thumb|Victorien Sardou.

Victorien Sardou, né le à Paris et mort le à Paris ., est un auteur dramatique français, membre perpétuel de l'Académie française, également connu pour ses eaux-fortes médiumniques.

Biographie

Né au 16 rue Beautreillis à Paris, Victorien Léandre Sardou est issu d'une famille provençale qui possède une oliveraie au Cannet, près de Cannes. Lors d'un hiver particulièrement rigoureux, le gel tue tous les oliviers et ruine la famille. Le père de Victorien, Antoine Léandre Sardou, s'installe à Paris, où il est successivement comptable, professeur de comptabilité, directeur d'école et précepteur, tout en publiant des manuels de grammaire, des dictionnaires et des traités sur divers sujets.

Comme il gagne très insuffisamment sa vie, Victorien doit se débrouiller seul et est contraint, par manque d'argent, d'interrompre les études de médecine qu'il avait entreprises. Il survit en enseignant le français à des élèves étrangers, en donnant des leçons de latin, d'histoire et de mathématiques et en écrivant des articles pour des encyclopédies populaires. Dans le même temps, il s'efforce de percer dans les lettres. Ses premiers essais sont soutenus par Madame de Bawr, qui avait eu quelque crédit sous la Restauration. Il s'efforce d'attirer l'attention de Rachel en lui soumettant un drame, La Reine Ulfra, basé sur une ancienne chronique suédoise.

Ses débuts sont particulièrement difficiles. Sa pièce La Taverne des étudiants est représentée à l'Odéon le , mais reçoit un accueil orageux, car la rumeur avait couru que l'auteur avait été engagé par le gouvernement pour provoquer les étudiants. La pièce est retirée après cinq représentations.

Un autre drame, Bernard Palissy, est accepté à l'Odéon, mais un changement de direction annule l'engagement. Une pièce à sujet canadien, Fleur de Liane, faillit être jouée à l'Ambigu, mais la mort du directeur de ce théâtre fait échouer le projet. Le Bossu, écrit pour Charles Albert Fechter, ne plaît pas à l'acteur et, lorsque la pièce finit par être représentée avec succès, c'est, par suite d'une erreur, sous le nom de quelqu'un d'autre. Paris à l'envers, soumise à Adolphe Lemoine dit Montigny, directeur du Gymnase, est rejetée par celui-ci, sur le conseil d'Eugène Scribe, lequel trouve révoltante la scène d'amour qui devait devenir célèbre dans Nos Intimes.

Sardou se trouve plongé dans la plus noire misère, et ses malheurs culminent avec une attaque de fièvre typhoïde qui manque de l'emporter. Il est malade dans son galetas, entouré de ses manuscrits rejetés, lorsqu'une voisine lui porte secours. Elle s'appelle de Brécourt et a des relations dans le monde du théâtre, notamment l’actrice Virginie Déjazet, dont elle est une intime. Quand il est rétabli, elle le présente à son amie, qui s'entiche du jeune auteur. La comédienne, déjà âgée, lui achète en 1859 un théâtre, « Les Folies Déjazet », 41 boulevard du Temple, bientôt rebaptisé « Théâtre Déjazet ». Pour en soutenir les frais d'exploitation, elle va jusqu'à reprendre ses tournées à travers l'Europe. Candide, la première pièce écrite pour Virginie Déjazet, est interdite par la censure, mais les trois pièces suivantes, écrites quasiment coup sur coup – Les Premières Armes de Figaro (en collaboration avec le prolifique Louis-Émile Vanderburch arrivant en fin de carrière), Monsieur Garat, Les Prés Saint-Gervais – ont un grand succès. Il en va de même avec Les Pattes de mouche (1860), qui sont données au Gymnase.

Victorien Sardou fait rapidement jeu égal avec les deux maîtres du théâtre d'alors, Émile Augier et Alexandre Dumas fils. S'il n'a pas le sens du comique, l'éloquence et la force morale du premier, la conviction passionnée et l'esprit piquant du second, il est un maître du dialogue, et ses répliques s'enchaînent avec esprit. Il applique les principes constructifs de Scribe, combinant les trois genres classiques – comédie de caractère, de mœurs ou d'intrigue – avec le drame bourgeois. Il montre autant d'habileté que son maître pour assembler ces éléments en des pièces solides et bien faites, tout en les tournant plus largement vers la satire sociale.

