Joseph Caillaux, né le au Mans (Sarthe) et mort le à Mamers (Sarthe), est un homme politique français.

Disciple de Pierre Waldeck-Rousseau, il commence sa carrière politique parmi les républicains modérés, adhérant à l'Alliance républicaine démocratique à sa création, en 1901. Il est ministre des Finances de Waldeck-Rousseau, avant de rejoindre dans les années 1910 le Parti radical, dont il devient rapidement l'une des principales figures.

Instigateur de l'impôt sur le revenu et partisan d'un pacifisme libre-échangiste, ses prises de positions et sa personnalité suscitent une haine véhémente parmi ses anciens amis et la droite nationaliste, qui mènent contre lui de violentes campagnes de presse. L'une d'elles débouche sur le meurtre de Gaston Calmette, directeur du Figaro, par son épouse, Henriette Caillaux ; cet événement, avec sa propre condamnation pour « intelligence avec l'ennemi » pendant la Première Guerre mondiale, met en suspens sa carrière politique.

Revenu sur le devant de la scène politique avec le Cartel des gauches, il voit son attachement au libéralisme économique et à l'orthodoxie financière l'éloigner peu à peu de ses amis de gauche. Devenu vice-président puis président de la commission des Finances du Sénat, il pèse sur la politique financière de la France jusqu'en 1940.

Biographie Jeunesse et études Fils d'Eugène Caillaux, parlementaire sarthois royaliste qui fut ministre des Finances de Mac Mahon en 1877, Joseph Caillaux, né en 1863, est élevé par un précepteur clérical fanatique puis par les jésuites qui, par réaction, l'amènent à adopter des idées républicaines« Caillaux, Joseph », dans Gisèle et Serge Berstein, Dictionnaire historique de la France contemporaine, tome I : « 1870-1945 », Éditions Complexe, 1995, 822 pages, ..

Il fait ses études secondaires au lycée du Mans puis au lycée Fontanes à Paris (actuel lycée Condorcet) où il suit l'enseignement public jusqu'au baccalauréat. Malgré son aversion pour les mathématiques, poussé par son père, il tente d'entrer à Polytechnique en 1883, mais il échoue, n'arrivant que pour 227 admis.

Il effectue ses études supérieures à la faculté de Paris où il obtient une licence en droit.. Il étudie à l'École libre des sciences politiques.

Parcours professionnel Il enseigne à l'École libre des sciences politiques en 1888, et prépare parallèlement le concours de l'Inspection générale des finances. Reçu sans peine second en 1888, il commence sa carrière comme adjoint à l'inspection générale des finances. En cette qualité, il effectue pendant dix ans de multiples tournées en province, tout en demeurant à Paris.

Dans le même temps, en contradiction avec les opinions de sa famille, ses convictions républicaines s'affirment, et il se détache définitivement de l'influence religieuse. Lors de la crise boulangiste, il parvient à entraîner son père dans le camp anti-boulangisteJean Jolly (dir.), op. cit., 835.. Lors des élections municipales et cantonales de 1896, il tente de succéder à son père comme maire et conseiller général d'Yvré-l'Évêque, mais il est battu.

Début en politique vignette|gauche|Joseph Caillaux photographié par Henri Manuel. Lors des élections législatives du , il se présente à la demande des comités républicains locaux, quinze jours avant le scrutin, alors qu'il se trouve en inspection en Algérie, dans l'arrondissement de Mamers, tenu jusqu'alors par la droite monarchiste.

Élu, à la surprise même de ses amis politiques, avec contre au sortant, Sosthène II de La Rochefoucauld, duc de Doudeauville, il devient député de la Sarthe, mandat qu'il conserve jusqu'en 1919, malgré les adversités. Il est ainsi réélu le avec contre à son adversaire, un membre de l'Institut, puis le , le et le face à un membre de la famille d'Aillières, par contre , contre et contre .

Fidèle à ses principes républicains, il s'inscrit au groupe des républicains progressistes (Alliance républicaine démocratique, créée en 1901 et à laquelle appartient également son confrère ministre Jean Dupuy), et devient membre des commissions des crédits, des colonies et de la législation fiscale. Il se consacre particulièrement aux questions fiscales, déposant une proposition de loi sur la réorganisation du service des comptables directs et présentant des rapports sur le budget ou les crédits. Il se lie avec Pierre Waldeck-Rousseau, pour lequel il professe une grande admiration, Paul Deschanel, Gaston Doumergue, Raymond Poincaré, Louis Barthou, Maurice Rouvier et Théophile Delcassé.

Lors de l'affaire Dreyfus, il se prononce en faveur de Dreyfus et bascule à gauche. Quand Waldeck-Rousseau forme un gouvernement d'union républicaine, le , il devient ministre des Finances. À ce poste, il montre un souci d'équilibrer le budget, préconisant une compression des dépenses de l'État et une augmentation des recettes. Par ailleurs, il refond complètement les impôts sur les boissons et la taxation sur les sucres, et revoit les droits sur les successions. Il parvient ainsi à présenter des budgets en excédent. En revanche, bien qu'il se soit prononcé, quelques mois avant son arrivée au pouvoir, en faveur du projet d'impôt sur le revenu global et progressif présenté par les gauches (malgré le scepticisme de plusieurs socialistes, comme Gustave Hervé ou Hubert LagardelleJacques de Saint-Victor, « Il y a cent ans naissant l'impôt sur le revenu », Le Figaro, vendredi 11 juillet 2014, page 13.), il renonce à présenter un tel projet devant les Chambres, jugeant qu'il ne parviendrait pas à obtenir une majorité.

