La psychiatrie punitive en URSS était un système utilisé pour emprisonner les dissidents dans les hôpitaux psychiatriques, appelés psikhouchka (психушка en russe), souvent sous le diagnostic de « schizophrénie torpide » ou « schizophrénie latente », « schizophrénie larvée », « schizophrénie lente », « schizophrénie stagnante »Le terme anglais est « Sluggish schizophrenia » (schizophrénie paresseuse) ou « slow progressive schizophrenia ». Le terme russe est « вялотекущая шизофрения » (vialotékouchaia Schizophrénia) ; vialo- signifiant lent, mou et -tékouchaia signifiant coulant. Certaines sources, datant de 2007-2009, signalaient que la pratique de l'abus de l'internement psychiatrique a toujours lieu dans la Russie contemporaine en mars 2009. Retour à la psychiatrie punitive ou nécessité de soigner ?Возвращение карательной психиатрии или необходимость лечиться? — les blogeurs discutent de l'enfermement de Vadim Tcharouchev.

Contexte vignette|Maria Spiridonova. Des cas isolés d'utilisation de la psychiatrie dans des buts politiques ont lieu durant le . La première victime de cette utilisation abusive en URSS est le terrorisme révolutionnaire, en la personne de la leader du Parti socialiste-révolutionnaire de gauche, Maria Spiridonova, enfermée dans un hôpital psychiatrique sur l'ordre de Félix Dzerjinski, en 1921.Le recours aux hôpitaux psychiatrique a aussi une préhistoire en Russie. Piotr Iakovlevitch Tchaadaïev, philosophe russe de retour d'Europe occidentale à Saint-Pétersbourg en 1834, écrit une critique contre l'asservissement des peuples par le régime des Tsars. Nicolas de Russie le place en résidence surveillée sous contrôle médical pour dérangement mental et folie..

Cette utilisation abusive acquiert un caractère plus fréquent en URSS entre les années 1930 et 1950 ; ce n'est que dans les années 1960 qu'elle devient une des méthodes fondamentales de la politique de répressionСм. также: . En effet, après la mort de Staline, en 1953, après le soulèvement de Vorkouta, celui de Norilsk, l'époque du « Dégel » et de la libération des camps de travail pénitentiaire et des camps spéciaux commence. Deux ans plus tard, en 1964, le jeune poète Joseph Brodsky est jugé pour « parasitisme ». L'ère des dissidents peut commencer et celui des hôpitaux psychiatriques se développer.

Un des premiers hôpitaux psychiatriques dans lequel sont enfermées des personnes pour des raisons politiques semble être celui de Kazan (hôpital psychiatrique pénitentiaire de Kazan). De 1940 à 1970, patients y décèdent, parmi lesquels en vertu de l'article 58 du code pénal de la république socialiste fédérative soviétique de Russie et de l'article 54 du code pénal de la république socialiste soviétique d'Ukraine, c'est-à-dire pour des motifs politiques. Dans la colonie de travail pénitentiaire , qui se trouvait dans l'île de Sviajsk, il existe, depuis 1956, une section de l'hôpital psychiatrique de Kazan où meurent , entre la fin des années 1930 jusqu'aux années 1970.

Situation juridique En , le Soviet suprême adopte le nouveau Code criminel de la république socialiste fédérative soviétique de Russie, qui remplace le code de 1926. Pour condamner les dissidents d'URSS, il existe plus de dans l'ancien code pénal. Le nombre d'articles est modifié en 1960, dans le nouveau Code, mais le contenu des articles reste pratiquement identique.

L'article le plus souvent utilisé à propos des dissidents est l'article 70 qui concerne l'« agitation anti-soviétique et la propagande ».

