Le gaélique écossais (autonymes : Gàidhlig na h-Alba ou Gàidhlig ; ; en scots : Scots Gaelic ou Erse ) est une langue appartenant à la branche gaélique (à comparer avec le Gaeilge et le Gaelg) des langues celtiques, lesquelles se rattachent elles-mêmes à la famille des langues indo-européennes. Il est principalement parlé en Écosse dans les Highlands et les îles Hébrides. Il est également pratiqué par quelques communautés de Nouvelle-Écosse au Canada, surtout dans l'île du Cap-Breton, du fait de l'émigration de paysans écossais expulsés par de grands propriétaires terriens au ; cette forme de la langue est devenue le gaélique canadien.

En tant que langue traditionnelle des Gaëls, ou Scots (les Celtes venus d'Irlande qui peuplèrent le nord-ouest des îles Britanniques vers le ), le gaélique occupe une place importante dans la culture traditionnelle écossaise : il constitue la langue historique de la majeure partie de l'Écosse actuelle. À ce titre, il est célébré chaque année, à l'occasion du « Mòd Nàiseanta Rìoghail » de la « Comunn Gàidhealach » (Assemblée nationale royale de la Société des Highlands).

Néanmoins, il ne faut pas confondre le gaélique écossais avec le scots, langue germanique, formée à partir du vieil anglais parlé en Northumbrie. Le scots est également reconnu comme langue régionale de l'Écosse.

Globalement, les locuteurs du gaélique écossais sont bilingues gaélique/anglais.

Classification et dialectes Traditionnellement, le gaélique écossais est considéré comme l'une des trois langues appartenant à la famille des langues gaéliques, parfois aussi appelées « langues en Q ». Toutefois, il s'agit d'un concept non gael puisque cette lettre n’existait pas en vieil irlandais, et qu’elle n’a été importée qu’en mannois, où l’on se sert de la phonétique anglaise. Néanmoins, certains continuent d'utiliser cette dénomination de nos jours en français.

Les langues gaéliques sont un sous-groupe de la famille des langues celtiques. Cependant, d'autres linguistes estiment que cette classification est une construction mentale qui remonte à une époque où l’Irlande et le Royaume-Uni, des États naissants, souhaitaient appuyer leur légitimité et leur unité sur le symbole puissant de la langue nationale unique. Pour ces linguistes, il est absurde de parler de « Gàidhlig agus Gaeilge » (gaélique écossais et gaélique irlandais). La différence qui sépare les langues gaéliques est essentiellement politique. En réalité, les langues gaéliques fonctionneraient comme un continuum où le taux d’intercompréhension varie.

Quoi qu'il en soit, le gaélique écossais n'est pas une langue homogène. Il comprend de nombreuses variétés dialectales, souvent identifiées aux îles, comme le gaélique de Leòdhas, les gaéliques de Barraigh, des Hearadh, du nord de Uibhist, du sud de Uibhist (17,5 %), de l'île de Skye (9 %), ou encore le gaélique de la mer, mais aussi avec les régions des Highlands ou des villes comme le gaélique du pays des Makay (nom gaélique du Sutherland) ou celui de Glaschu (Glasgow).

Histoire vignette|« Les quatre Royaumes », illustration tirée de « Celtic Scotland : a history of ancient Alban », page 254 (par William Forbes Skene, Édimbourg : Edmonston & Douglas, 1876)|gaucheLe gaélique écossais est issu du vieil irlandais (goídelc), forme ancienne des langues gaéliques que l'on peut aujourd'hui reconstituer à partir des sources écrites disponibles. Cette langue était parlée par les Gaels pendant une période que l'on estime s'étendre plus ou moins entre le et le .

Sa présence sur les territoires actuels que constituent l'Écosse, l'île de Man et le nord de l'Angleterre n'est pas attestée par les sources de l'antiquité, ce qui porte à croire qu'il y aurait été importé par les Gaels. Les premières incursions des Gaels sur la côte brito-romaine et en Calédonie remonteraient au après J.C., à l'époque où les Brito-Romains étaient confrontés aux invasions anglo-saxonnes. Les clans gaels parlaient une forme ancienne du goídelc.

