Milon de Crotone () est un athlète grec du , né probablement dans les années 550 av. J.-C.Il existe plusieurs hypothèses :Une analyse ancienne s'appuie sur une victoire olympique en catégorie « enfant » en 540 av. J.-C. et cette catégorie « enfant » définie comme jeunes hommes de 17 à 20 ans, aboutit à une naissance entre 560 et 557 av. J.-C.Jean-Manuel Roubineau calcule quant à lui une date de naissance de Milon aux alentours de 553-552 av. J.-C. puisqu'il aurait eu autour de quatorze ans lors de sa première victoire pythique en 538 av. J.-C.. ., originaire de la cité de Crotone.

Milon remporta de nombreux titres lors des Jeux panhelléniques dans les décennies 530 à 510 av. J.-C. dans les épreuves de lutte (). Seules ses victoires lors des concours « stéphanites » où la seule récompense était une couronne nous sont parvenues : six ou sept couronnes à Olympie, six ou sept à Delphes, neuf à Némée et dix à l'Isthme. Aucune victoire lors de concours « chrématites », avec une récompense en argent, comme les Panathénées, n'est répertoriée, alors même qu'il est plus que probable que Milon en a remporté. Il arriva que lors d'une compétition aucun adversaire ne se présentât pour lutter contre lui : il était alors proclamé vainqueur par défaut (, littéralement « victoire sans poussière »).

Milon aurait finalement été vaincu par un lutteur plus jeune et plus rusé, originaire comme lui de Crotone : Timasithéos.

Milon est le sujet de très nombreuses légendes concernant sa force herculéenne ou son énorme appétit. La plus célèbre est celle de sa mort, dévoré par des loups à cause de son hybris. Milon fut, voire est encore, le premier exemple de l'archétype du sportif, modèle à imiter ou contre-modèle à éviter, mais modèle mis en avant dans un but moral.

Biographie Sources Les sources disponibles pour écrire une biographie de Milon de Crotone sont très rares, très éloignées dans le temps de la période évoquée et surtout très fragmentaires. Bien souvent, elles sont surtout indirectes : c'est à partir des biographies des personnes qu'il a connues (principalement Pythagore) qu'il est possible de conjecturer les événements de la vie de l'athlète.

Les sources « contemporaines » de Milon se limitent à un fragment de la base de sa statue à Olympie et à une épigramme de Simonide à propos de cette même statue. Au siècle suivant, Hérodote écrit que Démocédès est son gendre (3, 137). ; il est aussi évoqué dans un fragment de Démocrite. En fait, la plupart des sources datent surtout des .

Ainsi, Strabon l'évoque en quelques phrases au livre de sa Géographie et le qualifie de « plus célèbre des athlètes », au début du (VI, 1, 12).. Au siècle suivant (), Pausanias dans sa Description de la Grèce donne de nombreuses informations sur ses victoires et sa défaiteDescription de la Grèce (6, 14, 5-8).. Durant ce même siècle, Aelius Aristide fait son éloge et le range aux côtés des autres plus célèbres lutteurs et pancratistes : Glaucos de Carystos, Polydamas de Scotoussa et Dorieus de RhodesContre ceux qui profanent l'éloquence, 23.. Ce sont les mêmes encore que Lucien de Samosate compare, à la même époquePour les portraits, 19 ; Hérodote ou Aétion, 8.. Toujours au , Aulu-Gelle dans ses Nuits attiques le qualifie d'« athlète illustre », XV, 16, 1.. Philostrate d'Athènes, au milieu du , commence son Sur la gymnastique, en le plaçant dans la lignée des grands athlètes qu'il fait remonter aux héros légendaires Pélée, Thésée et HéraclèsSur la gymnastique, 1.. Un siècle plus tard, Milon est décrit comme le meilleur des lutteurs par Basile de CésaréeDans une lettre à Libanios, Lettres, 339.. Eustathe de Thessalonique au en parle encore comme l'athlète le plus célèbre et le plus fortCommentaire à la description de la terre de Denys la Périégète, 369..

