Les parlers gallo-italiquesLe terme est surtout utilisé au pluriel. Ces langues sont parfois qualifiés de « haut-italiens » ou de « cisalpins », selon un terme employé par Giovan Battista Pellegrini en 1973. (parfois dénommés gallo-italiens ou langue padaneSergio Salvi, La lingua padana e i suoi dialetti, suppl. ai Quaderni Padani n° 25/26, La Libera Compagnia Padana, Novara, 1999) sont des langues romanes parlées dans le nord de l’Italie et en SuisseLa définition précise d'un italien septentrional (même le nom est contesté et comporte de nombreuses variantes : italien du Nord, cisalpin, etc.), comme d'un ensemble de parlers apparentés, ne fait pas l'unanimité. Selon Jean-Marie Klinkenberg, spécialiste belge des langues romanes, la bonne définition et le bon titrage serait parlers gallo-italiques, alors qu'il n'existe pas un italien septentrionalJean-Marie Klinkenberg, Des Langues romanes, Louvain-la-Neuve, Duculot, 1994. Ils sont, au sein de la famille des langues indo-européennes, intermédiaires entre les groupes gallo-roman et italo-roman des langues romanes occidentales.

Caractéristiques Parmi les caractéristiques typiques des langues gallo-romanes, on remarquera l'affaiblissement des syllabes atones (surtout en émilien et en romagnol), la nasalisation de certaines voyelles, la sonorisation des consonnes occlusives intervocaliques et la réduction des géminées dans la même position (lénition), la chute dans de nombreux cas des consonnes finales et le manque d'épithèse ainsi que la présence, dans de nombreuses variantes de phonèmes vocaliques antérieurs arrondis (/y, ø/, appelées dans le passé des « voyelles troublées »). D'autres caractéristiques sont la résolution palatale autonome du groupe cl-, gl-, la palatisation de ca- et de ga- et le maintien jusqu'à un passé récent de -sA. A. Sobrero, A. Maglietta, Introduzione alla Linguistica ItalianaG. B. Pellegrini, "Il “Cisalpino” e l’italo-romanzo", in Archivio Glottologico Italiano, LXXVII, 1992, ..

En font partie : le piémontais parlé au Piémont, le lombard parlé en Lombardie (subdivisé en lombard occidental, parlé dans les provinces de Milan, Lodi, Novare (Piémont), en Insubrie, dans la Valteline et dans le canton du Tessin, varésien parlé dans la province de Varèse) et le , parlé dans les provinces de Bergame et de Brescia), le ligure avec ses variantes comme l'intémélien et le monégasque, l'émilien-romagnol parlé en Émilie-Romagne et dans le nord des Marches, dans la Lunigiana, à Saint-Marin et en Lombardie, dans les provinces de Mantoue et de Pavie (langue émilienne, langue romagnole), le gallo-italique de Basilicate et le gallo-italique de Sicile.

Ni le vénitien ni l'istriote ne font partie du gallo-italique.

Controverse sur le groupe

L’italien septentrional serait l'ensemble des parlers gallo-italiques, des langues régionales (dialectes) qui appartiennent à la famille des langues romanes — dont est généralement exclu le vénitien considéré à part. Ces dialectes sont parlés dans tout le nord de l'Italie — au nord de la ligne Massa-Senigallia, et dans certaines régions voisines de l'Italie comme le (Tessin et Grisons en Suisse, l'Istrie en Croatie et la Slovénie, ainsi qu'à Monaco et Saint-Marin).

Les définitions données à cet « italien septentrional » sont contradictoires : Déf. 1 : C’est un groupe de dialectes de la langue italienne, selon la linguistique romane traditionnelle (par ex. Gian Battista PellegriniPellegrini, G.B. (1975) I cinque sistemi dell'italoromanzo, Saggi di linguistica italiana (Turin: Boringhieri), , Jacques AllièresAllières, Jacques (2001), Manuel de linguistique romane, coll. Bibliothèque de grammaire et de linguistique, París: Honoré Champion. Cependant, pour que cette définition soit valable il faut entendre par langue italienne, comme dans les œuvres du linguiste allemand Gerhard RohlfsRohlfs, Gerhard, Rätoromanisch. Die Sonderstellung des Rätoromanischen zwischen Italienisch und Französisch. Eine kulturgeschichtliche und linguistische Einführung (Munich: C.H. Beek'sche, 1975), , l'ensemble des dialectes romans d'Italie (et même le corse), parmi lesquels se dégage l'italien littéraire, dérivé du dialecte florentin de Dante, Boccace et Pétrarque, et langue officielle en Italie, au Tessin (et dans quatre vallées des Grisons) au sud des Alpes, ainsi qu'en Corse, jusqu'en 1853.

