Le Churchill, ou plus officiellement Infantry Tank Mk IV ou A22, est un char britannique utilisé lors de la Seconde Guerre mondiale. Il est le dernier aboutissement du concept de char d'infanterie, alors en vigueur dans l'armée britannique. Il était réputé pour son solide blindage et pour avoir servi de base à de nombreux dérivés spéciaux, les Hobart's Funnies. Après des débuts difficiles, il fut produit à près de huit mille quatre cents exemplaires et servit dans l'armée britannique jusqu'en 1952. Winston Churchill, premier ministre de 1940 à 1945 - qui en plus avait pris une part importante lors de la Première Guerre mondiale à l'émergence des premiers chars d'assaut – aurait déclaré à son propos : .

Histoire

Le char de forteresse A20 En , l’état-major de l’armée britannique émit une demande pour un quatrième type de char d’infanterie en plus des A11 et A12 Matilda et du Valentine. Ce nouveau modèle devait être un char lourd, destiné à accompagner une attaque d'infanterie sur un terrain bouleversé par l'artillerie. Pour remplir ce rôle, il devait être bien protégé, puissamment armé et disposer de bonnes capacités de franchissement ; on ne recherchait pas une grande vitesse, puisque la progression doit s'effectuer au rythme d'un Homme à pied.

Ce nouveau char, tel qu’il fut initialement imaginé par le Département de la conception des chars, ressemblait beaucoup au Mark VIII de la Première Guerre mondiale : il était constitué d’une large caisse, dont les chenilles faisaient le tour sans protections, et ne comportait pas de tourelle, l’armement étant emporté dans des casemates latérales. Cette première proposition fut toutefois rejetée dès fin septembre par le général Davidson, directeur de la mécanisation, qui demanda que le char soit équipé d’une tourelle. La tâche de développer le nouvel engin fut alors confiée à Harland and Wolff, qui présenta plusieurs prototypes en . Dans la nouvelle configuration proposée, le A20 empruntait une tourelle de Matilda, équipée d’un canon de deux livres (2-pdr), tandis qu’un autre 2-pdr était monté en proue ; le char était par ailleurs également armé de deux mitrailleuses Besa sur les côtés. Le moteur diesel proposé par Harland and Wolff fut refusé au profit d’un moteur à essence Bedford, dit , car il était composé de deux moteurs six cylindres assemblés, développant un total de 350 hp. Ces prototypes reçurent la désignation en français, afin d’insister sur le fait qu’ils étaient destinés à l’assaut de fortifications ; ils furent également parfois appelés , également pour mettre en exergue leurs capacités de franchissement.

Cependant, la débâcle du Corps expéditionnaire britannique pendant la campagne de France montra que ce type de char n’était plus adapté au nouveau visage de la guerre, et le projet du A20 fut abandonné.

Le A22 Infantry Tank Mark IV « Churchill »

La nouvelle situation ne faisait pas disparaître le besoin pour un char lourd, d’autant plus que l’armée britannique avait perdu en France la quasi-totalité de son matériel mécanisé. Les spécifications du char furent revues par Henry Merritt, directeur de la conception des chars, et la conception d'un nouveau modèle, le A22, ou Infantry Tank Mark IV, fut confiée à Vauxhall Motors, une entreprise qui n’avait alors aucune expérience dans ce domaine. Une invasion allemande étant considérée comme imminente, le War Office demanda à Vauxhall de mettre le char en production sans tests et de régler les problèmes au fur et à mesure, ce qui fit dire à un observateur que pour gagner du temps sur la construction de quelques prototypes, on en fabriqua de fait des centaines.

Le nouveau véhicule sera baptisé « Churchill », non pas en l'honneur du premier ministre mais de l'un de ses ancêtres, le 1er duc de Marlborough. Le premier ministre en dira plus tard humoristiquement au field marshal Jan Smuts : (That is the tank they named after me when they found out it was no damn good!) soulignant les imperfections techniques qui, effectivement, caractérisaient les premières versions.

Le A22 était dans les faits très semblable au A20, mais se distinguait notamment par une bien meilleure transmission de type Merritt-Brown H4 à triple différentiel et quatre vitesses, lui permettant de tourner sur place. L’armement était d’un canon Ordnance QF 2 pounder de calibre 40 mm et d’une mitrailleuse coaxiale Besa 7,92 mm en tourelle et d’un obusier de 76,2 mm en casemate de proue. La disposition des armes était toutefois peu ergonomique : la mitrailleuse était à droite du canon, donc assignée au chargeur, mais celui-ci ne pouvait pas s’en servir et charger le canon en même temps. L’obusier était presque inutilisable, car le débattement de l’arme était très faible et le tireur ne pouvait pas atteindre la commande de tir en même temps qu’il visait ; il n’y avait pas non plus de chargeur dédié, le conducteur devant remplir ce rôle. Le blindage était en revanche particulièrement résistant : avec à l’avant, le Churchill était au moment de son apparition l’un des chars les plus lourdement blindé des armées belligérantes.

Le Churchill Mark I fut commandé à , dont les pièces et l’assemblage devaient être réalisés par Vauxhall, avec l’aide des entreprises Beyer-Peacock, Birmingham Railway Carriage & Wagon Company, Broom and Wade, Charles Roberts Company, Dennis Brother, Gloucester Railway Carriage & Wagon Company, Harland and Wolff, Leyland, Metropolitan Cammel Carriage & Wagon Company, Newton Chambers Company. Finalement seuls 303 Mark I furent produits en raison du manque d’obusiers, ce qui imposa de produire une nouvelle version sans cet élément.

