La manière dont se fait l’accord du participe passé en genre et en nombre suit un ensemble de règles de la grammaire et de l'orthographe du français.

Dans la conjugaison du français, le participe passé sert à la formation des temps composés, et cette fonction essentiellement verbale n'implique pas d'accord par elle-même. Pour la plupart des verbes, le participe passé peut aussi servir d'adjectif verbal, et, dans cette fonction essentiellement adjectivale, il s'accorde en genre et en nombre avec l'objet qu'il qualifie, et auquel il se rapporte. Le problème vient de ce que le participe passé peut souvent superposer ces deux fonctions, conduisant à la question de son accord éventuel. Cet accord peut affecter la langue parlée et la langue écrite.

En français moderne, le participe en fonction d'adjectif se situe après l'objet qu'il qualifie (« des heures perdues »), alors que dans les temps composés, le groupe verbal comprenant le participe est placé avant un complément d'objet direct éventuel (« j’ai perdu des heures »). La règle pratique qui en découle pour l'accord est essentiellement que le participe s'accorde quand l'objet auquel il se rapporte est situé avant lui, et reste invariable quand il n'a pas d'objet, ou que cet objet lui fait suite.

Si le principe général paraît simple, son application à la variété des cas grammaticaux possibles demande parfois une analyse morphosyntaxique et une analyse sémantique poussées, car l'objet exact auquel se rattache sémantiquement un participe peut n'avoir qu'un rapport lointain avec l'énoncé immédiat.

Forme épithète et temps composés Participe utilisé comme adjectif verbal

En français, les verbes transitifs directs traduisent, d'une manière générale, une action, effectuée par un agent et portant sur un objet : « La fille chante des chansons » : agent (sujet) : la fille ; action (verbe) : chanter ; objet : des chansons. À chaque verbe de ce type correspondent deux participes, l'un permettant de qualifier l'agent (le participe présent), l'autre l'objet (le participe passé), qui peuvent l'un et l'autre être utilisés comme adjectif, épithète ou attributCf Grevisse, Le bon usage, §886 et suivants : Le participe.Cf Grevisse, Le bon usage, §889 et suivants : Le participe passé..

Le participe passé ne peut s'employer comme qualificatif que dans le cas de verbes transitifs directs (« les pains bien cuits ») ou dans le cas des quelques verbes intransitifs formant avec être leurs temps composés (« les gens nés avant 1980 »). Par nature, les participes passés des verbes intransitifs ou transitifs indirects ne peuvent pas qualifier un objet direct de ces verbes ; ces verbes peuvent être conjugués aux temps composés, mais leur participe passé est par nature invariable (sauf avec l'auxiliaire être) : « J'ai ri de toi », mais rien ni personne ne peut « être ri » – le verbe est intransitif. « J'ai adhéré à ce club » mais le club ne peut pas « être adhéré » – ce verbe est transitif indirect.

Dans leur emploi de qualificatif, les participes passés peuvent s'accorder régulièrement, comme tout adjectif.

C'est essentiellement cette forme d'emploi qui entraîne l'accord du participe passé.

