Le Colchique d'automne (Colchicum autumnale L.) est une espèce de plante herbacée du genre Colchicum. Il appartient à la famille des Liliaceae selon la . La classification phylogénétique le place dans la famille des Colchicaceae.
Il a aussi pour nom : safran des près, safran bâtard, safran des pays (son apparence est proche de celle du safran), ail des prés, chenard, mort chien, , tue-loup, vachette ou veilleuseFiche sur le colchique d'automne sur le site pixiflore..
Colchicum autumnale est une plante vivace dont seules les fleurs apparaissent en automne au niveau du sol, alors que les feuilles entourant le fruit, formé d'abord sous terre, apparaissent dès le printemps. Les tépales rose-lilas, sont soudés en un long tube qui plonge jusqu’à l’ovaire situé au niveau du bulbe.
La plante contient dans toutes ses parties un alcaloïde toxique, la colchicine. La confusion avec l’ail des ours a conduit à plusieurs décès d'humains. Le bétail qui broute les feuilles et le fruit peut connaitre aussi une fin fatale.
Le pharmacologue grec du Dioscoride a bien décrit la plante et a mis en garde contre sa toxicité mais n’a pas donné d’usage médicinal. Ce n’est qu’au que les médecins de Byzance ont décrit son usage contre la goutte. Ce savoir fut transmis aux Européens par les Arabes. Au , le médecin autrichien Anton von Störck mène une série d’expériences méthodiques sur lui-même puis sur un chien pour déterminer la frontière entre dose thérapeutique et les doses toxiques et létales.
Ce fut grâce au progrès accomplis par l’alchimie-chimie, dû au travail assidu des apothicaires et des médecins au cours des spar exemple : Hieronymus Brunschwig, Paracelse, Joseph du Chesne, Jean Béguin, Étienne de Clave, Nicolas Lémery, Guillaume-François Rouelle, pour extraire de la matière médicale la partie thérapeutiquement efficace que la science chimique put être fondée par Antoine Lavoisier. En 1820, Pelletier et Cavendou extraient le principe actif du colchique, qui sera nommé colchicine plus tard.
En ce début du , les médecins ont à leur disposition des médicaments en comprimés à dose en colchicine parfaitement contrôlée, incontestablement supérieurs aux teintures, vins, élixirs et même pilules, confectionnés à partir de drogues végétales à teneurs variables en principes actifs.
Nomenclature et étymologie L’espèce fut décrite et nommée Colchicum autumnale par Linné en 1735 dans Species Plantarum 1: 341. Linné avait eu une connaissance directe de la plante dans le jardin George Clifford, ou le jardin botanique d’Uppsala où il était professeur. Des botanistes pré-linnéens comme Caspar Bauhin et Leonhart Fuchs l’avaient décrite avant lui.
Le nom de genre Colchicum vient du latin désignant la plante « colchique » (Pline, 28, 129). Ce terme latin vient du grec ancien , « colchique, plante vénéneuse », (Dioscoride, IV, 83). Ce nom de plante signifie proprement « herbe de Colchide », pays de la magicienne et empoisonneuse Médée, en référence au caractère vénéneux du colchique. C’est le neutre substantivé de l’adjectif , « de Colchide », tiré du toponyme , « la Colchide », une région historique de la Géorgie située sur la côte de la mer Noire.
L’épithète spécifique autumnale est la forme du génitif de autumnalis « automne » signifiant « de l’automne ».
Synonymes
Selon POWO, le nom valide Colchicum autumnale possède 38 synonymes.
Synonymes homotypiques
Bulbocodium antumnale (L.) Lapeyr. in Civ. Nat. Hist. Jamaica: 202 (1813) Colchicum commune Neck. in Delic. Gallo-Belg. 1: 176 (1768), nom. superfl.
