En France, la Sécurité sociale est un ensemble de dispositifs et d'institutions qui ont pour fonction d'assurer la protection sociale des individus des conséquences d'événements ou de situations diverses qualifiés de « risques sociaux », .. Elle est fondée sur le principe de la solidarité nationale, présentant selon les branches des logiques contributives (retraites, accident du travail) et des logiques universelles (famille, maladie, autonomie).

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le Conseil national de la Résistance a inscrit à son programme . Le Parti communiste s'apprête à devenir le premier parti de France, avec 26 % des voix, et la Confédération générale du travail (CGT) compte 5 millions d'adhérents.

C'est dans ce contexte que le 4 et le , le Gouvernement provisoire de la République française institue officiellement, par ordonnance, le régime général de la Sécurité sociale qui sera mis en place par les ministres du Travail Alexandre Parodi puis Ambroise Croizat, sur la base des travaux du haut fonctionnaire Pierre Laroque.

Universalisant la logique des anciennes assurances patronales, ils créent avec les militants de la CGT un régime général unifié et géré par les travailleurs eux-mêmes. L'unification totale ne sera pas réalisée du fait de l'opposition des professions indépendantes et libérales et du maintien de régimes spéciaux pour certaines catégories professionnelles : agents de l’État, agriculteurs, militaires, marins, employés des industries électriques et gazières, cheminots, mineurs, parlementaires, etc. Elle se réalise néanmoins progressivement, par la fermeture ou l'absorption croissante de régimes spéciaux, à l'instar du régime social des indépendants en 2019.

En 1947, la retraite complémentaire, est créée pour les cadres, puis généralisée en 1961-1962. En 1958, l'Unédic est créée pour l'indemnisation du chômage. Ces deux compartiments ne font pas partie des régimes de base de sécurité sociale, mais ils sont comptés par l'Union européenne dans les .

Les ordonnances de 1967 sur la sécurité sociale suppriment l'élection des administrateurs de la sécurité sociale et la divisent en plusieurs , consacrant un poids croissant de l’État dans sa gestion. Les branches sont au nombre de 5 depuis 2021, auxquelles il faut ajouter l'activité de recouvrement opérée par les Urssaf. , principalement de droit privé, travaillent au sein des différents organismes afin d'assurer leur fonctionnement au profit de de bénéficiaires..

Originellement assise sur les cotisations sociales prélevées sur les salaires (système bismarckien), la Sécurité sociale est désormais financée à parité par les cotisations et par diverses impositions dont principalement la contribution sociale généralisée (CSG) (20 %) et la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) (8 %). Ces ressources s'élèvent à en 2024. Les ménages (53 %) et les entreprises (47 %) sont ses principaux financeurs.

En 2024, les régimes de base de la Sécurité sociale ont versé d'euros de prestations sociales, soit l'équivalent de 22 % du produit intérieur brut français qui s'élevait à d'euros.. Leurs principales dépenses sont les retraites de base ( d'euros), les prestations d'assurance maladie ( d'euros), les prestations familiales (58 milliards d'euros) et de soutien à l'autonomie (40 milliards d'euros) en 2024. Les caisses d'allocations familiales versent aussi les minima sociaux (RSA, APL, AAH, etc.), financés par l’État et les départements, pour un total de plus de 50 milliards d'euros.

L'équilibre de la sécurité sociale est un , dont le but est d'éviter de financer par l'endettement des dépenses de consommation courante. Pourtant, cet équilibre s'est avéré difficile à tenir au cours des 80 ans d'existence, ce qui a occasionné un accroissement continu des recettes fiscales (la CSG a vu son taux passer de 1,1 % lors de sa création en 1991 à 9,2 % en 2019) et des transferts de ressources de l’État, correspondant souvent à la compensation d'exonérations de cotisations décidées pour des motifs de compétitivité économique. De multiples réformes de ont également eu lieu : âge de départ à la retraite ou durée de cotisation ; remboursements et tarifications de santé à l'instar de la tarification à l'acte (T2A) ; modulation des allocations familiales en fonction du revenu Sur le chemin de l'équilibre en 2018 et 2019, la sécurité sociale est en déséquilibre structurel à la suite du Ségur de la santé en 2020 et des déficits des régimes de retraite. Son budget est prévu en déficit de pour 2026.

Contrairement à la dette de l’État, la dette de la sécurité sociale (163 Md€ en 2025) ne devrait pas peser sur les générations futures. De ce fait, le capital est amorti (totalement remboursé) par une caisse spécifique, la caisse d'amortissement de la dette sociale (CADES). Toutefois, le retour à l'équilibre et les conditions du remboursement de la dette sociale ne sont plus organisés depuis la crise Covid, ce qui a conduit la Cour des comptes à déclarer la trajectoire des comptes sociaux .

La fraude sociale est évaluée par le Haut Conseil du Financement de la Protection sociale à en 2025, pour moitié sur le périmètre des prestations et pour moitié sur celui des cotisations (dont le travail non déclaré).

Des propositions d'extension de la sécurité sociale sont régulièrement proposées dans le débat public, notamment celle d'une sécurité sociale de l'alimentation, mais aussi du logement, de la culture ou de l'information.

