vignette|upright=1.1|Qiblavignette|upright=1.1|Vue du mihrab (niche de prière) de la grande mosquée de Kairouan ; cette niche, située au milieu du mur de la qibla de la salle de prière, indique la direction (qibla) vers laquelle se tournent les fidèles lors de l'accomplissement de la prière. La qibla, kiblaOrthographe adoptée par le Dictionnaire TLFi, kiblat ou kibletOrthographes attestée par le Dictionnaire Littré (en , qibla, « direction ») est la direction vers laquelle doit se tourner le fidèle musulman pour effectuer le rite de la salat. En islam contemporain, il s'agit de l'orthodromie qui joint le lieu de prière à la Kaaba, dans la cité de La Mecque. Dans les mosquées, cette orientation est indiquée par le mihrab, une niche de prière souvent encadrée de deux colonnes supportant une arcature.

Dans le Coran Dans le Coran, le terme qibla est utilisé à sept reprises, dont six en lien avec la prière. Ces mentions évoquent le sens de la prière et un changement qui serait advenu de manière subite, sans préciser la direction originelle, ni ce qu'est le al-masjid al-haram vers lequel doivent alors se tourner les musulmans. C'est l’exégèse traditionnelle qui associera la première à Jérusalem ou à la Syrie et la seconde à la KaabaDéroche Fr., "Direction de la Prière" dans Dictionnaire du Coran, 2007, Paris, p. 221-222.. Ces recherches exégétiques n'étaient néanmoins pas à but purement historique.

Ainsi, le changement de qibla est évoqué par le passage Q2;142-150. Celui-ci est présenté comme un test pour les croyants et permet de mettre en lumière le refus de la nouvelle qibla par les juifs et les chrétiens, malgré les preuves qu'aurait apportées Mahomet"Qibla", Encyclopedia of the Qur'an, vol. 4., p. 325 et suiv.. Cette question de qibla dans Q2:142-150 s'inscrit dans un contexte d'une religion qui veut se séparer de ses antécédents juifs et chrétiens. Dans le Coran, l'évocation de la qibla s'inscrit dans des passages polémiques que les commentateurs interprètent comme étant dirigées contre les juifsM. Bar-Asher, "Le Judaïsme et le Coran", Le Coran des Historiens, 2019, p. 314 et suiv..

La dernière assertion évoque les maisons des juifs en Égypte et présente des .

Histoire

Le récit traditionnel Selon les sources traditionnelles, Mahomet priait, en arrivant à Médine, soit en direction de Jérusalem, soit en direction de la Syrie. Pendant l'Hégire, Mahomet aurait reçu la révélation lui ordonnant de se tourner dorénavant vers la Kaaba de La Mecquelslam de France Origin" et implique l'idée de faire face à l'endroit de destination.e de la qibla Site Internet:http://www.islamdefrance.fr/main.php?module=articles&id=166 Le Prophète de l'Islam Sa vie, son œuvre Muhammad Hamidullah Tome 2 Chapitre Les sciences et leurs progrès Page 740 Paragraphe 1350/38 Éditions El-Najah - Paris 1998 augmentée . Selon les sources, cet épisode prit place entre le deuxième mois et le dix-septième mois de l'Hégire.

Ces directions originelles de la qibla ne sont généralement pas expliquées par les sources. Selon Tabari, la direction hiérosolymite serait liée à une volonté de proximité avec les juifs. Ce pourrait-être à la suite du conflit entre Mahomet et les juifs locaux médinois que la Kaaba mecquoise a été désignée comme direction de substitutionWensinck, A. J. and D. A. King, “Ḳibla”, in: Encyclopédie de l’Islam.. Pour U. Rubin, à l'inverse, le changement de qibla précède le conflit avec les juifs, dans une recherche de se séparer du judaïsme et du christianisme. Néanmoins, ce récit s'inscrit dans le cadre de la théologie de l'abrogation et ne doit pas être pris "pour argent comptant". La qibla mecquoise permet une association à la figure d'Abraham et une appropriation de son héritage. Pour régler la problématique de la loi divine non-immuable, le Coran présente ce retour de la qibla à La Mecque comme une restauration.

