Gaspard Gustave de Coriolis (prononcer ; parfois simplement nommé Gustave Coriolis) est un mathématicien et ingénieur français, né le à Paris (paroisse Saint-Christophe-au-Gros-Caillou) et mort le à Paris (12e arrondissement ancien).
Il a donné son nom à l'accélération de Coriolis, de laquelle découle la force de Coriolis, laquelle affecte le mouvement des corps dans un référentiel en rotation. Jeunesse et formation Contexte familial alt=Gravure en noir et blanc d'un gentilhomme du revêtu d'une armure et coiffé d'une perruque.|gauche|vignette|Benoît de Maillet (1656-1738), auquel est apparentée la mère de Coriolis. Diplomate, il est un précurseur de la théorie de l'évolution et apparaît comme la seule figure savante de la famille de Coriolis. gauche|thumb|Acte de naissance et de baptême de Gaspard-Gustave de Coriolis, né le 22 mai 1792 et baptisé le 17 octobre 1792 en l'église Saint-Christophe-au-Gros-Caillou à Paris. Gaspard Gustave de Coriolis naît à Paris le : ondoyé dès le même jour "à cause de péril de mort", il est baptisé le suivant en l'église Saint-Christophe-au-Gros-Caillou de ParisRegistre des baptêmes de la paroisse Saint-Christophe-au-Gros-Caillou de Paris, État civil reconstitué de Paris, 5mi 84 p.6/51, Archives de Paris. : il a pour parrain son oncle prêtre du diocèse d'Aix-en-Provence Honoré-Gaspard de Coriolis. Il est le contemporain, entre autres, de Carnot, Fresnel, Navier et Cauchy. Il est l'aîné d'une fratrie de six enfants : trois sont morts en bas âge ; son frère, Jean-François Prosper de Coriolis, naît en 1800 mais meurt prématurément ; enfin, sa sœur, Cécile de Coriolis (1803-1886), lui survivra.
Son père, Jean-Baptiste Elzéar de Coriolis (1754-1811), est issu d'une famille influente au sein de la noblesse de robe provençale. Joseph-Édouard, le père d'Elzéar, tient en effet la fonction de conseiller au Parlement d'Aix, où il est fait mention de la famille de Coriolis dès 1487. Elzéar a trois frères plus âgés ; si les deux aînés ont une confortable situation de notables, au point d'être qualifiés , il en va différemment du cadet, Gabriel, qui mène une existence agitée d'officier puis de caboteur aux Antilles françaises. Elzéar embrasse lui aussi une carrière militaire, participant entre autres, comme son frère, à la campagne d'Amérique avec Rochambeau au début des années 1780. Cette vie, si elle le laisse le plus souvent désargenté, est empreinte d'aventure, au point qu'Elzéar a même parfois été perçu comme un . En outre, elle le conduit à se marier tardivement, le jour de ses trente-sept ans, le . Sa sœur Cécile se marie avec le physicien Eugène Péclet.
La mère de Coriolis, Marie Sophie de Maillet, originaire de Nancy, est membre d'une famille d'aristocrates établie de longue date en Lorraine. Son grand-père, le comte Charles Czerneck d'Essoffy, officier d'ascendance hongroise au service du roi Louis XV, est chargé du commandement d'un régiment de hussards allemands. La mère de Coriolis est apparentée à Benoît de Maillet (1656-1738), consul de France en Égypte, puis à Livourne, au tournant du (cousin issu de germain de son arrière-grand-père). En sus de ses activités diplomatiques, celui-ci s'adonne à diverses occupations savantes, tantôt rédigeant une Description de l'Égypte, tantôt menant des recherches sur le retrait de la mer. Il suggère ainsi, plus d'un siècle avant les travaux de Charles Darwin, que l'origine de la vie terrestre ait été océanique. Benoît de Maillet apparaît comme le seul homme de sciences dans la famille de Coriolis.