Histoire

Histoire des assurances sociales thumb|right|Napoléon III a souhaité instaurer, dans les années 1850, une mutualité impériale, sous le contrôle de l'administrationLa Mutualité impériale. À partir du Moyen Âge, certaines corporations organisent une assistance, limitée, entre les professionnels qui y adhèrent.

Au cours de la Révolution de 1789, alors que les débats sur la place de l’État et du capital dans la protection santé se déroulent dans des termes très contemporains, l’État refuse de procéder à des réformes d’envergure.. L'abolition des corporations par le décret d'Allarde, en 1791, met fin au dispositif d'entraide des corporations, professionnel et privé. Les mutuelles naissent alors comme forme d’auto-organisation malgré les interdits et la répression. Elles ne sont reconnues que le par la loi Humann, en tant que « sociétés de secours mutuelV. notamment une fiche de présentation des sociétés de secours mutuels sur musee.mutualite.fr », néanmoins strictement règlementées. Par crainte de leurs velléités révolutionnaires, l’État se réapproprie l’esprit des mutuelles par une série de loi à partir de 1852. Elles sont par la suite libérées du contrôle de l'administration et encouragées par la loi du Loi Waldeck-Rousseau relative aux sociétés de secours mutuels, également appelée Charte de la mutualitéLa loi du avril 1898 : la Charte de la Mutualité. Cette loi fonde les principes du mutualisme, tels qu'on les retrouve aujourd'hui dans le code de la mutualité. Les mutuelles peuvent dès lors proposer des prestations à tous, bien qu'elles restent trop coûteuses pour la population.

En marge du mouvement mutuel, privé, volontaire et libre, le législateur crée également des dispositifs d'aide sociale, subjectifs et personnels, qui tendent à créer un principe de solidarité nationale. La loi du 25 juillet 1893 créé une assistance médicale gratuite pour tout citoyen malade et indigent..

La loi du 9 avril 1898 facilite considérablement l'indemnisation des victimes d'un accident du travail. Cette loi sera renforcée par celle du relatives aux maladies professionnelles. Entretemps, la loi du crée le service départemental d'aide sociale à l'enfance, tandis que la loi du crée un dispositif d'assistance aux personnes âgées infirmes et incurables.

En parallèle, d'autres initiatives privées se mettent en place, comme la création en d'une « caisse de compensation » par Émile Marcesche, embryon des futures caisses d'allocations familiales. Elles sont mises en place plus tard, par la loi du qui prévoit des allocations couvrant les charges familiales, financées par des versements patronaux.

C’est avec la Première Guerre mondiale que naît véritablement l’État social : la conduite et les conséquences de cette « guerre totale » renforcent le rôle de l’État dans la société, et son besoin de prendre soin comme de contrôler la population. L’État social en France n’est pas le produit de la bienveillance parlementaire mais celui de la guerre.

Le développement des assurances au début du est encouragé par le législateur. Organisations de droit privé comme les mutuelles, les assurances s'en distinguent cependant par leur but lucratif. La loi du 9 avril 1898 encourage l'employeur à s'assurer pour faire face aux demandes d'indemnisations de ses salariés accidentés. Un premier système d'assurance vieillesse devient obligatoire pour les salariés par la loi sur les retraites ouvrières et paysannes du , mais le montant des retraites demeure très bas et l'âge de la retraite, 65 ans, est très élevé par rapport à l'espérance de vie des ouvriers à cette époque. La loi du permet aux salariés, de droit privé, ayant un contrat de travail de bénéficier d'une assurance maladie, maternité, invalidité, vieillesse et décès. La loi du permet aux agriculteurs de bénéficier d'un régime particulier. On parle même de rendre l'assurance obligatoire, et de donner à l'État le monopole de cette assuranceR. Savatier, « Vers la socialisation de la responsabilité et des risques individuels », Recueil hebdomadaire de jurisprudence Dalloz 1931, chronique ..

Bien que les prestations sociales sont devenues, à partir du début du siècle dernier, un moyen de protection des individus contre les « risques sociaux »Dans son rapport adressé à la reine d'Angleterre au début des années 1940 intitulé Du travail pour tous dans une société libre (en anglais, A full employment in a free society ), Lord William Beveridge résume les risques sociaux, dans le cadre de son État providence, en quatre items à savoir : la famille, le chômage, la maladie et la vieillesse (cf. J.-P. Delas, Économie contemporaine : faits, concepts, théories, Paris, Ellipses, 2008, 751 p). À ces risques, d'autres ajoutent, depuis la fin des trente glorieuses en 1973 (avec la baisse de la croissance économique et l'augmentation du chômage), les risques de logement et de la pauvreté. « et qui peuvent remplacer la protection assurée, autrefois, par la famille, l'épargne ou la propriété, elles ne représentent que « 5 % du revenu des ménages » en France à la fin des années 1930.. Cinquante ans après, ces prestations correspondent à 25 % des revenus, à plus d'un quart du PIB et plus de la moitié des dépenses totales des administrations françaises.

Le choc de la Seconde Guerre mondiale et la création de la