Les Chiens de paille () est un film américano-britannique réalisé par Sam Peckinpah et sorti en 1971. C'est une adaptation du roman de publié en 1969. Le film raconte l'histoire d'un mathématicien américain et de sa femme qui, après s'être installés dans une ferme dans la campagne anglaise, se retrouvent confrontés à la violence d'un groupe d'hommes issus du village voisin. Dustin Hoffman et Susan George y tiennent les rôles principaux.

Le film fait partie, avec Délivrance de John Boorman et Orange mécanique de Stanley Kubrick, des trois films emblématiques de l'ultra-violence dans le cinéma américain des années 1970. Il fut controversé à sa sortie dans les salles, et fut censuré au Royaume-Uni.

Synopsis David Sumner, jeune mathématicien américain, vient habiter avec sa femme britannique Amy dans l'arrière-pays anglais, dans le petit village de Wakely dans les Cornouailles. David souhaite y travailler au calme, pour se concentrer sur ses recherches sur la structure stellaire et les mathématiques appliquées. Son arrivée n'est pas du goût de Charlie Venner, ex-petit ami d'Amy. Lui et ses amis Norman Scutt, Chris Cawsey et Phil Riddaway voient d'un mauvais œil qu'un étranger ait épousé l'une des leurs. David engage de jeunes ouvriers du village pour réparer la ferme, qui appartenait au père d'Amy. Les ouvriers, Scutt et Cawsey, finissent alors par tourmenter le couple non violent.

Fiche technique Titre français : Les Chiens de paille Titre original : Straw Dogs Réalisation : Sam Peckinpah Scénario : Sam Peckinpah et , d'après roman de , The Siege of Trencher's Farm Musique : Jerry Fielding Photographie : John Coquillon Montage : Paul Davies, , Roger Spottiswoode et Bob Wolfe Pays de production : , Production : et et James Swann Sociétés de production : ABC Pictures, Talent Associates et Amerbroco Films Format : Couleur (Eastmancolor) - 1,85:1 Genre : thriller, drame Durée : 118 minutes Dates de sortie : États-Unis : France : Classification : États-Unis : R France : interdit aux moins de 16 ans Royaume-Uni : X Affiche : René Ferracci (France)

Distribution Dustin Hoffman (VF : Philippe Ogouz) : David Sumner Susan George (VF : Ginette Pigeon) : Amy Sumner Peter Vaughan (VF : Jean Violette) : Tom Hedden T.P. McKenna (VF : Philippe Dumat) : le major John Scott (VF : Marc de Georgi) : Charlie Venner Jim Norton (VF : Pierre Trabaud) : Chris Cawsey Donald Webster : Riddaway Ken Hutchison (VF : Daniel Gall) : Norman Scutt (VF : Pierre Guillermo) : Bobby Hedden (VF : Janine Forney) : Janice Hedden Robert Keegan (VF : Claude Joseph) : Harry Ware David Warner (VF : Bernard Tiphaine) : Henry Niles (non crédité) Peter Arne (VF : Gérard Hernandez) : John Niles Cherina Schaer : Louise Hood Colin Welland (VF : Jean-Louis Maury) : le révérend Barney Hood

Production Scénario En 1970, Sam Peckinpah est proposé pour l'adaptation du roman Délivrance, ce qui sera refusé par les producteurs à la suite de dissensions avec la WarnerAnalyse détaillée sur DevilDead. Finalement c'est John Boorman qui réalisera le film. Le producteur lui propose alors d'adapter le roman dont il a obtenu les droits. Les scénaristes prennent des libertés avec l'œuvre de l'auteur écossais , ajoutant une scène de viol et ne gardant du texte original que l'agression du couple et le siège de la ferme. Dans une première mouture du script, les auteurs avaient fait du couple les parents d'une petite fille de huit ans tuée par un assassin d'enfants, mais sur les conseils d'Harold Pinter, Peckinpah retire cet élément de son script. Le titre (Chiens de paille) est tiré d'une traduction du Tao Tö KingOlivier Père, Les Chiens de paille, . :