Citoyen de Crotone Milon était originaire de la cité de Crotone, en Grande-Grèce (dans ce cas, le sud de la péninsule italienne). La Souda explique que lorsque les fondateurs de Syracuse (Archias de Corinthe) et de Crotone (Myscélos) consultèrent l'oracle de Delphes avant de partir créer ces « colonies », ils eurent à choisir entre la richesse, que prit Archias et la santé que préféra Myscélos. La Souda ajoute que les performances des athlètes de la cité est la preuve de ce choix. Strabon lui aussi vante les qualités du bon air de la cité pour expliquer ses succès athlétiques. Au , cette cité domina les Jeux olympiques, plaçant par exemple sept coureurs aux sept premières du stadion en 576 av. J.-C.. Les performances du lutteur se déroulèrent donc dans un contexte citoyen où le sport était encouragé.

Milon, fils de Diotime, était probablement issu d'une très bonne famille de Crotone. Il est considéré comme disciple de Pythagore dont il aurait épousé la fille Myia. Le médecin Démocédès serait son gendre.

Sa force légendaire servit à sa cité dans son affrontement contre sa rivale Sybaris. Milon aurait mené en 510 av. J.-C. à la victoire une troupe pourtant trois fois moins nombreuse, vêtu d'une peau de lion, une couronne olympique sur la tête et armé d'un gourdin pour rappeler Héraclès (12, 9, 5-6)..

Athlète

La carrière de Milon se déroula durant la seconde moitié du Ce siècle est considéré comme un tournant dans l'histoire du rôle politique, social et citoyen du sport. En effet, alors que les jeux olympiques étaient jusque là les seuls concours, les autres festivals de la période furent alors fondés ou refondés : les jeux pythiques (vers 586 av. J.-C.), les jeux de Némée (vers ki 580 av. J.-C.) et les jeux isthmiques (vers 573 av. J.-C.). Les Panathénées remonteraient à 566 av. J.-C. Les premiers stades et les premiers gymnases furent construits tandis que les premières statues commémorant les vainqueurs étaient érigées et les premiers poèmes les célébrant étaient composés. Deux hypothèses sont avancées pour expliquer ce développement du sport. La première repose sur l'apparition de la phalange hoplitique nécessitant des citoyens-soldats en bonne forme physique. La seconde s'appuie sur les transformations des cités à l'époque archaïque qui auraient laissé moins d'espace à une gloire militaire ou politique individuelle : il aurait alors fallu aller chercher une renommée ailleurs, dans les victoires sportives par exemple. En parallèle, les cités connurent aussi un fort essor économique offrant à une partie des citoyens non seulement du temps libre mais aussi les possibilités matérielles pour développer une activité sportive, alors que ce fut durant ce même siècle que se multiplièrent les interdictions faites aux esclaves de se dénuder et de s'entraîner dans les gymnases, faisant définitivement de l'activité physique un privilège de citoyen. Ce fut aussi au que parurent, avec Xénophane, les premières critiques du sport, preuve de sa diffusion. Milon serait alors devenu l'incarnation de ces évolutions. Ses succès, sa gloire, ses méthodes d'entraînement ou ses excès amenant les critiques morales auraient été la mise en place de l'archétype du sportif, modèle à imiter ou contre-modèle à éviter.

Milon pratiquait la lutte (), une des activités physiques et sportives, avec le stadion, les plus anciennes et les plus prestigieuses de son temps. Toutes deux ont donné leur nom au lieu où elles se pratiquaient : stade et palestre. Elles existaient aussi, aux jeux olympiques en même temps en tant que discipline autonome et au sein du pentathlon. La lutte fut la première discipline sportive, autre qu'une course, à être introduite dans le programme de ces mêmes jeux, en 708 av. J.-C., en même temps que le pentathlon. Il semblerait que la lutte, cinquième épreuve chronologiquement du pentathlon, aurait pu servir surtout à départager des athlètes qui auraient été à égalité du nombre de victoires dans les épreuves précédentes (dans l'ordre : saut en longueur, javelot, disque, stadion). Elle était un des premiers sports que pratiquaient les enfants de citoyens dans la palestre du gymnase .

La lutte jouait un rôle culturel central. On la retrouve dans de nombreuses expressions populaires : la « troisième chute » ainsi servait à qualifier une défaite définitive ; la lutte servait de métaphore en littérature pour la guerre ou le sexe.. Les représentations artistiques d'affrontement (Thésée contre Cercyon, Héraclès contre Achéloos ou Antée voire le lion de Némée) reprennent les codes de la lutte.

