de Bretagne, dit Jean le SageNom qui dans le vocabulaire médiéval signifie savant, érudit., membre de la maison de Montfort, né le au château de l'Hermine à VannesIl fut baptisé sous le nom de Pierre, ce n'est que plus tard lors de sa confirmation qu'il reçut le nom de Jean., premier fils et troisième enfant du duc et de sa troisième épouse Jeanne de Navarre, devient duc de BretagneAprès à la guerre de Succession de Bretagne, si l'on reconnait Jean de Montfort comme duc de Bretagne, c'est ce dernier qui est nommé . Ainsi, l'historiographie anglaise nomme-t-elle le sujet de cet article alors que les Français le désignent sous le nom de . à la mort de son père, le . Il meurt le , au manoir de la Touche à Nantes, une propriété de l'évêque Jean de Malestroit.

Son règne est marqué par une politique d'équilibre entre la France et l'Angleterre dans une phase cruciale de la guerre de Cent Ans (1337-1453). Allié aux Anglais et aux Bourguignons au moment du traité de Troyes (1420), il se réconcilie peu après avec et laisse son frère Arthur combattre à ses côtés et devenir connétable de France en 1425. Il s'efforce par la suite de rester neutre entre les deux camps.

Un autre aspect de son règne est la reprise des menées de la maison de Penthièvre, opposée à la maison de Montfort au moment de la guerre de Succession de Bretagne (1341-1364). Fait prisonnier par Marguerite de Clisson en 1420, il obtient après sa libération la condamnation des Penthièvre dont tous les biens sont confisqués.

C'est sous son règne que Gilles de Rais, maréchal de France et ancien compagnon de Jeanne d'Arc, est condamné à mort et exécuté à Nantes en 1440 pour pratiques criminelles.

vignette|Armes de .

Biographie

Origines familiales fait partie de la maison de Montfort, qui règne sur le duché de Bretagne du milieu du (guerre de Succession de Bretagne, 1341-1364) à la fin du (mariage d'Anne de Bretagne avec ).

Il est le fils de (1339-1399), par la suite , et le petit-fils de (1294-1345), qui, prétendant au trône ducal en 1341, après la mort du duc , s'est trouvé en concurrence avec Charles de Blois, soutenu par le roi de France , au moment où venait de commencer une guerre franco-anglaise de longue durée (1337-1453).

Le parti des Montfort, soutenu par le roi d'Angleterre , sort vainqueur du conflit en 1364. Mais traditionnellement en France, Jean II de Montfort (mort en 1345) n'est pas considéré comme duc de Bretagne, de sorte que c'est son fils qui est désigné comme Jean IV. Au contraire l'historiographie anglaise fait de lui le duc Jean IV, de son fils le duc et de son petit-fils le duc .

, puis , a été marié à trois reprises, avec Marie d'Angleterre (1344-1361), fille du roi , avec Jeanne Holland (1350-1384), fille du comte de Kent Thomas Holland, et avec Jeanne de Navarre (1370-1437), fille du roi de Navarre et petite-fille du roi de France Jean le Bon, mère de .

Jean V de Bretagne a eu deux sœurs aînées, Jeanne et Isabelle, qui n'ont pas longtemps vécu, et deux sœurs cadettes : Marie (1391-1446), duchesse d'Alençon en 1414 ; Marguerite (1392-1428), vicomtesse de Rohan en 1407. Il a aussi deux frères cadets : Arthur (1393-1458), détenteur de l'honneur de Richmond en Angleterre, connétable de France en 1425 et duc de Bretagne en 1457 ; Richard (1395-1438), comte d'Étampes et seigneur de Clisson.

Dès 1396, un mariage est organisé entre Jean de Bretagne et Jeanne de France (1391-1433), fille du roi , qui est une cousine issue de germainsIls sont tous deux arrière-petits-enfants de Jean le Bon.. Des problèmes de dispense pontificale ont pour résultat qu'une deuxième cérémonie de mariage a lieu en 1397.

thumb|left|Mariage de le Sage et de Jeanne de France.

Début de règne jusqu'à sa majorité (1399-1406) devient duc à l'âge de dix ans. La régence du duché et la tutelle du jeune duc reviennent d'abord à sa mère.

Il est couronné duc le .

