Rudolf Hess (, API : ) est un homme politique allemand, né le à Alexandrie (Égypte) et mort en détention le à Berlin-Ouest (Allemagne de l'Ouest). Compagnon politique indéfectible d'Adolf Hitler depuis le tout début des , ministre sans portefeuille (Reichsminister ohne Geschäftsbereich) de son gouvernement dès son accession au pouvoir en 1933, alors porté à la direction du parti nazi sous le vocable Stellvertreter des Führers (suppléant, ou représentant, du Führer en tant que chef du parti nazi), Hess est une personnalité majeure du Troisième Reich jusqu'en 1941, mais dont l'influence est restée limitée.
À Munich, en 1923, il s'investit dans la tentative du putsch de la Brasserie ; en conséquence, il est emprisonné avec Hitler et l'aide à dactylographier son manifeste politique, . Il participe activement en 1935 à la rédaction des lois antisémites de Nuremberg. Le reste du temps, bien que dans le premier cercle de Hitler, il est cantonné à des rôles de représentation.
Le , il décolle seul, secrètement, pour l'Écosse aux commandes d'un avion Messerschmitt Bf 110 avec un réservoir d'essence supplémentaire, soi-disant sans en informer Hitler, afin de proposer un traité de paix séparée avec le Royaume-Uni, peu avant l’attaque-surprise allemande contre l’Union soviétique, violant le pacte de non-agression. En Allemagne, son départ imprévu est publiquement assimilé à une désertion. À son arrivée en Écosse, sa démarche n'est pas prise au sérieux ; il est arrêté et maintenu en détention jusqu'à la fin de la guerre, puis il est transféré à Nuremberg pour y être jugé avec les principaux responsables nazis : reconnu coupable de complot et de crime contre la paix, il est condamné à la prison à vie et détenu dans la prison de Spandau à Berlin-Ouest.
, après quarante-six années de détentionEn comptant ses quatre années de détention au Royaume-Uni pendant la guerre, soit depuis 1941. et âgé de , il est trouvé pendu dans l'enceinte de l'édifice pénitentiaire, dans une maisonnette de jardin qui lui servait de salle de lecture. Hess, pendant les dernières années de sa vie, est resté le seul occupant de la prison berlinoise, mobilisant ainsi pour son seul service des ressources non négligeables pour les puissances occupantes. La prison, vide après sa mort, est détruite peu après, et les matériaux en sont dispersés en mer du Nord.
Biographie 1894-1914 : origines gauche|vignette|Fritz Hess, le père de Rudolf Hess. Rudolf Hess voit le jour en Égypte où sa famille s'est établie. Son père, Fritz Hess, est un commerçant allemand puritain et strict, tandis que sa mère, Klara Muench (fille d'un industriel de Hof), est indulgente et pieuse. Sa famille compte trois enfants (Rudolf, Alfred et Margarete), dont il est l'aîné, et habite une villa de trois étages située dans la banlieue d'Ibrahimieh. Bien que le père de Rudolf soit assez aisé pour employer du personnel de maison, la mère se charge seule de l'éducation de Rudolf jusqu'à l'âge de six ans. Rudolf Hess entre alors à l'école allemande protestante, qui ne dispose que d'une seule pièce en raison du faible nombre de familles allemandes vivant à Alexandrie. Cependant, Fritz le retire rapidement, jugeant l'école insuffisante, et le fait éduquer à la maison en embauchant des précepteurs. Par la suite, il l'envoie au lycée français d'AlexandrieRudolf Hess, Encyclopædia Universalis. puis dans un pensionnat allemand. À l'âge de quatorze ans, il quitte l'Égypte pour l'Allemagne afin d'étudier en internat à Bad Godesberg, dans l'actuelle Rhénanie-du-Nord-Westphalie dans une école protestante.
