Une microbrasserie ou micro-brasserie est une petite brasserie artisanale, parfois un bar qui produit sa propre bière sur place.
Bien qu'il n'y ait pas de définition claire, Jean-Paul Hébert et Dany Griffon parlent dans « Toutes les bières moussent-elles ? » de brasseries industrielles lorsque la production de bière est supérieure à par an, de brasseries pour des unités produisant entre et , de brasseries artisanales pour une production de l'ordre du millier d'hectolitres et de microbrasserie pour les unités produisant une centaine d'hectolitres par an. Le cas des fermes brassicoles n'est pas abordé.
Histoire L'expression et le phénomène apparurent au Royaume-Uni à la fin des années 1970 (microbrewery) pour décrire une nouvelle génération de petites brasseries spécialisées dans la production d'ale en fûts, non filtrée et non pasteurisée. Bien qu'à l'origine utilisé pour désigner la taille modeste des brasseries en question, le terme désigne désormais aussi une nouvelle attitude et une approche du brassage de la bière plus flexible, adaptative, expérimentale et plus à l'écoute des consommateurs. Le concept s'est ensuite étendu aux États-Unis où il désigne désormais une brasserie qui produit moins de fûts de bière par an, ainsi qu'à d'autres pays d'Europe.
Le terme est également couramment usité au Québec, d'où provient sa forme française. En France et en Belgique, où certains établissements artisanaux produisent de la bière depuis parfois plusieurs siècles (dans certains cas par ou sous le contrôle de moines trappistes), on parle plus souvent de brasserie artisanale, mais la plupart des établissements fondés depuis les années 1980 sont souvent aussi désignés sous l'appellation de microbrasserie.
Les brasseurs insistant sur les particularités locales ou régionales de leurs recettes parlent aussi parfois de « bière identitaire » ou de « bière de terroir ». On peut rapprocher cette démarche de celle de nombreux producteurs régionaux de colas alternatifs.
La créativité de certaines microbrasseries a permis la réapparition ou la création de bières originales, comme les bières bretonnes aux algues ou au sarrasin, les bières au chanvre, ou la recréation de la bière vapeur. Nombre d'entre elles produisent également des bières de saison.
Un mouvement similaire est apparu aux États-Unis dans les années 1990, celui des microdistilleries.
Belgique Dans un pays qui comptait autrefois plus de brasseries que d'églises, le phénomène des microbrasseries, apparu dans les années 1980, est vu comme un retour aux sources, même si le pays ne compte plus qu'environ deux cents brasseries. Depuis 2001, se tient chaque année à Marbehan Brassigaume, un festival des « petites brasseries ».
Canada Québec
thumb|Une microbrasserie à Ham-Sud, au Québec. C'est du Québec que proviennent les mots « microbrasserie » et « microbière », francisations respectives de microbrewery et microbrew. Parallèlement aux États-Unis, le Canada a vu le même phénomène s'intensifier à partir de la fin des années 1980, et nombre de microbrasseries canadiennes produisent des bières inspirées de la tradition brassicole européenne, celle de la Belgique notamment. Au départ disponibles uniquement sur place et dans les magasins spécialisés des environs, de nombreuses bières de microbrasseries sont progressivement apparues sur les rayons de la grande distribution provinciale ou nationale.
Jérôme Denys, propriétaire du Cheval Blanc à Montréal qu'il a fondé en 1986, est généralement considéré comme l'un des pères de la microbrasserie québécoise. La plus vieille microbrasserie encore en activité au Québec est le Golden Lion Pub à Lenoxville (Sherbrooke) ouverte le premier . La microbrasserie la plus importante de la province est certainement Unibroue, fondée en 1990 et exportant aujourd'hui aux États-Unis, en Australie et en Europe.
