Hocine Aït Ahmed (en kabyle : Ḥusin At Ḥmed, en tifinagh : ⵃⵓⵙⵉⵏ ⴰⵜ ⵃⵎⴻⴷ, en ), né le à Aït Yahia (Ain-El-Hammam), dans l'actuelle wilaya de Tizi Ouzou, en Algérie, et mort le à Lausanne, en Suisse, est un homme politique algérien.
Il était issu d'une famille religieuse, son grand-père, le cheikh Mohand El Hocine, était un marabout (un saint soufi) de l'ordre soufi Rahmania. Hocine Aït Ahmed est descendant des oulémas qui s'étaient installés dans la région pour enseigner l'islam aux Berbères et leur apprendre le saint Coran. À l'âge de quatre ans, il entra à l'école coranique (kuttab) de sa ville natale pour mémoriser le saint Coran
Dès l'âge de 16 ans, il rejoint le Parti du peuple algérien (PPA), dont il devint rapidement un des dirigeants les plus en vue. Membre fondateur de l'Organisation spéciale, qu'il pensa et dont il prit la direction à la mort de Mohamed Belouizdad. C'est à ce titre qu'il présente au Comité Central du parti réuni à Zeddine le rapport du même nom, où il démontra l'inéluctabilité de la lutte armée et définit les meilleurs moyens pour la réussite de celle-ci. Exilé au Caire, il fait partie des 9 dirigeants du Front de libération nationale historique dont il sera le fer de lance de la diplomatie durant toutes les années de lutte pour l'indépendance. Hocine Aït Ahmed démissionne du gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) et de tous les organes du nouveau pouvoir au lendemain de l'indépendance lors de la crise dite de l'été 1962, mais garde son mandat de député à l'Assemblée constituante où il mène un travail acharné pour le pluralisme et la démocratie. Mis en minorité, il crée en , le Front des forces socialistes (FFS), qui réclame le pluralisme politique face au verrouillage de la vie politique imposé par le système du Parti unique.
À la suite de la rébellion du Front des forces socialistes, il est arrêté et condamné à mort en 1964, il s'évade de la prison d'El-Harrach le . Exilé en Suisse, il ne retourne en Algérie qu'après les émeutes de 1988 mais quitte de nouveau son pays après l'assassinat du président Mohamed Boudiaf, en 1992.
Il revint par la suite à plusieurs reprises en Algérie, notamment à l'occasion du du déclenchement de la guerre de libération (), et lança plusieurs initiatives politiques de sortie de crise qui seront rejetées ou simplement ignorées par le pouvoir en place.
Biographie Premier engagement politique et début de la lutte armée
À 16 ans, encore lycéen, il adhère au Parti du peuple algérien .
A 22 ans, Il prend l’initiative de rédiger et de présenter au Comité central élargi du PPA à Zeddine en , un rapport politique et éthique décisif sur les formes et la stratégie de la lutte pour l’indépendance. Il dévoilera par la suite son contenu à l’État-major. Désigné par le comité central du PPA au Bureau politique, il se voit confier la direction de l'Organisation spéciale (OS) en remplacement de Mohamed Belouizdad, atteint de tuberculose.
Durant deux ans, il met en place – à l’échelle nationale – les structures de formation politique et militaire pour mener à bien la guerre de libération.
C’est dans ce contexte qu’il organise le braquage de la poste d’Oran, qui permit, en , de s’emparer d’une importante somme d’argent. Le caissier Gustave Barreau s'évanouit, mais le jeune aide Raphael Fabre résiste. Belhadj Bouchaïb, dit Si Ahmed, lui fracasse le crâne avec la crosse de son pistolet-mitrailleur Sten. Il devra subir une trépanation effectuée par le Dr Sicard et conservera des séquelles graves. Quant au Dr Moutier, séquestré dans une grotte de Gambetta pour voler sa Citroën, il sera assommé par Bouchaib, gratuitement, ligoté et frappé à coups de pied, avant de parvenir à se libérer lui même. C’est son confrère le Dr Bergalt qui pansa ses plaies. Il y eut donc effusion de sang, contrairement aux dires des acteurs.