Peu après, Jeanne de Navarre est demandée en mariage par le roi d'Angleterre . Elle accepte, mais un certain temps s'écoule avant son départ, car il faut qu'elle transmette ses responsabilités. C'est finalement son oncle, Philippe le Hardi, duc de Bourgogne (frère de Charles V), qui la remplace à la fin de 1402. Elle part en Angleterre en et en devient reine en févrierLe mariage avec Henri IV a lieu le et elle est couronnée reine à Londres le .. est désormais le beau-fils du roi .

Cela n'empêche pas que deux conflits entre Bretons et Anglais aient lieu en , le premier en au cours duquel Jean de Penhoët, amiral de Bretagne, et Guillaume du Châtel mettent en déroute la flotte anglaise ; le second de à , lorsqu'une flotte bretonne commandée par l'amiral de Penhoët, ravage Jersey, Guernesey et l'ouest du Devonshire, ce qui provoque des représailles anglaises à la pointe Saint-Mathieu. Un coup de main contre Dartmouth s'achève par la mort de Guillaume du Châtel et de débarqués sur la côte anglaise. Un mois après, une flotte commandée par , frère de Guillaume, prend Dartmouth qui est livrée aux pillage, aux massacres et à l'incendieArthur de La Borderie, Histoire de Bretagne, Joseph Floch imprimeur-éditeur à Mayenne, 1975, tome quatrième (1364-1515), 148-149. .

Jean V rend hommage pour le duché à Charles VI le .

Relations avec la France, l'Angleterre et la Bourgogne (1406-1422) Le règne personnel de commence en 1406. La France et l'Angleterre sont alors en paix, mais à partir de l'assassinat de Louis d'Orléans (1407), une guerre civile oppose les Armagnacs (proches du roi de France) et les Bourguignons (partisans du duc de Bourgogne). En 1415, l'Angleterre rentre en guerre, (successeur de en 1413) prétendant avoir droit au trône de France plus que .

De 1407 à 1418, la cour de Bretagne s'efforce de rester à l'écart du conflit entre Armagnacs et Bourguignons. Après avoir entretenu des relations étroites avec le duc de Bourgogne (Jean sans Peur, successeur de Philippe le Hardi en 1404), se rapproche des Armagnacs .

En ce qui concerne l'Angleterre, il renouvelle la trêve en 1407, 1409 et 1411. Puis, lorsque lance son armée en France en 1415, s'allie avec . En retard, ses troupes ne participent cependant pas à la bataille d'Azincourt, un désastre pour l'armée française, mais son frère Arthur y est fait prisonnier et emmené en Angleterre. récupère alors à peu de frais la ville de Saint-Malo, occupée par les troupes françaises depuis , conformément au conclu avec .

En 1420, à la suite du complot des Penthièvre (infra), il se rapproche des Anglais et des Bourguignons. Il fait partie des signataires du traité de Troyes, conclu entre le roi d'Angleterre, le duc de Bourgogne et (sous la tutelle de la reine Isabeau de Bavière), traité qui évince le dauphin Charles de la succession. Lorsque meurt en 1422, peu après , c'est le fils que celui-ci a eu de Catherine de France, fille de , qui est proclamé roi de France (, non reconnu par les listes royales) en même temps que roi d'Angleterre (). Le dauphin Charles, qui se considère néanmoins comme , se réfugie alors au sud de la Loire, notamment à Bourges.

Le complot de la maison de Penthièvre (1420) thumb|left|Expansion du domaine ducal de 1400 à 1428.

La guerre de Succession de Bretagne (1341-1364) a opposé deux grandes familles du duché, les Penthièvre, alliés au roi de France, et les Montfort, alliés aux Anglais. Vainqueur, est devenu le duc .

Cependant les Penthièvre n'ont pas totalement renoncé à leurs prétentions. Dans les années 1410, leur principale figure est Marguerite de Clisson (1372-1441), fille d', veuve du comte de Penthièvre Jean de Châtillon depuis 1404 (elle est comtesse douairière).

En 1420, le duc est invité à une fête que les Penthièvre donnent à Champtoceaux (actuel département du Maine-et-Loire), à une vingtaine de kilomètres à l'est de Nantes. Il s'y rend, accompagné de son frère Richard, mais ils y sont faits prisonniers sur l'ordre de Marguerite de Clisson et placés en détention.

