vignette|300px|Les anciens gouvernements de France (1789). vignette|300px|Les gouvernements militaires et les pays d'états de l'Ancien Régime (couleurs) par rapport à la division administrative actuelle (frontières orange, roses et violettes).

Le territoire du royaume de France sous l'Ancien Régime (période des Temps modernes, de la fin du Moyen Âge à 1789) est divisé en entités administratives variables selon leur domaine de compétence : les circonscriptions administratives, judiciaires, militaires, religieuses, etc. dont relève un lieu donné (village ou ville) ont des chefs-lieux et des territoires le plus souvent différents.

Une vision rétrospective parle de « province » pour les subdivisions du royaume, mais aucune entité politique principale n’a officiellement ce titre sous l’ancien régime (voir plus bas pour précisions).

Ce système, encore imprégné par la féodalité, est démantelé en 1790 par l'Assemblée nationale constituante, qui crée un découpage hiérarchisé (commune, canton, district, département) et homogène (par exemple, le département est aussi le cadre du diocèse), encore présent de nos jours.

Les principales circonscriptions de l'Ancien Régime sont : dans le domaine administratif, les généralités (responsabilités des intendants), mais aussi les bailliages et sénéchaussées ; dans le domaine judiciaire, les ressorts de parlements : parlements de Paris, de Bordeaux, de Toulouse, de Dijon, du Dauphiné, etc. dans le domaine militaire, les gouvernements généraux (responsabilités des gouverneurs), par exemple : Languedoc, Normandie, Guyenne, etc., dans le domaine religieux, qui relève de l'Église catholique, mais qui est elle-même liée au royaume de France par un concordat, les diocèses et archidiocèses (responsabilités des évêques et archevêques).

À ces circonscriptions relativement rationnelles s'ajoutent celles qui sont issues de l'époque féodale, encore très prégnantes au , leur rôle diminuant par la suite : les différents fiefs dans lesquels s'exerce le pouvoir de seigneurs plus ou moins puissants (au , le duché de Nevers est un grand fief que ne détient pas encore le roi de France, mais il en existe beaucoup de moindre importance).

Il n'existe pas à cette époque d'entités portant officiellement le nom de (sauf dans certains ordres religieux catholiques). C'est après la Révolution que des interprétations ont assimilé les gouvernements militaires à des provinces historiques et culturelles. Or la coïncidence des limites des gouvernements avec ces « provinces » n'est pas toujours impeccable (par exemple le gouvernement du Languedoc ne représente qu'une fraction limitée de l'aire de distribution de la langue d'oc, dont il tire pourtant son nom). Cela a constitué une source de confusion quant aux limites de certaines provincesMaxime de Sars, « Les limites de la Haute-Picardie », Société historique de Haute-Pïcardie, 1922, p. 1-6 :

« L' "ancienne" France n'a jamais connu trente-deux provinces. Au point de vue administratif, elle était divisée en généralités, portant tantôt le nom de leur capitale, tantôt celui d'une province ; au point de vue militaire, en gouvernements généraux, prenant tous le nom d'une province. Mais toutes ces circonscriptions avaient un caractère arbitraire ; leurs délimitations variaient suivant les besoins de chaque siècle. Officiellement il n'y avait pas de provinces tout au moins jusqu'à la grande réforme de 1787, qui accorda aux généralités qui en étaient dépourvues le droit d'élire des assemblées délibérantes.

Elles prirent le titre de province. C'est ainsi que pendant trois ans la généralité de Soissons, composée artificiellement, deux siècles en çà, des élections de Soissons, Laon, Guise, Noyon, Crépy-en-Valois, Clermont et Château - Thierry, s'appela la province du Soissonnais.

Les cartes officielles, auxquelles il est fait allusion plus haut, paraissent ignorer cette grande révolution pacifique, comme la plupart des manuels d'histoire du reste. Trompées par la similitude de noms, sous la rubrique de provinces, elles nous donnent les limites des gouvernements militaires. Sans doute province et gouvernement voyaient généralement leurs limites se confondre ; mais au cours des temps, des modifications sont survenues..

