vignette| dans la Torah.

Œil pour œil (, ayin tahat ayin) est une règle de droit présente dans le Code de l'Alliance :

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Selon la majorité des avis rabbiniques et historiques-critiques, ce principe juridique exige, pour toutes les atteintes fautives à l'intégrité corporelle, une indemnisation appropriée de la part du coupable, afin d'interdire la vendetta, de la remplacer par un principe de proportionnalité du délit et de la peine et d'établir une égalité devant la loi pour les hommes et les femmes, les pauvres et les riches.

Dans l'histoire du christianisme, ce principe juridique a souvent été appelé loi du talion (du latin talio, représailles). Dans le « sermon sur la montagne », Jésus dit à son auditoire : « Vous avez appris qu’il a été dit : œil pour œil, et dent pour dent. Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l’autre » (Matthieu 5:43-47).

Ces différentes conceptions ont influencé l'histoire de la religion et du droit.

Origine

Les premiers signes de la loi du talion se trouvent dans le Code de Hammurabi, en 1750 avant notre ère, dans le royaume de Babylone. Cette loi permet d’éviter que les personnes fassent justice elles-mêmes et introduit un début d’ordre dans la société en ce qui concerne le traitement des crimes. Le Code d’Hammurabi se présente sous la forme d’une liste de plus de deux cents jurisprudences et nombre d’entre elles sont empreintes de cette juste réciprocité du crime et de la peine. Comme dans les ., 230 . et 231 . où si l'effondrement d'une maison tue, respectivement, le propriétaire, le fils ou l’esclave du propriétaire, c’est le constructeur de la maison qui doit être condamné à mort dans le premier cas, le fils du constructeur dans le second et dans le dernier cas, le prix de l’esclave doit être versé au propriétaireLa non mise à mort de l’esclave s’explique par le fait que l’esclave est un bien meuble et non considéré comme un citoyen de la cité..

On retrouve la référence à Œil pour œil, dent pour dent dans deux jurisprudences du Code d’Hammurabi, les 196 . et 200 ..

On en trouve aussi plusieurs exemples dans l’IliadeIliade, , 81, 88 ; , 480, 482 ; et l’OdysséeOdyssée, , 270, 276. On lit chez Eschyle (Choéphores, 313) : Platon (Lois, , 872 de), à propos du parricide, fait usage de l’argument d’autorité et d’antiquité, et il mêle autant la justice humaine que la Providence et la loi de la réincarnation des âmes :

Il se peut que la loi du talion entende lutter contre une escalade de la violence individuelle en limitant celle-ci au niveau de la violence subie. La notion contemporaine de légitime défense procède du même esprit en exigeant que toute riposte soit proportionnée à l’attaque.

Un flou d’interprétation peut subsister quant au juste niveau de la riposte, mais les textes religieux du judaïsme, du christianisme et de l'islam précisent clairement que la loi du talion représente le maximum autorisé de la riposte, en allant jusqu'à encourager autant que possible le pardon (cf. infra). En dehors de toute considération religieuse, une vengeance disproportionnée à l'acte subi risquerait d'aggraver la situation en la faisant dégénérer en conflit encore plus violent ou étendu. présentent la loi du talion comme la riposte adéquate, ce qui peut déjà conduire à des violences et contre-violences n’ayant jamais de fin.

Considérée dans ce dernier cas comme barbare, injuste, et de toute façon contraire aux intérêts de l’ordre public, elle est remplacée pour certains crimes par des amendes pécuniaires ou des peines d’emprisonnement, que l’on peut considérer comme les premières peines alternatives.

Elles ne satisfont pas pour autant forcément la victime, et on peut sans doute repenser à la sagesse du pionnier Daniel Boone qui, élu juge par ses concitoyens, prononçait au contraire des peines de réparation, centrées sur la victime et non sur le malfaiteur. Ainsi, celui qui avait blessé un cheval se voyait condamné à tirer la charrue à sa place jusqu’à ce que la bête en soit de nouveau capable.

En anglais courant, on retrouve le même principe dans le terme qui exprime bien le même sentiment de riposte, et qui partage la même origine.

Dans la religion

Dans le judaïsme

Dans la Torah La formule « œil pour œil, dent pour dent » revient trois fois dans le Pentateuque :

À quoi s'ajoute :

Mais contrairement aux codes légaux en vigueur à cette époque au Proche-Orient, dont le Code d’Hammourabi, la Torah indique clairement que :

Divers passages de la Torah prônent par ailleurs, une morale de dépassement quand la réconciliation est possible :

Dans le Talmud Cette règle indique la nécessité d’une équivalence compensatrice dans le châtiment. Le Talmud dans l’ordre Nézikin, traité Baba Kama, fait valoir l’idée que les versets Exode 21, 23-25 ; Lévitique, 24,17-22 et Deutéronome, 19,21 précités ne sauraient être pris à la lettre étant donné qu’il est impossible de déterminer si, par exemple, les conséquences de la perte d’un œil par une personne équivaudront aux conséquences de la perte d’un œil pour une autre.

Le principe général retenu par la Loi Juive pour tout dommage physique reçu est le paiement de dédommagements pour : , la valeur de l’incapacité physique permanente mesurée en termes de manque à gagner professionnel ; , la perte de revenu pendant la récupération de la blessure subie ; , le prix de la douleur ; , le coût des frais médicaux ; , la honte infligée. La valeur exacte de ces dédommagements doit être jugée au cas par cas par un tribunal rabbinique.

Le judaïsme rabbinique ne retient ainsi de la loi du talion que l’idée de juste compensation financière, sauf pour les crimes capitaux en vertu du principe que la vie humaine n’a pas de prix et ne peut donc pas être compensée financièrement.

