vignette|Le Progrès, sculpture allégorique de Miguel Ángel Trilles, parc du Retiro, Madrid (1922). Derrière lui, Pégase, symbole de la vitesse. Les trois femmes symbolisent la littérature, l'industrie et le commerce et les arts. vignette|Au début du , certains artistes se livrent à un véritable éloge du progrès, notamment les futuristes italiens. Ici, une œuvre de Luigi Russolo, Dynamisme d'une voiture, 1913. vignette|Graphique illustrant la loi de Moore et la notion de progrès accéléré. Les points indiquent en ordonnées le nombre d'années séparant la conception d'une invention et son utilisation par le quart de la population des États-Unis. vignette|Alors que la notion de progrès est traditionnellement associée à l'idée de domination de la nature par l'homme, le développement de l'intelligence artificielle suscite une question au : peut-on et doit-on craindre ou espérer que celle-ci dépasse un jour en capacité les compétences « naturelles » de l'homme ?Illustration : prototype de l'équipement en IA Watson, d'IBM, 2011.
Le progrès est le processus évolutif orienté vers un achèvement : l'idéal. Le concept de progrès, popularisé au , s'appuie sur l'idée sous-jacente d'un sens à l'histoire. Cette notion s'observe dès l'Antiquité et sa définition a évolué au fil des différents paradigmes intellectuels.
Premières occurrences du terme
Étymologie
Le mot progrès est issu du latin (de pro : « en avant » et gressus : « marche », « démarche »), dont la traduction littérale est « marche en avant », notamment au sens militaire, sans idée d’amélioration.. Le terme progressus en latin peut également désigner, au sens figuré, un accroissement (progressus aetatis : « progrès de l'âge ») ou un développement (progressus facere in studiis : « faire des progrès dans les études »)..
Jusqu'au début du , selon l'historien des sciences Wolf Feuerhahn, le terme est toujours associé à un domaine spécifique : .
Origine dans la culture française
La première occurrence du terme progrès en français remonte au . Il s'agit d'une traduction littérale du mot latin « progressus » que Rabelais emploie en 1546 dans Le Tiers Livre pour qualifier l'idée d'avancement ou de développement d'une action « vers le mieux »Rabelais, Le Tiers Livre, XXV, éd. Screech, . En 1588, Montaigne lui confère le sens d'une transformation graduelle « vers le mieux », avec une connotation moraleMontaigne, Essais, éd. P. Villey, Paris, PUF, édition, 1965, II 12, .. En latin (pour le sens figuré), comme dans les premières occurrences françaises, le terme de « progrès » a donc une connotation positive. vignette|redresse=.5|Page de couverture de lEsquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain de Condorcet.
Pour le politologue Pierre-André Taguieff, Francis Bacon apporte une dimension temporelle au terme :
Critique du progrès
Selon le Dictionnaire d'économie et de Sciences sociales (1993), le terme est à la source d'ambiguïtés, voire de confusionsCD Echaudemaison, Dictionnaire d'économie et de Sciences sociales, Nathan Paris, 1993 :
De fait, depuis son émergence au , le terme a été très diversement interprété, évoluant de l'éloge à la critique acerbe.
Histoire de la notion jusqu'au
La notion de progrès a été diversement interprétée selon les époques, mais peut globalement se comprendre comme une combinaison de « progrès moral »C. Ulises Moulines, La notion de progrès scientifique et ses problèmes épistémologiques, article dans « Le Philosophoire » 2011 (cairn lire en ligne, consulté le 19 janvier 2023). Sophie Wahnich, Critique du progrès article dans « Vacarme » 2010, (cairn lire en ligne, consulté le 19 janvier 2023). Raymond Boudon, Chapitre IV - Y a-t-il un progrès moral?, article dans « Croire et savoir », 2012 (cairn présentation en ligne, consulté le 19 janvier 2023). Norberto Bobbio, Progrès scientifique et progrès moral article dans « Cités », 2001, (cairn lire en ligne, consulté le 19 janvier 2023). , « progrès social », « progrès scientifique », « progrès technique », « progrès spirituel » et - à partir du - de « progrès économique » (on parle alors plutôt de « croissance économique »).
Toutefois, elle ne naît pas ex nihilo mais a partie liée avec celle d'évolution. Il y a lieu donc de remonter non seulement aux origines mêmes de l'histoire de l'humanité mais aussi à ce qui précède celle-ciRobert Bouchez et Claire Laurent, « L'homme et l'invention », in Jean Poirier (dir.), Histoire des mœurs, tome 3 La pléiade, 1990. (Cité par Jean-Marc Tonizzo, « L'homme et l'invention », 2001, site MU lire en ligne, consulté le 19 janvier 2023)..
Avant l'humanité vignette|redresse=.7|Schéma caricatural inexact de la Marche du Progrès, telle qu'imaginée en 1965 par le paléoanthropologue Francis Clark Howell.
Pour cette période, la notion de progrès n'a vraiment été débattue qu'à partir du , avec la nouvelle conception de ce qu'est un progrès à l'époque, notamment après 1859, quand le paléontologue Charles Darwin a fait connaître ses théories sur la sélection naturelle et l'évolution des espèces et que le questionnement sur les origines de l'humanité est devenu de plus en plus collectif : la fameuse phrase « l'homme descend du singe » (qui caricature la pensée de Darwin mais qui n'est pas de lui) a choqué un moment bon nombre de gens et, encore aujourd'hui, au-delà des milieux créationnistes, reste débattue. Afin d'évaluer la différence d'échelle entre « évolution » (biologique) et « progrès » (culturel), « pour comprendre notre nature, notre histoire et notre psychologie, il nous faut entrer dans la mentalité de nos ancêtres chasseurs-cueilleursYuval Noah Harari, Sapiens : Une brève histoire de l'humanité, Albin Michel, 2015, . Édition originale en hébreu, 2011 » et même rappeler brièvement quelques données relatives à la vie sur Terre avant l'apparition de l'homme"Le long chemin de l'évolution", in Atlas de l'origine de l'homme, Comprendre les sciences, décembre 2017, .
