Le quenya (prononcé ) ou haut-elfique est une des langues construites imaginées par le romancier et philologue dans le cadre de l'élaboration des récits de la Terre du Milieu. Sa création remonte au plus tard à l'année 1915. Le vocabulaire et la grammaire de cette langue ont progressivement évolué durant la vie de leur auteur, jusqu'à atteindre une relative stabilité après la publication de son roman Le Seigneur des anneaux en 1954-1955. Tolkien s'est principalement inspiré du finnois pour l'élaboration de la langue, ainsi que du latin et du grec.

Au sein de son univers de fiction, le quenya est la langue des Elfes Vanyar et Ñoldor installés en Valinor, sur le continent d’Aman. La langue s’implanta en Terre du Milieu quand les Ñoldor s’y exilèrent ; elle cessa bientôt d’y être employée comme langue courante, mais subsista comme langue de culture et de cérémonie parmi les Elfes ainsi qu’un peuple des Hommes, les Dúnedain.

Le quenya fut conçu par Tolkien comme dérivant d'une langue originelle commune à toutes les langues elfiques qu'il imagina. C'est une langue à morphologie complexe, qui présente à la fois des traits flexionnels et agglutinants ; elle repose en grande partie sur l'emploi d'affixes, mais recourt aussi à l'alternance vocalique. Le quenya est pourvu d'une riche déclinaison et d'une conjugaison de type synthétique. Le nombre de cas et la conjugaison ont varié avec les années au cours du développement de la langue par leur auteur. Le vocabulaire est essentiellement , c'est-à-dire créé indépendamment de celui des langues naturelles, mais il est en revanche apparenté à celui des autres langues elfiques imaginées par Tolkien.

Le quenya se transcrit par différents systèmes d'écriture tels que les sarati ou les tengwar.

Histoire

En quenya comme pour les autres langues qu'inventa Tolkien, il faut distinguer deux axes chronologiques de développement : l'un, externe, concerne l'évolution des conceptions de la langue pendant la vie de son créateur ; l'autre, interne, concerne l'évolution historique de la langue à l'intérieur même du monde imaginaire dans lequel elle se parle.

Histoire externe

J. R. R. Tolkien commença vers 1915Date des premiers écrits sur le quenya qui aient été publiés : « » dans et le poème « Narqelion » dans . l'élaboration du quenya (sous l'orthographe qenya, qui subsista jusqu'au milieu des années 1940), alors qu'il était étudiant au collège d'Exeter. Il était alors déjà familier des langues germaniques anciennes comme le gotique, le vieux norrois et le vieil anglais, et s'était initié au finnois à la suite de la lecture du Kalevala, une découverte dont il fut, selon ses termes, .

Le quenya n'est pas la première langue construite qu'ait imaginée Dans l'essai Un vice secret, il mentionne trois langues auxquelles il contribua pendant son enfance et son adolescence, l'animalic, le nevbosh et le naffarin., mais c'est la première dont les attestations dépassent quelques traces isolées, et celle à partir de laquelle se développa le scénario linguistique de la Terre du Milieu. À côté de l'élément purement personnel, le développement de la langue paraît avoir été d'abord infusé d'un fond germanique., avant d'être fortement influencé par le finnois, Tolkien allant jusqu'à y incorporer quasi tels quels un certain nombre de motsVoir ces messages la liste de diffusion Lambengolmor : Christopher Gilson, Kalevala & Qenya, message 480 du 13 septembre 2003 et suivants ; Petri Tikka, Finnish words from QL (was Re: Kalevala & Qenya), message 485 du 19 septembre 2003.. Plus tard, Tolkien diminua la visibilité de cette filiation en éliminant les emprunts trop évidents, et mentionna également le latin et le grec ancien comme influences importantes..

Chronologiquement, l'invention de langues précéda chez Tolkien l'élaboration d'un monde imaginaire et de ses premiers récits : elle n'en fut pas un produit mais plutôt un des moteurs. Leur auteur devait insister sur ce point plus tard dans sa carrière : .

