La ségrégation raciale est, au sein d'une même nation ou d'un même pays, la séparation physique des personnes selon des critères raciaux, dans les activités du quotidien, dans la vie professionnelle, ou dans l'exercice des droits civiques. La ségrégation peut exister de jure (dans la loi), légalement, ou de facto (dans les faits). Dans ce dernier cas, la ségrégation prend diverses formes plus ou moins perceptibles allant de la discrimination raciale à l'embauche et dans la location ou la vente de logements, à la formation de milices violentes visant certains groupes.
Lorsque la ségrégation résulte non du rejet d'une minorité par un groupe démographiquement dominant, mais de la volonté de deux groupes de ne pas se mêler, on parlera de séparation ou de séparation de facto. La ségrégation et la discrimination de facto sont bien plus difficiles à éradiquer que celles de jure, et peuvent d'ailleurs perdurer après que la ségrégation légale a été abolie.
Des politiques de ségrégation ont été appliquées légalement lors de l'apartheid en Afrique du Sud et dans le Sud des États-Unis, dans les États esclavagistes jusqu'en 1865 et après la reconstruction qui a suivi la guerre de Sécession (voir ségrégation raciale aux États-Unis). Les principaux vecteurs de ces théories sont : aux États-Unis, les individus prônant une lecture archaïque et littérale, sans travail exégétique, de la malédiction de Canaan évoquée dans la Bible (Genèse 9:25 à 27) et à la table des peuples, particulièrement nombreux dans la Bible belt ; en Afrique du Sud, les Afrikaners, en majorité calvinistesSelon l'interprétation littérale de la malédiction de Canaan et de la table des peuples, les Blancs descendent le Japhet, les Asiatiques de Sem et les Noirs de Cham : l'« ordre naturel » de l'humanité, voulu par Dieu, place les premiers en position dominante et voue les derniers à l'esclavage ou à la servitude.. Les doctrines raciales de l'anthropologie du et les méthodes d'intimidation des Noirs par la violence (par le Ku Klux Klan mais aussi par les forces de l'ordre) sont venues étayer et appliquer les doctrines ségrégationnistes.
La ségrégation de jure, autant aux États-Unis qu'en Afrique du Sud, s'est appuyée sur des lois contre le métissage (mariages interraciaux) et des lois contre l'embauche de personnes appartenant à l'ethnie visée dans la plupart des emplois, sauf ceux considérés comme dégradants ; comme ce fut le cas en Inde, où la ségrégation de jure légiférait les rapports entre les différentes castes établies par la tradition hindouiste. On peut également considérer l'indigénat dans les colonies françaises comme une ségrégation de jure. La ségrégation à l'embauche a contribué au déséquilibre économique entre les ethnies. La ségrégation a souvent abouti à des relations interraciales certes de proximité, mais profondément inégalitaires, en permettant, par exemple, qu'un membre d'une ethnie puisse travailler comme domestique ou comme ouvrier pour des membres de l'ethnie au pouvoir. La ségrégation entraîne la séparation physique des ethnies, qui peut aussi prendre la forme de l'obligation pour des ethnies données de fréquenter, par exemple, des écoles et des hôpitaux exclusivement à leur usage.
De nos jours, la ségrégation raciale de jure est encore pratiquée dans certains pays.
Définition La ségrégation raciale peut s’appréhender de plusieurs manières. Dans son sens originel, elle qualifie une concentration et mise à l'écart intentionnelle et institutionnalisée d’un groupe de personnes sur la base de critères racistesJacques Brun. "Essai critique sur la notion de ségrégation et sur son usage en géographie urbaine." dans La ségrégation dans la ville (1994): 21-57.. C'est le sens du terme latin segregare, qui signifie littéralement « mettre à l'écart du troupeau ».. C'est la ségrégation de jure. Plus généralement, la ségrégation raciale caractérise le résultat d’un ensemble de décisions personnelles d’individus appartenant à une même race qui débouchent sur l’exclusion des personnes n’appartenant pas à cette population, soit parce que les premiers préfèrent vivre aux côtés de leurs pairs, soit parce qu’ils excluent de vivre avec ces derniers (ségrégation de facto). Aujourd’hui, la ségrégation raciale est principalement décrite, dans les sociétés occidentales, comme l’exclusion des populations immigrées racialisées dans des quartiers défavorisés par la population majoritaire.
Toutefois, il faut bien comprendre que la ségrégation n’embrasse pas l’ensemble des mécanismes donnant lieu à une concentration de population sur une base ethnoraciale. Comme le souligne Mirna Safi, il existe à la fois des facteurs individuels et structurels à la base de l'inégale répartition des individus selon leur appartenance raciale. Notamment, la concentration d’immigrés dans certains quartiers ne doit pas être entièrement imputée à des mécanismes de discrimination de la part d’un groupe majoritaire, mais également à des logiques volontaires de la part des immigrés..
Ségrégation légale
Nombre de sociétés ont pratiqué la ségrégation à travers l'histoire, mais cette attitude n'a jamais rien eu d'universel. D'ailleurs, certaines sociétés multiethniques comme l'Empire romain l'ont proscrite. Quelques sociétés modernes sont officiellement ségrégationnistes, mais la plupart désapprouvent la discrimination raciale. Cependant, les inquiétudes exprimées au sujet des différences d'ethnies, de religion et de culture se manifestent encore, mais, aujourd'hui, sous forme de controverses sociales ou politiques. Ces débats servent de prétexte officiel à une certaine forme de discrimination culturellement acceptée ou un moyen socialement convenable de discuter des frictions culturelles, religieuses et économiques, résultats de la discrimination raciale. Par exemple, les controverses sur l'immigration cachent souvent des préoccupations en ce qui concerne la culture ou la composition raciale des immigrants. Des problèmes de relation raciale touchent également des sujets qui n'y sont apparemment pas liés comme la pauvreté, la santé, les impôts, la religion, l'imposition à tous de normes culturelles, et, même, la mode.
