L'illettrisme est l'état d'une personne qui a été instruite (par scolarisation ou un autre moyen) mais qui ne maîtrise pas ou plus la lecture, l'écriture et le calcul. L'illettrisme relève de l'accès au sens des écrits : le texte que l'illettré ne comprend pas lui est accessible lorsqu'il lui est lu. L'illettrisme engendre souvent des problèmes d'autonomie, et parfois d'employabilité.
Les notions voisines d'innumérisme et d’illectronisme s'appliquent respectivement aux personnes ayant des difficultés à maîtriser les nombres, le raisonnement et le calcul ; et à celles rencontrant des difficultés à utiliser des outils numériques.
Les difficultés avec les compétences de bases (lire, écrire, compter) sont souvent doublées d'une difficulté à utiliser les bases du numérique.
Définition Le mot illettrisme est un néologisme créé en 1978 à partir du terme illettré (issu lui-même du latin illitteratus, qui signifie « sans instruction »), afin de désigner les seuls FrançaisVoir définition par l'ANLCI sortis en situation d'échec de l'école, ayant une connaissance insuffisante de l'écrit, faute de pratique, et de les différencier des autres catégories de personnes en difficulté avec la langue.
En 1995, le Groupe permanent de lutte contre l'illettrisme (GPLI) propose la définition suivanteLa lutte contre l’illettrisme : repères. In: Agora débats/jeunesses, 15, 1999. Illettrisme les conditions d’une seconde chance. . article de Jean Vogler : .
En 2003, l'ANLCI reformule la définitionCadre national de référence, ANLCI, septembre 2003) :
Histoire du concept En 1977, le père Joseph Wresinski, fondateur d'ATD Quart Monde et inventeur du mot, lance un défi : Dans le rapport moral du mouvement ATD quart monde, publié en 1978, il invente le mot « Illettrisme »Marie-Thérèse Geffroy et Valérie Grasset-Morel, L'illettrisme. Mieux comprendre pour mieux agir, Les essentiels Milan, Éditions Milan 2005, , page 5.. Le mot est préféré à celui d'« analphabétisme », jugé péjoratif, et le mot « alphabétisation » est abandonné car utilisé pour les immigrés alors que le père Wresinski constate que les personnes rencontrées dans les cités et autres bidonvilles, qui sont en difficulté avec la langue sont souvent d'origine française et scolarisées en France.
Selon Bernard Lahire, l'illettrisme est un concept franco-françaisBernard Lahire, L'invention de l'illettrisme, Paris, La découverte, 2005. Rapport mondial de suivi sur l’éducation pour tous, 2006, UNESCO Encadré 6.1 page 156.. Il segmente ce qu'il est convenu d'appeler analphabétisme fonctionnel (notamment par l'UNESCO) en distinguant les personnes en difficulté de maîtrise de la langue vernaculaire selon leur origine. Ce concept ne s'est pas répandu à l'étranger, pas même dans les pays francophonesLittératie, mot censé remplacer analphabétisme dans les zones francophones ne reprend d'ailleurs pas cette segmentation. Son invention résulte de la prise de conscience, en France, que la difficulté de maîtrise de la langue française n'est pas réservée aux allophones et aux analphabètes, elle touche aussi les personnes ayant été scolarisées.
Auparavant, la définition de l'UNESCO de l'analphabétisme ne permettait pas de faire cette distinction, mais la définition de l'UNESCO n'a pas été modifiée.
Le concept fut ensuite développé pour aboutir à la création en 1984 du GPLI groupe permanent de lutte contre l'illettrismeHau-Rouchard, Marie-France, Le groupe permanent de lutte contre l'illettrisme, Bulletin des bibliothèques de France, , 1986 [consulté le 01 mai 2014] : notice puis en 2000 de l'ANLCI Agence nationale de lutte contre l'illettrisme. Le mot fut redéfini en 2003 par l'ANLCI, puis « Agir ensemble contre l’illettrisme » fut Grande cause nationale 2013.
