La basilique Saint-Sernin est le plus important édifice religieux catholique de Toulouse, chef-lieu de la région Occitanie. Elle se situe au cœur de la place du même nom. C'est une des plus grandes églises romanes conservées en Europe, avec la cathédrale de Spire, en Allemagne, et la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle, en Espagne.
Elle est bâtie à la fin du pour abriter les reliques du premier évêque de Toulouse, saint Saturnin (Sarnin ou Sernin en occitan), l'un des premiers et plus vénérés martyrs chrétiens gallo-romains. Au milieu du , Saturnin aurait été à la tête de la première communauté chrétienne de la Tolosa antique. Le , il aurait été pris à partie par des païens au pied du Capitolium (emplacement de l'actuelle place Étienne-Esquirol) : ayant refusé de sacrifier à Jupiter, il aurait été attaché à un taureau et traîné le long du cardo jusqu'à l'emplacement actuel de l'église Notre-Dame du Taur. Deux jeunes filles, les « saintes Puelles », auraient enterré le saint sur place. La « découverte » du corps du saint par l'évêque Hilaire au , puis la construction d'un sanctuaire par les évêques Silve et Exupère au début du siècle suivant, participent d'une première dévotion pour le martyr. Au cours du Moyen Âge, avec le développement du culte des saints, le sanctuaire devient l'un des plus importants centres de pèlerinage de l'Occident médiéval, alors même que la ville devient une étape importante pour les pèlerins sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle.
L'importance de Saint-Sernin se ressent, dès le Moyen Âge, dans la place qu'elle occupe dans les luttes de pouvoir qui traversent la ville, mais aussi dans son influence considérable sur la croissance et l'urbanisme de Toulouse, et encore sur la floraison des arts. La communauté de chanoines, constituée au plus tard au , forme le cœur vivant d'une puissante abbaye qui accumule les richesses grâce aux donations des Toulousains et des pèlerins, mais aussi par l'exploitation de ses nombreuses propriétés. Elle s'entoure de nombreux vassaux et obtient la protection de puissants seigneurs. La rivalité entre les chanoines de l'abbaye Saint-Sernin et les autres pouvoirs de la ville – le comte de Toulouse puis le roi de France, et leurs représentants ; l'évêque et le chapitre de la cathédrale Saint-Étienne ; les consuls et les représentants de la ville – sont au Moyen Âge une des dynamiques les plus puissantes de la politique toulousaine et méridionale. Parallèlement, la croissance du bourg Saint-Sernin qui se constitue autour de l'enclos abbatial, est un des enjeux de l'organisation et de la structure de la ville de Toulouse au Moyen Âge.
De plus, le chantier de la nouvelle église, lancé à la fin du , et qui dure plus d'un siècle, est non seulement le signe de la puissance de l'abbaye, mais aussi un formidable moteur pour le développement de l'architecture, de la sculpture et de la peinture romanes dans le Midi de la France. Son plan architectural en fait l'archétype des grandes églises de pèlerinage, où les pèlerins peuvent circuler pour vénérer les reliques sans déranger la messe se tenant dans la nef. La basilique, qui conserve 260 chapiteaux romansGeorges Duby et Jean-Luc Daval, La sculpture. De l'Antiquité au , éd. Taschen, 2010, ., reste l'un des plus beaux témoins de l'architecture romane méridionale.
Après la Révolution française, et malgré la destruction du cloître et de la plupart des bâtiments abbatiaux entre 1804 et 1808, le caractère exceptionnel de la basilique Saint-Sernin est rapidement reconnu. L'église elle-même est mise au cœur de la nouvelle place que l'architecte Urbain Vitry lui aménage comme un écrin. Elle fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1840.. Elle est également inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France depuis 1998Classement à l'UNESCO des Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France, document d'évaluation de l'ICOMOS (lire en ligne)..