Déf. 2 : Selon Pierre Bec, Heinrich SchmidSchmid, Heinrich (1956) Über Randgebiete und Sprachgrenzen", Voz Romanica, XV, , Andreas SchortaSchorta, Andrea (1959) "Il rumantsch - grischun sco favella neolatina", Annalas da la Società Retorumantscha, LXXII, )., Geoffrey Hull Hull, Geoffrey (1989) Polyglot Italy:Languages, Dialects, Peoples, CIS Educational, MelbourneHull, Geoffrey (1982), thèse de doctorat de l'Université de Sydney; publiée sous le titre de The Linguistic Unity of Northern Italy and Rhaetia: Historical Grammar of the Padanian Language. 2 vols. Sydney: Beta Crucis, 2017. et , il s’agit d’un système linguistique tout à fait indépendant de l’italien proprement dit.

Déf. 3 : Certains considèrent chaque dialecte de l'italien septentrional comme une langue indépendante. C'est le cas du Summer Institute of Linguistics et de son site ethnologue.com, ainsi que de la norme ISO 639-3 qui en découleethnologue.comSite de l'ISO 639-3. Cette opinion est rejetée par la majorité des linguistes traditionnels, . En ce qui concerne l'usage dans la vie quotidienne, les dialectes de Vénétie qui sont classés à part de cet italien septentrional sont parmi .

Régions intéressées La coupure marquée par la ligne Massa-Senigallia (appelée de manière moins exacte ligne La Spezia-Rimini), divise les langues romanes en deux grands groupes : la Romania occidentale (incluant l'italien septentrional) et la Romania orientale (incluant l'italien central et méridional). Le groupe gallo-italique est à la fois séparé des autres groupes du nord-est (Vénétie, Trentin, Frioul, Tyrol du Sud) par une ligne qui passe à l'est de Bolzano et par la côte orientale du lac de Garde, au nord de Mantoue et du Pô.

La limite septentrionale entre l’italien septentrional (y inclus le rhéto-roman) et les autres langues (romanes, germaniques ou slaves) correspond en gros aux frontières politiques entre les divers peuples germaniques dominants après les Invasions barbares, c'est-à-dire entre Lombards, Burgondes, Wisigoths et Bavarois, frontières qui se reflètent dans le superstrat linguistique des langues romanes actuelles :

Italien du Nord (moins le romagnol : la Romagne appartenait à l'Empire byzantin) : la langue des Lombards (Langobardi) ; Occitan : la langue des Wisigoths ; Francoprovençal : la langue des Burgondes ; Français : la langue des Francs ; Galicien : la langue des Suèves.

Vers le nord, l'italien du Nord (et le rhéto-roman) font frontière avec le haut-allemand suisse, dérivé de la langue des Alamans et le haut-allemand bavarois, dérivé de la langue des Bavarois (parlé actuellement en Autriche et au Tyrol du Sud). Cette zone, la Romania submersa, connait un processus de substitution linguistique du rhéto-roman. À l'est, l'italien du Nord (et le frioulan rhéto-roman) sont actuellement limitrophes de deux langues slaves: le slovène et le croate.

Classification et tableau comparatif L' ci-dessous un essai de classification de ces langues régionales (ou dialectes, selon le point de vue). Une erreur fréquente consiste à confondre le avec tout le , alors qu'il n'en est qu'une partie, les dialectes de Vénétie en effet n'ont pas de substrat celtique :

{| class="wikitable" |- ! colspan="3" | Classification ! Superstrat ! Substrat ! Phrase ! Territoire |- ! colspan="3" |Latin

| (Illa) Claudit semper fenestram antequam cenet.

! rowspan="2" | Florentin | colspan="2" | Italien (florentin moderne) | rowspan="8" | Lombard | rowspan="2" | Étrusque | (Ella) chiude sempre la finestra prima di cenare.

| colspan="2" | Toscan (florentin classique) | Lei la 'hiude sempre la finestra pria di'ccenà.

