Le château du Bernstein est un château fort, de nos jours en ruine, construit sur une crête granitique qui domine la commune de Dambach-la-Ville, dans le Bas-Rhin. Il est situé à d'altitudeCertains ouvrages donnent une altitude de , tel que l'indique le panneau du Club Vosgien. Cette altitude correspond à la croisée des chemins de randonnée au droit du Bernstein et non à celle du château lui-même..

Il fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le ..

Étymologie

La légende nous rapporte que le château aurait été construit sur le rocher où logeait une famille d'ours, d'où son nom, Bernstein (ou Bärenstein) signifiant littéralement rocher aux ours (de , ours et , rocher).

Historique

Le château est l'une des plus anciennes forteresses d'Alsace, voire la plus ancienne. Il est cité pour la première fois vers 1009J.M. Gall : Bernstein, étude d'un site. Les ruines actuelles sont bien postérieures et datent de la fin du .

Le Bernstein appartenait à l'origine aux comtes d'Eguisheim-Dabo, landgraves de Basse-Alsace. La première mention du château remonte à d'Eguisheim alors qu'il soutenait l'empereur contre l'évêque de Metz. Pour mieux la protéger, le comte y amena sa femme, Heilwige, mère du pape . Le château fut alleu des Eguisheim-Dabo de 1144 à 1225.

Le comte , s'allie à aux côtés de son parent de Hunebourg, évêque de Strasbourg, dans le conflit qui l'oppose à Philippe de Souabe pour l'élection au titre d'empereur romain germanique. L'édifice originel fut probablement détruit à la fin du par Philippe, lors d'une expédition punitive. Les comtes d'Eguisheim l'ont, par la suite, reconstruit et remanié dans les volumes que nous lui connaissons actuellement.

Les deux fils d' de Dabo-Moha décèdent au cours d'un tournoi organisé par le comte de Flandre, . Sa fille, Gertrude de Dabo, mariée à , devint donc la seule héritière. C'est ainsi que Bernstein échut dans les possessions du duc de Lorraine à la mort du comte, en 1211.

À la mort de Gertrude de Dabo en 1225, la forteresse fut l'objet de vives querelles. En effet, en dépit de trois mariages, elle ne donna le jour à aucun enfant. Soutenu par l'évêque de Strasbourg, Simon de Sarrebruck (Sigismond von Leinigen), comte de Linange et troisième mari de Gertrude, occupa le château. Mais finalement, l'évêque, révoquant sa protection, s'empara de Bernstein au terme d'un siège d'un mois en l'an 1227. Bernstein fut officiellement octroyé à l'évêché par la Paix de 1236 avec l'assentiment de l'empereur .

Le château sortit ruiné de cet épisode. L'évêque le restaura soigneusement et en fit le siège d'un vaste bailliage épiscopal dont l'administration fut confiée à un gouverneur.

À la fin du , l'édifice servit de résidence aux évêques Jean de Lichtenberg de 1354 à 1365 et Lambert de Burne en 1374.

En 1421, des mercenaires strasbourgeois l'investirent avec l'appui des bourgeois de Dambach lors de la guerre de Dachstein. En 1422, la Paix de Spire le rendit à l'évêché. Les Armagnacs l'ignorèrent en 1444. Lors des révoltes du Bundschuh, il servit de refuge aux paysans insurgés.

À la fin du , l'évêque acheta la ville de Benfeld et y transféra le siège de son bailliage en 1580. Le château fut déserté et resta à l'abandon. Il fut pillé et incendié par les Suédois en 1632. Lors de la période révolutionnaire le château servit d'exutoire aux paysans des environs et fut vendu en tant que bien national.

Évolution architecturale Les premières constructions sur le site de Bernstein datent probablement de la préhistoire. Il en subsiste l'actuel mur d'enceinte nord. Il s'agit d'un mur de pierres sèches suivant scrupuleusement la bordure faîtière de la terrasseCette hypothèse reprise par de nombreux auteurs n'a cependant pas encore été corroborée par des fouilles..

En se référant aux usages de l'époque, le château cité vers 1009 devait être une construction réalisée essentiellement en bois.

Les vestiges actuels du château présentent une grande homogénéité, il a cependant fait l'objet d'ajouts et de remaniements au fil des siècles.

L'essentiel de la forteresse a été édifiée en plusieurs campagnes de construction entre la fin du . La partie la plus ancienne est le haut château (donjon, logis seigneurial et tour romane). Par la suite, ont été construits le bas château puis les ouvrages avancés (cour avant, pont-levis, jardin et tour d'angle).

Bien plus tard, le logis a été transformé de sorte à créer un fossé au pied du donjon, la tour romane a été rehaussée et le bastion édifié. L'absence de fouilles et le mauvais état des vestiges ne permettent pas de dater précisément les travaux. On peut néanmoins les situer aux alentours du .

Pour s'adapter aux progrès de l'artillerie, la tour sainte-Marguerite a été construite dans l'angle nord-ouest du bas château vers la fin du . À la même époque, le fossé du donjon a été transformé en citerne. Les murs ceignant la cour haute ont également été rehaussés à cette époque.

Description vignette|500px|Plan du château du Bernstein. La forteresse est entièrement construite en granite. Les ruines nous étant parvenues sont assez bien conservéesl'édifice est à ce titre l'un des rares châteaux romans subsistant dans un tel état de conservation en Alsace.. L'édifice prend assise sur une arête granitique à deux niveaux. Ceci délimite clairement trois parties distinctes, à savoir le haut château situé sur l'arête supérieure ouest, le bas château situé sur l'arête inférieure Est, et enfin les ouvrages avancés s'appuyant sur la face sud du rocher.

