André Tollet, né à Paris le et mort le à Paris Relevé des fichiers de l'Insee, est un syndicaliste et résistant français.

Il est en 1944 président du Comité parisien de la Libération (CPL). Signataire des accords du Perreux en 1943, il est membre du Bureau confédéral de la CGT de 1945 à 1951. Nommé par le Front national, (organisation large de la Résistance, créée par le Parti communiste français)André Tollet, Ma traversée du siècle, mémoires d'un syndicaliste révolutionnaire, . au titre de ses fonctions au CPL , il siégea à l'Assemblée consultative provisoire en 1944-1945.

Biographie Un titi parisien

Fils de petits commerçants en vin, petit-fils d'une marchande de fleurs, André Tollet est issu d'une famille commerçante typiquement parisienne. Très jeune au travail, il s'oriente après son certificat d'études vers la tapisserie-ébénisterie. Il fait l'apprentissage de son métier dans le faubourg Saint-Antoine, en même temps que son apprentissage syndical. Il adhère à la CGTU à l'âge de quinze ans, puis aux Jeunesses communistes, où il est tout de suite promu responsable des jeunes apprentis. Réformé de l'Armée, peu de temps après son incorporation, il devient secrétaire des Jeunesses communistes de Paris. Remarqué pour sa combativité, en particulier lors des événements du 6 février 1934, il est envoyé en stage à Moscou, où il travaille une année dans les services de l'Internationale communiste. Revenu en France à la fin de 1935, il reprend son métier de tapissier. Mais les grèves de 1936, ainsi que son activité syndicale, lui font abandonner la tapisserie pour les permanences syndicales. Il organise les grèves et devient l'un des secrétaires de l'Union régionale des syndicats parisiens.

Guerre, prison, résistance

André Tollet, mobilisé sans participer aux combats, revient à Paris durant l'été 1940. Ayant repris une activité de militantisme communiste et syndical, il est arrêté en , comme nombre d'élus et de militants du Parti communiste.

Un historien du communisme, Stéphane Courtois, a relaté, dans sa thèse, les raisons pour lesquelles André Tollet est arrêté en : …toute cette activité, qui se manifeste presque au grand jour, inquiète de plus en plus les autorités françaises et allemandes qui préparent une riposte. Elle intervient dans la région parisienne à partir de la fin : plus de 300 arrestations sont opérées, dont celle de 63 responsables syndicaux. Tollet et Eugène Hénaff, les deux principaux responsables, tombent à leur tour les 16 et . L’appareil syndical est provisoirement décapité. La répression d’ a liquidé les dernières illusions du PCF sur les possibilités d’action légale.

André Tollet confirme, dans ses écrits, des risques pris en toute légalité : On a tout simplement commencé par se promener, Eugène Hénaff et moi, dans les rues populaires où on était connu. Quand c’était pas lui, c’était moi, mais il y avait toujours un des deux qui était accroché par quelqu’un. En passant, il y avait un gars qui nous disait : « Ah ! salut Toto ! » Si on ne le reconnaissait pas, bien sûr, on le faisait causer un tout petit peu, pour voir, mais en général, hop ! on l’épinglait …. C’est comme ça que l’on regroupait les copains. On se promenait dans le , le , le jusqu’au jour où ça devenait trop scabreux parce que les flics se réorganisaient aussi..

Les raisons de l’arrestation d’André Tollet semblent étroitement liées aux risques pris à continuer la propagande communiste en toute légalité en présence de l’occupant, aux dires de Roland Gaucher : l’arrestation de Tollet, qui s’effectue sur les Champs-Élysées, est une retombée de l’opération menée contre Herbert et Vetter, deux délégués du Komintern arrivés en en région parisienne. Tous deux ont été arrêtés et livrés aux autorités allemandes.

Quant à André Tollet, il est persuadé que : C’était une trahison d’un nommé Clément, qui a été directeur du Cri du Peuple et qui finit abattu par la Résistance le .

Tollet et Hénaff arrêtés, l’appareil syndical est provisoirement décapité. Stéphane Courtois écrit : Pour le Parti, c’est un coup de semonce. Il s’aperçoit, un peu tard, que les règles de sécurité ne sont pas suffisamment respectées, d’où des consignes plus strictes et un abandon des méthodes semi-légales adoptées par certains dans le prolongement des illusions sur la légalité de juillet-.

Condamné à quinze mois de prison, André Tollet purge sa peine. Libéré, il est aussitôt interné au camp de Rouillet puis transféré au camp de Royallieu, à Compiègne, d’où il s’évade par un souterrain en . Le , il participe à l’évasion collective de 19 militants communistes internés. Puis, fin juillet, il est envoyé comme responsable du PCF pour la Seine inférieure, où il remplace Marcel Dufriche, repéré par la police, et sera donc clandestin à Rouen pendant plusieurs mois. À Noël, convoqué à Paris par le responsable aux cadres du PCF, Jean Chaumeil, il est chargé de la direction de l’activité syndicale des communistes pour le département de la Seine, sous l’autorité du responsable interrégional parisien du PCF, Robert Ballanger. C’est dans ce cadre qu’il mène deux types d’activités. D’une part, il est chargé de reprendre contact avec les syndicalistes de la CGT de Jouhaux, alors que ces contacts ont été interrompus en par les arrestations de Jouhaux et de Semat, représentant la tendance communiste. Ces négociations ont abouti le à une rencontre « au sommet » entre Tollet et Bothereau et à la conclusion d’un accord de réunification de la CGT clandestine sur la base des rapports de force internes de 1939. Tollet rendait compte régulièrement à Benoît Frachon. Parallèlement, Tollet organise des groupes de sabotage et destruction recrutés par le biais syndical et chargés de saboter de manière discrète mais efficace la machine de guerre allemande (incendies de wagons, etc.). Il organise ces actions avec Joseph Epstein, militant communiste d’origine polonaise, et qui devint à l’été 1943 le chef des FTP français et immigrés de la région parisienne.

