vignette|upright=1.4|Giorgio Vasari, La Mutilation d'Uranus par Saturne, , Palazzo Vecchio (Florence).
La castration est l'annihilation (avec ou sans ablation) des organes reproducteurs de végétaux ou d'animaux, humains compris. Dans le cas des humains, la castration est considérée comme une mutilation génitale et est illégale dans la plupart des pays du monde. On la distingue de l'ablation chirurgicale des testicules et des ovaires qui peut être nécessaire pour des raisons thérapeutiques et de la castration chimique. La castration concerne dans le règne animal l'ablation des testicules (chez les mâles) et l'ablation des ovaires (chez les femelles), l'ablation de la verge étant appelée pénectomie et celle du clitoris, clitoridectomie. L'ablation de la verge et des testicules est une émasculation. On peut également parler de castration parasitaire lorsqu'il y a disparation des organes reproducteurs et de leurs fonctions chez un individu animal hébergeant un parasite.
Définition extension
La plupart du temps, la castration se limite à l'ablation des testicules (castration ou émasculation partielle), mais il arrive que cela concerne aussi le pénis (castration ou émasculation totale) ; les personnes ainsi opérées sont parfois appelées des eunuques.
La castration chimique est un traitement qui peut être administré aux hommes et aux femmes. Chez l'homme, la castration chimique inhibe l'activité gonadique par l'utilisation de médicaments anti-androgènes ce qui a pour effet une baisse de la libido.
Chez l'humain Histoire et pratique traditionnelle vignette|Planche médicale par Charaf-ed-Din (صهَرَف َد ضِن الِ يَزدِ), montrant une opération de castration totale effectuée par un musulman à l'époque timouride, 1456 En Europe occidentale, la castration a parfois été pratiquée chez des enfants ou adolescents pour obtenir notamment des castrats, c'est-à-dire des hommes chantant avec une voix aiguë, très recherchés jadis pour certains spectacles lyriques ou pour le chant à l'église (le catholicisme interdisait autrefois aux femmes de chanter dans une église). La pratique de la castration dans le but d'obtenir ce type de voix ayant été interdite par le pape à la fin du , les castrats ont disparu au cours du siècle suivant.
La castration a été pratiquée dans certaines civilisations sur des adolescents ou des hommes pour obtenir des eunuques. Dans l'Empire perse achéménide, dans l'Empire byzantin, dans l'Empire ottoman, en Chine ou au Viêt Nam, ceux-ci pouvaient occuper de hautes fonctions administratives.
Durant l'Antiquité grecque, en Asie mineure, où était pratiqué le culte de Cybèle la grande déesse, lors de la commémoration de la mort d'Attis l'amant de la déesse, — le jour du sang — pris de frénésie mystique, des hommes se castraient eux-mêmes et dès lors accédaient au rang de prêtres. Lors de l'importation de ce culte à Rome, la castration rituelle lors des célébrations frénétiques du « jour du sang » les hommes s'étant ainsi auto-mutilés étaient appelés par dérision les « Galles » (coq en latin). Les fêtes suivant le jour du sang (célébrant la résurrection d'Attis) étaient appelées Hilaria (jours de joie).
Dans la médecine romaine, la castration était parfois pratiquée dans un but thérapeutique, soit pour éviter que des lésions testiculaires ne s'aggravent, soit pour guérir certaines maladies, comme l'épilepsie dont on pense que les crises peuvent être déclenchées par les rapports sexuels.
Dans la Chine ancienne, la castration était à la fois une punition traditionnelle, sexuelle (jusqu'à la dynastie Sui) et un moyen d'obtenir un emploi dans le service impérial. De nombreux eunuques chinois font partie de cette Histoire.
Dans le monde hébraïque, bien que la loi mosaïque interdise formellement les mutilations sexuelles et même celles des animaux, Isaïe leur adressa une émouvante consolation : (56; 3-5).
Traite arabe La castration a été utilisée de manière courante tout au long de la traite arabe. C'est la raison pour laquelle selon Tidiane N'Diaye la traite transsaharienne et orientale a été beaucoup plus meurtrière que la traite transatlantique, pratiquée par les Occidentaux. Il en veut pour preuve que « pour de déportés lors de cette traite [transatlantique], il y a aujourd’hui de descendants. La traite arabo-musulmane, elle, a déporté de personnes qui n’ont eu que de descendants à cause de la castration massive pratiquée pendant près de quatorze siècles ».
Il précise que « réalisée sur des adultes, elle tuait entre 75 % et 80 % des patients. Le taux de mortalité était plus faible chez les enfants que l’on castrait systématiquement. Entre 30 % et 40 % des enfants ne survivaient pas à la castration totale ».
Le « Les castrats de la Mosquée » du livre de Slimane Zeghidour, La vie quotidienne à la Mecque de Mahomet à nos joursSlimane Zhegidour, La vie quotidienne à la Mecque de Mahomet à nos jours, Hachette, 1992, . retrace l'histoire des eunuques en occident et au Moyen-Orient. Ses sources sont multiples et on peut citer : L'Encyclopédie de l'Islam, articles « Agha », « Kadim », « Khassi » ; le Dictionnaire de la Bible, articles « Castration », « Eunuques » et l'Encyclopedia Judaïca, articles « Castration », « Eunuchs ».
Récemment encore, dans les années 1990, l'escorte de soldats des Imams (les « directeurs » de la prière lors des pèlerinages à la Mecque et à Médine) étaient des castrats car ils étaient les seuls à pouvoir s'interposer entre les hommes et les femmes et à repousser les femmes si nécessaire. Ils étaient tous noirs ou mulâtres, vêtus de longues robes de satin blanc, de larges ceintures à pans et coiffés d'un fez de couleur entouré d'un fin tissu de mousseline immaculée. Ils habitaient dans le quartier de Misfala à la Mecque et certains étaient mariés. Ils parlaient entre eux en amharique, langue de leur pays d'origine l'ÉthiopieIbidem..