Fin 1949, au prétexte d’un « complot berbériste », Hocine Ait Ahmed est écarté et remplacé par Ahmed Ben Bella à la tête de l’OS, dont il était le responsable en Oranie.
La découverte de l'organisation par les services de renseignement français précipite la dissolution de l'OS en .
Tournée diplomatique pour une reconnaissance internationale
Le , Aït Ahmed s'installe au Caire en Égypte. Recherché par les autorités françaises, il est désigné membre de la délégation du PPA-MTLD, en exil au Caire. Aït Ahmed insiste sur l'importance de la diplomatie pour donner une visibilité politique au niveau international du « mouvement de libération ».
Il assiste à la première Conférence des partis socialistes asiatiques, réunie en à Rangoun en Birmanie. L’une des premières résolutions adoptée par cette organisation d'inspiration marxiste consiste à soutenir la lutte de libération du Maghreb. La Conférence met en place un bureau anticolonial dont le rôle, notamment, est de suivre les luttes anticoloniales auprès de l'Organisation des Nations unies (ONU). Aït Ahmed se rend au Pakistan, en Inde et en Indonésie pour créer des comités de soutien à la cause de l'indépendance algérienne. vignette|Rencontre de la délégation extérieure du FLN au Caire pour l'acheminement des armes en Algérie. En , il dirige la délégation algérienne à la conférence de Bandung. Les résolutions prises par cette conférence en faveur du droit à l’autodétermination et à l’indépendance des trois pays du Maghreb ont été préparées par les trois partis nationalistes (Tunisie, Maroc, Algérie) qui ont su mener une action commune sur la base d’un « Mémorandum maghrébin ». En , il ouvre et dirige le bureau de la délégation du Front de libération nationale (FLN) à New York. En , le problème algérien est inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée générale des Nations unies. Ce qui provoque le retrait retentissant de la délégation française, présidée par le président du Conseil Antoine Pinay.
En , Aït Ahmed est arrêté par les autorités françaises, en compagnie de Mohamed Boudiaf, Mohamed Khider, Ahmed Ben Bella et Mostefa Lacheraf, dans l’avion qui les conduisait du Maroc à Tunis où devait se tenir une conférence maghrébine de la Paix.
Tout au long de sa détention, Aït Ahmed communique avec les dirigeants du FLNLa Guerre et l’Après-guerre, éditions de Minuit, 1963, Paris.. Dans la plus importante de ces communications, Aït Ahmed en appelle avec urgence à la création d’un gouvernement provisoire en exil. Il considère que cette initiative peut contribuer à résorber la crise interne suscitée par des responsables qui s’opposent au congrès de la Soummam (tenu en août 1956), et préparent un congrès antagoniste.
Dans l'Algérie indépendante
Engagement pour les libertés démocratiques Membre du Conseil national de la Révolution algérienne (CNRA) et du gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), Hocine Aït Ahmed, dès sa libération en 1962, prend une position ferme contre la violence de l’État-major des frontières. Il met en garde les notables politiques contre un processus de crise qui risque de dégénérer en guerre civile.
Il dénonce le groupe de Tlemcen et le groupe Tizi Ouzou. Il appelle les forces d’avant-garde – femmes, syndicats, étudiants etc. – à faire barrage aux affrontements autodestructeurs. Les grandes manifestations populaires au cri de « Sabaʿa snin barakat ! » (« Sept ans, ça suffit ! ») avaient pu interrompre momentanément ces violences.
Élu membre FLN de Sétif de l'Assemblée nationale constituante (ANC) – sur une liste unique de candidats dont il dénonce le principe –, il accepte néanmoins d’y siéger pour un double objectif. Premièrement s’efforcer de promouvoir à partir de cette institution une vie politique avec des débats publics en y associant la société. Deuxièmement veiller à ce que la commission chargée d’élaborer la constitution au sein de l’ANC termine son projet de constitution et le soumette aux débats libres et démocratiques des « élus » de la nation. Il fallait que l’ANC adopte le projet de constitution dans les délais légaux afin de le soumettre au corps électoral par voie référendaire.