Il moque la bourgeoisie égoïste et vulgaire dans Nos intimes ! (1861), les vieux célibataires dans Les Vieux Garçons (1865), les Tartuffes modernes dans Séraphine (1868), les paysans dans Nos Bons Villageois (1866), les vieilles coutumes et les principes politiques démodés dans Les Ganaches (1862), l'esprit révolutionnaire et ceux qui en vivent dans Rabagas (1872) et Le Roi Carotte (1872, opéra-bouffe-féerie sur une musique d'Offenbach), le divorce dans Divorçons ! (1880) et Daniel Rochat (1884).

Fédora (1882) est écrite spécialement pour Sarah Bernhardt, à l'instar de nombre de ses pièces ultérieures. Il se renouvelle en introduisant dans ses pièces un élément historique, généralement superficiel : il emprunte Théodora (1884) aux chroniques byzantines et La Haine (1874) aux chroniques italiennes, tandis qu'il situe La Duchesse d'Athènes dans la Grèce médiévale. Patrie (1869) évoque le soulèvement des paysans hollandais à la fin du tandis que La Sorcière (1904) se déroule en Espagne au . La Révolution française, la Terreur et le Directoire servent de cadre à plusieurs pièces : Les Merveilleuses (1873), Paméla, marchande de frivolités (1898), (1891), et Robespierre (1899) écrite spécialement pour Sir Henry Irving. Thermidor déclencha la polémique à la Comédie-Française au point d'être interdite par le préfet de police, l'affaire est portée jusque dans la chambre des députés.. L'épopée impériale revit dans La Tosca (1887) et Madame Sans-Gêne (1893). Il donne également Dante (1903), le vaudeville La Piste (1905)« Du Vaudeville au Boulevard : La Piste, pièce de la réconciliation » de Noëlle Benhamou in . et L'Affaire des poisons (1907).

thumb|right|upright=1.60|Pamela, marchande de frivolités en 1898 au Théâtre du Vaudeville. De gauche à droite : Suzanne Avril (Madame Atkins), Pierre Magnier (Bergerin), Réjane (Pamela), Camille-Gabrielle Drunzer (Joséphine) et Aimée Martial (Madame Tallien).

En 1870-1871, il est brièvement maire de Marly-le-RoiAnciens maires, publié sur le site de la Mairie de Marly-le-Roi (consulté le 24 décembre 2017)., où il habite le château du Verduron. En 1877, il est élu membre de l'Académie française., où il côtoie entre autres le duc d'Aumale et Albert Sorel : Robert Burnand, Le Duc d'Aumale et son temps, Librairie Hachette, 1949, . Il raconte, dans un article, comment il a participé à la destitution de l'armée aux Tuileries le avec Armand Gouzien..

Il est élevé à la dignité de grand-croix de la Légion d'honneur par un décret du .

Il meurt le à son domicile du 64 boulevard de Courcelles à Paris .

En 1932, 24 ans après sa mort, est publié le roman Carlin, resté pendant 75 ans à l'état de manuscritJean Claude Margolin, Recherches érasmiennes, Librairie Droz, 1969, chapitre Sardou traducteur des Colloques d'Erasme ..

Vie privée

Le , Victorien Sardou épouse Laurentine Éléonore Désirée de Moisson de BrécourtActe de mariage n° 233 du 23 octobre 1858, Paris, arrondissement. Archives de Paris., née à Lyon en 1822. Elle meurt en 1867Acte de décès n° 48 du 8 août 1867, Marly-le-Roi. Archives des Yvelines.. Il se remarie en 1872 avec Marie Anne Corneille Soulié (1845-1923), fille de l'érudit Eudore Augustin Soulié et de Marie Catherine Joséphine Vila.

Son fils aîné, Pierre Sardou, né en 1873, devient architecte en chef des monuments historiques. Ses deux autres fils sont Jean et André. Sa fille Geneviève épouse l'auteur dramatique Robert de Flers.

La dramaturge Fred de Gresac a confié à la presse américaine qu'il était son parrain..

Il est un grand ami du peintre Alfred Mouillard (1831-1907) qui fait de lui un portrait en 1854.