Kimber considère que les récits de changement de sens de la prière sont construits sur les stéréotypes du personnage anonyme qui prévient un groupe de croyants qu'il a vu (ou entendu enseigner) Mahomet prier dans l'autre sens. Cela permet d'attester que l'enseignement d'un seul compagnon (possédant une chaîne de transmission) peut servir à transmettre une règle. Le récit selon lequel Mahomet se serait retourné au cours d'une prière semble dériver de tels récits.

La mosquée Al-Qiblatein, ou mosquée des deux Qiblas, construite en 623 de l'ère chrétienne et située aujourd'hui dans un quartier du nord-ouest de MédineSite internet "trouve ta mosquée" Les 10 plus anciennes mosquées du monde , témoignerait de cet événement. En effet, la mosquée présente la caractéristique unique d'avoir un mihrab en direction de Jérusalem, l'autre étant en direction de La Mecque.

Approches de chercheurs Bien qu'acceptant globalement le récit traditionnel, les historiens se sont intéressés à cette évolution rituelle. Pour Burton, le Coran ne donne aucune précision sur la position de la première qibla ni n'atteste que la seconde est (ou l'inverse, n'est pas), à La Mecque.

Le fait que le Coran n'évoque pas la qibla initiale a été remarqué. En se basant sur des données textuelles et archéologiques, Crone et Cook ont émis l'hypothèse que le al-masjid al-haram était situé en Arabie du Nord-Ouest et non à La Mecque. Ils s'appuient sur le fait que plusieurs mosquées omeyyades ne sont pas orientées vers La Mecque, selon des données archéologiques en Iraq, ou selon des données historiques en Égypte. En outre, Jacques d'Edesse affirmait que " les juifs et les musulmans d'Égypte priaient vers l'Est et en Babylonie vers l'Ouest". Déroche considère cette hypothèse comme peu fondée.

Archéologiquement, les anciennes mosquées ne sont pas toutes orientées vers La Mecque, ce qui pourrait attester de la conservation de la première qibla par certains jusqu'à la fin du Micheau Fr., "‘Abd al-Malik, premier calife de l’Islam", DE MAHOMA A CARLOMAGNO LOS PRIMEROS TIEMPOS (SIGLOS VII-IX), 2012, p. 33-60.. Selon certaines interprétations, il n'est pas impossible qu'il y ait eu un flottement entre l'abandon de la première qibla et l'adoption de la seconde. Certains auteurs ont aussi soutenu la possibilité, dans certains cas, de prières vers l'EstBashear, S., "Qibla Musharriqa and early muslim prayer in churches", The Muslim World, 1991, 81, p.267-282.. Ces différences d'orientation posent la question de la capacité des premiers architectes à définir l'orientation de La Mecque.

Géographie

Estimation Toutefois, si le musulman n'a pas les moyens de connaître la direction de la qibla (défaut de cartes, de boussole, etc), sa prière ne sera pas annulée. Cependant, le musulman qui se trouve dans ce cas doit effectuer un effort de réflexion afin d'estimer la qibla le mieux possible. Il s'agit d'un ijtihad à titre personnel. En effet, la précision de La Mecque est toute relative : à une distance de , la mesure angulaire de la Kaaba est très légèrement inférieure à un mille-cinq-centième de degré (1/1488 exactement), soit 2,42 secondes d'angle. Et un musulman installé à Paris qui ferait une erreur d'un centimètre dans l'orientation de son tapis prierait vers un point distant de la Kaaba de 76 kilomètres ! Par ailleurs, le long du méridien opposé de la Mecque, le 140° Ouest, les deux directions opposées sur un grand cercle passant par la Mecque lui sont équidistantes.

De plus, il faudrait aussi tenir compte de la convexité de la planète, qui devient notable au-delà d'une certaine distance. Si l'on souhaite prier sur une ligne droite alignée avec la ville sainte, à travers la croûte terrestre, cela implique d'incliner le tapis vers le bas, sur une pente d'autant plus forte que l'on s'éloigne, jusqu'à arriver à la verticale sur l’antiméridien mecquois.