Tolkien imagina dès le départ le quenya selon les méthodes alors dominantes de la linguistique historique, en envisageant l'existence de diverses variétés, et ne tarda pas à inventer d'autres langues elfiques tout à fait distinctes mais apparentées au quenya, dérivées d'une même souche commune. La plus importante fut le gnomique, qui devait après de multiples transformations devenir le sindarin des états plus tardifs de sa mythologie.

Tolkien ne cessa jamais d'expérimenter sur ses langues inventées, et fit subir au quenya d'incessantes révisions de grammaire et de vocabulaire dont l'accumulation aboutit à de très sensibles différences entre des stades de développement différents : le qenya des années 1930, illustré par les poèmes de l'essai Un vice secretLes monstres et les critiques et autres essais ., se distingue aisément des formes plus connues du Seigneur des anneaux ou du Silmarillion. Cependant, le quenya resta toujours central dans le scénario linguistique, et son évolution fut relativement continue jusqu'à la mort de son auteur en 1973 — contrairement par exemple à celle du sindarin qui subit plusieurs remaniements fondamentaux.

Histoire interne

Dans le cadre de son univers de fiction, le quenya est la langue des Elfes issus de deux tribus des Eldar en Valinor, sur le continent d'Aman : les Ñoldor ou Elfes Savants et les Vanyar ou Elfes Blonds, qui avaient développé deux dialectes légèrement différents. Ceux de la troisième tribu des Teleri qui s'étaient installés en Aman à Alqualondë parlaient une langue proche, le telerin.

thumb|upright=3|Principales divisions des Elfes et noms de leurs premiers seigneurs (en italiques).

Le quenya descendait de leldarin commun, la langue des Eldar pendant leur grande marche de Cuiviénen vers le Valinor, lui-même dérivé du quendien primitif, la langue primordiale inventée par les premiers Elfes à Cuiviénen. Le quenya dérivait des formes en usage parmi les Vanyar et les Ñoldor ; la variété parlée par les anciens Teleri avait de son côté donné naissance au telerin en Aman et au sindarin en Beleriand, dans l'ouest de la Terre du Milieu. Les parlers des Nandor dérivaient également de l'eldarin commun..

Après l'exil d'une grande partie des Ñoldor en Beleriand, l'usage du quenya s'étendit en Terre du Milieu, où il développa de nouvelles particularités dialectales par rapport à l'usage d'Aman. Cependant, il finit par être supplanté dans l'usage quotidien par le sindarin, langue autochtone de Beleriand, à la fois parce que les exilés étaient minoritaires dans la population par rapport aux Elfes indigènes, les Sindar, et parce que l'usage du quenya fut proscrit par le roi Elu Thingol en tant que langue des Ñoldor, meurtriers des Teleri d'Aman gouvernés par Olwë, son frère. Dès lors, le quenya devint une langue seconde, apprise après l'enfance, une langue de culture et de cérémonie réservée aux contextes formels, une situation assez comparable au statut qu'eut longtemps le latin en Europe. Avec nombre d'autres pratiques culturelles, les Ñoldor la transmirent dans ces usages à un peuple des Hommes, les Dúnedain de Númenor puis des royaumes en exil d'Arnor et de Gondor, mais le quenya ne fut jamais parmi eux une langue courante, au contraire du sindarinHelge K. Fauskanger, Quenya – The Ancient Tongue, paragraphe « Internal history » sur Ardalambion..

Telles sont les conceptions finales de Tolkien. Cependant, avant la publication du Seigneur des anneaux, la situation était conçue différemment : le quenya n'était alors que la langue du premier clan des ElfesLes Vanyar du Silmarillion publié ; mais Tolkien changea leur nom plusieurs fois., utilisée sous une forme figée comme langue véhiculaire par l'ensemble des Elfes, tandis que le second clan, les Ñoldor, possédait sa langue propre, le noldorin, d'abord parlée en Valinor puis en Beleriand où elle s'altéra grandement.. Lorsque Tolkien révisa le scénario linguistique de sa mythologie, il transforma ce noldorin et l'attribua aux Sindar, sous le nouveau nom de sindarin ; le terme de noldorin (ou ñoldorin) survécut cependant, mais comme nom du dialecte du quenya désormais pratiqué par les Ñoldor.

