Giulio Andreotti, né le à Rome et mort le à Rome, est un journaliste, écrivain et homme d'État italien. Dirigeant de la Démocratie chrétienne (DC), il est l'un des protagonistes les plus importants de l'histoire politique italienne du .
Proche d'Alcide De Gasperi, il devient progressivement l'un des animateurs de la DC tout en étant une figure familière du gouvernement italien : il est notamment deux fois ministre des Finances, cinq fois ministre des Affaires étrangères et huit fois ministre de la Défense.
Il dirige sept gouvernements comme président du Conseil des ministres, de 1972 à 1973, de 1976 à 1979 puis de 1989 à 1992. Sa longévité en fait l'un des hommes politiques italiens les plus importants du , d'autant qu'il est successivement membre de l'Assemblée constituante, de la Chambre des députés et du Sénat. Il est nommé sénateur à vie en 1991.
Sa personnalité, sa répartie et ses liens présumés avec la mafia lui ont valu de nombreux surnoms, flatteurs ou non. Il était notamment appelé , une référence par le latin au dirigeant de la Rome antique Jules César.
Biographie
Études et débuts en politique
Giulio Andreotti naît le à Rome, dans une famille modeste originaire de Segni.
Il fait ses études de droit à Rome, durant lesquelles il est l'un des membres de la Fédération des universitaires catholiques italiens (FUCI), la seule association universitaire catholique autorisée par le gouvernement fasciste de Benito Mussolini. Plusieurs de ses membres sont par la suite devenus dirigeants de la Démocratie chrétienne (DC). En , alors qu’Aldo Moro préside la FUCI, Andreotti devient le directeur de son organe de presse, Azione Fucina. En 1942, quand Moro est mobilisé dans l’armée italienne, Andreotti lui succède à la présidence de la FUCI, et ce jusqu’en 1944. C'est à l'occasion d'une visite à la bibliothèque du Vatican qu'il fait la rencontre d'Alcide De Gasperi, protégé du pape et qui sera son mentor.
Durant la Seconde Guerre mondiale, Andreotti écrit des articles et des chroniques pour la Rivista del Lavoro, une publication fasciste, tout en assumant la charge de rédacteur du journal clandestin Il Popolo. En juin 1944, après la libération de Rome, il devient l'un des membres du Conseil national de la DC. Après la fin de la guerre, il est nommé responsable de l’organisation de la jeunesse du parti.
En 1945 il est nommé membre de la Consulta Nazionale, l'embryon du futur parlement. En 1946, Andreotti est élu député à l’Assemblée constituante. En 1948, il parvient à se faire élire à la nouvelle Chambre des députés, représentant la circonscription de Rome-Latina-Viterbe-Frosinone, qui reste son bastion politique jusque dans les années 1990.
Sous-secrétaire d'État à vingt-huit ans
C'est en 1947 que Giulio Andreotti se voit confier ses premières responsabilités gouvernementales, lorsqu’il devient sous-secrétaire d'État à la Présidence du conseil des ministres, dans le quatrième gouvernement De Gasperi, une fonction qu’il assume jusqu’en , au sein du gouvernement de Giuseppe Pella. Il est, entre autres, chargé du sport et du spectacle.
En tant que directeur de l'Office central pour le cinéma, il contrôle les œuvres cinématographiques contre les « erreurs dogmatiques » ou la nudité.. En 1949, Andreotti a été le promoteur d’une loi concernant l’industrie du divertissement, permettant de ralentir la pénétration du cinéma américain, tout en atténuant l’expression du néoréalisme en Italie. La loi Andreotti a établi des limites aux importations de films, des quotas sur les écrans, et a permis d’octroyer des prêts aux sociétés de production italiennes. Cependant, pour recevoir un prêt, un comité dépendant du gouvernement devait approuver le scénario, favorisant ainsi les films apolitiques, tandis que des licences d’exportation étaient refusés aux films susceptibles de donner une mauvaise image de l’Italie. Cette loi a ainsi créé une censure en amont de la production en Italie. Le film Umberto D., de Vittorio De Sica, sorti en 1952, dépeint la vie solitaire d’un retraité. Il était considéré comme un film dangereux par le comité à cause d’une scène d’ouverture montrant des policiers brisant une manifestation de retraités, et de la scène finale montrant la tentative de suicide avortée d’Umberto. Dans une lettre publique à De Sica, Andreotti a fustigé le réalisateur pour son « misérable service rendu à la patrie » et son manque d'« optimisme sain et constructif qui aide vraiment l'humanité à progresser et à espérer ».