Victorieux thumb|left|alt=Vase antique à fond noir : deux hommes luttant.|Lutteurs, Peintre d'Andokidès, amphore à figures rouges, Athènes, fin du ,Antikensammlung Berlin, Altes Museum.

La liste des victoires de Milon est l'information biographique la plus répandue à son sujet. Pourtant, elle est très probablement incomplète. En effet, elle ne comprend que les victoires lors des concours « stéphanites » où la seule récompense était une couronne, d'olivier (Olympie), de laurier (Delphes) ou d'ache (Némée et Isthme). Aucune victoire lors de concours « chrématites », avec une récompense en argent, comme les Panathénées, ne figure dans la liste, alors même qu'il est plus que probable que Milon en a remportée. Ce palmarès, même incomplet, est impressionnant par sa durée et sa régularité. Malgré tout, le nombre de ces victoires ainsi que leur date restent discutés par les historiens car les sources antiques diffèrent.

Par ordre chronologique, les auteurs antiques évoquant les victoires stéphanites de Milon sont : Simonide (556-467 av. J.-C.)Épigramme, Anthologie palatine, 24., Diodore de Sicile ()Bibliothèque historique (12, 9, 5-6)., Pausanias ()Description de la Grèce (6, 14, 5)., Eusèbe de Césarée (265-339)Chronique, Livre I, 202-205., Jean d'Antioche ()Chronique universelle, fragment 36., La Souda (fin du )s.v. (μ 1066). et Jean Tzétzès ()Chiliades, II, 562..

Tous les auteurs évoquent les victoires olympiques, mais leur nombre varie : sept pour Simonide, six pour Diodore, six (une « enfant » et cinq « adultes ») pour Pausanias, six pour Eusèbe, Jean d'Antioche, la Souda et Jean Tzétzès. Pausanias est le seul auteur à parler des victoires dans l'épreuve réservée aux « enfants » (« , paides ») : une à Olympie et une à Delphes. Au total, le Périégète lui confère six titres (un « enfant » et cinq « adultes ») à Oympie et aux jeux pythiques (un « enfant » et six « adultes »). Eusèbe de Césarée est le seul à donner un palmarès « complet » pour les quatre concours pentétériques de la « période » : six victoires à Olympie, six victoires à Delphes, dix victoires (probablement « enfant » et « adulte ») aux jeux isthmiques et neuf (probablement « enfant » et « adulte ») à Némée. Jean d'Antioche fait la même liste, les jeux delphiques non compris : six victoires à Olympie, dix victoires aux jeux isthmiques et neuf à Némée. Milon fut un des très rares athlètes antiques à avoir remporté des victoires dans les catégories « enfant » et « adulte ». Aux Jeux olympiques, pour lesquels on dispose de listes de vainqueurs, de 776 av. J.-C jusqu'à 269 ap. J.-C., seuls six ou septEn plus de Milon, on trouve Hipposthénès de Sparte, lutte des enfants aux 37 jeux puis cinq victoires adultes aux 39, 40, 41, 42 et 43 jeux ; son fils Hétoimoclès de Sparte, probablement lutte des enfants aux 47 jeux puis quatre victoires adultes aux 48, 49, 50 et 51 jeux ; Alcainétos, fils de Théantos, de Lépréon pugilat des enfants aux 81 jeux puis pugilat des adultes aux 84 jeux ; Euthyménès de Ménale, lutte des enfants aux 95 jeux puis lutte des adultes aux 97 jeux ; Granianos de Sicyone Stadion des enfants aux 228 jeux et diaulos, hoplitodromos et pentathlon aux 228 jeux et à nouveau pentathlon aux 230 jeux ; et peut-être Anauchidas, fils de Philys, d'Élis, lutte des enfants puis lutte des adultes d'après Pausanias qui a vu sa statue à Olympie, mais aucune date . ont réussi cet exploit. Avec les divers vainqueurs connus lors des quatre concours de la « période », on considère que dix-sept sportifs ont remporté des victoires dans les deux catégories.