L'établissement gael le plus important semble avoir été le Dál Riata (littéralement « la partie de Riata », probablement du nom du chef de clan qui l'a fondé). Ce qui était au départ un comptoir, est devenu par la suite une colonie maritime étendant son emprise sur un vaste territoire marin, comprenant une partie des côtes irlandaises et écossaises et les centaines d'îles avoisinantes. La colonie s'est finalement émancipée, devenant un royaume à part entière. Le centre du pouvoir s'est d'abord déplacé en Écosse, où il a continué d'entretenir des relations avec sa terre irlandaise d'origine, puis lors de la bataille de Mag Rath, vers 637, la gaélie du Dail Riata est devenue indépendante.

La carte ci-contre, dite « des quatre royaumes », illustre l’étendue du territoire du Dál Riata écossais et ses frontières approximatives avec le Dál Riata d’Irlande, les royaumes des Pictes, des Brito-Romains et des Angles de « Bernicia ». À partir de cette séparation, les variations dialectales qui pouvaient exister au sein de cette langue gaélique commune se sont probablement renforcées.

Jusqu'au , le gaélique écossais est resté confiné au Dál Riata, mais avec l'arrivée des Vikings, il a commencé à se répandre dans les territoires pictiques situés au nord des embouchures du Forth et du Clyde. En effet, les Pictes se cherchaient des alliés pour combattre les envahisseurs scandinaves et des alliances se sont forgées par le mariage d'aristocrates gaels et pictes. Vers 900, la langue des Pictes semble avoir disparu, remplacée par le vieil irlandais d'Écosse, lui-même commençant à se différencier du vieil irlandais d'Irlande.

Le gaélique écossais est historiquement lié à l'irlandais, d'où son nom ancien d'erse, forme scots du mot anglais Irish. Cependant les deux langues ont commencé à diverger dès le . Le gaélique écossais a connu durant la période des Grandes invasions par des échanges culturels et linguistiques intenses avec les autres peuples du nord de l'île de Bretagne. Si la proximité demeure évidente, l'intelligibilité mutuelle des deux langues n'est pas évidente ; elle est la moins difficile pour les irlandophones du comté de Donegal, et à la limite ceux du Connacht.

Caractéristiques alt=Fichier audio : prononciation de "An t-Eilean Sgitheanach" ("l'île of Skye", nom de cette île en gaélique écossais)|vignette|Prononciation de « An t-Eilean Sgitheanach » (« l'île de Skye », nom de cette île en gaélique écossais) L'alphabet gaélique comporte 18 lettres : a, b, c, d, e, f, g, h, i, l, m, n, o, p, r, s, t, u. Historiquement, le nom de chaque lettre était celui d'un arbre (ailm « orme », beith, brith, call, « noisetier », et ainsi de suite). Cette nomenclature remonte à l'époque de l'écriture oghamique.

Le gaélique utilise la flexion pour distinguer les cas des noms, et les temps, modes, et voix des verbes.

La grammaire gaélique possède quelques caractéristiques notables : L'ordre des mots est verbe-sujet-objet. Le gaélique combine les pronoms avec les prépositions pour créer des « prépositions conjuguées » comme dans les autres langues celtiques. Par exemple, aig (à) + mi (moi) > agam. Les pronoms existent sous deux formes : les pronoms réguliers (mi, thu, e, etc.) et les pronoms emphatiques (mise, thusa, esan…). Comme dans les autres langues celtiques (telles le breton et le gallois), le gaélique exprime la possession à l'aide d'une proposition : quelque chose est à quelqu'un. Enfin, le gaélique possède de nombreux articles définis (qui dépendent du nombre, du genre, du cas, et de la lettre initiale du nom). L'indéfinitude est exprimée par l'article zéro, comme en gallois et en breton ancien.

Mots d'origine gaélique C'est du gaélique que viennent les mots « brogue » (de bròg, chaussure), « clan » (de clann, enfants), « claymore » (de claidheamh-mòr, épée-grande), « slogan » (de sluagh-ghairm, gens-qui-crient), « strontium » (de Sròn an t-Sìthein, le nom d'un lieu où l'on a découvert cet élément pour la première fois) et « whisky » (de uisge, eau, premier terme du nom composé uisge-beatha, eau-de-vie) et aussi certains mots de la toponymie locale : Ben Nevis (de beinn, montagne), Loch Ness (de loch, lac).