La naissance de Gaspard Gustave intervient dans une période mouvementée de la Révolution française. La monarchie constitutionnelle, fraîchement instaurée, est menacée par la guerre avec l’Autriche, où les armées françaises commencent à subir plusieurs défaites en . Ces événements laissent craindre à l'Assemblée nationale la préparation d'une contre-révolution par des officiers proches de Louis XVI, si bien qu'elle décide de dissoudre la garde du Roi. Elzéar, capitaine dans cette unité depuis quelques mois, se retrouve ainsi licencié une semaine après la naissance de son fils. S'il revient une dernière fois combattre pour le roi, lors de la prise des Tuileries, aux côtés de plusieurs officiers loyaux et des Gardes suisses, il doit toutefois mettre en suspens sa carrière militaire.
Coriolis, aristocrate et polytechnicien À la fin de l'année 1792, la famille de Coriolis part s'installer à Nancy, Elzéar désirant s'éloigner des remous causés par les révolutionnaires à la capitale. Ayant perdu son rang d'officier, et par là, le traitement dont il bénéficiait, celui-ci est contraint de travailler : il fonde une fabrique de tabacs, puis s'associe avec un industriel nancéien, fabricant réputé de papiers peints. Les activités du père de Coriolis croissent au point qu'un s'installe dans la maisonnée. Cette aisance financière retrouvée amène Elzéar à inscrire dans un internat de la ville le jeune Gaspard Gustave. Ce dernier suscite rapidement des attentes chez son professeur, si bien que celui-ci empêche Elzéar de suspendre l'éducation de son fils lorsque ses finances redeviennent précaires, en 1804. Gaspard Gustave témoigne avec précocité de remarquables capacités scientifiques, ce qui le conduit à étudier dans la classe de mathématiques spéciales de Louis Guéneau d'Aumont (1781-1868)https://www.academie-stanislas.org/wp-content/uploads/2023/02/gueneau_aumont.pdf au lycée de Nancy alors qu'il est âgé de quatorze ans seulement.
Coriolis se présente en 1808 au concours d'admission à l'École polytechnique, où il entre classé sur les admis. Plusieurs hypothèses ont été avancées afin d'expliquer le choix d'une carrière scientifique, laquelle n'était pas commune dans une famille davantage rompue au service des armes ou au négoce. Si la motivation principale du jeune Gaspard Gustave tient dans son goût prononcé pour les mathématiques, l'essayiste et biographe Alexandre Moatti ajoute que les multiples difficultés rencontrées au cours de la Révolution par son père, dont il n'a pas hérité du caractère , ont pu l'inciter à se bâtir une certaine stabilité sociale et financière. Toujours est-il que ce choix a pu susciter, sinon de la perplexité, du moins de l'étonnement chez certains membres de sa famille ; ainsi, un de ses cousins tentera quelques années plus tard de le dissuader de devenir . Pour Moatti, Gaspard Gustave de Coriolis illustre ici un nouvel aspect de la méritocratie fraîchement instituée : si elle permet à de jeunes gens de condition modeste d'occuper de hautes fonctions au sein de l'État, elle offre également à de jeunes aristocrates la possibilité d'exercer des professions scientifiques et de s'éloigner du milieu noble dont ils sont issus.
Ingénieur des ponts et chaussées Fin de formation Coriolis intègre l'École polytechnique le , où il reste élève jusqu'en 1810. Sitôt admis, les problèmes financiers dont son père est coutumier le rattrapent, puisqu'Elzéar, même s'il a retrouvé le rang d'officier au sein des armées impériales, éprouve des difficultés à payer les droits de scolarité, lesquels avaient été rétablis par Napoléon . En , Elzéar obtient néanmoins une remise de la moitié des frais, après sollicitation du gouverneur de l'École, Jean-Girard Lacuée. En 1810, Coriolis quitte Polytechnique à la du classement de sortie, ce qui lui permet d'entrer dans le Corps des ponts et chaussées. À l'époque, le Corps des ponts est en effet le choix ayant la faveur des meilleurs polytechniciens, puisque l'École des ponts et chaussées, fondée en 1747, est alors deux fois plus ancienne que la récente École des mines, fondée en 1783 : ainsi apparaît-elle plus prestigieuse et attire-t-elle les meilleurs élèves, parmi lesquels figurent de futurs grands savants, tels Gay-Lussac, Cauchy ou encore Fresnel. Coriolis n'échappe pas à la tendance et poursuit donc ses études aux Ponts et Chaussées, où il est incorporé le .
