L'histoire de l'Union nationale des étudiants de France (UNEF) se confond avec celles des autres organisations étudiantes, qui en dehors de l'Union nationale inter-universitaire (UNI) et de la CNT, en sont toutes issues, à l'époque de la « grande UNEF » (voir histoire du mouvement étudiant).
1907-1945 : période apolitique et asyndicale 1907-1940 : les débuts du mouvement étudiant L'UNEF est constituée le lors d'un rassemblement des Associations générales des étudiants à Lille, afin de constituer une structure nationale qui prend le nom d'Union nationale des associations d'étudiants de France (UNAEF)... Les premières associations locales recensées sont Nancy (1877), Lille (1881), Paris (1884), Caen (1884) et Montpellier (1889). Sont présentes en 1907 les AGE de Lille, Dijon, Lyon et Bordeaux. Paris rejoint l'UNEF en 1909. La structure est associative (loi de 1901), car les étudiants ne peuvent juridiquement utiliser le droit syndical (loi de 1884), réservé aux salariés.
Cette structuration nationale découle d'une volonté des étudiants d'être représentés dans les organes de décision locaux et nationaux, ainsi que de rechercher une plus grande indépendance vis-à-vis des pouvoirs politiques locaux (mairie, départements, rectorat).
Dès ses débuts, elle veut exprimer la voix des étudiants, sans la médiation des recteurs, doyens et directeurs d'école. Il faut attendre le lendemain de la Première Guerre mondiale, et le retour sur les bancs de l'Université des anciens combattants pour qu'elle se lance dans la mise en place d'actions concrètes de solidarité. Elle défend les intérêts des étudiants, et incite la création des structures de médecine préventive au sein des universités, ou encore des restaurants universitaires (RU).
Son dynamisme lui vaut la reconnaissance de la part du président Gaston Doumergue, qui la déclare d'utilité publique par décret du .
En 1933, elle ouvre le Sanatorium des étudiants de France à Saint-Hilaire-du-Touvet afin de prendre en charge les étudiants malade de la tuberculose qui fait des ravages à cette époque.
En 1936, elle participe à la création du Comité supérieur des œuvres en faveur des étudiants, ancêtre du CNOUS et des CROUS. Désormais, elle représente officiellement les étudiants au sein d'une instance nationale.
1940-1945 : l'UNEF pendant l'Occupation En , lors d'un congrès à Tain-l'Hermitage, les représentants d'AGE adressent un message de soutien au maréchal Pétain et à sa politique et adoptent parmi d'autres, un vœu en faveur d'un numerus clausus pour les étudiants juifs, mais aussi un vœu de soutien envers les étudiants réfugiés et déplacésCécile Hochard, "Étudiants et lycéens dans la guerre et l'Occupation, p. 65, in Jean-Philippe Legois, Alain Monchablon, Robi Morder (coord.), Cent ans de Mouvements étudiants, Collection GERME, Éditions Syllepse, 2005; dossier "Les étudiants de France de l'occupation à l'après-guerre", Les Cahiers du Germe n° 33, 2021..
1946-1971 : syndicalisation et politisation progressive 1946-1950 : le tournant syndical, la Charte de Grenoble À la suite de la Seconde Guerre mondiale, le débat sur l'apolitisme refait surface. En effet, certaines AGE n'avaient pas pris position contre l'occupation et contre le gouvernement de Pétain au nom de cet apolitisme de l'UNEF. Le congrès de Grenoble donne alors lieu a une réflexion sur l'avenir de la structure et sur ses valeurs. Il en ressort la rédaction d'une "déclaration des droits et devoirs des étudiants" — appelée ultérieurement Charte de Grenoble — adoptée le . Elle se base sur le contexte mondial de l'époque pour y faire figurer ses idées. La clé de voûte de la charte tient dans l'article 1 : « L'étudiant est un jeune travailleur intellectuel ». Cela lui apporte un certain nombre de droits, mais aussi de devoirs : le droit au travail, le devoir de s'intégrer à la société, celui d'acquérir les connaissances requises pour son avenir professionnel, la défense de la liberté, le droit à une sécurité sociale étudiante, etc. Cette charte marque le début de l'UNEF en tant que syndicat étudiant, elle reste à ce jour la base des revendications de l'UNEF. vignette|Carte d'adhérent à l'UNEF Rennes (en 1948). En , le syndicat se fait entendre dans la rue à la suite de l'annonce par le gouvernement de la baisse des bourses et de la hausse des droits universitaires.