Fonction épithète et passé composé vignette|Enfant écrivant devant sa petite sœur. Anker, 1875. Employé comme qualificatif, le participe passé s'accorde ; il peut subir des transformations variées, qui conduisent à des formes parallèles à celles des temps composés, où il ne s'accorde pas. Les formes correctes de la série sont : « Les mélodies célèbres sont chantées » : forme passive (en train d'être chantés) ou emploi comme attribut (ayant été chantés). « Les mélodies chantées sont célèbres » : emploi comme épithète. « Les mélodies chantées par la fille sont célèbres » : ajout d'un complément d'agent. « Les mélodies qui seront chantées par la fille sont célèbres » : ajout d'un marquage temporel (imposant de transformer la forme épithète en une proposition relative). « Les mélodies qui ont été chantées par la fille sont célèbres » : marquage temporel mis au passé composé ; ajout de l'auxiliaire avoir pour le passé composé régulier. « Les mélodies que la fille a chantées sont célèbres » : passage de la proposition relative à la voie active ; suppression de l'auxiliaire être par passage à la voie active. « La fille a chanté(-) des mélodies célèbres » : basculement du sujet principal de l'objet (les mélodies) vers l'agent (la fille) : l'accord avec l'objet de l'action est supprimé. « La fille a chanté(-) » : l'agent accomplit une action, l'objet de l'action n'est plus précisé. Pour un locuteur français, les formes 1 à 4 (avec accord) ne soulèvent généralement pas de question, et la forme 8 non plus (sans accord). La question de l'accord est centrée sur la ligne 6, où se rencontrent accidentellement le participe passé et un auxiliaire « avoir » : faut-il dire avec accord « Les mélodies que la fille a chantées », en parallèle avec la forme « Les mélodies chantées », ou faut-il dire sans accord « que la fille a chanté », en parallèle à « La fille a chanté des mélodies » ? La solution (depuis pratiquement cinq siècles) est la première.

Les difficultés de l'accord du participe passé sont d'une part l'identification des cas où l'objet qu'il qualifie est le sujet principal (cas où il s'accorde), et d'autre part, la détermination exacte de l'objet auquel il se rapporte.

Cas d'accord du participe vignette|La fleur, que tu m’avais jetée, dans ma prison m’était restée. (Carmen, de Bizet). En règle générale, le participe passé conjugué avec l'auxiliaire avoir s'accorde en genre et en nombre avec son objet direct quand celui-ci le précède ; il ne varie pas s'il est suivi de son objet direct, ou s'il n'en a pasCf Grevisse, Le bon usage, §907 et suivants : Accord du participe passé employé avec l'auxiliaire avoir.. Ainsi, lorsqu'une proposition relative est à la voix active, son objet étant sujet de la proposition principale : « La fleur, que tu m’avais jetée, dans ma prison m’était restée » (Carmen).

Avant d'être une « règle à appliquer », qui permettra de trancher plus finement différents cas, la question de l'accord du participe passé correspond à une nuance de sens et une différence de point de vue sur la manière d'articuler ces trois éléments, que sont l’agent et l’objet par rapport à l’action : « La fille a chanté des airs célèbres » Le sujet sur lequel porte le discours (et sujet grammatical de la proposition) est la fille. Par rapport à ce sujet, l'action de « chanter » est mise sous la forme d'un temps composé à la voie active (la fille a chanté), dès avant toute mention d'un éventuel objet. L'essentiel est dit : on pourrait s’arrêter à « la fille a chanté. » L'objet « des airs » n'est précisé que par la suite, en position normale de complément d'objet direct, c'est-à-dire derrière le groupe verbal.

« Les airs que la fille a chantés sont célèbres » Le sujet du discours est ici les airs. Par rapport à ce sujet, le participe passé « chanté » a une fonction épithète (les airs chantés sont célèbres), le sens de l'action qu'il représente est passif (les airs sont chantés), et il est placé derrière l'objet qu'il qualifie, en position normale d'épithète. L'essentiel est dit : ou pourrait s’arrêter à « les airs chantés sont célèbres. » La fille est complément d'agent du participe (se rapportant aux airs), et se présente (par ailleurs) comme le sujet grammatical de cette subordonnée à fonction épithète. La précision « …que la fille a… », qui s'articule par rapport à l'essentiel, n'est qu'un rôle second, incident. La fonction épithète implique un accord avec l'objet auquel se rapporte le participe passé.

L'accord en une règle unique vignette|Le mythe de Sisyphe - recherche de l'objet passif :Qu(i)est-ce qui est roulé?C'est la pierre qui est roulée (par Sisyphe).