Depuis le début des années 2000, les microbrasseries canadiennes militent pour demander une réduction de leur droit d'accise, semblable à celle dont bénéficient leurs homologues américaines ou belges dans leurs pays respectifs, afin de rester compétitives face aux géants de la bière et, en 2003, dénonçaient les « pratiques anticoncurrentielles » des groupes Labatt et Molson (le Bureau de la concurrence canadien a reconnu des problèmes, mais n'a pas pris de mesures).
En 2003, l'Association des microbrasseries du Québec considérait que les microbrasseries québécoises représentaient 5 % de parts de marché et 680 emplois. En 2004, le ministère des Finances canadien estimait à environ 90 le nombre de microbrasseries et environ 100 le nombre de brasseries libre-service dans le pays.
États-Unis vignette|gauche|Microbrasseries, brasseries régionales et broue-pubs par habitant dans chaque État américain.. Aux États-Unis, le mouvement des microbrasseries a pris une ampleur spectaculaire.
Au début du , la Prohibition force de nombreuses brasseries à fermer leurs portes : elles ne peuvent pas produire du vin de messe comme certains vignobles. Après la fin de l'interdiction et plusieurs décennies de consolidation, la quasi-majorité de la bière produite commercialement aux États-Unis l'est par de très grands groupes. Ils produisent, pour la plupart, des lagers au goût relativement uniforme : Anheuser-Busch (brasseur de la marque Budweiser), Coors (depuis fusionné avec le Canadien Molson) et Miller (devenu SABMiller en 2002 après sa fusion avec le groupe sud-africain SAB). De nombreux amateurs se tournent vers le brassage maison, et certains se lancent dans une production à plus grande échelle, inspirés par les traditions artisanales britannique, allemande et belge.
Le phénomène grandit à partir de la fin des années 1980, et des centaines de microbrasseries apparaissent, parfois attachées à un bar (appelé dans ce cas broue-pub). Fritz Maytag, qui reprit la brasserie san-franciscaine Anchor Brewing Company en 1965, est souvent considéré comme l'un des pionniers de ce mouvement.
Certaines microbrasseries grandissent à tel point que l'appellation n'est plus toujours appropriée, et leur production relèvent davantage d'une désignation plus large, celle de bière artisanale (craft beer). C'est le cas notamment de la Boston Beer Company, qui produit la bière Samuel Adams, ou de la Sierra Nevada Brewing Company, fondée en 1979 et basée à Chico, en Californie.
L'« Association des brasseries américaines » estimait en le nombre de brasseries artisanales régionales américaines à 52, le nombre de microbrasseries à 397 et le nombre de broue-pubs à 922 Brewers Association: Beertown.org.
Les brasseries (des microbrasseries pour la plupart) sont plus nombreuses dans la région de Portland, dans l'Oregon, que partout ailleurs dans le monde. Le Colorado compte plus de microbrasseries par habitant que n'importe quel autre État américain.
La dernière décennie du a vu l'émergence d'un mouvement parallèle similaire, celui des microdistilleries, notamment en Californie et dans l'Oregon.
France thumb|left|Stand de la bière L'Eurélienne, produite par une microbrasserie d'Eure-et-Loir, à un marché de producteurs fermiers. thumb|Équipement d'une microbrasserie à Montreuil. Comme la plupart des pays du nord et de l’ouest européens, la France a une longue tradition brassicole. La Lorraine, jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, était la première région de France pour la fabrication. La France est dominée par quelques grandes sociétés, mais de petites brasseries artisanales familiales (et autres fermes brasseries) se développent. Le phénomène de la microbrasserie française surgit au milieu des années 1980.
Depuis 1985, année de création de la Brasserie Coreff et du groupe Les 3 Brasseurs, le phénomène connaît une expansion rapide. 145 établissements existent autour de 2000, 414 en 2011, 500 en 2012, et plus de 600 en 2013.
