thumb|upright=1.3|Vue aérienne de l'abbaye. Labbaye Saint-Wandrille, anciennement abbaye de Fontenelle, est une abbaye bénédictine de la congrégation de Solesmes située dans l'ancienne commune française de Saint-Wandrille-Rançon au sein de la commune nouvelle de Rives-en-Seine, dans le département français de la Seine-Maritime, en région Normandie. Fondée en 649, sur la rive droite de la Seine, l'abbaye a connu une longue histoire marquée par trois grandes périodes de saccages et de destructions : celles liées aux incursions des Vikings, puis celles engendrées par les guerres de Religion, et enfin celles consécutives à la Révolution française. C'est encore aujourd'hui une abbaye de moines bénédictins.
L'abbaye fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par liste de 1862 et par arrêtés des et ..
Historique De la fondation du monastère de Fontenelle aux incursions vikings (649-858) Lieux de Fontenelle.
Avant la fondation de l'abbaye, il y aurait eu un domaine gallo-romain. L'ancien nom du ruisseau aujourd'hui dénommé Fontenelle, demeure inconnu, où un moulin aurait été construit. Le , le domaine fut concédé au roi Dagobert à titre personnel, puis confirmé par , le . Le domaine fut alors abandonné, et l'acte de vente des droits fut passé à Compiègne le par le neveu de saint Wandrille, saint Gond (ou Godon), qui fut ermite en Brie, puis fondateur de l'abbaye Saint-Pierre-d'Oyes en Champagne, avant de mourir vers 690. Le , ratifia la vente, et transféra aux religieux les droits.
vignette|Pavillon classique et emplacement de l'ancien porche d'entrée de l'église Saint-Pierre. Fondation de l'abbaye Saint Wandrille fonde en 649 une abbaye qu'il baptise peut-être lui-même Fontenelle (attesté sous la forme latinisée Fontanella) en référence au ruisseau qui la traverse, le nom s'appliquera peut-être au ruisseau par la suite. La terre est concédée par Erchinoald, maire du palais de Neustrie.. De 650 à 668, saint Wandrille et les moines construisent les bâtiments et les églises Saint-Pierre, Saint-Paul, Saint-Laurent, Saint-Amand, Saint-Saturnin et, possiblement, de Saint-Pancrace et Notre-Dame de Caillouville, ainsi qu'une bibliothèque, contenant les œuvres de saint (rapportées de Rome par saint Gond), ainsi que la règle de saint Colomban.. Du temps de saint Wandrille l'abbaye se démarque en n'acceptant pas de donations hormis la dot dont les moines disposent à leur entrée dans l'établissement..
De 678 à 690, saint Ansbert, nouvel abbé de l'abbaye, construit un hôpital pour douze pauvres et seize malades. En 704, le roi fait don à l'abbaye du domaine d'Aupec et de ses dépendances.. En 787, sur ordre de Charlemagne, un polyptyque, aujourd'hui perdu, est établi par Landry, abbé de Jumièges et Richard, comte de Rouen. Saint Gervold qui devient abbé en 787, gouverna l'abbaye pendant dix-huit ans jusqu'en 806 et fut chargé par Charlemagne de fonctions importantes. Il fit reconstruire le chauffoir, les cuisines, l'infirmerie, ainsi que plusieurs autres parties de l'abbaye. Elle est la troisième abbaye de la province de Rouen après Saint-Ouen et Saint-Évroult.
Anségise de Fontenelle, qui devint abbé en 823, entreprit des travaux considérables. L'abbaye perçoit alors les revenus de et de .. Il fait bâtir ; on y voyait, au milieu, une pièce en saillie ayant un pavé composé de pierres artistiquement disposées et dont le plafond était peint. Il fait décorer également le réfectoire de peintures. Pour la décoration du réfectoire, il fait venir de Cambrai un peintre de grand renom : Madalulfe.. Les fenêtres étaient vitrées, et toutes les boiseries étaient en chêne. Ce réfectoire était une partie d'un bâtiment qu'il avait fait construire et divisé en deux, l'autre partie servant de cellier. Vers 830, il aménage la haute tour lanterne ..