En Allemagne, Rudolf est choqué de constater que ses condisciples le considèrent comme un étranger. Il veut devenir ingénieur ou scientifique, mais son père, qui gère sa propre entreprise, a prévu qu'il prendrait sa succession. Après trois ans, il obtient sa "Mittlere Reife" (rigoureux examen de fin de seconde surnommé "petit bac" en France pour en situer le niveau) et s'inscrit à l'« École supérieure de commerce », un pensionnat situé à Neuchâtel, en Suisse. La perspective de devenir un homme d'affaires répugne à Rudolf, qui n'ose toutefois pas en parler ouvertement à son père. Néanmoins, il s'efforce sans succès de le faire changer d'avis. En compensation, son père lui offre de l'envoyer à Oxford dès lors qu'il aura terminé ses études commerciales. Après avoir réussi de justesse, Rudolf suit une formation commerciale complémentaire à Hambourg en 1912. À l'époque il se passionne pour la navigation et l'histoire de la marine allemande.
À cause du chauvinisme pro-allemand de son père, Rudolf Hess n'a jamais vraiment pu connaître l'Égypte : son monde s'est résumé à une éducation allemande prodiguée dans un milieu d'expatriés allemands. Le seul enseignant qui ait vraiment marqué Rudolf fut l'un de ses précepteurs à Alexandrie, Abdul-Aziz Effendi, un Égyptien qui lui donnait des leçons d'arabe. Il était intéressé par l'astrologie, l'ésotérisme, l'occultisme et les religions orientales.
Dans les années 1900 la famille Hess commence à se rendre plus souvent en Allemagne, car Fritz a acheté un terrain dans le Fichtelgebirge, à l'est de Bayreuth, et a fait bâtir une maison à Reicholdsgrün, un petit village à dix kilomètres environ au nord-ouest de Wunsiedel. Durant les vacances, Rudolf ne peut voyager beaucoup, même pour le trajet entre Alexandrie et Reicholdsgrün. Inversement, pendant qu'il est à l'école en Allemagne, Rudolf passe Noël chez un oncle qui vit à , près de Francfort-sur-le-Main. Celui-ci l'emmène souvent assister à des opéras à Francfort, ce qui développe chez Rudolf un intérêt pour la musique, notamment pour Ludwig van Beethoven ou Eugen d'Albert.
1914-1920 : Première Guerre mondiale Au début de la Première Guerre mondiale en 1914, et pour la première fois de sa vie, Rudolf Hess, alors âgé de vingt ans, se rebelle contre son père, après une altercation avec celui-ci alors qu'ils sont à la villa de Reicholdsgrün. Il refuse de retourner à son stage commercial à Hambourg. Dans un élan de nationalisme et de patriotisme, Hess se rend à Munich et s'enrôle dans le bavarois d'artillerie de campagne. Le il est transféré à la du d'infanterie (König), un des régiments bavarois les plus prestigieux.
Le Rudolf est envoyé au front, à ce moment stabilisé dans ce qui va devenir la guerre des tranchées, alors que seuls 25 % des membres de sa compagnie sont des soldats expérimentés. Hess connaît son baptême du feu lors de la bataille qui a pour but de percer les lignes ennemies à Ypres. Il passe dans la Somme et en Artois autour d'Arras. Le , il est promu première classe et reçoit la Croix de fer de seconde classe pour bravoure en défendant sa position contre une attaque ennemie. Un mois plus tard il est promu caporal. Rudolf Hess se porte toujours volontaire pour les patrouilles de reconnaissance et les raids, et il conserve son sang-froid de manière exemplaire lors des attaques ennemies. En son unité est transférée de la Somme à Verdun en renfort. Rudolf est confronté à toutes les horreurs de la guerre durant la bataille de Verdun qui débute pour lui le . Il écrit à un cousin qu'il a dû subir des tirs de barrage d'artillerie ennemis pendant plusieurs jours et qu'il a dû dormir dans une tranchée où gisait la moitié du corps d'un soldat français. Le il est gravement blessé près du fort de Douaumont par des éclats qui l'atteignent au dos et aux jambes.