La MNEF (Mutuelle nationale des étudiants de France) est créée en 1948 pour gérer le régime étudiant de sécurité sociale qui vient d'être obtenue grâce au travail de pression de l'UNEF. Elle marque l'entrée des étudiants dans le système de la sécurité sociale, ce que revendique la charte de Grenoble. La mutuelle est gérée par les étudiants, et notamment ceux appartenant à l'UNEF.
Cette période d'après-guerre est celle de la reconnaissance pour l'UNEF : hébergée dans les locaux du Comité parisien des œuvres, elle entretient de bonnes relations avec les dirigeants de l'État et des universités..
1950-1970 : la guerre d'Algérie, les premières scissions Dans les années 1950, l'UNEF regroupe près de la moitié des étudiants mais est divisé entre deux grandes tendances : corporatisme et syndicalisme. Les AGE corporatistes sont majoritaires et les AGE syndicalistes plus politisées sont minoritaires.
Les débuts de la guerre La guerre d'Algérie envenime cet antagonismeDossier "Mouvements étudiants et guerre d'Algérie", Les cahiers du germe, n° 39, 2012. Sur le site du Germe., Les « majos » corporatistes se disent apolitiques mais regroupent parmi eux des défenseurs de l'Algérie française, tel Jean-Marie Le Pen, président d'honneur de la Corpo DroitBiographie de Jean-Marie Le Pen.Fonds UNEF (Union nationale des étudiants de France).. À l'opposé, les « minos », passent de la question du service militaire des étudiants au combat anticolonialiste. François Borella, qui collabore à Témoignage chrétien est élu en au bureau puis démissionne pour faciliter la création du premier bureau réunissant « mino et majo »Cité des mémoires étudiantes, 153, rue D. Casanova, Aubervilliers. .. La « mino » a 4 sièges sur 10, et Michel de La Fournière est son premier militant élu président de l'UNEF, au printemps 1956Fds Michel de la Fournière .. Au même moment, en , l’Union générale des étudiants musulmans algériens (UGEMA), organisation étudiante du nationalisme algérien, lance son « appel au maquis » tandis que l’UNEF condamne tout appel à la violence"Les étudiants de France et la guerre d’Algérie", par Eithan Orkibi, Paris, 2012, Éditions Syllepse, puis le , les deux organisations déclarent en commun qu'elles « ne peuvent rester indifférentes devant le drame algérien qui déchire aujourd’hui toutes les consciences libres ». Les réactions étudiantes « traduisent avec netteté les divisions profondes qu’a causées le drame algérien dans l’opinion des jeunes métropolitains », observe un article du quotidien Le Monde du . Trois dirigeants de l'UNEF, François Borella, Robert Chapuis et Michel de La Fournière, tous trois de la Jeunesse étudiante chrétienne, organisent en une « Conférence nationale étudiante pour une solution du problème algérien », avec des représentants officieux de l’UGEMA.
En , Le Monde observe que l'UNEF entend "clairement repousser les limites de l'apolitisme " à la défense des libertés élémentaires et de la légalité", après des incidents à Montpellier, qui déclenchent "la détention sans jugement de plusieurs étudiants algériens", jugée illégale par l'UNEF, qui demande que "le cas de ces étudiants soit réglé dans les délais les plus brefs", et que "toute la lumière soit faite sur les circonstances dans lesquelles un étudiant algérien, Zedour Belkacem, a trouvé la mort ". Le Monde note un "complet renversement des tendances entre lesquelles se partagent les militants du mouvement"Article dans Le Monde le 14 février 1956 .