Synonymes hétérotypiques
Colchicum autumnale var. album Gray in Nat. Arr. Brit. Pl. 2: 173 (1821 publ. 1822) Colchicum autumnale var. bulgaricum (Velen.) Stoj. & Stef. in Fl. Bulg. 1: 221 (1925) Colchicum autumnale f. bulgaricum (Velen.) Domin in Magyar Bot. Lapok 8: 330 (1909) ............. Colchicum vernale Hoffm. in Deutschl. Fl. Bot. Taschenb. 3: 174 (1800) Colchicum vernum (Reichard) Georgi in Beschr. Russ. Reich. 3(4): 923 (1800) Colchicum vranjanum Adamovic ex Stef. in Sborn. B'lghar. Akad. Nauk 22: 74 (1926), pro syn. Description
C'est une plante assez basse, un géophyte à corme. Elle présente la particularité d'avoir deux apparences très différentes : en automne, seules les fleurs apparaissent, naissant d'une spathe tubuleuse au niveau du sol. Elles sont formées de six tépales: trois pétales roses et trois sépales de la même couleur et de même aspect. Les 6 étamines sont insérées sur deux niveaux différents. Les styles courbés à leur extrémité sont terminés par un stigmate décurrent, l'ovaire, sous terre, n'est pas apparent ; au printemps, ce sont les feuilles lancéolées, larges qui apparaissent entourant le fruit, une grosse capsule ovoïde formée d'abord sous terre.
Le colchique d’automne est une plante vivace, à bulbeCertains botanistes, anciens comme Hippolyte Coste ou contemporains comme Victoria Hammiche, emploient le terme de bulbe (plutôt que de corme), des auteurs du comme Anton von Störck, utilisent le terme de racine (succulente de colchique) de la grosseur d’une noix, à tuniques noirâtres (Coste)). Ce genre d’organe de réserve, formé d’une tige enflée entourée d’écailles, est appelée corme. Le bulbe possède une face arrondie et une face plane creusée sur la ligne médiane d’une gouttière parcourue par la tige. D’odeur désagréable et de saveur âcre, il est formé de tuniques charnues et blanchâtres à l’intérieur (Hammiche et al, 2013). Chaque année le bulbe mère donne un à trois bulbes filles.
Les feuilles dressées, largement lancéolées, un peu pointues, sont au nombre de 3 à 8 autour du fruit.
Les fleurs rose lilas, de 5 à , solitaires ou fasciculées par 2-5, disposent d'un périanthe dont le limbe est long de , à divisions oblongues ou oblongues-lancéolées. Six étamines de longueur différentes: les 3 étamines longues sont insérées plus bas que les 3 étamines courtes. Les 3 styles d’abord soudés se divisent en trois stigmates fortement courbés en crochet, qui dépassent à la fin les étamines. Les tépales sont soudés en un long tube qui plonge jusqu’à l’ovaire situé au niveau du bulbe. L’ovaire qui après fécondation en automne, reste au niveau du bulbe pendant tout l’hiver, sort de terre et donne en juin, au milieu des feuilles, une grosse capsule.
Le fruit est une capsule de la grosseur d’une noix, obovale renflée, à 3 loges, renfermant chacune, une centaine de graines globuleuses, de 2 à , très dures, d’un brun rougeâtre ; leur surface est marquée de petits points et agrémentée, latéralement d’un arille charnu.
Caractéristiques
Organes reproducteursDonnées d'après Julve, Ph., 1998 ff. - Baseflor. Index botanique, écologique et chorologique de la flore de France. Version : 23 avril 2004. : type d'inflorescence : fleur solitaire terminale ; répartition des sexes : hermaphrodite ; type de pollinisation : entomogame, autogame ; période de floraison — août à octobre.
Graine : type de fruit : capsule ; mode de dissémination : barochore.
Distribution et habitat Selon POWO, l’aire d’origine de l’espèce est l’Europe tempérée: Albanie, Autriche, Belgique, Bulgarie, Tchécoslovaquie, France, Allemagne, Grande-Bretagne, Grèce, Hongrie, Irlande, Italie, Pays-Bas, Pologne, Roumanie, Espagne, Suisse, Ukraine, (ex-)Yougoslavie.
Elle a été introduite et s’est naturalisée dans les États baltes, Danemark, Kentucky, New Hampshire, Nouvelle-Zélande du Sud, Caroline du Nord, Nord-Ouest de l'Europe, Oregon, Suède, Utah, Vermont.