Création du FFS, et avènement d'un maquis FFS en Kabylie
La rédaction d'une Constitution dans un cinéma à Alger a dessaisi l'Assemblée nationale constituante de sa prérogative essentielle qui est de fonder les bases d’un État de droit. Aït Ahmed ne s’est pas contenté de démissionner avec quelques députés dont le président de l'Assemblée Ferhat Abbas. Il profite de la campagne publique qu’il mène contre le « coup de force constitutionnel » pour créer le Front des forces socialistes (FFS) le .
Les « Blitz Operationen », les opérations éclair déclenchées par l’Armée et la police politique, visent à prévenir l’enracinement d’une opposition démocratique au sein de la population. La répression qui s'est abattue sur la Kabylie, lors de la rébellion du Front des forces socialistes n’a pas épargné les militants politiques actifs sur l’ensemble du pays avec pour but de présenter le FFS comme un mouvement séparatiste. La résistance s'est organisée spontanément contre la terreur des troupes militaro-policières. L’influence modératrice du FFS au sein de la population a empêché des dérives terroristes et renforcé le capital politique de ce parti. Événement totalement inédit dans l'histoire des résistances, Hocine Aït Ahmed a ordonné à ses partisans de ne tirer sur les soldats de l’ANP qu'en dernier recours, pour se défendre et protéger les civils. vignette|Hocine Aït Ahmed en Kabylie, Algérie, 1963, lors d'une tentative de soulèvement contre Ahmed Ben Bella. Cet épisode de résistance politique et militaire sera conduit par Aït Ahmed et durant quelques semaines le colonel Mohand OulhadjJournal Dépêche de Kabylie, édition du 25 novembre 2007.. Mohand Oulhadj se réconciliera par la suite avec Ben Bella à l'occasion d'un conflit territorial opposant l'Algérie et le Maroc en . Le bilan de la répression féroce des troupes du colonel Boumédienne s'élève à plus de 400 morts dans les rangs du FFSÉmeutes et mouvements sociaux au Maghreb, Didier Le Saout et Marguerite Rollinde, édition Karthala 1999, , page 146.. Arrêté en , Hocine Aït Ahmed est jugé (il assure sa propre défense), condamné à mort, puis gracié. Il est ensuite déporté à la prison de Lambèse (Aurès), puis à La Santé (Alger).
Malgré ce revers pour le FFS, le président Ahmed Ben Bella constate l'échec de la stratégie du chef d’état-major Houari Boumédiène et de sa police politique à porter un coup d'arrêt à ce mouvement de résistance, il décide donc d'entrer dans un processus de négociation. À la suite de négociations menées à l’étranger, le FLN (Parti unique) et le FFS parviennent à un accord, qui sera rendu public par la presse nationale le . Trois jours plus tard (le ), le coup d'État perpétré par Boumediene met fin à toute possibilité de pluralisme politique pour sauvegarder l'orthodoxie de la pensée unique.
Exil et combat pour une démocratie en Algérie
Le , Aït Ahmed s’évade de la prison d'El-Harrach, et se réfugie en Suisse. Il n'a de cesse de militer pour la promotion et la défense des droits de l’Homme et pour l’unité du Maghreb. Il obtient sa licence en droit à l'université de Lausanne en Suisse. Puis, il soutient une thèse de doctorat à l'université Nancy-II en 1975, sur Les Droits de l'Homme dans la Charte et la pratique de l'OUA.
Chef de file de l'opposition politique au pouvoir algérien À l’occasion du « printemps berbère » (1980), il joue avec le FFS un rôle modérateur d'encadrement politique des militants afin d’empêcher l’irruption de la violence et d'inscrire la revendication linguistique et culturelle dans l’exigence du pluralisme politique, à l'intérieur de la nation algérienne. Le , il lance avec Ahmed Ben Bella, depuis Londres, un appel au peuple algérien pour l’instauration de la démocratie et le respect des droits de l’homme. Les deux anciens du FLN font de la restitution au peuple algérien de son droit à l’autodétermination la pierre angulaire d’une « alternative démocratique ».
Assassinat politique de Ali Mecili