L'Armée de la république de Chine (chinois : 中華民國國軍 ; pinyin : Zhōnghuá Mínguó Guójūn) assure la défense de la république de Chine (communément appelée Taïwan). Le pays entretient d’importantes forces militaires auxquelles il consacre près de 16,80 % du budget de l’État (chiffres de 2003).
Historique
Cette armée est l’héritière de l’Armée nationale révolutionnaire mise sur pied en 1925 par le Kuomintang. En 1947, en pleine guerre contre les communistes, la tente de stabiliser son régime en promulguant une nouvelle constitution : l'Armée de la république de Chine est officiellement créée, remplaçant et absorbant l'Armée nationale révolutionnaire.
À la fin de la guerre civile chinoise, une partie des forces armées de la république fait défection et rejoint les rangs de l'Armée populaire de libération des communistes. Le reste des troupes nationalistes se retranche en 1949 à Taïwan avec le gouvernement et y constitue les forces armées de l'État de Taïwan.
Jusqu’aux années 1970, la mission officielle de l’armée était de reprendre la Chine continentale en détruisant le Parti communiste chinois. Aujourd’hui, son rôle est d’assurer la défense des îles de Taïwan, Penghu, Kinmen et Matsu contre une éventuelle invasion par l’Armée populaire de libération de la république populaire de Chine qui est vue comme une menace possible du fait de l’incertitude du statut de Taïwan.
Organisation Les commandements suivants obéissent au commandant en chef qui est lui-même sous les ordres du ministre de la Défense et du président de la république de Chine : l'Armée de terre de la république de Chine ; la Marine de la république de Chine ; le corps des fusiliers marins de la république de Chine ; la Force aérienne de la république de Chine ; la .
Les garde-côtes de la république de Chine ont été formés en tant qu'entité distincte en 2001 à partir d'unités des forces armées et de la police.
Armée de terre
vignette|gauche|M60A3 de l'Armée de la république de Chine en 2012. vignette|Le CM-32 Yunpao muni d'un mortier de .
Les forces terrestres ont longtemps été le parent pauvre de l'armée taïwanaise. Assurée de la suprématie aérienne et navale face à son adversaire chinois, Taïwan estimait que le seul rôle de sa composante terrestre serait d'« achever » d'éventuelles forces qui auraient réussi à débarquer sur les plages de Taïwan.
De ce fait, elles sont encore en 2020 dotées d'un matériel daté, avec 750 chars d'assaut M-60A3, CM-11 et CM-12 (en fait des vieux M48 modernisés), des dérivés des transports de troupes M113 baptisés localement CM-21, etc. Néanmoins depuis quelques années un mouvement est entrepris pour les remettre à niveau. L'infanterie dispose ainsi d'armes légères comparables à celles de l'OTAN. Au niveau de l'artillerie des obusiers M-109A6 ont été achetés, sans oublier le développement national du LT-2000 (Thunderbolt 2000), un lance-roquettes multiples monté sur un camion Oskosh M-977. S'ajoute aussi le Yunpao, un véhicule blindé à roues, qui sera développé malgré les pressions américaines qui insistèrent pour vendre ses Stryker. Entrant en service, le Yunpao coûterait quatre fois moins cher que son homologue américain.
Les négociations portant sur l'acquisition de AH-64 Apache ont conduit à une commande de 30 AH-64D Block III/AH-64E en .. Livrés entre et , un est accidenté en . Le , la brigade de cavalerie aérienne [Air Cavalry Brigade] de l'armée de terre de la république de Chine équipé de 29 AH-64 est déclaré opérationnelle sur la base aérienne de Longtan. dans le district du même nom à Taoyuan..
Le Bell AH-1W Cobra (63 livrés à partir de 1993) reste en nombre le principal hélicoptère d'attaque à Taïwan. Armés principalement de missiles antichar TOW, ils pourraient également être lancés contre des navires. Le Bell OH-58 Kiowa a quant à lui la double fonction attaque/reconnaissance. Le transport est assuré par des CH-47 Chinook et des UH-1 fabriqués sous licence par AIDC.