Aujourd'hui, le terme de continue d'être utilisé, malgré certaines réticences, qui lui font parfois préférer le terme de « régions », considéré comme moins condescendant, pour désigner les ensembles géographiques régionaux qui conservent une identité culturelle et linguistique, notamment dans la littérature touristique.

Emprunté aux institutions romaines, les conquêtes étant divisées dès l'époque de la République en provinciae (notamment la Provincia romana, la Provence), le mot « province » apparait en français au et n'a cessé ensuite de se diffuser tant dans les actes officiels que dans l'usage commun. Quel que soit le siècle ou le dictionnaire consulté, la définition du mot reste souvent floue, en raison de la coexistence de plusieurs systèmes de découpages territoriaux sous l'Ancien Régime.

Certains géographes du , comme Onésime Reclus, ont critiqué la notion de « provinces » et d'« identités provinciales », niant parfois qu'elle corresponde à quelque réalité tangible que ce soit. De fait, les multiples listes et cartes dénombrant les provinces de France ne sont ni parfaitement superposables ni exactement comparables. Cependant, la toponymie d'un bon nombre de subdivisions territoriales de l'Ancien régime renvoie aux civitates gauloises de l'Empire romainLes civitates de la Gaule romains correspondent en général approximativement au diocèses de l'Ancien Régime, pas aux gouvernements militaires, ni aux « provinces » du ..

Essai de définition : il s’agit d’un territoire, en général de grande étendue, dont les habitants se reconnaissent des origines, des mœurs, des usages, des langues et des institutions communes. Ces territoires disposent de statuts, de coutumes et de privilèges particuliers, différents de ceux en usage dans d'autres provinces. La province est en général formée de la réunion de pays (les anciens pagi de la Gaule romaine), comprend souvent plusieurs grandes villes et est souvent décrite comme composée d'une partie « haute » (plus proche de Paris) et « basse » (plus éloignée), notamment en Bretagne.

Avant la Révolution, la France était constituée de circonscriptions territoriales issues de l'histoire, de la géographie et du peuplement qui étaient différentes et correspondaient à des catégories différentes selon les différents pouvoirs qui s'y exerçaient. Il y avait ainsi des métropoles, diocèses, duchés, baronnies, gouvernements, États, élections, généralités, intendances, parlements, pays, bailliages, sénéchaussées ; chacune de ces catégories pouvait emprunter le nom d'une province, sans recouvrir la même étendue géographique. Ainsi, le ressort du parlement d'ArtoisIl n'existe pas de « Parlement d'Artois » ou d'Arras sous l'Ancien Régime ! ne correspondait pas au même territoire que le gouvernement d'Artois ou que l'intendance d'Artois.

Provinces issues des périodes gauloise et gallo-romaine Les cités gauloises vignette|Les différentes parties de la Gaule (58 ).

La Gaule était occupée par cinquante-quatre peuples principaux et plus d'une centaine de peuples particuliers (300 selon Flavius Josèphe), parfois très différents de mœurs. Jules César appelle chacun de ces états indépendants civitas (« cité », sans que le mot se réfère à l'idée de ville ou de bourg), certains étant subdivisés en pagi. De nombreux petits peuples gaulois étaient clients de leurs voisins, donc sous leur dépendance, leur payant parfois tribut. Ces confédérations, dont les plus connues sont celles des Arvernes, des Éduens, des Armoricains, forment en quelque sorte des provinces avant la réorganisation romaine.

