Jules Guesde (prononcé en principe. mais on entend la prononciation .. dans l'espace occitanophone du Midi de la France, pseudonyme de Mathieu Jules Bazile, né le à Paris et mort le à Saint-Mandé, est un homme politique français, meneur socialiste et fondateur du Parti ouvrier français (POF), premier parti ouvrier organisé de France.
Biographie Jules Bazile est le fils d’un professeur d’institution privée. Après avoir suivi des études classiques et obtenu son baccalauréat en 1863, il entre à la préfecture de Paris comme expéditionnaire-traducteur à la direction de la presse. gauche|vignette|250x250px|Jules Guesde en 1859.
Premiers pas dans le journalisme militant sous le Second Empire Il collabore très tôt à des journaux républicains, se signalant par son audace contre le régime impérial, choisissant alors comme pseudonyme le patronyme de sa mère, Eléonor Guesde.
Ces années sont celles d’une formation politique de plus en plus marquée à gauche. À un journaliste du Matin venu l'interviewer sur son itinéraire politique en 1893, il répond qu'il est devenu républicain sous l'Empire en lisant en cachette les Châtiments de Victor Hugo, athée en lisant la Critique de la raison pure de Kant et enfin socialiste « par la Commune ». gauche|vignette|245x245px|Jules Guesde en 1865. De fait, c'est de Toulouse puis Montpellier, et non à Paris, que le jeune Guesde critique l’entrée en guerre de la France en 1870. Il défend l’opinion républicaine dans Le Progrès libéral de Toulouse en 1868, puis, l’année suivante, jusqu’en 1871, dans La Liberté et L'Hérault de Montpellier puis dans Les Droits de l’Homme où il est alors secrétaire de rédaction. Il y rencontre d'ailleurs le jeune Paul Brousse.
La guerre de 1871, la Commune et l'exil Après le 4 septembre, il soutient la nouvelle République. Guesde est favorable à l'idée de souveraineté nationale contre tout retour à la monarchie, pour davantage de libertés publiques et la séparation de l'Église et de l'État. Il n'aborde que peu les sujets économiques. Néanmoins, certains de ses textes sont marqués d'une inspiration proudhonienne ou encore influencés par l'Organisation du travail de Louis Blanc. Son engagement dépasse le cadre des journaux. À Montpellier, le , il prend la tête d'une manifestation en soutien à la république.
À partir de , Guesde soutient la Commune de Paris contre l'Assemblée nationale conservatrice de Versailles. Ses articles virulents lui valent diverses condamnations à l’emprisonnement qui le poussent, pour y échapper, à l'exil au mois de juin.
Réfugié en Suisse, dans la ville de Genève, il fréquente les cercles des exilés parisiens ainsi que la Section de Propagande et d'Action Révolutionnaire Socialiste, où il se lie d'amitié avec des anarchistes locaux proches de la Fédération jurassienne. Il y découvre également les réseaux de l'Association internationale des travailleurs (AIT). En 1872, il part pour Rome où il participe à la création d'une nouvelle section de l'AIT, puis pour Milan, en 1873. Il rencontre dans cette ville sa future épouse, Mathilde Constantini. Il survit en donnant des leçons de littérature. vignette|292x292px|Jules Guesde en 1871. Au sein du réseau des internationalistes, Guesde se familiarise avec l'économie politique. Il y prend parti pour Mikhaïl Bakounine dans sa critique qui l'oppose à Karl Marx et son « autoritarisme » qualifié alors de « prussien ». Il lit divers ouvrages sur les Lumières et les premiers communistes. Trois ouvrages semblent particulièrement l'avoir marqué durant cette période d'exil italien - du moins, ses archives peuvent le laisser à penser. Le Que faire ? du penseur russe Nikolaï Tchernychevski, L'Origine des espèces de Charles Darwin ou encore les écrits de Théodore Dézamy ont occupé une bonne partie de son temps. Durant ces années, Guesde tient également un carnet de poésies et commence à produire des écrits de réflexion sur la politique.