Portraits G. Lenotre évoque ainsi sa première rencontre avec celui qui fut « l'idole de toute sa jeunesse » :

Le , Ludovic Halévy se trouve dans la bibliothèque du dramaturge :

Victorien Sardou et le spiritisme

Ses expériences spirites À la fin des années 1850, Victorien Sardou se passionne pour le phénomène des tables tournantes, lancé aux États-Unis par les sœurs Fox. Il fait participer l'impératrice Eugénie à des expériences de manifestation d'espritsJean Pieur, Allan Kardec et son époque, Éditions du Rocher, Monaco, 2004, p. 49. et, avant qu'Allan Kardec ne définisse le spiritisme, il popularise l'idée d'échanges avec l'au-delà.

Le , alors observateur des séances d'Allan Kardec, Sardou devient médium, « du type particulier de médium-dessinateur ». En voulant pratiquer la psychographie, il obtient ainsi un premier portrait avant de graver quelques eaux-fortes médiumniques d'un style relevant de l'art brutGravures consultables au cabinet des estampes de la BNF., qui seront exposés au Musée de l’Art Brut de Lausanne (2005). D'après Sardou, ces œuvres, pour lesquelles il dit être guidé par Mozart ou Bernard Palissy, seraient des représentations de leurs demeures célestes, qu'il situe sur Jupiter, dans la ville imaginaire de Julnius. Cette pratique est temporaire, durant à peine quelques mois. Les Esprits lui auraient communiqué comme ultime réponse : « Tu es convaincu. Maintenant, tu as mieux à faire. »

Il signe en 1897 une comédie en trois actes intitulée Spiritisme. Ainsi, fort de sa contribution morale et matérielle à la cause spirite, en 1900, il est fait président d'honneur du Congrès spirite et spiritualiste international de 1900« Victorien Sardou accepte de présider le Congrès spirite de 1900, le colonel comte de Rochas se livre à maintes expériences célèbres. » Yvonnes Castellan, Le spiritisme, Que-Sais-Je n° 641, Presses Universitaires de France, 1995, page 9..

Même si ses productions spirites sont marginales, leur souvenir dépassera le seul pour être rappelé par l'auteur surréaliste André Breton en 1933. centré|vignette|600x600px|Eaux-fortes de Victorien Sardou, 1860. De gauche à droite : 1) Le Quartier des Animaux chez Zoroastre. 2) Maison de St. Paul dans la Planète de Jupiter. 3) La Maison de Zoroastre sur Jupiter.

« Spiritisme » de Victorien Sardou vignette|Affiche de la pièce Spiritisme de Victorien Sardou, avec la célèbre Sarah Bernardt dans le rôle principalEn plus d'appartenir au genre fantastique et parce qu'il s'inspire du spiritisme la pièce Spiritisme rentre dans le champ de la « littérature spirite » .

Contexte À partir de l'exemple de Spirite. Nouvelle fantastique (1865) écrit par Théophile Gauthier, Patrizia d'Andrea montre que les récits d'inspiration spirite étaient devenus courants en France, notamment à partir des années 1850.

La pièce Spiritisme signe pour son auteur l'aboutissement d'un demi-siècle d'histoires vécues grâce à sa pratique et à ses observations du spiritisme. Même si cette dernière ne lui assurera pas sa renommée, elle constitue sa seule contribution littéraire à la cause spirite, là où Camille Flammarion signera trois ouvrages dans la période 1862-1907.

La première se jouera le au théâtre de la Renaissance. Le personnage de Simone étant joué par la non moins célèbre Sarah Bernhardt. Pour autant, cette pièce ne constitue qu'une production mineure.

La pièce est produite au moment où le spiritisme est sous le coups des accusations les plus diverses : supercherie contre les médiums, naïveté et crédulité contre ses adeptes, notamment avec le scandale des photographies spirites. Au sein des sphères spiritualistes, l'occultisme et la théosophie le supplante, tandis que l’Église le condamnera une première fois en 1898.

Présentation La pièce est agencée en trois actes : l'Acte I sert à présenter le spiritisme, l'Acte II expose le drame inspiré d’un fait divers concernant un accident de train, tandis que l'Acte III opère une synthèse des deux premiers actes.