La basilique Saint Sernin reste le monument le plus visité de la ville, reconnue pour sa valeur patrimoniale exceptionnelle. Elle est d'ailleurs toujours au cœur de débats quant à sa mise en valeur. Elle est par ailleurs réputée pour ses cent vingt huit reliques (dont celles de six apôtres), qui en font l'église de France possédant le plus grand nombre de reliques (la seconde église au monde qui en possède le plus, après le Vatican).
Histoire Édifices primitifs paléochrétiens () La construction des premiers sanctuaires () Le récit de la Passion de saint Saturnin, connu par un manuscrit de l'abbaye de Moissac daté du , rapporte que le corps de Saturnin aurait été découvert par l'évêque Hilaire qui, ayant refusé de déplacer le cercueil, aurait fait bâtir un sanctuaireCabau 2001, .. Il faudrait dater la construction de ce premier martyrium paléochrétien de la première moitié du , entre 314 et 356Cabau 1999, ., alors que le christianisme devient une religion légale et privilégiée, mais que le paganisme reste majoritaire et vivantCazes 2008, .. Il y a cependant un débat sur l'emplacement de la sépulture de Saturnin et il est donc difficile de trancher sur l'emplacement de ce premier sanctuaire – église Notre-Dame du Taur ou basilique Saint-Sernin. La tradition veut que les saintes Puelles aient enterré l'évêque à l'emplacement de la future église Notre-Dame du Taur, mais elle ne semble pas remonter au-delà du . De plus, les fouilles menées dans cette église en 1969-1970 n'ont révélé aucune trace de sanctuaire paléochrétienPierre Gérard et Jean Rocacher, Aux origines de la paroisse du Taur de Toulouse, Éditions de L'Auta, Toulouse, 1993..
vignette|La crypte, sous le sol de laquelle se trouvent les restes de l'abside de la deuxième basilique.
Le récit de la Passion de saint Saturnin affirme ensuite qu'une nécropole se serait développé autour du premier sanctuaire, poussant les successeurs d'Hilaire, l'évêque Silve, puis l'évêque Exupère, à construire un sanctuaire plus grand. Si l'évêque Silve n'est connu que par le texte de la Passion de saint Saturnin, on sait qu'il était le prédécesseur d'Exupère, connu par d'autres sources et en poste au moins à partir de 405Cazes 2008, .. La datation de cette construction est liée aux débats théologiques qui opposent à la même époque le prêtre Vigilance, qui serait originaire de Calagurris des Convènes, et saint Jérôme. En 404, deux prêtres demandent à Jérôme d'intervenir pour combattre les idées de Vigilance, hostile à la vie monastique, au célibat des prêtres et des diacres, et surtout au développement du culte des martyrs – cette critique semble liée au succès du culte qui entoure la sépulture de Saturnin. En 406, Jérôme répond à Vigilance par son Liber contra Vigilantium, où il défend le culte des martyrs et attaque personnellement VigilanceVoir le texte original et la traduction de ce traité sur le site de Philippe Remacle.. Ce débat qui trouble les communautés chrétiennes du sud de la Gaule expliquerait peut-être les précautions prises par l'évêque Exupère.
C'est sans doute à l'occasion de la cérémonie de translation organisée par Exupère (et commémorée ensuite tous les ) que le corps de Saturnin est C'est l'historien dominicain Bernard Guy qui, en 1313-1316, rappelle le résultat des creusements effectués dans le sol de l'abside majeure de l'église le 6 septembre 1258 (découverte du tombeau de Saturnin) et le 3 octobre 1265 (découverte des tombeaux de quatre autres saints, les trois évêques Honoré, Silve et Hilaire, ainsi que Papoul, compagnon de Saturnin).Patrice Cabau, « De saint Saturnin à Saint-Sernin », Mémoires de la Société Archéologique du Midi de la France, tome LXI, 2001, ., probablement pour éviter Guillaume Catel, Mémoires de l'histoire du Languedoc, 1633.. Il ne reste de ce sanctuaire qu'un pilier de marbre gris, replacé au centre de la salle principale des cryptes inférieures, ainsi que le bas du mur de l'abside, découvert lors des travaux de restauration des cryptes en 1969. C'est un mur semi-circulaire de de diamètre, d'une épaisseur de et conservé sur une hauteur de , peut-être « la paroi orientale d'un transept ou de la nef de la basilique »Cazes 2008, ..