Identification de l'objet sur lequel porte l'action Le participe passé (par exemple, « caractérisé ») cherche constamment à s’accorder comme un adjectif, il établit avec « le mot auquel il se rapporte » (qu'il caractérise) un rapport dont l'accord est la marque. Ce à quoi se rapporte le participe peut être identifié par une question unique, où le participe est en position d'attribut, « Qu(i)est-ce qui est [agi] ? », avec une réponse mise à la voix passive : « c'est [l'objet] qui est [agi] (par [l'agent]) » : « La fleur que tu m'avais jetée… » Qu'est-ce qui est jeté ? c'est la fleur qui est jetée (par toi). Si la question ne peut pas être formulée dans ces termes, ou n'a pas de sens, c'est généralement que le verbe correspondant à l'action ne peut pas être mis sous la forme passive. Dans ce cas, il n'y a pas d'accord, ce qui règle la question.

La question peut paraître boiteuse ou le verbe peut sembler changer de sens dans le cas des verbes essentiellement pronominaux, ou pronominaux « subjectifs », pour lesquels le pronom réfléchi ne peut pas être séparé du verbe sans en changer ou détruire le sens. Dans ce cas, la question discriminante doit également inclure le pronom réfléchi pour maintenir le sens réel de l'action : « Elles se sont abstenues de crier » Qu(i)est-ce qui *est abstenu (?) la question est incorrecte ; et doit être reformulée Qu(i)est-ce qui s’est abstenu conduit bien à l'objet de l'action (ici, "l'abstention"), qui s'applique de manière réfléchie à un objet ("elles-mêmes").

Détermination de l'accord Ce travail d'identification étant fait, et à condition de ne pas avoir fait de contre-sens à ce niveau, la règle de l'accord est simple : Le participe s'accorde avec l'objet auquel il se rapporte, Sauf quand sa relation à l'agent est « prioritaire » : la phrase est un passé composé, reliant l'agent au participe, et d'où l'objet éventuel — alors placé après son participe — est facultatif et peut être supprimé.

Démarche simplifiée La démarche correspond à la règle simplifiée proposée en 1838 par le grammairien : « Le participe, quel qu'il soit, s'accorde toujours avec le substantif exprimé ou sous-entendu placé avant lui, et répondant à la question qui est-ce qui ? Il reste invariable lorsque la réponse se trouve après lui, ou n'existe pas » D'après Marie-José Beguelin, Faut-il simplifier les règles d'accord du participe passé ?, Travaux neuchâtelois de linguistique, 2002, 37..

La « méthode Wilmet » reprend le même principe : lire la phrase dans l'ordre et s'arrêter au participe passé en se demandant « est-ce qu'on a déjà dit (écrit) ce qui (s') est [suit l'énonciation du participe] ? ». À cet instant, si l'on sait de quoi on parle, on accorde. Cette technique fonctionne dans la plupart des cas. Exemples : « Les pommes que j'ai mangées… » Quand on prononce "mangées", on sait qu'on parle des pommes → On a déjà écrit ce qui est mangé ⇒ on accorde « Jenny a acheté… » En lisant "acheté", on ne sait pas encore de quoi on parle → On n'a pas encore écrit ce qui a été acheté ⇒ on n'accorde pas.

Cas où la simplification ne marche pas Cette méthode ne fonctionne évidemment pas dans les cas où, bien que le pronom soit avant le participe, l'objet réel est repoussé derrière le participe passé par un effet de style : « Mais je les ai mangées, ces pommes! » : au moment où on écrit mangé(es?), les pommes ne sont pas encore mentionnées. L'accord doit néanmoins se faire. Enfin la règle semble, à première vue, ne pas fonctionner dans le cas d'un participe passé suivi d'un verbe à l'infinitif où le sujet subit l'action indiquée par l'infinitif : « Les objets que nous avons choisi d’exposer sont à votre entière disposition.. » : on pourrait croire que ce sont les objets qui sont choisis, et qu'il faut donc accorder. Mais ce qui est choisi, ce ne sont pas les objets, mais c'est d'exposer les objets. Donc aucun accord à faire.

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