En 1876, avec son épouse, ils quittent la ville de Milan pour Bruxelles, où il rencontre le socialiste belge César De Paepe. Son passage par la capitale belge le confronte concrètement pour la première fois au prolétariat industriel. Cela l'amène progressivement de l'anarchisme vers le socialisme.
De retour à Paris Mais la véritable rupture s'opère après son retour à Paris durant cette même année 1876, autour du Café Soufflet, à proximité du Panthéon. Alors haut lieu de la sociabilité des socialistes parisiens, Guesde y fréquente Carl Hirsch, José Mesa, Gabriel Deville puis Benoît Malon, qu'il a déjà rencontré en Suisse. Guesde s'y familiarise avec certaines des théories de Karl Marx. Les deux hommes ne correspondront qu'après la fondation de L'Égalité en 1879. Alors que Guesde commence à s'affirmer comme un socialiste influent, il rédige en 1877 en italien Une lettre ouverte au sénateur Lampertico. Dans cette dernière, il s'attaque à l'approche du christianisme social. En 1878, il publie son premier essai en langue française, Essai de catéchisme socialiste, qui est loin d'être une publication marxiste. Guesde y présente un système d'éducation libertaire, une méfiance vis-à-vis de l'État et fait appel à l'imagination et au rêve pour penser la société de demain. Cette utopie arrimée à une rigueur démonstrative le fait connaître dans les courants socialistes. La traduction par l'éditeur Maurice Lachâtre en 1875 du livre I du Capital de Karl Marx accélère sa transformation intellectuelle.
Le chef du parti « collectiviste » De retour en France en 1876, Guesde vise deux objectifs. D'abord reconstituer le mouvement ouvrier décapité par la répression de la Commune de Paris, et convaincre ensuite l’élite de la classe ouvrière française du bien-fondé des doctrines du socialisme scientifique issues de la pensée marxiste.
À cette fin, il lance avec Paul LafargueGendre de Karl Marx depuis 1868 par son mariage avec sa fille Laura Marx. le journal L'Égalité qui parait avec quelques interruptions de 1877 à 1883 et qui diffuse en France des idées se voulant républicaines-socialistes, comme l'indique son premier sous titre, avant d'affirmer son unique affiliation au socialisme. Les idées diffusées dans ses numéros commencent à être marquées par le marxisme mais à l'évidence traversées par diverses influences françaises, de Blanqui à Rousseau. Rapidement le journal prend ses distances avec le courant républicain dont le journal prétend démontrer l'hypocrisie envers le monde ouvrier. En , lors de la reprise de la publication, le sous titre indique cette évolution. L'Égalité est désormais l'. Guesde fait également publier en La Loi des salaires et ses conséquences. Ce texte diffuse dans une certaine mesure la thèse du socialiste allemand Ferdinand Lassalle, d'après qui il existe une « loi d'airain ». C'est-à-dire .
Cette agitation l'emmène devant la chambre correctionnelle qui le jugea, ainsi que Gabriel Deville, Marie Manière et Marie Bonnevial, pour association non autorisée dans l'organisation d'un congrès ouvrier international prévu le à Paris. De cet épisode, Guesde fait publier une brochure accusant la société bourgeoise, Le Collectivisme devant la 10 Chambre. Il est envoyé à la prison parisienne de Sainte-Pélagie à Paris, dans laquelle sont passés de prestigieux révolutionnaires avant lui (Blanqui, Raspail, Vallès, etc.). Durant son séjour en prison ou juste après, il commence la rédaction de ce qui deviendra l'une des premières publications synthétisant le collectivisme français : Le collectivisme par la révolution.
Durant cette période, le socialisme français tente de se structurer, à l'image des socialistes allemands, avant l'action de Bismarck et les lois anti socialistes. Le groupe « collectiviste » dirigé par Guesde réussit à obtenir la majorité au congrès ouvrier de Marseille de 1879, même si ce dernier réunit une diversité de nuances. Sont présents des républicains radicaux, des mutuellistes, des anarchistes et des socialistes de diverses obédiences. Guesde malade ne peut être présent. Il se fait replacer par Jean Lombard et Eugène Fournière.