Causes et conséquences La ruralité, la pauvreté et le manque de développement du système éducatif d'un pays sont parmi les principaux facteurs d'illettrisme dans sa population. Ainsi, les pays du tiers-monde dans le monde arabe, l'Amérique centrale et l'Afrique subsaharienne ont le taux d'illettrisme le plus élevé, tandis qu'en Europe, aux États-Unis et au Japon, ce taux est le plus faible.
Au , Max Weber et Auguste Comte ont émis l'hypothèse que la disparition de l'illettrisme allait de pair avec la fin des religionsvoir le désenchantement du monde et la loi des trois états. Or, à la suite des interrogations d'André Malraux, les sociologues modernes ont remis en question la thèse de la fin des religions, notamment en observant la situation aux États-Unis, où le sentiment religieux demeure fort malgré le niveau d'instruction élevé des habitants.
Dans les pays occidentaux, comment expliquer le fait qu’il y ait encore aujourd’hui des adultes illettrés alors que l’école est obligatoire depuis plus de 80 ans ?
L’illettrisme est un phénomène complexe. Les causes sont multiples et souvent cumulées dans l’histoire d’un individu : Rapport qu’entretient la famille avec l’école : De manière générale, l’attitude des parents face à l’écrit participe à la valorisation ou à la dévalorisation du mode de communication mis en avant dans l’apprentissage scolaire. Corrélation entre les chances de réussite scolaire et le milieu socioéconomique d’origine de l’élève : Si l’enseignement s’est progressivement démocratisé en s’ouvrant aux élèves d’origines sociales diverses, cette ouverture cache de fortes inégalités dans les chances de réussite. Vu sous cet angle, l’École n’est pas « producteur » d’illettrisme mais plutôt reproducteur de positions sociales. Enseignement inadéquat : L’enseignement peut faire obstacle à l’apprentissage de la lecture lorsqu’il manque de souplesse et n’est pas adapté aux conditions d’apprentissage de chaque enfant. Difficultés personnelles : Des problèmes relevant de la médecine ou de la psychologie peuvent troubler la scolarité d’un individu. Compétences oubliées : Faute d’entraînement et de pratique, certaines personnes désapprennent la lecture et l’écriture. Contextes sociaux défavorables à la maîtrise des savoirs de base : Parmi les facteurs socioculturels jouant sur la maîtrise de l’écrit, on retrouve, par exemple, le statut de la langue orale et écrite dans le milieu familial et social de l’enfant, l’importance que prend l’image à travers les médias par rapport à l’écrit… Facteurs socio-historiques et géopolitiques : Conflits, guerres, exodes sont des évènements qui ont des répercussions sur l’apprentissage des enfants, soit par un arrêt de la scolarité, soit par des traumatismes psychologiques ou des drames familiaux. Augmentation des exigences de la société : L’illettrisme est à considérer comme un problème qui va en s’aggravant. La société exige de plus en plus de compétences liées à l’information écrite et les places de travail ne demandant pas l’utilisation de l’écrit se font de plus en plus raresComité subrégional de l’emploi et de la formation du Hainaut occidental et Lire et Écrire Hainaut occidental, APELE – Accueil Comité suisse de lutte contre l’illettrisme, Accès à la lecture et à l’écriture pour tous !, UNESCO, Berne 2005..
Les difficultés de lecture et d'écriture rendent l'insertion de l'adulte illettré dans son groupe et dans la société en général très difficile, notamment pour l'accès au marché du travail.
Bien parler une langue mais ne pas savoir l’écrire reste difficile à dire et provoque un sentiment de honte qui est un frein à un retour en apprentissage pour les adultes. Cependant diverses associations se mobilisent pour lever le tabou.
Par exemple, en Belgique, une association a réalisé en 2010 une campagne de sensibilisation du publicAction de l'Association Lire et Écrire Belgique à l'occasion de la Journée internationale de l'alphabétisation..
En France, le collectif « Agir ensemble contre l’illettrisme »Collectif Agir ensemble contre l'illettrisme qui regroupe 65 organisations nationales (du monde de l’éducation, de l’entreprise, de l’insertion, de la culture, de l’action sociale, des associations...) fédérées par l’Agence nationale de lutte contre l'illettrisme (ANLCI), qui avait présenté une candidature pour que l’illettrisme soit reconnu Grande Cause nationale de l'année 2013, travaille à sensibiliser le maximum de Français au phénomène de l'illettrisme.