En 1966, le décret du Præsidium du Soviet suprême de la république socialiste fédérative soviétique de Russie, « sur la modification du Code pénal de la fédération de Russie » est publié, complétant un certain nombre d'articles utilisés pour condamner les dissidents, les articles 190-1, 190-2, 190-3 : article 190.1 — « Diffusion de propagande mensongère diffamant l'État soviétique et son système social » ; article 190.2 — « Profanation de l'hymne national ou du drapeau de l'État » ; article 190.3 — « Organisation ou participation à des actions collectives portant atteinte à l'ordre public ». Il en résulte un élargissement reprenant sous le même concept des actes aussi différents que des assassinats et de la diffusion de littérature interdite en URSS, soit celui d'« infractions particulièrement graves contre la société ».

L'article 58В du Code criminel de la république socialiste fédérative soviétique de Russie dispose : Se référant aux considérations qui guident les fonctionnaires et hommes d'État soviétiques, Anatoly Prokopenko (professionnel, historien, archiviste, conseiller au Département de l'administration présidentielle de la fédération de Russie) explique qu'il est possible d'isoler dans des établissements psychiatriques toute une série de personnes indésirables sans les faire comparaître devant un tribunal, sans attirer l'attention du monde entier et des médias. Dans ce cas, il est possible d'affirmer que l'Union soviétique professe une conception des plus libérales dans la mesure où, dans de tels cas, le délinquant est considéré davantage comme un patient, qui doit être traité comme tel plutôt que comme un criminel soumis à une sanction pénale..

Il existe une autre procédure : l'hospitalisation sans plainte pénale en vertu des règlements médicaux. En 1961, entrent en vigueur les « Instructions pour l'hospitalisation d'urgence des malades mentaux, représentant un danger public » approuvé par le Ministère de la Santé de l'URSS (à partir du , sous le ). Elle légitime de facto l'emprisonnement extrajudiciaire et les abus contre la santé humaine par un pouvoir arbitraire. Les instructions données en 1971, sont, en principe, semblables aux précédentes.

Extension du réseau des hôpitaux psychiatriques La tendance dominante de la psychiatrie soviétique est d'augmenter le nombre de constructions d'hôpitaux psychiatriquesБлох С., Реддауэй П. Диагноз: инакомыслие. Как советские психиатры лечат от политического инакомыслия. — Лондон: Overseas Publications Interchange, 1981. — . — . En 1935, existent en URSS disposant de lits ; en 1955, disposant de lits. Entre 1962 et 1974, le nombre de lits passe de à lits. vignette|Iouri Andropov. Le , Iouri Andropov adresse au Comité central du Parti communiste de l'Union soviétique un projet d'agrandissement du réseau des hôpitaux psychiatriques en perfectionnant leur utilisation aux fins de défendre les intérêts de l'État soviétique et de l'ordre social. En outre, des dispositions secrètes sont prises en conformité avec la ligne du Comité central du Parti communiste et du Conseil des ministres de l'URSS.

Les hôpitaux psychiatriques pénitentiaires sont créés dans les années 1930 à l'initiative d'Andreï Vychinski. À partir de 1960 des établissements permanents importants sont créés un peu partout dans les prisons. La dynamique de ces créations peut être résumée comme suit : 1961 — Hôpital psychiatrique de la prison de Sytchevskaïa (TПБ) (oblast de Smolensk) ; 1964 — Hôpital psychiatrique de la prison de Blagavetchensakaïa (TПБ) (oblast de l'Amour) ; 1965 — Hôpital psychiatrique de la prison de Tcherniakovskaïa (TПБ) (oblast de Kaliningrad) et de la prison de Kostroma (TПБ) (Oblast de Kostroma).

En même temps, un agrandissement de la surface de ces hôpitaux, dû à l'accroissement du nombre de leurs « patients », est réalisé. Ainsi, en 1956, à Kazan et à Leningrad, on constate le niveau le plus bas d'occupation des lits de ces hôpitaux, correspondant à 324 et , mais, en 1970, ce chiffre fait plus que doubler : à Kazan et 853 à Leningrad. Le nombre total des personnes traitées en URSS dans des établissements de type MVD (Ministère de l'Intérieur), en 1968, est de et, à la fin de l'année 1979, il est multiplié par et atteint Центральный архив Федеральной службы безопасности РФ, д. Н685; ф. 55, оп. 2, д. 739, 852.