Les cités gauloises, avec leur territoire et leur nom qui a été donné à leur chef-lieu, sont devenues sous le Bas Empire les diocèses ; leur statut de mainmorte les ayant fait échapper au partage des domaines patrimoniaux explique leur conservation presque intacts jusqu'à la fin de l'Ancien Régime. Ces circonscriptions ont par la suite été reprises et en partie regroupées pour constituer les généralités, puis les départements, mais en remplaçant leurs anciens noms ethniques (par exemple le Poitou = pays des Pictons, l'Auvergne = pays des Arvernes, le Rouergue = pays des Ruthènes, Périgord = pays des Pétrocores, etc.) par un nom de géographie physique (donnant respectivement les départements de la Vienne, du Puy-de-Dôme, de l'Aveyron, de la Dordogne, etc.).

La Gaule sous l'Empire romain : provinces et cités L'étymologie latine du terme provincia nous renseigne sur son sens premier : pro vincere, d'avance conquis.

Dans son livre La Guerre des Gaules, César dit que la Gaule chevelue (Gallia comata), hors la province de Narbonnaise (provincia romana) conquise dès - 120 (chef-lieu : Narbonne), est divisée en trois ensembles : la Celtique entre la Garonne et la Seine, la Belgique au nord de la Seine, l'Aquitaine au sud de la Garonne.

Les trois provinces de la Gaule conquise par César Après la conquête (de - 58 à - 52), la Gaule chevelue est d'abord dirigée par un gouverneur établi à Lyon (Lugdunum), ville crééeIl n'y avait aux alentours du confluent Saône-Rhône qu'un village gaulois situé à Vaise. Munatius crée la colonie de droit romain de Lyon pour héberger des vétérans de la guerre de César contre Pompée, refusés par la cité de Vienne, située en Narbonnaise. en -43 par le premier d'entre eux, Lucius Munatius Plancus.

C'est sous Auguste que la Gaule chevelue est divisée en trois provinciae : la Lyonnaise (chef-lieu : Lyon) entre la Loire et la Seine ; la Belgique (chef-lieu : Reims) ; l'Aquitaine au sud de la Loire (chef-lieu : Saintes, puis Bordeaux), donc beaucoup plus étendue que l'Aquitaine gauloise.

Lyon est aussi le centre de l'ensemble formé par les trois provinces, désigné par la formule « les Trois Gaules » (Tres Galliae) : c'est là que chaque année sont réunis les délégués des 65 civitates (cités) gauloises, principalement pour rendre hommage à Rome et à l'empereur.

Administration des provinces et des cités Les provinces sont administrés par des gouverneurs romains (proconsuls ou propréteurs) désignés par l'empereur, alors que le gouverneur de la provincia romana est désigné par le Sénat.

Les cités sont administrées par les décurions, notables issus des rangs de la noblesse gauloise ralliée à l'empire, qui bénéficient d'une possibilité d'accès à la citoyenneté romaine (civitas romana).

Le nombre de provinces augmente fortement durant les cinq siècles de l'Empire romain : à la fin du , au lieu des trois provinces d'Auguste, on trouve douze provinces, regroupées en diocèses au sein de la préfecture du prétoire des Gaules : et Germanie, Séquanaise (Germanie 3), , , et Lyonnaise, et Aquitaine, Novempopulanie (Aquitaine 3), et Belgique.

L'ancienne Narbonnaise est divisée entre : et Narbonnaise, Viennoise, Alpes cottiennes, Alpes maritimes, Alpes grées et Alpes pennines.

Un autre changement important est qu'en 212, tous les hommes libres de l'empire deviennent citoyens romains (édit de Caracalla).

Traces des cités et des provinces romaines Les provinces romaines ont laissé une trace principalement en ce qui concerne l'Aquitaine (à l'origine des provinces de Guyenne et de Gascogne) et à un moindre degré la Belgique.

Le nom Belgica tombe en désuétude au Moyen Âge, mais est repris par les humanistes à la Renaissance et devient ensuite un emblème du patriotisme des Pays-Bas méridionaux, notamment en 1789 avec la révolution antiautrichienne des États belgiques unis, puis en 1830, avec la sécession de la Belgique par rapport au royaume uni des Pays-Bas créé en 1815.