Lors de la rédaction du scénario, Peckinpah prend connaissance des écrits de l'anthropologue Robert Ardrey, et , dont la thèse principale est que les comportements humains sont mus par des instincts animaux. Ce postulat servira de base au récit du filmJean-Baptiste Thoret, Le Cinéma américain des années 1970, .. Il ne s'agit pas d'un film sur l'autodéfense, mais d'un film sur une réaction instinctive aux attaques des villageois, par un homme, David, qui au départ refuse de recourir à la violence et de se rendre complice d'un meurtre. Ainsi le viol de la femme du professeur, Amy, n'est pas le motif du déchaînement de violence de l'époux, puisque, durant presque tout le récit, il ignore l'évènementJean-Baptiste Thoret, ibid., .. Il refuse seulement qu'on se fasse justice soi-même. Vers la fin du combat seulement il apprend de la part d'un des agresseurs la relation sexuelle, qui lui est présentée comme consentie. Quand tout est fini on sent chez lui, l'ironie d'un homme équilibré, déjà passablement indisposé par le manque de courage d'Amy à l'égard des assaillants-lyncheurs, qui vient d'apprendre de surcroît, l'adultère présumé, qu'elle ne dément pas. Il lui demande plusieurs fois et se contente de quitter en voiture, avec Henri Niles, la maison et son épouse, en disant .

Attribution des rôles Sam Peckinpah pense pour le rôle du professeur à Jack Nicholson, Beau Bridges, Stacy Keach, Sidney Poitier ou Donald Sutherland, et pour celui de son épouse à Judy Geeson, Jacqueline Bisset, Diana Rigg, Helen Mirren, Carol White ou Charlotte Rampling, mais c'est Dustin Hoffman qui, intéressé par l'histoire, obtient le rôle, et son épouse est incarnée par la jeune actrice anglaise Susan George, contre la volonté de Dustin Hoffman qui trouvait l'actrice trop jeune pour le rôle. Le reste de la distribution est constitué d'acteurs britanniques, avec entre autres David Warner (non crédité au générique), acteur présent dans deux autres films de Peckinpah Un nommé Cable Hogue et Croix de fer. Peter Vaughan, qui joue le rôle du patriarche qui mène l'assaut contre la maison, considère avoir passé huit mois heureux à jouer dans ce film, et Peckinpah comme l'un des meilleurs réalisateursInterview avec Peter Vaughan County Times.

Dustin Hoffman, disciple de la méthode de l'Actors Studio, a lui-même choisi les costumes, et l'allure introvertie qui correspondait à l'idée qu'il se faisait du personnageFrançois Causse Sam Peckinpah, la violence du crépuscule ..

Tournage Le tournage a lieu du au en Cornouailles et dans le Middlesex (Twickenham Film Studios).

L'équipe tourne en Cornouailles à l'extrême sud-ouest de l'Angleterre. Les extérieurs sont filmés dans le village de St BuryanDavid Weddle The Life and Times of Sam Peckinpah . Au début du tournage, le directeur de la photographie Brian Probyn est remplacé par John CoquillonOlivier Père, ibid., .. Les conditions de tournage et la pneumonie de Peckinpah, qui continue de diriger tout en s'alcoolisant, vont rendre l'atmosphère du film difficile. Des tensions vont apparaître entre les comédiens et le réalisateur. Ainsi, Sam Peckinpah refuse d'employer une doublure pour la scène du viol avec Susan George.

Musique La musique du film est composée par Jerry Fielding, compositeur attitré de Sam Peckinpah, qui a composé les musiques de La Horde sauvage, Junior Bonner, le dernier bagarreur, Apportez-moi la tête d'Alfredo Garcia, et Tueur d'élite. La composition de Fielding marque une évolution dans le style du musicien, en se tournant vers un langage moderne hérité du sérialisme et de l'atonalitéJerry Fielding, du swing à l’avant-garde site underscores. La musique est marquée par son austérité, et par des références à la musique de Stravinsky et en particulier à l'Histoire du soldatRoyal S. Brown Overtones and undertones: reading film music, 344.