A noter le cas particulier de l'île de Tematangi, qui se trouve proche de l'antipode de la Mecque, de sorte que toutes les directions de prière y sont valables.

Par conséquent, seule l'intention du musulman détermine la validité de la prière.

La nécessité de se diriger vers La Mecque est rendue difficile dès que celle-ci est hors de vue. Il a fallu donc inventer des outils permettant de calculer sa direction. Cela a probablement stimulé les géographes, astronomes et mathématiciens musulmans dans la recherche d'outils mathématiques et d'instruments aussi précis que possible. C'est ainsi qu'ont été conçus des logiciels spécialisés dans le calcul de la qibla, dont certains sont accessibles par Internet, et qui permettent une bonne approximation.

Formule de calcul de la Qibla Données A = Différence de longitudes entre La Mecque (la Kaaba) et le lieu de la prière ; B = Latitude du lieu de la prière ; C = Latitude de la Kaaba. La latitude doit être comptée positive au nord et négative au sud. La longitude doit être comptée positive à l'est et négative à l'ouest.

Calcul

Avec une calculatrice:

Si le sinus de la différence de longitudes (A) et le résultat Q (l’arc tangente) sont tous deux positifs, vous obtenez directement le bon résultat. Si le sinus de la différence de longitudes (A) et le résultat Q (l’arc tangente) sont de sens opposés, ajouter 180° à Q. Si le sinus de la différence de longitudes (A) et le résultat Q (l’arc tangente) sont tous deux négatifs, ajouter 360° à Q.

Avec un langage de programmation ayant une fonction atan2

On obtient le bon résultat directement

Résultat Q = Direction de la qibla Q > 0 angle partant de la direction du nord et compté dans le sens rétrograde (sens des aiguilles d'une montre). Q < 0 angle partant de la direction du nord et compté dans le sens direct (sens inverse des aiguilles d'une montre, sens trigonométrique). vignette|Angle Q en fonction de la position sur Terre|centré|800x800px|alt=Angle Q en fonction de la position sur Terre

Controverses sur la formule employée Les musulmans d'Amérique du Nord avaient tout d'abord orienté leurs mosquées vers le sud-est. Mais lorsque plus tard on fit les calculs basés sur le calcul du grand cercle, donnant une direction orientée vers le nord-est, une polémique s'ensuivit, le résultat heurtant le sens commun à cause de la représentation du monde par planisphère, et plus particulièrement par la projection de Mercator, due au géographe et mathématicien flamand Gerard De Kremer. En effet, cette projection repose sur une représentation cylindrique du monde dans laquelle les méridiens sont parallèles au lieu d'être convergents. Sur les cartes mercatoriennes une ligne qui coupe chaque méridien suivant un angle fixe est représentée par une ligne droite. Or sur la sphère cette même ligne se traduit par une courbe, la loxodromie. C'est cette confusion qui a fait dire à certains que le calcul par la loxodromie était le seul valable et, comme tel, l'avaient suggéré aux autorités religieuses. Cette dernière proposition qui ne correspond ni à la géographie de la sphère, ni aux versets coraniques et notamment celui qui demande aux musulmans de prier face à la Kaaba, semble avoir été abandonnée. Seule une minorité défend encore cette solution, et c'est le calcul de la qibla par l'orthodromie qui prévaut aujourd'hui pour la plupart des mosquées nouvellement construites, en Amérique du Nord comme ailleursThe Correct Qibla, S. Kamal Abdali, P.O. Box 65207, Washington, D.C. 20035 .

Qibla solaire Il existe aussi une autre méthode pour obtenir la bonne direction de La Mecque et qui vérifie d'ailleurs ce qui est énoncé au paragraphe précédent. Elle consiste à s'aider du Soleil et découle du principe suivant : la lumière solaire prend le plus court chemin pour parvenir à l'œil de l'observateur. Par conséquent, si le Soleil est à la perpendiculaire de La Mecque, la distance séparant ce lieu d'un point défini éclairé par notre étoile sera une orthodromie. De plus, le cap de cette orthodromie sera égal à l'angle de qibla pour ce même point.