Si le passage de Coriolis en école d'application est bref, puisqu'il dure six mois et s'achève en , il demeure marqué par la mort de son père, laquelle peine le jeune polytechnicien, qui laisse transparaître son chagrin dans sa correspondance avec sa cousine. Sur le plan scientifique, Coriolis se distingue lors d'un concours organisé par l'École : il rédige un mémoire portant sur les moments, pour lequel il reçoit le second prix dans la catégorie , derrière son camarade de promotion, Jean Baptiste Bélanger. À sa sortie des Ponts et Chaussées, Coriolis est affecté en Haute-Garonne et dans le Tarn, où il effectue ses premiers stages ; il y dresse entre autres des plans des localités. Les tâches exécutées par Coriolis suscitent la satisfaction de l'ingénieur en chef en poste à Albi, qui en témoigne au directeur de l'École des ponts et chaussées : ainsi décrit-il le jeune ingénieur comme un élève , dont il apprécie tout comme la .
Le service au sein du Corps des ponts alt=Gravure en noir et blanc du portait d'un ingénieur du Premier empire, d'âge mûr, avec sa médaille d'officier de la Légion d'honneur.|vignette|Gaspard Riche de Prony, ingénieur des ponts chargé d'un grand projet d'assèchement des Marais pontins, pour qui Coriolis travaille pendant quelques semaines en mai 1812. Après cette première affectation, Coriolis est rappelé à Paris en , afin d'assister Gaspard Riche de Prony, directeur de l'École des ponts, ce dernier ayant été chargé par Napoléon de la conduite d'un grand projet d'assainissement des Marais pontins en 1805. Cette vaste zone marécageuse du Latium fait alors partie des départements français d'Italie, et les travaux hydrauliques décidés par l'empereur s'inscrivent dans une politique d'annexion dont Prony est un instrument central.. Si ce projet d'ingénierie suscite à son lancement le même enthousiasme que l'expédition scientifique de la campagne d'Égypte auparavant, il finit par s'enliser et, faute de crédits, ne voit pas le jour, si bien que Coriolis y travaille seulement quelques semaines. Pour cette raison, Alexandre Moatti avance que cette tâche, tout comme l'idée de travailler avec Prony, homme déjà assez âgé, ne devaient pas lui paraître très stimulantes.
Le , Coriolis reçoit une nouvelle mission pour le Corps des ponts : il est envoyé dans le département de Jemmapes, où il doit y superviser la construction d'une route reliant Vervins à Givet. Toutefois, il a contracté une maladie à la fin de septembre, et celle-ci l'empêche de rejoindre son affectation. Un certificat médical conservé stipule que le jeune ingénieur est sujet à une . En , Coriolis part en convalescence chez sa famille, en Lorraine. En effet, Gaspard Riche de Prony, et par la suite l'ingénieur en chef Mangin, en poste à Nancy, sollicitent le comte Molé, directeur du Corps des ponts, afin qu'il accorde un arrêt prolongé à Coriolis, tant la santé de celui-ci est dégradée : alt=Portrait d'un fonctionnaire du Premier Empire : vêtu d'une redingote noire, celui-ci est debout, accoudé au dossier d'un fauteuil, le regard détaché, l'air serein.|gauche|vignette|Le comte Molé (peint par Ingres en 1834), directeur du Corps des ponts et chaussées au début de la carrière de Coriolis.