La nécropole paléochrétienne vignette|Un four à chaux découvert dans le sous-sol du musée Saint-Raymond. vignette|Le sarcophage paléochrétien du « comte de l'An mil ».
Les terrains au nord de la Porterie (la porte nord de la Toulouse romaine, emplacement de l'actuelle place du Capitole) servaient de nécropole depuis le premier siècle de notre èreCazes 2008, .. Le tombeau de Saturnin favorise à fin du la constitution d'une nécropole spécifiquement chrétienne, très dense sur le côté sud du sanctuaire et s'étendant sous une bonne partie du quartier de l'actuelle rue du Taur. La fouille la plus aboutie jusqu'ici a eu lieu en 1994-1996 dans le sous-sol du musée Saint-Raymond, où ont été découverts de grands sarcophages de marbre des . Les inhumations cessent dans cette zone au début du , époque où a pu être creusé le grand fossé ovale autour de la basilique qui délimite ensuite le territoire de l'abbaye.
Les quatre sarcophages utilisés aux pour abriter les restes de plusieurs membres de la famille comtale et qui ont été finalement placés au dans l'enfeu des comtes de Toulouse, sont sans doute issus de cette nécropole paléochrétienne et typiques des « sarcophages d'Aquitaine » : des sarcophages en marbre, richement décorés, dont le principal atelier de production se situait peut-être dans les limites de la nécropole. Depuis le , Toulouse était en effet régulièrement alimentée par la Garonne en marbres des Pyrénées. Un four à chaux de la fin du , fouillé en 1995 dans le sous-sol du musée Saint-Raymond, abandonné brutalement avec son dernier chargement de marbre au cours du , aurait pu faire partie de cet atelier, représentatif du développement de la nécropole au temps des évêques Silve et Exupère.
Les « siècles obscurs » (du Ve au XIe siècle) On ne sait « pratiquement rien » de la basilique entre sa construction au début du et le Cazes 2008, .. C'est pourtant à cette époque que se constitue autour du sanctuaire une communauté de religieux qui suivent la règle de saint Augustin. Elle a déjà, au , une certaine importance. En 844, le « monastère de saint Saturnin martyr » est l'une des trois églises toulousaines (avec la cathédrale et La Daurade) à bénéficier du privilège de l'immunité, confirmé par le roi des Francs Charles le Chauve, qui séjourne dans la ville lors de la guerre qu'il mène contre son neveu Pépin II d'AquitaineGérard, 1999, .. L'église et son monastère sont entourés d'un fossé qui délimite le territoire du saint et l'enclos du monastère, qui est cependant isolé de la cité de Toulouse, au milieu d'un paysage qui reste profondément rural. Des analyses de pollens menées en 1996 sur le mortier utilisé lors de l'inhumation du « comte de l'An Mil » témoignent d'« un environnement de type péri-urbain », caractérisé par « un paysage déboisé avec des bosquets de chênes à feuillage caduc et de noisetiers, comportant un peu de chêne vert, de châtaignier et de frêne », des noyers et de la vigne, des prairies, des champs de céréalesÉric Crubézy et Christine Dieulafait (dir.), Le comte de l'An Mil, coll. Suppléments Aquitania, , Bordeaux, 1996, ..
Construction de la basilique romane () Le lancement du chantier et le conflit avec l'évêque Isarn vignette|Durand de Bredon, abbé de Moissac et évêque de Toulouse (pilier du cloitre de Moissac).