Les années 1930 couvrent la période de 1930 à 1939. Cette décennie est marquée par des famines, l’amplification de la crise économique issue du krach boursier de 1929, la montée des extrémismes, des guerres et des tensions internationales, et finalement le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.
Les famines soviétiques de 1931-1933 font plus de six millions de morts ; les famines en Chine dans les années 1930 auraient fait au moins autant de victimes. Le totalitarisme se développe : en Italie, Mussolini consolide son pouvoir ; en Allemagne, Hitler en devenant chancelier du Reich (propagandes, ouverture de camps de concentration, invasions) ; Franco prend le pouvoir à la suite de la Guerre civile espagnole. Les politiques sont tournées vers le réarmement. Dans les colonies, les premières indépendances sont accordées mais les empires restent très importants.
En Occident, en parallèle d'un chômage élevé, les transformations socio-culturelles sont importantes, avec le développement d'une culture populaire, de masse, tournée vers les loisirs (cinéma, radio, premières bandes dessinées…). En France, le Front populaire participe à ces transformations : congés payés, réduction de la journée de travail à huit heures par jour, etc.
Événements géopolitiques et économiques La crise de 1929
Chronologie du krach boursier de 1929
: début de la baisse des cours à Wall Street ; le marché reste soutenu. mercredi : plusieurs milliers de spéculateurs décident de se retirer. jeudi : treize millions de dollars d'actions sont proposées à la vente. À 11 heures, émeutes dans les rues attenantes et intervention de la police ; suicide d'une dizaine de spéculateurs inconnus. À midi, création du Syndicat Morgan qui rachète ses propres actions de banque ; déclaration commune des trente-cinq plus grandes firmes de courtages : « le marché est sain. » vendredi : nombreuses publicités poussant à l'achat dans les journaux. lundi : reprise de la panique : seulement 9,2 millions d'actions sur le marché des titres. mardi : le « mardi noir » : 16,4 millions de titres de plus en vente, les banquiers vendant à leur tour (dont le Syndicat Morgan). mercredi 30 – jeudi : Rockefeller annonce le rachat de titre, courte reprise de confiance. vendredi novembre : fermeture de la bourse. lundi : réouverture et nouvel effondrement ; la bourse fonctionne seulement trois heures par jour pour éviter la panique. mercredi : fin du krach boursier : les cours, au plus bas, remontent un peu. La crise est passée à la sphère bancaire.
Alors que l'Europe dans son ensemble connaît des difficultés importantes et diverses, les États-Unis traversent les années 1920 dans une relative insouciance protectionniste. Les Roaring Twenties marquent l'entrée dans la consommation de masse ; la classe moyenne s'affirme comme le moteur d'une société qui se recentre sur l'industrie et les services. Un décalage certain naît entre des modes de production nouveaux et une consommation ancrée dans des réflexes du . Taylorisme et soutien industriel s'accommodent tant bien que mal de débouchés qui restent restreints. La prospérité générale s'accompagne de plus d'un véritable marasme dans l'agriculture, notamment à cause du retrait des achats européens. Pour soutenir ce secteur clé de l'économie et de la stabilité sociale, le gouvernement américain engage une politique alliant subventions et hausse des droits de douane. Ainsi, si la prospérité est réelle, une partie en est d'origine spéculative. Par ailleurs, dans un contexte de contraction du commerce international, seuls les capitaux sont massivement échangés, notamment à travers les prêts et les remboursements transatlantiques. Ces mouvements financiers engagent un mécanisme de spéculation qui favorise les petits porteurs toujours plus nombreux, notamment en Europe. Aux États-Unis, la spéculation est d'abord très majoritairement boursière et non, par exemple, immobilière ; et bien que les actionnaires ne représentent alors qu'un peu plus de 1 % des Américains, cela suffit pour créer un décalage important entre augmentation du cours moyen des actions (+200 % entre 1922 et 1929) et augmentation du profit des entreprises (+50 % dans le même temps). La spéculation ponctionne l'économie et prive la sphère réelle de capitaux précieux qui ne font qu'alimenter une bulle financière. Le mois de est marqué par une guerre des taux d'intérêt entre les deux places boursières majeures d'alors, New York et Londres. D'une crise mineure au Royaume-Uni, les spéculateurs américains engendrent par un retournement de confiance soudain une panique boursière de large ampleur.
Le jeudi 24 octobre, treize millions de titres sont vendus ; le « mardi noir », plus de seize millions. L'indice boursier de Wall Street s'effondre, et cette crise boursière se mue très vite en crise bancaire. Les banques n'étant pas remboursées de l'argent qu'elles ont massivement prêté, elles limitent voire suspendent leur prêts. Très vite, la crise traverse l'Atlantique et touche plus ou moins violemment et rapidement les pays européens, selon leur degré de dépendance des États-Unis. Les prêts accordés par les banques américaines sont à court terme, tandis que les banques européennes concernées prêtent à plus long terme, pour soutenir les efforts de reconstruction. L'argent venant à manquer pour rembourser, les États-Unis acceptent de créer des prêts relais ; mais à partir de , cette solution n'est plus viable : la crise économique se généralise. Quelques pays sont largement moins touchés, telle l'Italie autarcique de Mussolini.
Face à ce désastre, des mesures d'adaptation d'ordre socio-économique doivent être prises par les pouvoirs politiques. Dans un premier temps, et dans la majorité des pays européens, des réponses classiques sont proposées et appliquées ; principalement, la politique de déflation — réduire les coûts — notamment en contractant les dépenses publiques et les salaires, dans le but de relancer l'activité et la compétitivité sans pour autant dévaluer les monnaies.
