Le Poète mangeur de lions dans son repaire de pierre () est un exemple de littérature à contraintes et de virelangue composé par Chao Yuen Ren (1892-1982). Il s'agit d'un texte de 92 caractères chinois, tous prononcés selon différents tons lorsqu'il est lu en mandarin standard.

Aperçu du texte vignette|Un lion de pierre dans le parc chinois de Saint Petersbourg.

Respectivement en transcription hanyu pinyin, transcription Gwoyeu Romatzyh, chinois traditionnel et chinois simplifié : En transcription hanyu pinyin

En transcription Gwoyeu Romatzyh

En chinois traditionnel

En chinois simplifié

Traduction

Le premier vers (le texte entier contient 92 caractères) s'écrit en caractères chinois

Traduit littéralement en français, ce premier vers signifie .

Lu en mandarin, le texte est difficilement compréhensible oralement pour quelqu'un qui ne le connaît pas : chaque caractère est prononcé suivant différents tons sur la base «  ». Le premier vers est ainsi retranscrit en pinyin commeIl est recommandé en pinyin d'écrire les nombres en chiffres arabes ; le nombre 10 est ici écrit «  » afin de conserver la présentation de l'homophonie. .

Le texte est rédigé en chinois classique, qui est un registre linguistique très condensé et aujourd'hui tombé en désuétude. Pour obtenir un sens équivalent en chinois vernaculaire (le registre linguistique actuellement en vigueur), le premier vers du texte serait aujourd'hui écrit en sinogrammes simplifiés

et en sinogrammes traditionnels . L'homophonie est alors perdue, puisque le texte est lu (retranscription pinyin) .

L'homophonie disparaît également lorsque le texte d'origine est lu dans d'autres langues ou dialectes que le mandarin. Ainsi, le premier vers devient en min méridional ou en taiwanais .

Cette homophonique n'existe pas davantage lorsque le texte est lu en langues non sinitiques, puisque le chinois classique était également utilisé pour écrire le coréen (sous le nom de Hanmun), le japonais (sous le nom de Kanbun) ou le vietnamien (sous le nom de Hán Văn).

Ainsi en cantonais :

Et en transcription rōmaji du japonais :

Explication

Le chinois classique est fort différent de la langue chinoise parlée moderne. Comme en français, l'écrit est plus précis en certains cas, et une prononciation peut renvoyer à plusieurs mots différents (par exemple en français « verre », « ver », « vair », « vers », ou « vert », ainsi que les pluriels « verres », « vers », etc).

Les changements dans la prononciation de sinogrammes intervenus depuis ans ont généré un grand nombre d'homophones dans la langue chinoise. En réaction, alors qu'évoluait la prononciation des caractères chinois, de nouvelles façons d'exprimer certains concepts rendus par des sinogrammes se firent jour. De nombreux concepts auparavant exprimés par un seul sinogramme le sont maintenant par une association de deux ou plus. Traduit en chinois vernaculaire, le texte ne véhicule pas de confusion à l'oral, comme on peut s'en convaincre avec cet exemple de traduction en chinois moderne du premier vers, avec les annotations ruby pinyin pour la prononciation :

, , 。

But du texte

Les linguistes de la République populaire de Chine pensent que , en tant que promoteur du Gwoyeu Romatzyh, était favorable à la romanisation du mandarin (qui incorporait des caractères latins alors méconnus et des marques de tons) mais défavorable à celle-ci pour exprimer le chinois classique, l'usage devant en être limité au . Le chinois classique devait dès lors être abandonné et le promu.

Pour , le texte est une démonstration par l'absurde de l'inopportunité des romanisations. Elles troubleraient plus les personnes s'intéressant aux langues chinoises qu'elles ne les aideraient.

Notes et références

Voir aussi Articles connexes

Trompe-oreilles

Liens externes  : texte complet et fichiers audio du texte lu en mandarin et en cantonais (note : le fichier audio du texte en mandarin contient plusieurs erreurs de prononciation).  : texte similaire mais différent, accompagné d'une analyse selon laquelle les intentions de ne seraient pas de s'opposer à la romanisation du chinois.

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