! rowspan="7" | Gallo-italique ou gallo-italien | colspan="2" | Piémontais | rowspan="3" | Celtique (Celtes), ligure ancien | Chila a sara semper la fnestra dnans ëd fé sin-a| Piémont : provinces de Turin, Coni (it. Cuneo), Asti, Verceil (it. Vercelli), Biella, Alexandrie (it. Alessandria) (partiellement) |- | rowspan="2" |Ligure | Ligure, ou ligurien ou génois (y compris le monégasque e l'intémélien) | Lê a særa sénpre o barcón primma de çenâ.| Ligurie : de Vintimille à La Spezia; enclaves: Monaco, Bonifacio en Corse, îlots de San Pietro et Sant'Antioco en Sardaigne); royasque (brigasque inclus), parler de la haute Roya, de transition vers l'occitan |- | | Ligure tabarquin | Lé a sère fissu u barcun primma de çenò. |- |- | rowspan="2" |Lombard | Lombard occidental | rowspan="4" | Celtique (Celtes) | (Lee) la sara semper su la fenèstra primma de sena.| Lombardie : Milan, Lodi, région du lac Majeur, provinces piémontaises de Novare et Verbania; sud de la Suisse, Tessin; Pavie (avec des traits émiliens); Crémone(avec des traits orientaux).

| (Lé) la sèra sèmper sö la finèstra prima de senà.| Bergame, Brescia et Crema (ex République de Venise) ; Mantoue (avec des traits mixtes) |- | rowspan="2" |Émilien-romagnol | Émilien, bolonais | (Lî) la sèra sänper la fnèstra prémma ed dsnèr.| Émilie-Romagne : Émilie: Plaisance, Parme, Reggio Emilia, Modène, Bologne |- | Romagnol, fanois (Fano, nord des Marches) | Grec byzantin | Lìa chìud sèmpr la fnestra prema'de cnè.| Émilie-Romagne : Romagne, Saint-Marin, nord des Marches |- ! colspan="3" | Vénitien | rowspan="2" | Lombard | Vénète | (Eła) ła sàra/sèra senpre el balcón vanti senàr/dixnàr.| Venise, Padoue, Vérone, Trévise, Belluno, Trente |- ! rowspan="3" | Rhéto-roman | Ladin | Ladin nonois (Val di Non, Trento) | rowspan="2" | Rhétique | (Ela) la sera semper la fenestra inant zenar.| |- | colspan="2" | Romanche | Lombard, haut-allemand | Ella clauda/sèrra adina la fanestra avant ch'ella tschainia.| |- | colspan="2" | Frioulan | Lombard | Celtique (Carnii, donc un peu différent des celtes plus occidentaux) | Jê e siere simpri il barcon prin di cenâ.| |- ! colspan="3" | Istriote | | Celtique (Celtes) | Gila insiera senpro lo balcon preîma da senà.| Côte sud de l'Istrie, istr. Rovèigno, it. Rovigno; cr. Rovinj, en Croatie. |- ! colspan="3" | Occitan | Gotique (Wisigoths) | Celtique (Celtes), ligure ancien, aquitain | (Ela) barra totjorn la fenèstra abans per/de sopar.| |- ! colspan="3" | Francoprovençal | Burgonde (Burgondes) | Celtique (Celtes) | Lè sare tozhor la fenètra devan ke sopâ.| |- ! colspan="3" | Français | Francique (Francs) | Celtique (Celtes) | Elle ferme toujours la fenêtre avant de dîner/souper.|

Le groupe italien septentrional est composé du sous-groupe gallo-italique et du vénitien, et parfois de l'istriote. La classification de l'istriote est difficile et controversée. généralement soit comme un type particulier de vénitien, soit comme un dialecte distinct du vénitien, soit encore comme un idiome intermédiaire entre le vénitien et le dalmate.

D'après Pierre Bec Bec, Pierre (collab. Octave NANDRIS, Žarko MULJAČIĆ) (1970-71), Manuel pratique de philologie romane, Paris: Picard, 2 vol, vol 2, , dans le passé, il a dû exister une certaine unité diachronique entre l' italien du Nord et le groupe rhéto-roman : romanche en Suisse, ladin et frioulan en Italie. Ce lien étroit et évident a été étudié plus à fond par le linguiste australien Geoffrey Hull, déjà cité (voir plus haut, définition 2).

Italien régional septentrional