Au Royaume-Uni, les difficultés économiques sont présentes depuis 1926. La crise de 1929 constitue une aggravation notable. À partir de janvier 1930, un comité économique consultatif est créé, ce qui souligne l'impuissance du gouvernement à gérer les événements. Une courte période de tripartisme assure la remontée du parti Travailliste, mais les premiers mois sont marqués par la désorganisation. Aux États-Unis, la crise dure jusqu'à début 1933. Le président républicain Hoover peine à aller contre les pratiques libérales ; il n'a d'ailleurs pas les moyens essentiels d'une politique active. Pour soutenir les prix, des organisations étatiques rachètent des produits que les Européens ne sont plus en mesure d'importer ; mais des lacunes structurelles et l'opposition du Congrès font que les stocks sont revendus peu après. L'ébauche d'une protection sociale apparaît, avec des prêts accordés aux États fédéraux pour subventionner la lutte contre le chômage. Toutefois, la plupart de ces prêts à court terme sont refusés, car non remboursables par les États. Enfin, les travaux publics explosent, pour soutenir l'emploi. La crise se propage très rapidement en Allemagne, dès . Les États-Unis suspendent leurs prêts ; la faillite du Credit Anstalt en est un second coup dur porté aux finances du pays, car il détenait la moitié de l'industrie autrichienne, jusqu'alors très prospère. Pour aider efficacement l'Allemagne et enrayer le chômage prenant des proportions gargantuesques, le Moratoire Hoover est adopté et met fin aux réparations allemandes en 1931. L'axe principal de la politique dite de redressement est la déflation, tentée par les chanceliers Brüning et Von Papen. C'est un échec complet : fin 1933, on estime que 50 % des actifs travaillent pour l'État. En France, la crise est plus tardive, car la part de l’agriculture dans l’économie est plus importante, le pays a moins de relations avec l’extérieur, et dispose de son empire colonial, et du franc fort : moins de deux mille chômeurs officiels en 1930. Cependant, les exportations commencent à chuter et les solutions tentées sont parfois maladroites, souvent contradictoires : les soubresauts politiques, les lobbies en place empêchent un aménagement efficace et un regroupement des structures. À l'instar des États-Unis, on réalise de grands travaux (plan Marquet), mais à l'inverse des autres pays, la lutte se tourne contre l'inflation, et non contre le chômage.
Des nationalismes divers Devant les échecs et pour se dégager d'une crise qui dure parfois depuis plusieurs années, des solutions plus ou moins originales sont tentées dans un mouvement général de repli nationaliste. De ces transformations socio-économiques, donc politiques, naît un clivage fort entre régimes démocratiques et États autoritaires. Qui plus est, si la crise économique survient au sein du monde « américano-européen », c'est bien à une internationalisation complète qu'on assiste pendant la seconde moitié de la décennie. Pour autant, la défiance à l'international n'a jamais été aussi grande. L'organisation du monde centrée sur l'Europe implose avec les déclarations de guerre de 1939.
Les démocraties en proie aux difficultés économiques Pendant les trois premières années de la décennie, le principal souci est la crise économique généralisée.
Au Royaume-Uni, une dévaluation franche est l'œuvre d'un premier ministre travailliste, MacDonald, appelé à la tête du gouvernement par George V en 1929. Mais le travailliste MacDonald décide d'accompagner cette mesure d'une série d'ajustements et de soutiens, pour assurer un certain équilibre budgétaire. Le , c'est un flottement de la livre qui est décidé, non une nouvelle dévaluation : l'idée sous-jacente est de laisser le marché décider de la valeur de la livre en suspendant la convertibilité-or de la livre sterling, ce qui coupe court à toute spéculation. Cette mesure est ainsi éminemment politique : début 1932, le cours de la monnaie nationale se stabilise en de faibles variations et un nouveau cours par rapport à l'or est fixé. Le pays se dote aussi, en plus d'un équilibre budgétaire, d'une refonte du système douanier et d'une double assurance face à la spéculation : un mécanisme financier, et une défense psychologique. Cela permet au Royaume-Uni de repartir sur des bases saines. Plus original encore, le libre-échange est abandonné sans ménagement après la très large victoire des conservateurs aux élections de 1931. Des échanges préférentiels sont établis avec les colonies à travers le Commonwealth. Sur le plan structurel, les entreprises vétustes et mal gérées de l'immédiat après-guerre et risquant la faillite sont nationalisées ; on pousse au regroupement des autres organisations restées solides, dans les mines, les transports… Le phénomène de cartellisation bat son plein, mais le « gigantisme » apparaît à de plus petites échelles : les premiers grands magasins populaires apparaissent, par exemple. Par un soutien au pouvoir d'achat et la mise en place de modes de consommation originaux, on permet aux classes moyennes émergentes de s’équiper en produits électroménagers, et par là une relance de certains secteurs industriels. Une certaine logique anglo-saxonne de relance par la consommation apparaît alors et, comme en Amérique, le pouvoir central finance des actions menées par les autorités locales. Un point décevant tant pour les travaillistes que pour les conservateurs reste le chômage, qui se situe encore bien au-dessus du chômage frictionnel en 1938, avec 1,8 million de chômeurs contre 3 millions en 1932. Malgré tout, et au prix d'un certain isolationnisme et d'une perte de souveraineté sur le plan international, le Royaume-Uni réussit à aborder l'année 1939 forte d'une cohésion nationale réelle et bienvenue.