Après les élections de 1902, qui voient la victoire de la gauche, il suit Waldeck-Rousseau, quand celui-ci quitte le pouvoir le . Dans la nouvelle législature, il montre une intense activité dans les commissions, dépose divers projets de lois et présente plusieurs rapports, mais demeure longtemps dans l'expectative, avant de s'opposer à la politique à ses yeux trop anticléricale du gouvernement Combes et de contribuer à son renversement. Il se prononce cependant en faveur de la loi de séparation des Églises et de l'État de 1905 et de la suppression de l'enseignement congréganiste.

Après les élections de 1906, il est élu vice-président de la Chambre, mais il abandonne bientôt ces fonctions, préférant se réserver pour des fonctions ministérielles.

Ministre des Finances sous Clemenceau Projet d'un impôt progressif sur le revenu Du au , il est ministre des Finances dans le gouvernement Clemenceau I, poste dans lequel il s'illustre, en 1907, par un projet consistant à remplacer les quatre impôts (les quatre vieilles) créés pendant la période révolutionnaire par un impôt progressif sur le revenu global (à l'exemple de l'impôt unique allemand de l’Einkommensteuer) et, complémentairement, par des impôts proportionnels et indépendants pour chaque catégorie de revenu (impôt cédulaire sur le modèle de l’income tax britannique), mais il se heurte à l'hostilité du Sénat, qui rejette son texte, malgré l'appui de Clemenceau et de la majorité des députés. À cette occasion, Caillaux s'attire de solides inimitiés à droite, qui vont parfois jusqu'à la haine. La démission du gouvernement, le , clôt provisoirement le débat, mais il continue à mobiliser l'opinion publique de 1907 et 1914, la Loi des Trois ans lui fournissant un argument patriotique de poids, et ses idées servent de base à la réforme des contributions directes, réalisée entre 1914 et 1917« L’impôt progressif, une vieille bataille », Alternatives économiques, , avril 2007, 78-81.. thumb|Joseph Caillaux, Jean Cruppi, Antoine Perrier et Théophile Delcassé à l'enterrement de Maurice Berteaux, fin mai 1911.

En 1908, Joseph Caillaux est à l'origine de l'Association française de cautionnement mutuel, destinée à démocratiser l'accès aux fonctions de comptable public.

Lutte contre les paradis fiscaux Joseph Caillaux est l'un des précurseurs de la lutte contre les paradis fiscaux. La loi de 1901 sur l'héritage impose, au taux de 5 %, les successions. Cette loi introduit le premier mécanisme d'échange automatique de données, obligeant les banques à coopérer avec le fisc pour permettre la prise de contrôle d'un compte par le biais d'une succession. Ce système a une faiblesse : il n'est que national, alors qu'une grande partie des fortunes françaises font gérer leur héritage par des banques anglaises ou néerlandaises. Caillaux tente de mettre sur pied un mécanisme permettant de limiter les fraudes sur les droits de succession, en déposant le un « projet de loi visant à réprimer les fraudes en matières de droits de succession » : celui-ci pose comme principe que l'ayant droit d'un compte à succéder a l'obligation de produire devant le notaire et le fisc un acte le désignant comme successeur.

Le texte n’est pas voté au Sénat, dominé par les conservateurs, en dépit de l'appui de Clemenceau. À défaut de pouvoir faire voter son texte, Caillaux engage des négociations avec le Royaume-Uni pour un traité visant à amplifier la coopération entre administrations fiscales, ce qui donne lieu au premier traité de coopération fiscale de l'histoire européenne. Celui-ci impose au court of probates de ne statuer sur les successions aux ayants droit français qu'avec l'aval de l'administration fiscale française.

Refusant d'entrer dans le gouvernement Briand I, Joseph Caillaux entreprend plusieurs voyages à l'étranger, particulièrement en Égypte, en Palestine, en Syrie et au Liban, pour remplir ses nouvelles fonctions de président du conseil d'administration des Crédits fonciers égyptiens et argentins..

Affaire Rochette En 1911, une commission d'enquête parlementaire présidée par Jaurès met en cause Caillaux, accusé de collusion avec Henri Rochette. Ce dernier, spéculateur véreux à l'origine de plusieurs escroqueries financières, bénéficie de soutiens politiques et ouvre largement sa caisse noire aux comités politiques et à leurs journaux, notamment Le Rappel que dirige un ami de Caillaux. Le Figaro utilise cette affaire dans la campagne de presse de 1914 qui conduit Henriette Caillaux à assassiner Gaston Calmette, directeur du quotidien..

Devenu vice-président de la commission des finances à son retour en France, il se rapproche du Parti radical, alors dirigé par Maurice Berteaux, avec lequel il est lié d'amitié et tente de regrouper les gauches. Il devient rapidement l'une des principales figures du partiJean Jolly (dir.), Dictionnaire des parlementaires français, notices biographiques sur les ministres, sénateurs et députés français de 1889 à 1940, 836.. Ensemble, les deux hommes préparent la constitution du gouvernement Monis, le , dans lequel Berteaux occupe le portefeuille de la Défense nationale et Caillaux celui des Finances.

Toutefois, après la mort accidentelle de Berteaux le , le ministère se désagrège et, le , le président de la République Armand Fallières demande à Caillaux, pratiquement seul chef du Parti radical, de constituer le nouveau gouvernement.

Chef du gouvernement

Dans son gouvernement, Caillaux occupe, outre les fonctions de président du Conseil, celles de ministre de l'Intérieur et des Cultes, ce qui lui vaut une interpellation des députés SFIO le quant à l'affaire de l'agent provocateur Métivier et de l'ouvrier Ricordeau.