Préhistoire
À la préhistoire avec l'invention d'objets par l'homme, la distinction avec les autres groupes d'animaux se fait ; naissance de l'artisanat, progrès dans le mode de vie. Une progression se fait par l'invention de l'art : l'art rupestre et l'art d'enterrer les morts) ; À cause de sa large diffusion, progrès non discuté sur l'évolution du groupe humain rassemblé, mais problématique encore au sur ce que cela représente : peut-être un repère temps, ou des repères de ressources.
Antiquité
Civilisation post-préhistorique sumérienne
Progrès non discuté par l'apport de l'écriture, de la numération sur des groupes humains qui se sédentarisent. Et apport de la musique jouée et écrite. La guerre est alors définie comme un système de régulation de conflit entre groupes armés associant le progrès technique acquis sur les armes et engins qui servent à se déplacer : cela sera l'art de la guerre comportant les chants guerriers. L'échange d'objets existe pour les sédentaires ce qui progressera vers le commerce.
Civilisation grecque
vignette|redresse=.5|Buste d'un philosophe parfois attribué à Hésiode.
Alors que sont établies différentes structures de pensée correspondant à la progression des Villes-états et leurs moyens économiques, progression relativement semblable dans les régions-nations d'Inde, de Chine, d'Arabie et du pourtour méditerranéenJulien Zurbach (Membre scientifique de l'École française d'Athènes, ENS Histoire), Les hommes, la terre et la dette en Grèce, ca 1400 - ca 500 aC, Ausonius Eds collection Scripta Antiqua, 2022, 825 p. (avec article dans « Cause commune », il n'y a pas de miracle grec, 2018, (lire en ligne, consulté le 20 janvier 2023) . Pour l'Occident, la culture grecque est majeure. L'historien Jacques Le Goff voit dans les poèmes didactiques d'Hésiode () les premières grandes réflexions sur l'évolution de l'humanitéJacques Le Goff, "Progresso/reazione", Enciclopedia Einaudi, Turin, 1977-1982.
La figure de Prométhée sera régulièrement interprétée comme emblématique de la malédiction qui résulte de toute volonté de puissance et des risques que celle-ci, immanquablement, fait courir à l'humanitéSuzanne Said, "Le Prométhée enchaîné, un hymne au progrès ?" L'information grammaticale, , 1984, Sylvie Mullie-Chatard, De Prométhée au mythe du progrès. Mythologie de l'idéal progressiste, L'Harmattan, 2005.
vignette|redresse=.5|Le Dieu de l'Artémision,
En Grèce, un renversement des valeurs se produit entre le et le Les sciences grecques constituent l'expression d'une véritable pensée rationnelle et logique, elle-même fondée sur la capacité d'abstraction. La période des Présocratiques premiers philosophes marque le passage de la pensée mythique à la raison par la maitrise de soi : à la place des légendes expliquant la création du monde ou les phénomènes naturels, on formule des théories avec des arguments qui sont dans une logique définissant le corps civique. Du reste, Thalès, Pythagore, Héraclite, Parménide, Hippocrate, Démocrite sont à la fois mathématiciens, physiciens aussi bien que médecins : sciences et philosophie s'alimentent respectivement, au point qu'il est difficile d'établir une frontière entre les deux domaines. Il est d'usage de qualifier de « miracle grec » cette fusion, explications de l'invention des voyelles, de la progression de l'économie marchande, et du progrès dans l'art de la guerre par l'esclavagisme..vignette|redresse=.5|Aristote s'efforce de concilier la réflexion sur la pensée humaine et la connaissance scientifique du monde sensible.
Se fondant sur les recherches de l'historien des sciences Abel Rey, Jacques Ellul considère que, chez les Grecs, à la différence notable de ce que l'on observera plus tard dans la civilisation romaine, le progrès scientifique ne s'accompagne nullement d'un progrès technique ; du moins, pas dans les mêmes proportions :
Civilisation romaine Née au avec la fondation de Rome et son patriarcat, la civilisation romaine s'est manifestée sous trois régimes successifs :
La monarchie (jusqu'au ) ; La République (du ), caractérisée par une séparation des pouvoirs législatif et exécutif ainsi que par un système juridique élaboré et une administration très hiérarchisée ; L'Empire (du ), période durant laquelle les Romains dominent l'ensemble du monde méditerranéen et de l'Europe de l'Ouest par la conquête militaire, puis l'assimilation des élites locales avec l'obligation pour celles-ci d'une conception du monde nouvelle (langage, écriture, monnaie). vignette|redresse=.5|Buste de Cicéron.
L'idée de progrès émerge principalement durant la République, soit du au , selon Antoinette Novara (il devient un dignitaire de l'institution romaine selon l'idée de l'autorité acquise et pas selon le concept actuel de dignité) avec .
Pour A. Novara, tout d'abord Ennius . L'idée réapparait chez Caton l'Ancien par l'équilibre des « trois pouvoirs » indépendants, une constitution de la République décrite dans Origines. Et Lucilius de son côté rend compte de « progrès de la raison dans la mentalité religieuse en tant que fondement du développement moral et de l'avancement dans la vertu ». A. Novara reprend la notion de progrès vécu et déclaré dans les écrits de Cicéron, Lucrèce, Varron, Salluste, Horace, Virgile .