Cette dernière reçue la désignation de A22a, ou Churchill Mark II. Elle était en tout point identique au Mark I, à l’exception de la disparition du canon de proue, qui était remplacé par une mitrailleuse Besa. Par ailleurs, beaucoup de problèmes de jeunesse présents sur le Mark I furent résolus sur le Mark II, bien qu’il en subsistait encore un certain nombre, du fait de la conception précipitée du char. Entre furent produits.

Du Churchill Mark III au Mark VI

thumb|448x448px|Filiation des différentes versions du Churchill Il fallut toutefois attendre et l’apparition du Churchill Mark III, ou A22b, pour que certains problèmes persistants soient résolus, en particulier en ce qui concerne l’armement et l’ergonomie. Ainsi le canon 2-pdr, qui était déjà dépassé au début de la guerre, fut remplacé par une variante raccourcie du 6-pdr. Il disposait également d’une nouvelle tourelle construite à partir de plaques soudées et la mitrailleuse coaxiale fut déplacée à la gauche du canon, la confiant donc au tireur, ce qui permettait désormais d’utiliser en même temps les deux armes. Les sources sur le nombre exact d’exemplaires produits sont contradictoires, mais le situent entre 675 et 692. Parallèlement, à partir d’, sept cents des mille premiers véhicules construits firent l’objet d’une mise à niveau qui comprenait notamment des protections des chenilles sur toute leur longueur, de nouvelles entrées d’air et des ajouts de blindage. À partir de 1943, certains Mark III furent modifiés afin que leur canon puisse tirer les munitions de utilisées par le canon du Sherman ; ils prirent alors la dénomination de Churchill Mark III*.

La tourelle du Mark III posait cependant des problèmes liés aux plaques d’acier la composant : outre des difficultés d’approvisionnement, celles-ci n’étaient pas de très bonne qualité et avaient tendance à se fragmenter et à projeter des éclats dans le compartiment de l’équipage lorsqu’elles subissaient l’impact d’un projectile, même en l’absence de pénétration. Une nouvelle version fut donc mise en production sous la dénomination de A22c, avec une nouvelle tourelle coulée d’une seule pièce, ce qui permit de résoudre les deux problèmes. Avec environ mille cinq cents exemplaire, il s’agit de la version la plus produite. Certains Mark III furent modifiés à partir de 1943 afin de pouvoir tirer les obus de américains et ils prirent alors le nom de Churchill Mark IV (). Le Mark IV servit également de base à une version d’appui, dite A22d ou Churchill Mark V, qui était équipée d’un obusier de () à la place du canon. Le développement de cette arme spécialement conçue pour le Churchill avait débuté en et elle était composée d’un assemblage d’éléments provenant d’autres pièces d’artillerie : le tube provenait du canon antiaérien de , la culasse de l’obusier de et les munitions de l’obusier de montagne de . Environ cent soixante exemplaires du Mark V furent produits. Le A22e, ou Churchill Mark VI, était très proche du Mark V (), puisqu’il s’agissait en fait du même véhicule, à l’exception du fait que le Mark VI était équipé du canon de dès sa fabrication au lieu d’être modifié. En théorie, le Mark VI aurait dû également se différencier par l’installation d’une coupole pour le chef de char, lui permettant d’avoir une vue à sans s’exposer, les tireurs d'élites allemands ayant causé de lourdes pertes parmi les chefs de char pendant la campagne d’Italie, mais les difficultés d’approvisionnements pour cette pièce furent considérables et beaucoup de Mark VI sortirent des usines sans en être équipés.

La rupture du Mark VII et ses successeurs

Le A22f, ou Churchill Mark VII, était très différent dans sa conception interne par rapport à ses prédécesseurs, à tel point qu’il fut renommé A42 à la fin de la guerre. Les changements inclurent le remplacement de toutes les ouvertures carrées par des ouvertures circulaires, afin de réduire la faiblesse dû aux angles, l’augmentation de l’épaisseur du blindage, qui passa à à l’avant et sur les côtés, assorti d’une construction désormais entièrement soudée au lieu de rivetée, ce qui permit de limiter à une tonne la hausse du poids dû à ce nouveau blindage. La boîte de vitesses Merritt-Brown H4 fut remplacée par une H41, mais le moteur resta le même, entraînant une diminution de la vitesse maximale. Tout comme le Mark IV, le Mark VII fut décliné en une version d’appui nommée Mark VIII et équipée de l’obusier de . Environ neuf cents Mark VII et deux cents Mark VIII furent produits. À la fin de la guerre, il y eut un projet de conversion des anciens Churchill, afin de les équiper de la tourelle du Mark VII, et de différents types de canons. Ceux équipés du 6-pdr seraient devenus des Churchill Mark IX, ceux avec des Mark X et ceux avec l’obusier de des Mark XI. L’étendue de la mise en œuvre du projet demeure incertaine : si une trentaine de Mark X semblent avoir été effectivement convertis, il n’y a aucune trace de l’existence de Mark IX ou XI. L’A43 Black Prince fut un autre projet sans lendemain issu du Churchill Mark VII, équipé cette fois d’une nouvelle tourelle et d’un canon 17-pdr. Six prototypes furent construits, mais le char, qui avait toujours le même moteur que le Churchill Mark I, souffrait de sa très faible mobilité, avec une vitesse maximale limitée à et le projet fut abandonné à la fin de la guerre.

Histoire opérationnelle Le Raid de Dieppe vignette|Vue arrière d’un char Churchill abandonné à Dieppe, avec le schnorchel bien visible.|alt=