Premiers portefeuilles ministériels redresse|vignette|gauche|Andreotti en 1966. De janvier à , Andreotti est ministre de l’Intérieur. C’est durant cette courte période que le bandit Gaspare Pisciotta, ancien bras droit de Salvatore Giuliano, est empoisonné dans sa prison, une mort suspecte qui donnera lieu à des théories sur l’implication des autorités italiennes dans ce décès.
De 1955 à 1959, il est ministre des Finances puis du Trésor. Il est impliqué dans le scandale Giuffrè (du nom d’une banque fraudeuse) en 1958, lorsqu’il lui est reproché un manque de vigilance en tant que ministre. La Chambre des députés rejette toute accusation contre lui en .
Durant cette période, Andreotti commence à construire un corrente (courant politique) au sein de DC, alors le parti dominant et au pouvoir, face au Parti communiste qui était le deuxième parti en Italie. Son courant, très conservateur, était soutenu par l’aile droite de l’Église catholique. Il est indiqué comme le fomentateur d'une campagne de presse contre le secrétaire national adjoint de DC, Attilio Piccioni, dont le fils Piero est accusé du meurtre d’un mannequin, Wilma Montesi, dont le corps sans vie avait été découvert à Torvaianica. Après avoir pris ses distances de vieux compagnons de De Gasperi qui entament leur déclin politique, Andreotti s'associe au nouveau courant qui vient d'éclore, les Dorotei, pour évincer Amintore Fanfani (situé à la gauche du parti) de sa position de président du Conseil des ministres ainsi que de celle de secrétaire national de DC.
Le , Andreotti, alors ministre du Trèsor, est nommé président du comité d’Organisation des Jeux olympiques d’été de 1960 à Rome.
Ministre de la Défense De 1959 à 1966, Andreotti est ministre de la Défense. C’est la période du scandale des dossiers du Service des renseignements des forces armées (SIFAR) et du plan Solo, planifié par le chef d'état-major de l'Armée et ancien résistant Giovanni De Lorenzo, commandité par le président Antonio Segni. Il a été confié au ministre Andreotti le soin de détruire ces dossiers. Il a été avéré qu’avant d’être détruits, ces dossiers avaient été recopiés et transmis à Licio Gelli, dirigeant de la loge maçonnique Propaganda Due (P2), impliquée dans de nombreux scandales dans les années 1980, et avec laquelle Andreotti était fréquemment associé.
En 1968, Andreotti est nommé président du groupe parlementaire de la DC, fonction qu’il occupe jusqu’en 1972.
Président du Conseil des ministres
left|thumb|Giulio Andreotti (à gauche) avec Frank Sinatra et Richard Nixon à la Maison-Blanche en 1973.
Le , à l'âge de 53 ans, il est nommé président du Conseil des ministres et forme son premier gouvernement, celui-ci n'étant constitué que de membres de la Démocratie chrétienne. En font partie quatre anciens chefs du gouvernement : Aldo Moro, ministre des Affaires étrangères, Mariano Rumor, ministre de l'Intérieur, Giuseppe Pella, ministre des Finances, et Emilio Colombo, auquel Andreotti succède, ministre du Trésor.
Il se présente, neuf jours plus tard, devant le Sénat de la République, dont il sollicite l'investiture. Or, celle-ci lui est refusée par 158 voix contre 151, ce qui l'amène à remettre la démission de son gouvernement au président de la République, Giovanni Leone. Pour la première fois depuis 1948, le chef de l'État décide alors de dissoudre le Parlement.