Le parti créé, il faut maintenant lui donner un programme. Guesde part alors pour Londres, où il rencontre Karl Marx pour la première fois. Celui-ci ou Benoît Malon participe, peut-être, à sa rédaction. Marx en rédige néanmoins les « Considérants ». Ce programme est contresigné par les rédactions de L'Égalité, de La Revue socialiste et par trois rédacteurs du Prolétaire, auxquels se joignent plusieurs groupes, cercles et syndicats. Leur répartition révèle que la carte géographique du collectivisme s'inscrit dans le quart Sud-Est, avec comme centres Marseille, Lyon, Saint-Étienne, Vienne et Grenoble ; la région parisienne est timidement présente, ainsi que les centres industriels de Montluçon et du Creusot. Parallèlement, une bataille idéologique s'engage avec les anarchistes et les coopérateurs au sein des diverses fédérations. Le congrès du Havre de apporte des clarifications. La scission avec les coopérateurs est consommée, le programme collectiviste est adopté mais des concessions ont été faites aux libertaires. Le Congrès proclame qu'au cas où les élections municipales et législatives de 1881 se solderaient par un échec, ce serait la dernière expérience électorale du parti ouvrier qui se bornerait, dès lors, à l'action révolutionnaire. Paul Brousse et Benoît Malon introduisent également deux amendements en lien avec le socialisme municipal.
La fondation en 1882 du Parti Ouvrier. Le PO est ensuite dénommé Parti ouvrier français en 1893. Le POF reste jusqu'au bout dans la vision internationaliste. Dans les années 1880, Jules Guesde est l'une des rares voix en France à s'élever contre le colonialisme. Il dénonce par exemple, lors de la conquête de la Tunisie, ().
Très vite, apparaissent des divergences entre les dirigeants concernant les conditions de la prise du pouvoir et les relations du parti avec la jeune République. Pour les « possibilistes » menés par Brousse et Allemane, .
. Tout au long de cette genèse de la gauche française, , celui du militant pauvre, incorruptible, qui voyage sans répit pour faire connaître dans toute la France le socialisme révolutionnaire. Mais son marxisme n'est pas sans critique, Friedrich Engels lui même alors gardien de l'orthodoxie, depuis la mort de Marx en 1883, considère que , au point que Marx dit, notamment à propos de la pensée de Paul Lafargue et de Jules Guesde qui se disent marxistes : Lettre d'Engels à Eduard Bernstein, 2/3 novembre 1882, dans Bernstein/Engels, Briefwechsel, p. 154..
Outre son activité politique inlassable, Guesde publie beaucoup de livres, brochures, articles et anime au premier rang, en dépit de sa santé incertaine, les nombreux meetings socialistes et se révèle bon organisateur. Il incarne les premiers professionnels de la politique définis par Michel Offerlé. .
Par ailleurs, le Parti ouvrier est internationaliste, ses liens sont étroits avec les partis étrangers, notamment la social-démocratie allemande qui est à l'époque le principal parti socialiste dans le monde. Guesde via Paul Lafargue, maitrisant la langue allemande, maintient un lien permanent avec l'Allemagne. Les liens se consolident mais le transfert est très largement unilatéral. Il s'agit pour les Français de prendre le modèle sur . De plus, être en contact avec Hermmann Grimpe, Clara Zetkin, Eduard Bernstein, Wilhelm Liebknecht permet à Guesde de maintenir son prestige tant en France qu'à l'international. Ces contacts participent de la réunion à Paris en 1889 des socialistes internationalistes, donnant naissance à la Seconde Internationale.
. Le PO atteint son plus haut électoral aux législatives de 1893.
Guesde à la chambre des députés, une figure charismatique du socialisme français Élection