La ségrégation raciale diffère de la discrimination raciale sur certains points. La discrimination va des actes individuels à des comportements discriminatoires socialement ancrés, jusqu'au traitement légal des différences de statut entre membres d'ethnies différentes. La ségrégation a, de façon générale, fortement renforcé la discrimination : si des personnes d'ethnies différentes vivent dans des quartiers distincts, vont à des écoles différentes, reçoivent une assistance sociale différente, etc., alors les personnes de l'ethnie favorisée peuvent largement être à l'abri de la précarité sociale de celles des autres ethnies.
Cas passés Australie ()
La Fédération australienne puis le Commonwealth d'Australie ont eu pour politique de faire de l'Australie un pays ethniquement homogène, c'est-à-dire de race blanche. Ainsi, jusqu'aux années 1970, le pays avait une politique d'immigration, connue sous le nom d'Australie blanche, qui visait à empêcher les non-Blancs d'immigrer en rendant délibérément difficiles leurs tests de sélection http://www.immi.gov.au/media/fact-sheets/08abolition.htm.. La volonté d'une société blanche a été accompagnée d'une forme de ségrégation à l'encontre des Aborigènes. Longtemps, ceux-ci ont été astreints à vivre en missions ; on voulait ainsi les mettre à l'écart des territoires en développement occupés par les Blancs. Du début du jusque vers les années 1950, la politique officielle concernant les enfants métis était celle de lassimilation : ces enfants seraient élevés dans les missions pour intégrer la société blanche, puis incités à épouser uniquement des Blancs. Le but visé était de « gommer » la physionomie aborigène, à partir de la troisième génération. Aux environs des années 1960, la politique officielle concernant tous les Aborigènes d'Australie a changé en faveur de l’intégration : les Aborigènes auraient le droit de vivre dans la société blanche, dans les missions ou dans la société traditionnelle.
Malgré la politique officielle d'intégration, un pourcentage élevé d'Aborigènes vit loin des zones urbaines, dans des conditions socio-économiques relativement difficiles les laissant dans une forme de ségrégation vis-à-vis du reste de la société australienne. militant pour les droits civils qualifient cette situation d'apartheidhttp://www.unswpress.com.au/isbn/0868407194.htm.http://www.zmag.org/content/Race/pilger0127.cfm.http://www.hartford-hwp.com/archives/24/054.html.. voient même dans la politique du gouvernement australien l'origine du régime d'apartheid en Afrique du Sudhttp://www.hartford-hwp.com/archives/24/177.html.http://www.jcu.edu.au/aff/history/articles/limb.htm.http://www.convictcreations.com/history/federation.htm..
Allemagne nazie ()
Dans les années 1930, les lois de Nuremberg promulguées en Allemagne par les nazis contre la communauté juive allemande, sont un exemple de lois discriminatoires destinées à exclure la population visée, en la mettant à l'écart socialement et économiquement, y compris dans l'espace public, et à lutter contre le métissage. Ces lois interdisent les mariages entre Juifs (considérés comme Untermenschen — « sous-hommes ») et Allemands aryens (considérés comme Übermenschen — « race supérieure »).
En 1940, sous le gouvernement général de la Pologne occupée, la population est divisée en catégories. Les groupes ainsi formés sont différemment traités sur les points suivants : droits, rations alimentaires, autorisations de sorties en ville, transports publics. Le classement est le suivant : Ukrainien Goralenvolk — tentative de diviser les Polonais en utilisant des collaborateurs locaux Cachoubes (Kaschobenvolk) — division semblable au Goralenvolk, mais avec moins de succès Polonais Juifs (promis à l'extermination) Homosexuels Roms Témoins de Jéhovah
Au cours des années 1930 et 1940, on oblige les Juifs, dans les États aux mains des nazis, à porter un brassard jaune ou une étoile de David et ils sont, au même titre que les Roms, victimes de discrimination en vertu des lois raciales. Les médecins et enseignants juifs ne sont pas autorisés à exercer leur profession auprès des Aryens. L'accès à tout transport public, à l'exception du ferry, est également interdit aux Juifs, et ils n'ont qu'une plage de deux heures par jour pour faire leurs courses, exclusivement dans des boutiques juives. Après la Kristallnacht (« Nuit de Cristal »), de Deutsche Marks sont extorqués aux Juifs pour compenser les dégâts causés par les troupes nazies et les SS.
Cette politique se poursuit avec la spoliation des Juifs - les chefs d'entreprise notamment sont contraints de vendre leur société à un prix très en dessous de sa valeur.
À partir des années 1940, les nazis mettent en œuvre, dans toutes les régions de l'Europe qu'ils dominent, une politique d'élimination physique des Juifs, la Shoah.
Rhodésie () Durant la première moitié du , les colonies britanniques de Rhodésie du Sud et de Rhodésie du Nord étaient administrées par des gouvernements dirigés par des colons britanniques sous la responsabilité du gouvernement de Grande-Bretagne. Des lois ségrégationnistes de type du Colour bar étaient alors en vigueur. Une bataille judiciaire très médiatisée a lieu notamment en 1960, autour de l'ouverture d'une salle de théâtre (Reps Théâtre) accessible à tous, sans distinction de races. On surnomme cet évènement The Battle of the Toilets ("la bataille des toilettes").