L’habitat type est constitué des prairies médioeuropéennes, mésohygrophiles, fauchées, mésothermes, planitiaires à montagnardes.
Pathogènes Plusieurs maladies cryptogamiques peuvent infecter les feuilles de la Colchique d'automne à savoir le charbon causé par Urocystis colchici qui prend la forme de sores allongées gris-plomb se déchirant à maturité pour disperser des spores noirâtres ainsi que les rouilles Uredo colchici-autumnalis au stade urédie qui prend la forme de pustules jaunes ou brûnatres et Uromyces colchici au stade télie qui prend la forme de coussinets noirâtres et poudreux visible à la base des deux côtés de la feuille la plus basse.
Statuts de protection, menaces L'espèce n'est pas considérée comme étant menacée en France. En 2021, elle est classée Espèce de préoccupation mineure (LC) par l'UICN.
Toutefois localement l'espèce peut se raréfier : elle a disparu en Bretagne; elle est considérée Quasi menacée (NT), proche du seuil des espèces menacées ou qui pourrait être menacée si des mesures de conservation spécifiques n'étaient pas prises, dans les régions Poitou-Charentes, Aquitaine, Nord-Pas-de-Calais et Limousin ; elle est classée Vulnérable (VU) en Haute-Normandie.
Toxicité Le Colchique contient de la colchicine, un alcaloïde toxique. Les valeurs des doses toxiques et létales sont variables, en raison de la variabilité individuelle. doses toxiques : de colchicine chez l’adulte, chez l’enfant. À partir de , chez l’adulte, le pronostic vital est en jeu ; dose létale : 5 g de graines chez l’adulte, de 1,2 à 1,5 g chez l’enfant.
La colchicine, bien qu’utilisée en thérapeutique est un poison bloquant la division cellulaire. L’intoxication par ingestion se manifeste par des troubles digestifs violents, des troubles sanguins et neurologiques. L’issue peut être dramatique.
Par un arrêté du , l'État français donne l'obligation aux distributeurs et vendeurs de colchique d'informer leurs clients, via un étiquetage spécifique, de sa toxicité en cas d'ingestion.
Il fut un temps où les jouets étaient souvent fournis par la nature. Dans la capsule du colchique d’automne, les graines cliquettent. Il arrivait que des enfants cueillent des capsules, qui devenaient entre leurs mains des hochets assassins. Certains avalaient les graines, absorbant ainsi une dose fatale de colchicine. La dose létale est évaluée à par kilogramme de poids corporel et une seule graine en contient environ 4 mgIvo Pauwels, L’automne et l’hiver au jardin, , Artis, Bruxelles, 2003, – .
Il arrive aussi fréquemment au bétail d'être intoxiqué. Bruneton rapporte un cas d’ingestion de feuilles et de capsules par des vaches (démontrée post-mortem) qui s’est traduit par la mort de cinq animaux en trois jours sur un troupeau de sept. En Allemagne, les vétérinaires ont rapporté des diarrhées chez trois chevaux et le décès de l’un d’entre eux, à la suite de la consommation de foin contaminé par 1,48 % de colchique. Des moutons et des truies ont aussi été victime de cette plante.
Confusion avec l'Ail des ours En 1999, la confusion du colchique et de l'ail des ours a conduit à la mort d’un des consommateurs d’une omelette assaisonnée par cet « ail » récolté dans la forêt alpine autrichienne. En , un Alsacien d'une cinquantaine d'années meurt d'intoxication après avoir consommé un pesto du colchique qu'il avait cueilli en le confondant avec de l'ail des ours..
Afin de les différencier, il convient de prêter attention aux feuilles : celles du colchique sont rigides, charnues et sans tiges, avec une extrémité arrondie, tandis que celles de l’Ail des ours sont plus fines, ovales, pointues et portées par des tiges. De plus, l’Ail des ours dégage une odeur d'ail lorsqu'on froisse ses feuilles. Les fleurs sont également un indicateur important : celles du colchique, mauves, apparaissent en automne, tandis que celles de l’Ail des ours, blanches et en forme d'étoile, s'épanouissent au printemps, entre avril et début juin.
Utilisations
Histoire des utilisations médicinales La médecine gréco-romaine