Abd al-Malik. Ayant passé une grande partie de sa jeunesse dans la ville, ʿUmar développe des liens avec les hommes pieux et les transmetteurs de hadiths de Médine. Après la mort de son père, Abd al-Malik rappelle ʿUmar à Damas.

Gouverneur du Hedjaz

Peu après son avènement, le fils et successeur d'Abd al-Malik, Al-Walid Ier, nomme ʿUmar gouverneur de Médine, fonction qu'il exerce de 706 à 712. Selon Julius Wellhausen, al-Walid entend ainsi utiliser ʿUmar pour réconcilier les habitants de Médine avec le régime omeyyade et « effacer le mauvais souvenir » des gouverneurs précédents, en particulier Hisham ibn Isma'il al-Makhzumi, dont le gouvernement avait été particulièrement dur pour les Médinois. ʿUmar entre en fonction en février ou mars 706 et sa juridiction est ensuite étendue à La Mecque et à Taïf.

Les informations concernant son gouvernement sont peu nombreuses, mais la plupart des récits traditionnels indiquent qu'il est un « gouverneur juste », selon l'historien Paul Cobb. Il dirige fréquemment le pèlerinage annuel du Hajj à La Mecque et se montre favorable aux juristes musulmans de Médine, en particulier Sa'id ibn al-Musayyab. ʿUmar tolère les critiques publiques formulées par nombre de ces savants contre la conduite du gouvernement omeyyade. D'autres récits le présentent néanmoins comme matérialiste au début de sa carrière.

Sur ordre d'al-Walid, ʿUmar entreprend à partir de 707 la reconstruction et l'agrandissement de la Mosquée du Prophète à Médine. Sous son gouvernement généralement conciliant, le Hedjaz devient un refuge pour les exilés politiques et religieux irakiens fuyant les persécutions d'Al-Hajjaj ben Yusef, puissant vice-roi d'al-Walid sur la moitié orientale du califat. Selon Cobb, cette situation entraîne finalement sa chute, al-Hajjaj faisant pression sur le calife pour obtenir sa révocation en mai ou juin 712. Sous l'influence d'al-Hajjaj, al-Walid rappelle ʿUmar et divise le Hedjaz en provinces distinctes, confiant Médine à Uthman ibn Hayyan al-Murri et La Mecque à Khalid ibn Abdallah ibn Khalid ibn Asid.

Courtisan d'al-Walid et de Sulayman

Malgré sa révocation, ʿUmar conserve les faveurs d'al-Walid, dont il est le beau-frère par l'intermédiaire de la première épouse du calife, Umm al-Banin bint Abd al-Aziz. Il demeure à la cour d'al-Walid à Damas jusqu'à la mort du calife en 715 et, selon l'historien du IXe siècle Al-Yaqubi, prononce la prière funéraire pour celui-ci.

Le frère et successeur d'al-Walid, Sulayman, tient ʿUmar en haute estime. Aux côtés de Raja ibn Haywa, influente personnalité religieuse de la cour omeyyade, ʿUmar devient l'un des principaux conseillers de Sulayman. Il accompagne celui-ci lors du pèlerinage à La Mecque en 716 puis à son retour à Jérusalem. Il se tient également auprès du calife dans le camp de rassemblement musulman de Dabiq, dans le nord de la Syrie, depuis lequel Sulayman dirige l'immense effort militaire destiné à conquérir la capitale byzantine, Constantinople, en 717.

Califat

Accession

Selon les sources musulmanes traditionnelles, lorsque Sulayman est à l'agonie à Dabiq, Raja le persuade de désigner ʿUmar comme successeur. Le fils de Sulayman, Ayyub, avait initialement été désigné, mais il meurt avant son père, tandis que ses autres fils sont soit trop jeunes, soit engagés dans les combats sur le front byzantin.

La désignation de ʿUmar va à l'encontre des volontés d'Abd al-Malik, qui souhaitait réserver le califat à ses descendants directs. L'élévation d'un membre d'une branche cadette de la dynastie au détriment des nombreux descendants d'Abd al-Malik surprend les princes omeyyades. Selon Wellhausen, « personne n'y avait songé, et ʿUmar moins que quiconque ».