D'après l'historien L.A. Karoliovoy, au milieu des années 1980, il est établi qu'il existe 11 hôpitaux psychiatriques de type particulier, au nombre desquels on peut citer ceux de Dnipropetrovsk, Kazan, Leningrad, Minsk, Orlov, Sytchevska, Tcherniakhov, et ajouter deux « maisons de repos », à Kiev et Poltava.

Cependant, Jacques Rossi, dans son livre « Manuel du Goulag », rappelle qu'à la fin des années 1970 il existe déjà une centaine d'hôpitaux annexes à des prisons et que, de plus, il existe, outre des prisons proprement dites, des chambres à la disposition des services spéciaux de la sécurité ou de l'intérieur dans beaucoup d'hôpitaux du Ministère de la santé.

L'historien G. Tcherniavskiï écrit que les plus connues des prisons psychiatriques ou d'annexes psychiatriques de prisons sont les hôpitaux des Instituts dit de Serbie, Novoslabodskaia, et de la prison de Boutyrka, de celle de Matrosskaïa Tichina (toutes à Moscou ou près de Moscou), l'annexe de la prison de « Kresta » et l'hôpital Skvortsov-Stapanov à Leningrad, les hôpitaux et prisons de Dnipropetrovsk, Kazan, Kalinine, Tcherniakhovsk, Almaty, Tachkent, Velikié Louki, Zaporijjia, Tcheliabinsk, Chișinău, Minsk, Orla, Poltava, Kiev (Darnitsa), Riga et d'autres encore.

Les hôpitaux psychiatriques spéciaux sont des institutions fermées, dépendant du ministère de l'Intérieur de l'URSS, juridiquement pratiquement incontrôlés par la communauté médicale dans son ensemble. En fait, tout le système des hôpitaux psychiatriques est subordonné à la direction du de contrôle du KGB et c'est pourquoi toutes les sanctions contre les détenus en vue de « guérir » ceux qui étaient dissidents sont prises au su de ce .

Les malades sont plus chanceux lorsqu'ils se retrouvent dans un hôpital psychiatrique ordinaire. Certes, ils sont très nombreux et surpeuplés, les règles d'hygiène n'y sont pas respectées et le personnel se compose souvent d'ivrognes ou de sadiques, mais c'est du personnel civil ; en outre, les personnes internées sont généralement moins tenues au secret et cela leur permet d'écrire, de réceptionner des lettres et de recevoir aussi d'autres visiteurs que des parents..

Diagnostics utilisés L'analyse concrète des cas de répressions psychiatriques contre des non-conformistes ou dissidents démontre que c'est par des diagnostics « masqués », utilisés dans des buts répressifs, consistant le plus souvent à conclure par un « développement de personnalité paranoïaque » ou à une « schizophrénie lente », que se clôturent les dossiers. Les autres diagnostics (en particulier la schizophrénie paranoïde dite aussi de type paranoïaque) sont utilisés dans des cas plus rares à l'égard de non-conformistes. Parfois le diagnostic n'établit pas de symptôme psychotique et, par la suite, la bonne santé psychique du dissident n'est tout simplement pas reconnue . Le plus souvent, pour prouver que le dissident n'est pas sain d'esprit c'est le diagnostic de schizophrénie lente ou à évolution lente qui est utilisé Перевод: .

L'opinion répandue à propos des raisons de l'utilisation de ces diagnostics de schizophrénie est l'élargissement des critères d'évaluation développés par et d'autres représentants de l'école de Moscou.

Le psychiatre russe Nikolaï Pouchovsky considère cette conception de schizophrénie douce (dite aussi : lente, à développement imperceptible) comme mythique et explique que son développement par la psychiatrie soviétique correspond à un déficit de définitions juridiques de la schizophrénie, ce qui permet à l'État d'utiliser abondamment ce diagnostic à des fins politiques répressives(rp|259). vignette|Semyon Gluzman.