À l'issue des élections anticipées des 7 et 8 mai suivants, Andreotti est reconduit à la présidence du Conseil. Il s'associe cette fois avec le Parti social-démocrate italien (PSDI) et le Parti libéral italien (PLI), s'assurant ainsi du soutien de 315 députés sur 630 à la Chambre et 154 sièges sur 315 au Sénat, tout en disposant du soutien sans participation du Parti républicain italien (PRI), qui dispose de 15 députés et 5 sénateurs. Ce gouvernement centriste, qui voit le retour des libéraux après dix ans passés à l'opposition, devient aussitôt la cible de la presse progressiste. On lui reproche surtout d'avoir créé par décret des primes favorisant le départ volontaire à la retraite des anciens combattants ou résistants et des enfants des combattants ou des résistants tués dans les combats ou lors d'exécutions (les pensioni d'oro, les retraites dorées), qui a eu l'effet de vider du coup les caisses de la sécurité sociale ainsi que les rangs la fonction publique, notamment de l'administration des finances.
Le le gouvernement Andreotti II décrète la sortie de l'Italie du Serpent monétaire européen. Jusqu'à la création du Système monétaire européen le , la lire italienne demeurera dans une situation de changes fluctuants.
Sa volonté de réforme télévisuelle étant rejetée par le PRI, opposé également à l'introduction de la télévision en couleur en Italie, Andreotti est contraint de remettre sa démission le . Le , il est remplacé par Mariano Rumor, qui forme un gouvernement de centre-gauche.
Retour à la Défense Lorsque Rumor forme son cinquième gouvernement, le , Andreotti fait son retour dans l'exécutif, de nouveau au poste de ministre de la Défense.
Il déclare lors d’une interview que l’État a procuré une couverture à l’activiste d’extrême-droite Guido Giannettini, lors de l'enquête sur l’attentat de la Piazza Fontana commis en 1969. Andreotti a été plus tard acquitté pour cette aide fournie à Giannettini.
Ministre du Budget Du au , Andreotti assume la charge de ministre du Budget et de la Programmation économique, avec l'intérim du ministère sans portefeuille chargé des Interventions extraordinaires pour le relance du Midi (à savoir de la gestion de la Cassa del Mezzogiorno, un fonds destiné à subventionner les entreprises du Sud en difficulté). Mais il s'agit là d'un rôle presque honorifique, la coordination de la politique économique italienne étant suivie de près par le vice-président du Conseil, Ugo La Malfa, et par le conseilleur économique du chef du gouvernement Aldo Moro, Beniamino Andreatta. Il est confirmé au Budget avec l'intérim des Interventions extraordinaires pour le relance du Midi dans l'éphémère gouvernement Moro, composé par des ministres issus de la DC avec la participation de deux personnalités issues de la société civile (-). Pendant cette période, l’Italie a ouvert et développé des relations diplomatiques avec des pays arabes du bassin méditerranéen, une politique qui avait été auparavant menée à un niveau non gouvernemental, notamment par Enrico Mattei à la tête de la compagnie pétrolière jusqu’à sa mort dans un accident d’avion en 1962. Andreotti a également soutenu le développement du commerce entre l’Italie et l’Union soviétique.
La « non défiance » thumb|Photographie du gouvernement Andreotti III au Quirinal après sa prestation de serment, en 1976. En janvier 1976, le Parti socialiste italien (PSI) retire son soutien à la coalition gouvernementale de centre-gauche DC-PRI dirigée par le président du conseil des ministres Aldo Moro. Celui-ci forme un gouvernement de transition dont la charge n'est que d'arriver au printemps pour convoquer des élections anticipées, qui voient la nette progression du Parti communiste italien (PCI), la DC conservant sa majorité relative. L’Italie souffrait alors d’une crise économique et le terrorisme intérieur (attentats et assassinats commis par des groupes d’extrême-gauche et d’extrême-droite) maintenait une tension pesante.