Pendant sa convalescence à l'hôpital il lit beaucoup, surtout des récits des exploits des aviateurs tels que Max Immelmann, Oswald Boelcke et Manfred von Richthofen. L'esprit chevaleresque des combats aériens attire Rudolf Hess au point de déposer une demande de transfert à la Luftstreitkräfte, le corps aérien impérial ; elle est refusée. Alors qu'il est en convalescence à Reicholdsgrün, il envoie une seconde demande qui est elle aussi refusée. Il est promu caporal-chef le et reçoit l'ordre de se rendre en Roumanie en tant que commandant de peloton dans la de la réserve bavaroise d'infanterie, régiment . Son unité combat dans les montagnes bordant la Transylvanie lorsqu'il est de nouveau blessé le par des éclats reçus dans le haut du bras. Cependant, Hess ne considère pas ces blessures comme sérieuses et retourne au combat quelques jours plus tard. Il est blessé plus gravement à Focşani, durant la dernière offensive contre les Roumains, lorsqu'il est atteint d'une balle au poumon. Il saigne abondamment tout en étant inconscient ; il survit de justesse à cette blessure après avoir été transporté à un point d'évacuation sanitaire à Kézdivásárhely. Il demeure plusieurs mois en convalescence à l'hôpital militaire et à Reicholdsgrün. Le il reçoit sa promotion au grade de lieutenant par la poste.
Après un examen médical qui le déclare inapte au métier de fantassin, il est finalement transféré dans l'armée de l'air en tant que pilote. Son entraînement de pilote est supposé débuter au . Cependant, avant de se présenter à sa nouvelle affectation, il doit accomplir une dernière tâche en tant que fantassin : escorter une compagnie d'infanterie au front ouest. Alors qu'il exécute cette mission sous les ordres du premier lieutenant, le baron von Tubeuf, il remarque un caporal qui se tient à côté de lui, portant la Croix de fer de première classe, et dont la tâche est de livrer les messages aux différentes unités quand le téléphone de campagne ne fonctionne plus. Il s'agit d'Adolf Hitler. Peu après, il rejoint l'école de pilotage du camp Lechfeld près d'Augsbourg. C'est à cette école de pilotage que Rudolf Hess se fait l'un de ses premiers vrais amis, le lieutenant , qui devient plus tard le directeur de la Heinrich Lanz AG à Mannheim. Rudolf Hess apprend à piloter durant le printemps et et effectue son premier vol seul aux commandes à Ried à bord d'un . En essayant d'impressionner ses cousins qui vivent à proximité, Rudolf écrase accidentellement son avion dans un pré proche de Ried ; il s'en sort indemne. Son entraînement se termine en et il est transféré à l'escadron de sur le front ouest. Son engagement au front ne dure qu'une seule semaine et se limite à quelques missions de vol sans incident, lors de la bataille aérienne finale au-dessus de Valenciennes. La guerre s'achève avant qu'il ait pu abattre un seul avion ennemi. L'armistice signé le entraîne la dissolution de . Hess part donc en congé à Reicholdsgrün et est officiellement démobilisé le .
Pendant ce temps, en Égypte, la firme a été expropriée comme propriété ennemie par les Britanniques victorieux. Fritz Hess effectue un voyage en Égypte afin de négocier et de reconstruire son entreprise ; il n'a toutefois plus les moyens d'envoyer son fils à l'université. De plus, Rudolf Hess n'a pas les prérequis nécessaires. Cependant, dans l'État libre de Bavière, tous les militaires démobilisés disposent d'une dérogation gouvernementale leur permettant de s'inscrire dans une université bavaroise avec seulement un diplôme d'études intermédiaires. Rudolf s'y rend en et commence l'étude de l'économie politique à l’université de Munich. Ses études sont vite interrompues par la révolution allemande, à laquelle il s'oppose en s'engageant dans le Corps franc de Franz von Epp. Après quoi, il retourne de nouveau à l'université pour étudier l'économie. Hess a été, en 1919, étudiant du professeur en géopolitique Karl Haushofer, inventeur du concept de Lebensraum (un « espace vital » en Europe pour toutes les populations germaniques, dans un seul État), conception qui fut l'un des éléments majeurs de l'idéologie et de la politique nazie ; Hess était aussi l'ami d'Albrecht Haushofer, fils du professeur, qui avait des relations britanniques pro-germaniques haut placées et reprendra le journal de son père, (Cahiers pour la géopolitique). C'est aussi à cette époque qu'il rencontre sa future épouse, Ilse Pröhl, originaire de Hanovre, alors âgée de dix-neuf ans.
1920-1939 : ascension dans l'ombre de Hitler vignette|Himmler et Hess à Dachau (1936).