Dans le christianisme Jésus déclare dans l'évangile selon Matthieu (5:38-42) :

Ce passage a suscité deux grandes écoles d'interprétation. La première école est celle des pacifistes radicaux (par exemple, Érasme), qui interprètent la parole de Jésus comme une opposition à la loi du talion. La deuxième école est celle des contextualistes (par exemple Augustin et Thomas d'Aquin) qui prennent en compte le contexte du discours et affirment que Jésus n'est pas venu abolir la loi de Moïse, mais l'accomplir (Mt 5, 17), et que sa parole n'est pas à comprendre en opposition à la loi du talion, mais en approfondissement par rapport à celle-ci. Selon cette deuxième école, tendre l'autre joue ne signifie pas ne pas réagir, mais se mettre, au moment de réagir, dans une disposition de cœur qui consiste à ne pas agir pour son propre intérêt.

Dans l'islam Chez les Arabes, dont les coutumes se rapprochent beaucoup de celles des anciens Hébreux, il était en vigueur jusqu'aux années 1910 dans toute l’étendue du désert, et depuis les rives du Nil jusqu’au Sennaar.. Le tha’r a longtemps été regardé chez ces peuples comme un droit et comme un devoir rigoureux. Un proverbe arabe dit : « Le feu de l’enfer devrait-il être mon lot, je n’abandonnerais pas le tha’rBurckhardt, , p. 314-315 ; .. » En vertu de cette coutume générale chez les tribus nomades, le sang du père doit être vengé par le fils, du frère par le frère, ou, à leur défaut, par les autres plus proches parents. Cf. II Sam. (II Reg.), , 7. Celui qui manquait à ce devoir rigoureux aurait été l’objet du mépris public et répudié de tous les siens.

Le Coran s’exprime ainsi :

Le droit musulman établit quatre conditions pour que la peine de mort pour le meurtrier soit applicable :

Que la peine de mort soit réclamée par les familles des victimes : Les juristes musulmans se basent sur une tradition prophétique (hadith) du Prophète Mahomet : « Celui dont (un proche) a été tué, ou celui qui a été blessé, a le choix entre trois possibilités : soit il demande la loi du talion, soit il pardonne, soit il prend le dédommagement financier ».

Qu'il y ait des preuves irréfutables de la culpabilité : En effet, une simple présomption est rejetée par les juristes ou la présence d'indices réels mais insuffisants. Les juristes musulmans établissent la règle suivante : « Les peines et le talion sont caducs dès qu'un doute est présent ».

Qu'il soit prouvé qu'il y avait intention de tuer : L'homicide involontaire ou les coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner ne sont pas sujet à la peine capitale en Islam.

Qu'il n'y ait pas présence de circonstances atténuantes : Le droit musulman rend caduque l'application de la peine capitale s'il y a présence de circonstances atténuantes malgré la présence des trois conditions précédentes. Ainsi en est-il du cas de légitime défense.

De nos jours

Le droit moderne occidental n’applique plus la loi du talion en matière criminelle : ainsi, l'article 2 de la Convention européenne des droits de l'homme ne permet le recours à la force, que lorsqu'elle est absolument nécessaire. La loi du talion est considérée comme relevant plus de la vengeance privée que de la justice. En principe, les peines prononcées aujourd’hui servent à punir le coupable, mais elles sont doublées d’une volonté de préparer le condamné à sa réinsertion dans la société après une période de réadaptation. Parallèlement, en matière civile, le concept de dommages-intérêts constitue la réparation financière, à laquelle peut prétendre la personne ayant subi un préjudice moral et/ou une atteinte dans son patrimoine (préjudice matériel).

On peut toutefois la rencontrer dans certains États appliquant le droit islamique, comme au Nigeria, où la restauration dans les États du nord de la charia a vu l'introduction d'une loi du talion en matière de blessures ou d'homicide, avec faculté pour la victime ou ses héritiers d'y renoncer, au profit d'une indemnité financièreDekker Albert, Ostien Philip, « L'application du droit pénal islamique dans le Nord-Nigeria », Afrique contemporaine 3/2009 () , en ligne.

Loi du talion et la peine de mort La Loi du talion est utilisée comme argument par des partisans de la peine de mort, partageant l’idée de Joseph de Maistre, qui considère qu’une personne qui a tué mérite la mort, seule peine équitable. Le point de vue opposé a été largement défendu par Beccaria et Victor Hugo ().

Dans l'arrêt Vinter et autres contre Royaume-Uni du 9 juillet 2013, la Cour européenne des droits de l'homme a considéré que les peines de perpétuité réelle obligatoires instituées pour certains crimes par le Royaume-Uni relevaient de la loi du Talion et étaient incompatibles avec l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme et la jurisprudence de droit pénal international proscrivant les peines disproportionnées.

Loi du talion et légitime défense Le concept contemporain de légitime défense, qui doit être proportionnée à l’attaque, La légitime défense consiste à se protéger soi-même, protéger autrui, ou un bien de l’attaque d’un tiers. Toutefois, dans le cadre de la légitime défense, il n’est pas question d’une réponse a posteriori consistant en une vengeance permise et encadrée par la Loi (comme dans le cadre de la Loi du Talion), mais d’un acte préventif visant à protéger la personne, autrui, ou un bien devant une atteinte injustifiée ou illégale.

Code Pénal français, article 122-5 :

Loi du talion et théorie des jeux

Il n’y a pas de stratégie optimale dans le problème du Dilemme du prisonnier itéré. Toutefois de nombreuses expérimentations amènent à la conclusion qu’il ne semble pas y avoir de stratégie qui soit systématiquement meilleure que celle, dite , basée sur la loi du talion, et que si celle-ci est rarement la meilleure, elle se classe systématiquement parmi les meilleures. La plupart des interactions dans une société pouvant se ramener à un jeu à somme non nulle.

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