Malgré ses efforts, l'armée de terre devrait rester à la traîne au niveau des équipements. Les 108 chars M-1A2T Abrams demandés en 2018 via le programme Foreign Military Sales des États-Unis comme remplaçants d'une partie des blindés actuels commencent seulement à arriver en 2024 (38 unités). De même, les forces terrestres ne devraient pas être concernées par le programme de numérisation des forces armées taïwanaise en cours.
Armée de l'air
left|100px|thumb|Les cocardes des forces aériennes de Taïwan. thumb|Le F-CK-1D Brave Hawk lors d'une présentation officielle.
La force aérienne est encore l'une des composantes privilégiées de l'armée taïwanaise. L'appui des États-Unis a permis de doter rapidement l'île de ce qui se faisait de mieux en matière d'avions de combat, Taïwan recevant ainsi des F-84 Thunderjet, des F-100 Super Sabre ou encore des F-104 Star Fighter alors que ces appareils entraient tout juste en service dans l'US Air Force. De même Taïwan sera le seul pays du monde à opérer des Lockheed U-2, avion de reconnaissance espion qui seront largement mis à contribution pour recueillir des renseignements au-dessus du territoire chinois. Les Taïwanais seront également les premiers à utiliser les missiles air-air Sidewinder au combat.
Aujourd'hui Taïwan a su diversifier ses sources d'approvisionnement en matière d'avions et de munitions. Si récemment les États-Unis ont consenti à vendre des F-16 Falcon, ce n'est qu'après de longues et difficiles négociations. De même, Taïwan s'était vu refuser net l'achat de F-20 Tigershark, démontrant que son allié américain était des plus versatiles. De ce fait, Taïwan s'adressera également à la France dans les années 1990 pour lui commander soixante Mirage 2000-5 et des missiles air-air MICA. Mais c'est en développant son propre avion de combat, le AIDC F-CK-1 Ching-Kuo, un chasseur monoréacteur léger, que Taïwan accède à l'indépendance (partielle) en matière de production aéronautique.
Malgré des difficultés dans l'entretien de ses avions et de leurs munitions, la force aérienne continue de maintenir un haut niveau d'entraînement pour ses pilotes avec environ de vol par an, un chiffre au moins équivalent à celui de la France. Taïwan a également consenti de gros efforts dans le domaine de la missilerie avec notamment les missiles air-air Tien-Chien. Déclinée en deux variantes, la gamme comprend le Tien-Chien 1 à guidage infrarouge et le Tien-Chien 2, guidé par radar.
Dans le domaine de la défense anti-aérienne, Taïwan reste fort actif. L'île opère déjà des MIM-104 Patriot, et sa variante modernisée dénommée PAC-3 a été commandée, même si sa vente est pour l'instant gelée par décision américaine. Le reste des systèmes anti-aériens est constitué de missiles soit locaux - Sky Bow 1, 2 et 3 - ou américains, tels que des Hawks ou Stingers.
On notera aussi le souci de protection des forces aériennes, principal outil défensif de Taïwan face à une éventuelle agression. L'île comporte ainsi plusieurs bases aériennes fortifiées et dissimulées. De même des portions de routes ont été spécialement conçues pour permettre le décollage d'avions de chasse, en cas de destruction des pistes conventionnelles.
Marine
Comme la force terrestre, la marine semble encaisser durement le vieillissement de ses matériels. À la suite de la modernisation accélérée de sa rivale chinoise, la flotte taïwanaise semble être passée dans une posture d'infériorité. Le manque de navires modernes se fait en effet cruellement sentir, la plupart des bateaux mis en service étant des anciens bâtiments américains déclassés et partiellement modernisés. C'est le cas des Kee-Lung (ex-Kidd), des Cheng Kung (ex-Oliver Hazard Perry) ou des Chi Yang (ex-Knox).