Président du Comité parisien de la Libération vignette|Plaque en mémoire du Comité parisien de la Libération au de le rue du Château-d'Eau à Paris. Il est amené à participer à deux missions d'importance. Dans le domaine syndical, il prend part aux rencontres avec d'anciens syndicalistes « confédérés » de la CGT, qui aboutissent en à la signature des accords du Perreux, lesquels reconstituent la CGT et organisent les conditions de sa réunification. Au niveau plus global de la résistance parisienne, dans le droit fil de l'unification, au sein du Conseil national de la Résistance (CNR) réunissant toutes les forces en lutte contre l'occupant allemand, André Tollet est porté à la présidence du Comité parisien de la Libération (CPL). À ce poste clé, il joue un rôle majeur dans l'insurrection parisienne de l'été 1944. Avec André Carrel, il organise les cinq manifestations parisiennes du protégées par les FTP. Des cheminots sont arrêtés lors d’un autre rassemblement à Choisy-le-Roi. En réponse, une grève est déclenchée le . Les syndicats décident d’une grève générale huit jours plus tard. Le CPL prend, le , la décision de déclencher l’insurrection. La coordination est efficace. Le 23, les FFI ouvrent la voie aux troupes du général Leclerc, lequel reçoit le 25, avec le colonel Rol-Tanguy, la reddition de von Choltitz.

Il est parmi ceux qui accueillent le général de Gaulle à l'hôtel de ville de Paris. Durant la période entre le mois d' et les élections d', qui installent de nouvelles municipalités, André Tollet, en tant que président du CPL, assure l'équivalent du travail d'un maire de la capitale. Ce rôle majeur n'est toutefois pas reconnu quand vient la constitution des listes aux élections de 1945. Il est écarté pour laisser la place à un militant plus âgé et plus expérimenté, Georges Marrane, au poste de président du Conseil général de la Seine, et écarté des négociations préparatoires pour la présidence du Conseil municipal de Paris.

Dirigeant de la CGT Sans l'avoir voulu, André Tollet se réoriente vers l'activité syndicale, son domaine de prédilection. En , un CCN de la CGT se tient pour désigner une nouvelle direction. Il instaure en même temps la parité entre les anciens « confédérés », emmenés par Léon Jouhaux et les « ex-unitaires », communistes, sous la houlette de Benoît Frachon, y compris au poste de secrétaire général de la CGT, dont les deux leaders syndicaux se partagent le titre. Tollet entre au Bureau confédéral de la CGT avec "comme triple responsabilité, la jeunesse, la MOI et les questions coloniales", ce qui l'amène à des voyages en Afrique où il s’efforça de contribuer à organiser des structures syndicalesBiographie LE Maitron . Durant son mandat, ont lieu les grèves très dures de la fin de l'année 1947, notamment chez Renault-Billancourt.

Son oeuvre est la Commission des travailleurs nord-africains de la CGT-Région parisienne, qui chapeaute en fait toute la France, qui a été relancée depuis fin 1950 par saÇ rencontre avec la direction du MTLD, à Alger au siège de ce parti. Comme au Maroc notamment, André Tollet organise une parité entre responsables syndicaux nationalistes et communistes, via des accords, à l’intérieur de la Commission nord-africaine la CGTAbdelhamid Benzine. Aperçu biographique" par Zoheir Bessa, pour Alger républicain, en mars 2013 , devenue le "lieu de concertation et de décision des actions communes", sous le contrôle du Comité central du MTLD depuis Alger, sans craindre les conflits avec les injonctions du fondateur du MTLD Messali Hadj, dont des partisans sont, eux, plus proches de trotskistes du Parti communiste internationaliste à ParisBiographie d'Abdelhamid Benzine dans Le Maitron, Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social, par les historiens Amar Benamrouche et René Gallissot . Il travaille en liaison avec Ahmed Oudjedi-DamerdjiBiographie d’Ahmed Oudjedi-Damerdji dans Le Maitron , ouvrier spécialisé dans le Nord, et membre de la direction du MTLD, qu'il dirige sur Lille, formé en 1952 à l’école cégétiste de Gif-sur-Yvette puis militant actif, en 1953-1954, de l’UD-CGT de Lille, Bachir Boumaza, ouvrier de la chimie à Lyon, et Abdelhamid Benzine en région parisienne.

Le syndicaliste Embarek Djilani a ensuite souhaiter fonder l’UGTA (Union générale des travailleurs algériens) en France, sous le nom de l'Amicale générale des travailleurs algériens (AGTA), pour se lier aux syndicalistes français et contrer l’influence de l’USTA (Union syndicale des travailleurs algériens), syndicat messalisteBiographie Le Maitron de Bachir Boumaza ., et le journal L'Ouvrier algérien en France, l’organe de l'AGTA"Figure ouvrière et engagement dans la lutte de libération nationale. Les ouvriers algériens de Renault-Billancourt pendant la guerre d'Algérie", article par l'universitaire Laure Pitti dans la revue L'Homme et la société en 1995 . André Tollet y a participé.

Après des années de refroidissement, la Fédération de France du FLN ayant dénoncé le PCF par un texte intitulé « Le PCF et la Révolution algérienne », un rapprochement s'effectue entre la CGT et l’AGTA aux débuts de l'année 1958, via André Tollet et Ahmed Oudjedi-Damerdji, par une rencontre à Paris, et d'autres au niveau régional à Douai et Lyon, pour la défense des militants de l’AGTA arrêtés et la formation de cadres syndicalistes algériens.

À l'Union départementale de la Seine