Prévalence Amérique Canada Québec
Des études réalisées sur l'illetrisme au Québec indiquent que 19 % des Québécois sont illettrés et qu'une proportion encore plus importante (34,3 %) de Québécois sont des illettrés fonctionnels, c'est-à-dire qu'ils ont des habiletés de base en lecture mais qu'ils n'ont pas acquis les compétences nécessaires pour lire des textes complexes, des compétences pourtant requises dans une économie développée du Fondation pour l'alphabétisation. « Les enquêtes et statistiques ». En ligne. Page consultée le 2023-07-20.
Asie Région autonome du Tibet (Chine)
Après ce que Catriona Bass qualifie de retour du Tibet central dans le giron chinois, entériné par la signature de l'accord en 17 points sur la libération pacifique du Tibet en 1951, les sources officielles chinoises estimaient le taux d'analphabétisme à 90% Catriona Bass, Education in Tibet: Policy and Practice Since 1950, Zed Books, 1998, 300 pages, p. 2 de l'introduction: .
En 2001, le taux « d'illettrés et de semi-illettrés parmi les jeunes et les adultes » au Tibet était de 39 % selon le Quotidien du PeupleLe Quotidien du Peuple : Baisse du taux des illettrés au Tibet..
En 2004, selon des études officielles dont fait état l'économiste Andrew Martin Fischer, environ 41 % des résidents permanents adultes urbains de la région autonome du Tibet étaient illettrés. Ce taux d'analphabétisme était exceptionnel en ChineL’économie politique de l’« aide boomerang » dans la Région autonome du Tibet, Perspectives chinoises, 2009/3, p. 41-59, p. 56 : .
Selon le livre blanc publié par le Bureau d'information du Conseil d'État en , le taux d'analphabétisme chez les jeunes et les personnes d'âge mûr est tombé de 95 % à 1,2 % en six décennies China pledges to send 3 out of every 10 Tibetan students to college, English.news.cn, 19 juillet 2011, : Full Text: Sixty Years Since Peaceful Liberation of Tibet, GOV.cn ( du texte du Livre blanc 2011 sur le Tibet)..
Europe En 1995, une étude contestée de l'OCDE, Littératie, économie et société, effectuée dans plusieurs pays développés, indiquait que la proportion de personnes de 16 à 65 ans éprouvant des difficultés pour l'écriture, la lecture, ou l'utilisation des informations aurait été de 40,1 % en France (la France étant classée avant-dernière juste devant la Pologne), 20,7 % aux États-Unis, 16,6 % au Canada, 14,4 % en Allemagne, 10,5 % aux Pays-Bas, et 7,5 % en Suède. Cette étude, qui ne portait pas exactement sur l'illettrisme mais sur la littératie, c'est-à-dire, de façon plus générale et d'après l'OCDE, sur , n'a pas été diffusée par les autorités publiques en FranceL'illettrisme honteux - L'Express, 19 décembre 1996,qui avaient un doute sur la validité des résultats. Une analyse ultérieure a montré deux grands biais susceptibles d'affecter les comparaisons entre pays, le premier provenant de problèmes de traduction ou de formulation des questions posées Les auteurs de l'analyse ont constaté un autre biais entre départements français sur la motivation à répondre, qui pouvait fortement modifier les résultats, et ont extrapolé que le même biais pouvait s'appliquer entre pays..
+ Taux d'illettrisme des adolescents de 15 ans en Europe Pays 2010 Italia, allarme della commissione Ue "Semianalfabeta un 15enne su cinque" - La Repubblica, 3 février 2011 Pays-Bas < 15 % Suède < 15 % Danemark 15,2 % Portugal 17,6 % Royaume-Uni 18,4 % Allemagne 18,5 % Espagne 19,6 % France 19,8 % Italie 21 %
Le taux d'illettrisme dans la population carcérale est estimé, en France, à 40 %. En Belgique, 75 % des détenus sont sans diplôme ou ont, pour unique diplôme, le certificat d'études de base (fin du cycle primaire).
Belgique