Le paysage se divise en : 18 brasseries industrielles (+ de 10 000 hl par an), 50 brasseries artisanales (plus de 1 000 hl par an), 293 microbrasseries (dont 185 produisent annuellement moins de 200 hl). 69 brasseries sont installées dans le cadre d'un restaurant, 54 sont des fermes brasseries et 19 brasseries pédagogiques.
La région Rhône-Alpes connaît la plus forte densité de microbrasseries : 83 établissements. L'Alsace et la Lorraine sont les plus productrices : au total, plus de 10 millions d'hectolitres produits en 2012. Suit la région Nord-Pas de Calais avec 5,5 millions d'hectolitres et la région PACA avec 1,1 million d'hectolitres. Ces 3 régions ont sur leur territoire des sites de transformation appartenant aux 7 géants de la brasserie française.
Les brasseries industrielles détiennent plus de 98 % des parts de marché en volume de fabrication. Certains segments du marché connaissent une érosion continue de leur volume, au détriment des brasseries industrielles. Le phénomène des microbrasseries, en revanche, connaît une progression constante. Leur succès se confirme d'année en année. Pour beaucoup, le problème est de répondre à la demande. (source: Edition 2013 de l'Annuaire des Brasseries Françaises, RCD Editions dépôt légal ).
Irlande Les bières artisanales ont gagné du terrain en Irlande depuis les années 1990, et le gouvernement a instauré en 2005 des réductions d'impôts pour les petits brasseurs « Microbreweries in the Land of Guinness », The New York Times, 10 juin 2006. The Porterhouse est considéré comme l'un des pionniers des brasseurs artisanaux en Irlande, et opère aujourd'hui plusieurs broue-pubs à Bray, dans la région dublinoise et à Londres.
Royaume-Uni vignette|gauche|200px|Fûts entreposés à l'extérieur de la microbrasserie Castle Rock à Nottingham (Angleterre).
Le terme microbrasserie est utilisé au Royaume-Uni à la fin des années 1970 pour décrire la nouvelle génération de petites brasseries qui se consacrent à la production de fûts de cidre traditionnels indépendamment des grandes brasseries ou des chaînes de pubs. Le premier exemple réussi de cette approche est la brasserie Litchborough fondée par Bill Urquhart en 1974 dans le village du Northamptonshire du même nom. Urquhart avait été le dernier brasseur en chef de la grande brasserie Phipps, quand les propriétaires Watney Mann ferment leurs portes en pour laisser la place à la nouvelle lager de Carlsberg. Parallèlement au brassage de la bière commerciale, des formations et des stages d’apprentissage sont proposés aux nombreux pionniers du mouvement britannique qui suivent les cours de Litchborough avant de créer leurs propres brasseries.
C'est véritablement au Royaume-Uni qu'est né le mouvement des microbrasseries, lors de l'instauration de la Campaign for Real Ale (CAMRA). Cette campagne, toujours d'actualité, a pour objectif de promouvoir une version traditionnelle et de qualité de la brasserie. CAMRA certifie les établissements qui brassent une ale non filtrée et non pasteurisée, mise en fûts et tirée sur place à la main (et non à la pression). En 1980 est fondée la Small Independent Brewers Association (SIBA), renommée Society of Independent Brewers en 1995. Aujourd'hui, nombre de microbrasseries britanniques produisent non seulement des ales, mais aussi des lagers ou des stouts. La SIBA notait en 2005 une augmentation de 12 % du nombre de ses membres par rapport à l'année précédente.
Le Royaume-Uni compte également un grand nombre de petites brasseries commerciales qui fabriquent des bières en fût, les plus petites étant appelées microbrasseries, que l'on peut trouver dans de petits espaces tels que des garages domestiques. Contrairement à d'autres pays, il existe un fossé moindre entre les microbrasseries et les grandes entreprises, car des brasseries de toutes tailles existent pour combler le vide.
Suisse 250px|right|thumb|Microbrasserie Docteur Gab's dans ses anciens locaux à Épalinges.