Dénominations

Le quenya est désigné par un grand nombre de noms dans les écrits de Tolkien. Le mot quenya lui-même, appellation la plus courante, est un endonyme issu d'un adjectif signifiant à l'origine « elfique », qui s'est spécialisé pour désigner uniquement la langue développée par les Vanyar et Ñoldor en Valinor. Quenya est la forme propre au dialecte des Ñoldor ; dans le dialecte des Vanyar, le mot avait la forme Quendya..

La langue possède aussi des exonymes dans d'autres langues du monde imaginaire de Tolkien : Goldórin ou Goldolambe en telerin (c'est-à-dire « ñoldorin » ou « langue ñoldo », respectivement — les Teleri d'Aman étant en relation avec les Ñoldor bien plus qu'avec les Vanyar.), Nimriyê en adûnaic (c'est-à-dire « langue des Nimîr », nom des Elfes en cette langue.), Cweneglin ou Cwedhrin (c'est-à-dire « elfique ») en gnomique., une version des années 1915-1920 de ce qui deviendra après maints changement le sindarin.

Tolkien faisait parfois référence au quenya par son statut de langue de culture et de cérémonie : il est ainsi appelé en ses propres termes tarquesta « haut-parler. » et parmalambe « langue des livres.Édouard Kloczko présume que ce terme désignait plus précisément la forme écrite de la langue, le quenya classique ou livresque. Cf. Dictionnaire des langues elfiques vol. 1, p. 79. », ou en traduction haut-elfique (en anglais , .) ou latin elfique (, )..

La langue appelée sans précision « elfique » dans Le Seigneur des anneaux n'est pas le quenya, mais plutôt le sindarin, ce dernier étant la langue vernaculaire des Elfes à l'époque du récitHelge K. Fauskanger, Sindarin – The Noble Tongue, paragraphe « Designations of the language » sur Ardalambion..

D'autres dénominations plus sporadiques en anglais sont basées sur la géographie du monde imaginaire : Valinorean (langue du Valinor), Avallonian. (langue d'Avallónë), Eressean.Dans les deux derniers cas, il s'agit de noms donnés au quenya par des personnages fictifs placés dans un récit contemporain, et qui sont censés percevoir en rêve des fragments d'anciennes langues. Comme ils en ignorent les noms exacts, ils inventent leurs propres termes pour les désigner. (langue de Tol Eressëa).

Dialectes et registres

Dès la création du quenya, Tolkien a imaginé qu'il comportait plusieurs dialectes ou registres de langue ; cette idée a perduré tout au long du développement externe de la langue, mais les divisions envisagées ont varié, en lien étroit avec les modifications apportées au scénario linguistique du monde imaginaire. En pratique cependant, Tolkien n'aborde guère les usages dialectaux qu'en termes de variation par rapport à un quenya « moyen ».

Dans le scénario linguistique final, trois à quatre formes de quenya sont à envisager : le vanyarin était le dialecte des Elfes Vanyar en Valinor ; le ñoldorin était le dialecte des Elfes Ñoldor, différent du vanyarin principalement par certains points de phonétique. Parlé d'abord en Valinor, ce dialecte fut transplanté en Terre du Milieu lorsque s'y exilèrent la plupart des Ñoldor, où il continua d'évoluer avant d'être supplanté comme langue maternelle, se figeant alors en une langue de culture parmi les Ñoldor en Terre du Milieu« Lettre de J. R. R. Tolkien à Dick Plotz (c. 1966-1967) » dans Édouard Kloczko, Dictionnaire des langues elfiques .. C'est dans ce dialecte ñoldorin exilien qu'est composé le poème Namárië, ., et le dialecte le plus généralement employé par Tolkien en l'absence de précisions ; le quenya classique ou livresque (en anglais ou Quenya) était une forme écrite de la langue, préservant des usages anciens, telle que connue par les Dúnedain.

Attestations

Types de sources