Raja dirige l'opération en convoquant les princes omeyyades dans la mosquée de Dabiq et en exigeant qu'ils reconnaissent le testament de Sulayman, dont il garde le contenu secret. Ce n'est qu'après leur acceptation qu'il révèle que ʿUmar a été désigné par le calife. Hisham ibn Abd al-Malik exprime son opposition mais cède après avoir été menacé de violence. Un conflit au sein de la dynastie est évité grâce à la désignation d'un fils d'Abd al-Malik, Yazid II, comme successeur de ʿUmar.

Selon l'historien Reinhard Eisener, le rôle de Raja dans cette affaire a probablement été « exagéré ». Il juge « plus raisonnable » d'expliquer la succession de ʿUmar par les « schémas traditionnels, comme l'ancienneté et des droits bien établis » découlant de la désignation initiale par le calife Marwan Ier du père de ʿUmar, Abd al-Aziz, comme successeur d'Abd al-Malik. Cette succession n'avait pas pu se réaliser car Abd al-Aziz était mort avant Abd al-Malik. ʿUmar accède au califat sans opposition importante le 22 septembre 717.

Administration des provinces

Peu après son avènement, ʿUmar réorganise l'administration des provinces. Il nomme des hommes compétents qu'il est en mesure de contrôler, ce qui traduit son intention de « surveiller étroitement l'administration provinciale ». Wellhausen observe que le calife ne laisse pas ses gouverneurs agir librement en échange du simple versement des revenus provinciaux ; il supervise activement leur administration et cherche « moins à accroître la puissance qu'à établir le droit ».

Il démantèle le vaste gouvernement couvrant l'Irak et la partie orientale du califat qui avait été constitué sous le vice-roi d'Abd al-Malik, al-Hajjaj ibn Yusuf. Le gouverneur désigné par Sulayman à la tête de cette vaste province, Yazid ibn al-Muhallab, est destitué puis emprisonné par ʿUmar pour ne pas avoir transféré au trésor califal le butin provenant de sa conquête antérieure du Tabarestan, sur la côte méridionale de la mer Caspienne.

À sa place, ʿUmar nomme Abd al-Hamid ibn Abd al-Rahman ibn Zayd ibn al-Khattab, membre de la famille du calife ʿUmar Ier, à Koufa, Adi ibn Artah al-Fazari à Bassorah, al-Jarrah ibn Abdallah al-Hakami au Khorassan et Amr ibn Muslim al-Bahili, frère du conquérant Qutayba ibn Muslim, dans le Sind. Il confie également la Jazira à Umar ibn Hubayra al-Fazari. Bien que plusieurs de ces hommes aient été formés par al-Hajjaj ou liés à la faction des Qays, ʿUmar les choisit en raison de leur fiabilité et de leur intégrité plutôt que pour leur opposition au gouvernement de Sulayman.

Il nomme Al-Samh ibn Malik al-Khawlani en Al-Andalus et Ismail ibn Ubayd Allah ibn Abi al-Muhajir en Ifriqiya. Il choisit ces gouverneurs en raison de leur neutralité supposée dans la rivalité tribale entre Qays et Yaman et de leur sens de la justice envers les populations opprimées.

Réformes économiques

La réforme la plus importante de ʿUmar consiste à établir l'égalité entre Arabes et mawālī, c'est-à-dire musulmans non arabes. Cette mesure concerne principalement les soldats non arabes de l'armée musulmane, qui jusque-là ne bénéficient pas des mêmes parts de butin, de terres et de soldes que les soldats arabes. La politique s'étend cependant à l'ensemble de la société musulmane.

Sous les précédents souverains omeyyades, les musulmans arabes bénéficient d'avantages fiscaux par rapport aux musulmans non arabes. Les convertis non arabes à l'islam continuent notamment de payer la jizya, impôt personnel dont ils étaient redevables avant leur conversion. ʿUmar met en place un nouveau système exemptant de la jizya tous les musulmans, quelle que soit leur origine. Il ajoute toutefois certaines garanties afin d'éviter que des conversions massives à l'islam ne provoquent l'effondrement des finances du gouvernement omeyyade.

Dans le nouveau régime fiscal, les mawālī convertis ne paient plus la jizya ni aucun autre impôt propre aux dhimmis, mais leurs terres deviennent, lors de leur conversion, la propriété de leur village et restent donc assujetties au taux intégral du kharāj, l'impôt foncier. Cette mesure compense la perte de recettes provoquée par la diminution du nombre de contribuables soumis à la jizya.

Il promulgue un édit fiscal déclarant :