Effets La castration (partielle chimique par hormonothérapie ou totale par chirurgie) est aussi pratiquée chez les femmes transgenre pour réduire les effets de la testostérone. Cette hormone n'étant plus sécrétée qu'en quantités très minimes, par les glandes surrénales notamment, les caractères sexuels secondaires masculins disparaissent. Ces patientes voient ainsi diminuer leur musculature et leur pilosité. Elles ne subissent pas d'alopécie androgénique si l'opération est effectuée avant leur puberté et, dans certains cas, il reste possible d'avoir une érection.
Contrairement aux individus émasculés avant ou après la puberté ‑ eunuques de harem, esclaves, mystiques auto-mutilés (hijras en Inde, Skoptzy en Russie…) ‑ les castrats subissent l’ablation ou l’écrasement des testicules (ou plus probablement du canal déférent et des artères et veines associées au testicule, comme on peut le faire avec une pince de Burdizzo, conçue pour la castration des mâles), mais conservent la verge.
Traitement La castration est une suppression importante des tissus, et sa gravité la place dans le domaine des amputations. Certains traitements de cette situation ont été développés, mais ils sont complexes et avant-gardistes, et leurs résultats peuvent varier. Le développement de nouvelles améliorations dans les traitements existants peut nécessiter du temps. Les traitements connus sont :
Implant d'un pénis artificiel ; Implant de testicules artificiels (prothèses) ; Transplant du pénis, d'un corps (avec des résultats qui peuvent varier) ou cultivé en laboratoire (une méthode qui est étudiée) ; Restauration du prépuce ; Phalloplastie ; Élargissement du pénis (avec ses propres risques, mais qu'un patient qui a encore une partie du pénis pourrait accepter). Thérapie de testostérone pour remplacer le manque de production de cette hormone dans les testicules.
Opposition et répression La castration humaine relève du médical et anatomique d'une part ; du politique, du social, du culturel et du religieux d'autre part. Les oppositions et répressions sont diverses selon les époques, les pays, les religions, les traditions locales et les législations nationales et internationales.
Position des Nations unies Selon l'Organisation des Nations unies, la mutilation génitale est éthiquement inconcevableDéclaration relative à l'orientation sexuelle et l'identité de genre le 18 décembre 2008.. La castration , serait à l'origine de stress post-traumatiques
La castration peut et a pu être utilisée (stérilisations contraintes) aux fins de théories d'eugénisme et de racisme. C'est un crime contre l'humanité selon le Statut de Rome.Principes de Jogjakarta, Principe 3 : Le droit à la reconnaissance devant loi..
Moyens de lutte
Il existerait, en effet, plusieurs moyens pour lutter contre la castration. Certains pays ont créé un programme regroupant une communauté des personnes victimes de la castration pour manifester. En 1995, en Argentine, se sont révoltés contre le gouvernement argentin pour recevoir un dédommagement.
Législation La castration a été proposée et parfois appliquée comme sanction d'un crime sexuel, plus spécialement dans le cadre d'une condamnation pour pédophilie. Dans ce cas, il peut s'agir soit de castration chirurgicale, soit de « castration chimique » : on ne pratique pas d'ablation chirurgicale mais le patient est soumis à un traitement anaphrodisiaque qui inhibe ses pulsions sexuelles ; cette inhibition est réversible. La castration chimique est autorisée dans plusieurs pays : États-Unis, Allemagne, Danemark, Belgique, Suède, Canada, Norvège et PologneJulie Saulnier, La castration chimique en question, L'Express, 2 octobre 2009..
Comparativement, en France, la clitoridectomie a été préconisée à la fin du par des médecins comme Thésée Pouillet (1849-1923), Pierre Garnier (1819–1901) ou Paul Broca (1824-1880) pour lutter contre l'onanisme.
Dans l'Union européenne, la République tchèque applique des procédures de castration chirurgicale : elle l'a autorisé, lors de la , pour au moins qui avaient consenti à l'opération , , publié le 11 mars 2009, .. L'Allemagne propose également cette procédure, qui concerne un peu moins de par an , , 22 février 2012.. Le Comité européen pour la prévention de la torture a qualifié cette intervention chirurgicale en février 2009, d'« invasive, irréversible et mutilante ». Il met également en doute le fait que les patients fassent un choix véritablement libre et bien informé.
France
En France, la castration est strictement interdite par la loi. Cependant, il existe un dispositif de castration chimique, soumis à la condition du volontariat par les détenus.
Celui-ci consiste en un traitement censé inhiber les pulsions : la ministre de la Justice Michèle Alliot-Marie du deuxième gouvernement Fillon, souhaiterait que ce traitement, dans le projet de loi sur la récidive (prévu d'être examiné en octobre 2009), puisse être prononcé même après la détention, dans les cas où une remise de peine ou obligation de suivi ont été prononcées, imposant ainsi aux criminels sexuels le choix de cette « castration chimique » ou la prison.
Le , la ministre Michèle Alliot-Marie, Garde des Sceaux souhaite ouvrir un débat au parlement sur la castration physique pour les délinquants sexuels.
États-Unis
En 1778, Thomas Jefferson promulgua une loi dans l'État de Virginie réduisant la peine de mort pour viol, polygamie ou sodomie à la castration..
Le gouverneur de Louisiane, Bobby Jindal, a signé en 2008 une loi ordonnant aux tribunaux d'imposer la castration chimique en cas de récidive de certains crimes sexuels. Outre la Louisiane, ce procédé est imposé ou autorisé au Texas, en Floride et en Californie.
Chine