Il fit réaliser un autre corps de bâtiment appelé « La Grande Maison », qui renfermait un appartement avec une cheminée et touchait d'un côté au réfectoire et de l'autre au dortoir ; comme ces deux derniers bâtiments devaient être, d'après la chronique, en contact avec l'église du côté nord, il paraît facile de tracer le plan du monastère à cette époque. Il devait se composer d'une cour carrée enclose au midi par l'église, à l'est par le dortoir, à l'ouest par le réfectoire et au nord par le grand bâtiment dont on ignore la destination.
Il semble probable qu'il y avait à l'ouest une seconde cour renfermant les magasins et autres dépendances du monastère. Le long des constructions dont la Chronique de Fontenelle nous donne une description si intéressante, et à l'intérieur de la cour, se trouvaient des portiques construits par ordre d'Anségise, dont le toit et la charpente reposaient sur des pilastres. L'église bordait d'un côté la cour du cloître. À Fontenelle, le cloître était placé au nord de l'église. Dans ses constructions Anségise n'avait pas oublié la bibliothèque, qui était près du réfectoire. Les rayons ou planches supportant les livres étaient fixés avec des clous de fer, le chartrier se trouvait près du dortoir. On voyait à Fontenelle, près de l'abside de l'église une première salle, construite par saint Anségise, pour les délibérations que l'on désignera plus tard sous le nom de salle capitulaire..
Une charte de Charles le Chauve datée du indique que les religieux de Fontenelle possèdent des biens au Pecq (Yvelines), à Chaussy-en-Vexin (Val-d'Oise), à Pierrepont dans la commune de Grandcourt, Bution et Marcoussis dans l'Essonne.
Raids vikings En , un premier raid de pirates nordiques., conduit par Oskar (Ásgeir), brûle Jumièges. et ses environs ainsi que Rouen, mais ne touche pas à l'abbaye pour laquelle saint (mort en 845), l'abbé en fonction, parvient à payer une rançon. Louis du Maine, un de ses successeurs, se voit obligé de réitérer deux fois la même opération de paiement de rançon..
Le , les Vikings reviennent pour la quatrième fois ; les moines s'enfuient avec toutes les reliques, et l'abbaye est pillée et détruite par les Nortmanni. Les moines se réfugient à Boulogne, puis à Chartres (885). Ils retournent ensuite à Boulogne et déposent les corps de saint Wandrille et de saint Ansbert au Mont-Blandin à Gand, où ils s'établissent un temps en 944.
Ils évacuent aussi leur librairie, qui contient des éléments de la production hagiographique pré-normande dont certains nous sont parvenus, d'autant plus importants pour leur rareté.. Le moine Harduin de Fontenelle a laissé de nombreux écrits.
De la restauration de l'abbaye au saccage par les huguenots (858-1566) vignette|280px|left|Le visage de Notre-Dame de Fontenelle, datant du début du , montre des signes de réparation après les dommages infligés par le pillage de l'abbaye en 1562 par les huguenots. C'est vers 960, après une première tentative infructueuse, que , duc de Normandie, soutient le rétablissement des moines menés par Gérard de Brogne.. Robert le Magnifique émet des chartes de restitution de biens usurpés. De 960 à 966, , restaurateur de l'abbaye et du monachisme normand au temps de , en conçoit l'emplacement, l'orientation et la disposition définitifs, et dirige l'abbaye avant de partir pour fonder l’abbaye du Mont-Saint-Michel, et d'en devenir le premier abbé. En 1008, saint Gérard obtient de l'abbatiat de Fontenelle. La foudre détruit en partie la basilique de Saint-Pierre, qu'il réédifie de manière plus élégante. C'est au cours de ces travaux qu'en 1027, neuf tombeaux sont découverts, deux vides, ceux de saint Wandrille et de saint Ansbert, et les restes de saint Vulfran. Dès lors, le culte de ce saint se développe à l'abbaye, où l'on compile un recueil de miracles, les Miracula sancti Vilfranni, qui met en scène de nombreuses personnes sauvées par le saint d'un péril de mer et témoigne ainsi de l'importance de la mer dans l'économie de l'abbaye de Fontenelle, très insérée dans des réseaux de navigation de la Seine jusqu'outre-Manche.