Taïwan a consenti à un effort important avec le programme d'acquisition de frégates de la classe La Fayette, baptisées Kang Ding. Toutefois, la France, sous la pression chinoise, dégrada fortement les performances des navires livrés : les Kang-Ding ne pouvant qu'utiliser le missile air-air Sea Chapparal aux performances médiocres. Cette vente a donné lieu à l'affaire des frégates de Taïwan, affaire de corruption, d'espionnage et de géopolitique.
La situation est également grave dans le domaine des sous-marins, Taïwan ne parvenant pas à renouveler sa flotte sous-marine. Sous les pressions chinoises, les pays pouvant lui livrer des sous-marins modernes se sont toujours rétractés, jusqu'à ce que Taïwan commence en 2014 son propre programme de développement.. Taïwan continue ses développements de munitions locales avec notamment la gamme de missiles anti-navires Hsiung-Feng.
Police militaire thumb|La police militaire taïwanaise. La police militaire taïwanaise reste un Corps d'armée à part. Il est totalement indépendant des autres branches de l'institution militaire et possède des missions et matériels qui lui sont propres, ce qui tend parfois à en faire une sorte d'armée dans l'armée. Sa fonction première reste toutefois celle de toute police militaire : le maintien de l'ordre dans les casernes et l'armée. On note la présence d'unités anti-terroristes dans son organisation, ce à quoi s'ajoute une fonction de défense des bâtiments clés de Taïwan, tel que le palais présidentiel, la protection rapprochée du Président et des hautes personnalités locales, mais aussi le maintien de l'ordre au sein de la population civile en cas d'éventuelles émeutes ou catastrophes naturelles.
La police militaire reste solidement équipée. Utilisant tout l'armement léger en service au sein de l'armée taïwanaise elle possède aussi du matériel plus lourd comme des pièces d'artillerie ou des mortiers. À cela s'ajoute une capacité de transport reposant également sur des hélicoptères UH-1 Huey ou des blindés légers.
Logistique et services communs En créant les Combined Service Forces (CSF) et le Combined Logistics Command (CLC), les militaires taïwanais ont mutualisé leur unités non combattantes. Les CSF étudient, fabriquent et modifient l'armement en service. Le CLC, lui, gère la logistique, le patrimoine bâti et les tâches administratives nécessaires.
Personnels
Les Forces armées de la république de Chine sont constituées d'une force d'active d'environ et de . Tout jeune homme ayant atteint l'âge de doit effectuer son service militaire. Un plan de réorganisation et d'optimisation des unités devrait permettre de réduire les effectifs à vers 2012, tout en maintenant un entraînement militaire obligatoire pour tous les jeunes hommes.
Les officiers sont considérés comme compétents, bien entraînés et techniquement efficaces. Dans son ensemble, le corps des officiers tend néanmoins à être très conservateur. Le recrutement de jeunes officiers est difficile en raison de la compétition avec le milieu privé qui offre des carrières plus attractives à nombre d'entre eux.
En revanche le niveau des troupes - en particulier - celui des conscrits est fort bas. La faute principalement à un manque de motivation pour le service national et un désintérêt pour l'armée. Certains dénoncent là le problème de la « génération des fraises », la jeunesse gâtée par un très haut niveau de vie et habituée au luxe, adoucie et gâtée. Les responsables militaires américains en visite à Taïwan se plaignent fréquemment du fait que les écoles militaires de base sont trop relâchées. L’armée semble davantage redouter la colère des parents des conscrits qu’une invasion chinoise, affirment les soldats américains en visite.
En revanche les unités dites spéciales comme les Marines, la police militaire ou les différentes unités commandos pourraient opposer une forte résistance et tenir les bâtiments officiels.
Industrie de défense et production locale thumb|Le fusil d'assaut standard T-91. thumb|Le pistolet T-75K1 est l'arme de poing standard de Taïwan.