La règle « » 240px|thumb|Signalétique routière bilingue dans les Highlands, montrant à la fois une faute d'orthographe dans Loch « Ailort » (l'orthographe correcte est « Ailleart ») et le nom de la localité où a été découvert le strontium (Sròn an t-Sìthein).La prononciation du gaélique est régie par la règle d’or « Leathann ri leathann is caol ri caol » (les fortes avec les fortes et les faibles avec les faibles). Les voyelles fortes sont a, o et u. Les voyelles faibles sont e et i. Lorsqu’une ou plusieurs consonnes sont placées entre deux voyelles, ces dernières doivent être du même type. Si l’on note les voyelles faibles « v », les voyelles fortes « V » et les consonnes « c », on constate que les combinaisons « vcV » et « Vcv » ne se produisent presque jamais (on notera toutefois l'existence de quelques exceptions comme airson, « comme » ou esan, « lui »). Dans le mot « Gàidhlig » par exemple, les consonnes « dhl » sont entourées de voyelles faibles (i). De même, dans le mot « leathann », les consonnes « th » sont entourées de voyelles fortes (a).

Le corollaire est que l'orthographe n’obéissant pas à cette règle est soit étrangère, soit fautive. Sur le panneau de signalétique routière bilingue de l'illustration ci-contre, par exemple, l'orthographe gaélique « Loch Ailort » (en vert) est fautive. Il s'agit en réalité de l'orthographe anglaise, la forme gaélique étant « Loch Ailleart ».

Toponymes en gaélique écossais Les toponymes sont en majorité issus du vieil irlandais, avec toutefois des influences notables des langues germaniques (vieux norrois, scots et anglais) comme les lexèmes -bagh (baie) ou -bost (ferme). La plupart des toponymes gaëls ont une signification encore évidente dans la langue moderne alors que leur anglicisation n'a pas de sens : Dùn Chailleann par exemple, signifie littéralement « forteresse de Calédonie » alors que son anglicisation, Dunkeld, ne veut rien dire.

Parmi les lexèmes récurrents, on trouve:

Obar (embouchure): Obar Dheathain (Aberdeen), Obar Phuill (Aberfoyle), Obar Bhrothaig (Arbroath). Bàgh ou -bagh (baie): Steòrnabhadh (Stornoway) , Càrlabhag (Carloway), Bàgh a' Chàise, Bàgh a' Chaisteil (Castlebay), Baile Àlasdair (Balloch). Baile (ville): Baile Adainn (Haddington), Baile Mhàrtainn (Balmartin), Baile a' Mhanaich (Balivanich). -bost (ferme): Siabost (Shawbost), Càrrabost (Carbost), Ceileabost (Colbost), Òrbost (Orbost). Cill (chapelle): Cill Mhearnaig (Killmarnock), Cille Phàdraig (Kirkpatrick), Cille Chonaill (Kirkconnel), Cille Chuithbeirt (Kirkcudbright). Camas (baie): An Camas (Cambus), Camas a' Bharrain (Cambusbarron), Camas Long (Cambuslang). Dùn (forteresse): Dùn Phris (Dumfries), Dùn Bhlàthain (Dunblane), Dùn Dèagh (Dundee), Dùn Phàrlain (Dunfermline), Dùn Chailleann (Dunkeld), Dùn Fhothair (Dunottar), Dùn Breatann (Dumbarton), Dùn Èideann (Édimbourg). Inbhir (embouchure): Inbhir Air (Ayr), Inbhir Nis (Inverness), Inbhir Pheofharain (Dingwall), Inbhir Ùig (Wick), Inbhir Àiliginn (Inveralligin).

Voici d'autres anglicisations de toponymes gaéliques:

Aviemore – an Aghaidh Mhòr Brechin – Breichin Cumbernauld – Comar nan Allt Dornoch – Dòrnach Elgin – Eilginn Forres – Farrais Fortrose – A' Chananaich Glasgow – Glaschu Gleneagles – Gleann Eagas Lismore – Lios Mòr Paisley – Pàislig Perth – Peairt Rosemarkie – Ros Maircnidh Scone – Sgàin Stirling – Sruighlea Whithorn – Taigh Mhàrtainn

Dans certains cas, la langue anglaise n'a pas emprunté le toponyme gaélique, mais en a créé un nouveau. C'est par exemple le cas de Fort William (An Ghearasdan), de Saint Andrews (Cill Rìmhinn) ou encore de Rothesay (Baile Bhòid).

Exemples de mots et phrases courtes en gaélique écossais

[] « Bienvenue ! » [] « Salut ! » [] « Comment vas-tu ? » [] « Comment allez-vous ? » [] « Je vais bien. »