L'album de la bande originale est éditée en disque vinyle en 1978, comprise dans une anthologie regroupant quatre musiques de films composées par Fielding : Four Film Suites, Straw Dogs, The Mechanic, Lawman, Chato's Land, dix compositions figuraient dans cet album édité par Citadel Records en 1978 (réédité par Bay Cities en 2010). La bande originale a été rééditée intégralement en 2010 par le label indépendant IntradaRéférence Discogs.

Sortie et accueil Controverse Le film provoque la controverse lors de sa sortie en 1971, principalement à cause de la longue séquence du viol qui constitue la scène centrale du film. Les critiques ont accusé le réalisateur Sam Peckinpah d'idéaliser le viol et de s'engager dans un sadisme misogyneDavid Weddle (1994) : If They Move... Kill 'Em!, Grove Press, ., notamment à cause du caractère ambigu de la scène — après avoir d'abord résisté Amy semble ensuite bienveillante envers son agresseur, cependant elle ressent des flash-back traumatisants. Les défenseurs de Peckinpah affirment que la scène est sans ambiguïté, et que le traumatisme d'Amy est traité avec véracitéDavid Weddle, ibid., ..

Le film a suscité de vives réactions, plusieurs critiques y ont vu une conception de la violence comme une forme de rédemption, et comme la célébration fasciste de la violence et de l'autodéfense, tandis que d'autres le considèrent comme anti-violent, soulignant la fin pessimiste comme la conséquence de cette violenceSimmons, Garner (1982) : Peckinpah, A Portrait in Montage, .. Peckinpah défend son film et le présente comme une exploration, et non une approbation de la violence, où il expurge ses obsessions. Dustin Hoffman considèrerait David comme délibérément, mais inconsciemment, responsable de cette violence, son saccage homicide final étant l'émergence de son vrai « moi ». Ce point de vue n'était pas partagé par le réalisateur Sam Peckinpah. On peut bien relever que le héros n'a pas le choix : il est forcé de tuer pour empêcher un lynchage, faire respecter la loi (notion essentielle dans la culture américaine) et ne pas perdre son âme. Pour ces trois raisons il agit en légitime défense.

En France, les réactions sont mitigées : si les critiques de La Croix et du Journal du Dimanche sont choqués et trouvent le film traumatisant, Télérama et Combat expriment des critiques positives. Pour le critique de Combat Henry Chapier :

Censure Le studio a coupé la première scène du viol avant la sortie du film aux États-Unis, pour obtenir la classification R du MPAA.

En 1971 Les Chiens de paille est classé X pour sa sortie en salles au Royaume-Uni, et interdit aux moins de 18 ans dans la version coupée sortie en 1995. Le film gagne en notoriété en 1984 après que le British Board of Film Classification l'a interdit de sortie vidéo en application de la loi sur les enregistrements alors nouvellement introduite, à cause de la scène du viol.

En 1999, la licence pour une version vidéo partiellement coupée est à nouveau refusée au Royaume-Uni, le BBFC s'opposant à ce qu'il considère comme . Le , Les Chiens de paille obtient finalement l'autorisation de sortie en VHS et DVD. Cette version est non censurée et inclut donc la seconde scène de viol car, selon l'avis de la BBFC, .

Le BBFC note aussi que :

Box-office

En France, la fréquentation des salles à sa sortie atteint les spectateurs.

Distinctions

Récompense Kansas City Film Critics Circle Awards 1971 : meilleur réalisateur

Nominations Oscars 1972 : meilleure musique de film (partition originale) pour Jerry Fielding Fotogramas de Plata 1972 : meilleur acteur étranger pour Dustin Hoffman

Vidéographie VHS Les Chiens de paille version française, édition Antares Travelling 1991.

DVD Straw dogs, Région 1 (États-Unis et Canada), Criterion 2004 (version remastérisée en 2 dvd avec commentaire du biographe Stephen Price). Les Chiens de paille, Région 2 (Europe), Aventi, Les Inrockuptibles 2007 (livret rédigé par Olivier Père).

Remake Un remake américain est réalisé en 2011 par Rod Lurie.

Références culturelles Les Chiens de paille est une chanson de Johnny Hallyday neuvième titre de l'album Derrière l'amour (1976). Le groupe de rap Chiens de paille est ainsi nommé en référence au film.

Notes et références Source

Notes

Annexes Bibliographie