Le successeur de Gérard de Brogne, Gradulphe, envoie des moines de l'abbaye afin de peupler l'abbaye de Préaux, vers 1040. De même, l'abbaye contribue à la fondation de l'abbaye de Grestain vers 1050. En 1145, le pape et en 1164 le pape confirment les biens et privilèges de l'abbaye. Robert de Meulan (-1204) renouvelle la « liberté » de ses prédécesseurs concédant à l'abbaye le libre passage des bacs ou des bateaux de l'abbaye de Saint-Wandrille remontant ou descendant la Seine sous le château de Meulan et transportant du vin ou toute autre denrée pour l'usage des moines de Saint-Wandrille ainsi que la dîme de la forêt de Brotonne.
Sous l'abbatiat de Pierre Mauviel (1244-1255), un incendie détruit une partie de l'abbaye. Le pape et l'archevêque de Rouen Eudes Rigaud publient alors des indulgences afin de permettre la reconstruction de l'abbaye.
Pierre Mauviel commence la reconstruction dont le chœur gothique et le transept, achevé sous Geoffroy de Noytot. Guillaume Le Douillé construit la nef et le clocher, trois travées sont construites, ainsi que le cloître. À sa mort en 1342, les travaux ralentissent. Ce n'est qu'avec l'abbatiat de Jean de Rochois (1362-1389) que l'église Saint-Paul est finie. Le pape accorde alors le privilège de la mitre et des insignes pontificaux à l'abbaye de Saint-Wandrille.
L'abbaye est à nouveau abandonnée durant la guerre de Cent Ans. Les moines s'établissent à « l'Hostel Saint-Wandrille » à Rouen. En 1483, André d'Espinay, archevêque de Lyon et de Bordeaux, se fait adjuger l'abbaye. Les abbés sont alors élus. En 1523, Claude de Poitiers prend possession de l'abbaye, le père abbé est alors nommé et non élu.
Pendant les guerres de Religion, l'abbaye est pillée en par les protestants et leurs partisans. Des ornements de la sacristie sont brûlés sur le tombeau de cuivre de l'abbé Jean de Rochois.. En 1566, les reliques de saint Wandrille et saint Vulfran sont en partie détruites ainsi que des parties de l'abbaye.
De la restauration et la réforme de Saint-Maur à la Révolution française (1566-1790) 1566-1636, effondrement de l'abbaye À la suite de la destruction des huguenots, les ruines sont importantes. L'abbaye est considérée alors comme une propriété de la famille de Neuville. En 1631, le clocher bâti en 1331 s'effondre, faute de réparation, et entraîne avec lui une partie des voûtes de l'abbaye. C'est donc l'abbé Ferdinand de Neufville de Villeroy., évêque de Saint-Malo puis de Chartres, qui entreprend la restauration de l'abbaye, affirmant qu'il . C'est lui qui favorise l'introduction de la « réforme de saint Maur ».
1636-1789, réforme Saint-Maur En 1636, réédité en 1936 par R. P. Laporte. , dom Guillaume Gérard et dix-huit moines de Jumièges introduisent la réforme de Saint-Maur, réforme de l'ordre bénédictin en France. Dom Phillibert Cotelle, nommé en 1635, fait rénover le chœur, en 1647 le cloître est à son tour restauré, ainsi que les « piliers et arcs-boutants » de la nef, le plan de la coupole, qui devait remplacer la tour à la croisée du transept. Entre 1678 et 1684, Dom Hunault et Marc Rivard construisent la salle capitulaire et le dortoir, qui existe encore maintenant.
En 1757, deux pavillons sont construits : le « pavillon de la Nature » et le « pavillon de la Grâce », ainsi que la grande porte nommée « porte de Jarente » (1760).
Révolution française et destruction de l'abbaye En 1789, l’abbaye devient bien national à la suite du décret du de l'Assemblée constituante qui met les biens de l’Église à la disposition de la Nation.
Le décret du interdit les vœux monastiques et supprime les ordres religieux réguliers, hors ceux chargés de l’éducation publique et les maisons de charité. À la fin de 1790, les moines de Saint-Wandrille doivent quitter l'abbaye. Un des moines, dom Louis-François Le Brun, meurt martyr sur un ponton à Rochefort pour avoir refusé un poste dans l'Église constitutionnelle. Il a été béatifié le , par le pape , sur la place Saint-Pierre à Rome..