Egalement en , alors que la contestation monte chez les étudiants, le Parti communiste français le XIVe congrès du PCF décide de recréer l'Union des étudiants communistes, doté d'un mensuel Clarté, dont la page de garde précise Le nouveau Clarté, car un titre éponyme était diffusé avant. Dirigé par un membre du bureau politique du Parti, il promeut des rédacteurs en chef et journaliste ouverts à d'autres lignes (André Sénik, Jean Schalit, Paul Chemetov, puis Pierre Kahn, Michel Remacle, Yves Buin et Henri Vacquin) afin d'attirer de jeunes militants sensibles à l'anticolonialisme au moment où ils s'investissent à l'UNEF et sont choqués par l'attitude du gouvernement SFIO de Guy Mollet.
À l'automne 1956, la crise du canal de Suez, à la suite de la nationalisation par l'Égypte le , accroît l'intérêt des étudiants pour les questions de décolonisation"La République se meurt (1956-1958)", par Michel Winock, Seuil, 1985 page 114.
Le congrès d'avril 1957 Le conflit au sein de l'UNEF explose lors du congrès, tenu à Paris en . La mino fait passer sans grande difficulté deux motions, l’une sur l’affaire de Jacques Peyrega (1917-1988), doyen de la faculté de droit d'Alger, qui vient de relater l'exécution sommaire d'un musulman dont il a été le témoin"Le doyen de la faculté de droit d'Alger relate l'exécution sommaire d'un musulman dont il a été le témoin", dans Le Monde du 5 avril 1957 ., et l’autre sur la torture, motivée par la « fidélité aux traditions humaines de l’université ». Mais la « mino » se heurte à une opposition très nette à son projet de lettre ouverte au président de la République, sur la guerreHistoire de l'UNEF: de 1956 a 1968, par Alain Monchablon, aux Presses universitaires de France, en 1983. Elle accepte d’introduire certaines modifications dans le texte, mais la « majo » demande alors le vote d'une « motion d’apolitisme », rejetée par le congrès, qui adopte au contraire une motion par laquelle l'UNEF tient « pour légitime la revendication des étudiants d'outre-mer de voir leurs peuples s'administrer eux-mêmes et gérer démocratiquement leurs propres affaires ». Immédiatement, 17 associations majos décident de « reconsidérer leur affiliation à l’UNEF » et quittent la salle, puis forment l'éphémère Mouvement des étudiants de France (MEF), présidé par Pierre-Marc Lachaud, de l’AGE de Limoges. L'UNEF a élu de son côté président Pierre-Yves Cossé, ex-mino.
Printemps 1958, les menaces sur les œuvres universitaires Au printemps 1958, le MEF ne peut plus compter que sur 6 AGE, le gouvernement menaçant de supprimer le Centre national des œuvres, créé en 1953, pour forcer le syndicat à se ressouder autour de l'ancienne ligne corporatiste, ce qui se produit le : les 6 AGE réintègrent l’UNEF, après un « Protocole de réconciliation » donnant une définition de l’apolitisme du mouvement. Entre-temps, le congrès de l'UNEF, tenu le à Marseille, à une époque où le ministre de l'Éducation nationale assiste encore au congrès"Les réseaux éclatés de l'Unef: depuis 90 ans, un vivier de la politique et des affaires", par BRIGITTE PERUCCA, dans Les Echos du 02/05/1997 ., décide de lancer un journal mensuel, L'Etudiant de FranceHistoire de l'UNEF: de 1956 a 1968, par Alain Monchablon, aux Presses universitaires de France, en 1983, page 29Archives de l’UNEF (don de Jacques Sauvageot, ancien dirigeant de l’UNEF) .. Peu avant, l'AGE de Lille est passée à gauche, à une voix prèsDemain sera tendre, par Pauline Perrignon, Éditions Stock, 2017, et a élu président Jean-Marie Dupont, de l'École supérieure de journalisme de Lille, nouvelle affiliée, qui devient vice-président chargé de l'information. L'AGE de Lille devient, dans le Nord, l’un des symboles de la résistance à la poursuite de guerre en Algérie"Folklore, solidarité et revendications étudiantes : l’Union lilloise des étudiants de l’État de 1881 à 1940, par Jean-François Condette, Maître de conférences en histoire contemporaine à l’IUFM Nord-Pas-de-Calais, 2007 ., et sa « Maison des étudiants » de la rue de Valmy (Lille) est victime d’un plastiquage de l’OAS, le .
Automne 1959, le combat pour les sursis militaires