L'épouse du duc, Jeanne de France, réussit à rassembler autour d'elle des barons bretons, dont l'armée vient assiéger Champtoceaux (-), permettant la libération de et de Richard. La citadelle de Champtoceaux est alors entièrement détruite, voulant que l'on arrache tous les murs de sa « prison » jusqu'aux fondations.. Marguerite a réussi à s'enfuir avant la reddition de la place.

Les Penthièvre (Marguerite et ses fils) sont convoqués en devant le Parlement et les États de Bretagne réunis à Vannes, mais ils font défaut. Une sentence définitive prononcée le les condamne à la confiscation de tous leurs biens, qui sont réunis au domaine ducal.

Guillaume de Châtillon-Blois, donné comme otage par ses frères,

La cour de

Pitre-Chevalier décrit ainsi la cour de :

dans la guerre de Cent Ans (1422-1442) 1422 est l'année de la mort de (), puis de (). Le dauphin Charles est proclamé roi de France le sous le nom de , tandis que le jeune Henri (né le ), fils d’ et de Catherine de France, fille de , devient roi d'Angleterre sous le nom d’ et de France sous le nom d’ (non reconnu). En France, le régent au nom de est son oncle Jean de Lancastre, duc de Bedford.

En aussi, Arthur de Bretagne, sorti de sa captivité en Angleterre, rentre en France. Avec l'autorisation de , il se met au service de , qui en , le nommera connétable de France. Entre et , le duc de Bretagne se réconcilie lui-même avec , qui lui pardonne son soutien au traité de Troyes.

hésite cependant encore à faire un choix net entre et et met en œuvre une politique de « neutralité teintée d'opportunisme »..

Entre et , après avoir fait solennellement hommage pour son duché à , il participe à la guerre contre les Anglais. Puis, entre et , il conclut avec Jean de Lancastre un accord de neutralité.

À partir de , rejoint de nouveau le camp français, Gilles.

Malgré la prise de Paris par les troupes françaises en et la supériorité désormais évidente des armées françaisesAinsi que la conclusion du traité d'Arras en 1435, par lequel le duc de Bourgogne Philippe le Bon reconnait Charles VII comme roi de France., conclut le avec un traité par lequel il s'engage à ne pas donner asile en Bretagne aux ennemis de l'Angleterre.

Parallèlement, en , est brièvement en conflit avec son neveu , comte d'Alençon, qui en a de sa baronnie de Fougères afin de payer la rançon due à la suite de sa capture par les Anglais lors de la bataille de Verneuil en 1424. Mécontent des conditions de la transaction, d'Alençon, une fois libéré, met le siège devant Pouancé, ville angevine proche du duché de Bretagne. Mais Arthur de La Borderie, , 239-246..

Relations avec l'Église à l'époque des antipapes (1406-1442) Devenu majeur, met un certain empressement à reconnaître l'antipape comme pape. Il reste fidèle à son successeur , mais sous le règne de , la Bretagne se rallie à l'élu du concile de Constance .

Sous le pontificat de son successeur , le duc et les évêques de Bretagne se rapprochent des pères du concile de Bâle sans rompre totalement avec le pape de Rome bien que l'antipape nomme plusieurs évêques et cardinaux bretons.

Le conflit avec l'Église ne se terminera qu'au début du règne de son fils qui se ralliera définitivement à RomeBarthélémy-Amédée Pocquet du Haut-Jussé, Les papes et les ducs de Bretagne. Essai sur les rapports du Saint-Siège avec un État, (Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et de Rome, ), 2 , Paris, Éditions de Boccard, 1928. Réédition : Coop Breizh, 2000, ( : « et le Grand Schisme », 333-347 ; : « et », 349-388 ; : « Entre le Pape et le Concile », 389-458)..

En 1418, reçoit à sa cour, à Vannes, Vincent Ferrier, le célèbre prédicateur dominicain valencien, qui y meurt l'année suivante et y est inhumé dans la cathédrale.

En collaboration avec l'évêque de Nantes Jean de Malestroit, est à l'origine de la construction d'une nouvelle cathédrale, dont il pose la première pierre en .

Une statue en bois polychrome représentant peut-être le duc se trouve dans la chapelle Saint-Fiacre du Faouët.