Le haut château

Le haut château est la partie la plus ancienne de la forteresse, mais également la mieux conservée. Il ne manque, en effet, que quelques rangées de pierres. D'ouest en est le haut château s'articule en plusieurs éléments : le donjon, la citerne, le logis seigneurial, la tour romane et la barbacane haute.

Le donjon pentagonal. fait face à la montagne du Dachfirst et se présente comme un bouclier. Ses vestiges sont d'une hauteur approximative de . Au ses créneaux étaient encore parfaitement visiblesVoir la photo de Braun (1859) .. L'intérieur du donjon est encore accessible actuellement, ce qui permet de constater l'exiguïté des lieux. On en déduit que la fonction du donjon était purement militaire. Tout au plus, le niveau inférieur pouvait-il servir de cachot. Le donjon présente deux meurtrières sur sa face sud, une porte orientée à l'est à du sol environ et des latrines sur la face nord au même niveau. L'accès au donjon se faisait par une passerelle abritée et escamotable depuis les combles du logis.

Le logis seigneurial ou palasPalas est le terme employé par J.M. Gall dans Bernstein, étude d'un site. comporte deux étages. Le premier niveau était percé, à l'origine, de dix meurtrières, quatre donnant vers le sud et les six autres vers le nord. Les meurtrières de l'ouest du logis ont été condamnées lors de l'aménagement de la citerne. Le portail d'accès se trouve à l'est. Le second niveau abritait la salle d'apparat et diverses pièces d'habitation. La façade sud est percée de quatre fenêtres géminées à l'est et de cinq fenêtres simples à l'ouest. Les fenêtres sont toutes en plein cintre. Le mur est comporte également une fenêtre géminée à la verticale du portail. Le meneau comportait deux ours sculptés. Difficile, en revanche, de décrire les ouvertures vers le nord à l'exception d'une embrasure du côté de la tour romane. En effet, le mur nord du second niveau a en quasi-totalité disparu.

Une tour, appelée « tour romane », se dresse dans l'angle nord-est du haut château. Elle s'élevait sur quatre niveaux. Le premier d'entre eux est situé légèrement en contrebas du logis. Son plafond est plus élevé que celui des autres pièces (environ ). Le mur est est percé d'une meurtrière. Le deuxième niveau devait être une pièce plus somptueuse dans le mesure où elle comportait une voûte d'ogives et des murs percés sur les quatre côtés par une fenêtre géminée vers l'est, une fenêtre simple vers le nord et le sud et enfin une porte en plein cintre vers l'ouest. Il est probable que la voûte ait été détruite lors de l'élévation ultérieure de la tour. La maçonnerie du troisième niveau est différente de celle des niveaux inférieurs. L'accès aux trois niveaux se faisait à partir du logis. Les restes du quatrième niveau présentent des traces de créneaux. On constate également une porte supplémentaire, plus tardive, permettant un accès aux combles du logis. La tour romane semble, enfin, avoir abrité la chapelle castraleCertains auteurs situent également une chapelle dans la tour sainte-Marguerite. Force est de constater que cette seconde tour est très étroite, éclairée seulement par des meurtrières..

L'est du haut château est occupé par la barbacane hauteLa barbacane haute est également appelée lices dans certains ouvrages. Il s'agit cependant d'un espace trop exigu pour permettre des entraînements martiaux. qui occupe l'espace entre les deux tours. Elle est actuellement encombrée par d'importants remblais. L'escalier d'accès entre les parties basse et haute du château la traverse d'est en ouest. Deux terrasses de surfaces inégales sont situées de part et d'autre de l'escalier. Dans l'angle nord-est, un escalier permettait l'accès vers la tour Sainte-Marguerite. Le mur de soutènement est comporte une meurtrière permettant de surveiller le bas château. Le mur nord a visiblement été surélevé lors d'aménagements ultérieurs. Les percements dans le mur adjacent de la tour romane, les restes d'une ouverture rectangulaire au nord ainsi que des corbeaux sous-jacents laissent imaginer la présence d'un étage prolongé par un petit édifice en encorbellement sur l'enceinte. La barbacane pouvait donc avoir trois niveaux.

Une citerne de récupération des eaux de pluie a été aménagée entre le donjon et le corps de logis.

Le bas château

Le bas château se présente actuellement comme un espace d'environ d'ouest en est sur du nord au sud. Peu de vestiges subsistent de l'époque médiévale. L'angle nord-est est actuellement occupé par les ruines d'un pavillon de chasse du Le pavillon a été édifié par Félix de Dartein à partir de matériaux du château. Il a été accidentellement incendié en 2005..

L'angle nord-ouest est occupé par la tour sainte-Marguerite. À en juger par sa localisation et sa structure, sa fonction était essentiellement défensive : elle permettait de surveiller la porte d'entrée du bas château. La tour, de forme rectangulaire, est percée de meurtrières, adaptées aux armes à feu, situées en quinconce sur les façades est et sud. Deux accès permettait l'accès à la tour : l'un sur la façade sud, situé à du sol et pourvu d'un pont-levis, constituait le débouché d'un escalier perpendiculaire à l'escalier principal. L'autre, sur la façade ouest, donnait sur la barbacane haute. Au droit de la tour, une poterne permettait le passage vers l'extérieur nord. Certains auteurs placent la chapelle castrale dans la tour du bas château.

D'autres bâtiments formant le corps de logis existaient dans la cour, tant sur le mur nord que le mur sud. Au vu des traces restantes, ils s'élevaient sur deux étages. On relève cependant que leur premier niveau était aveugle du côté du mur d'enceinte. Certaines fenêtres subsistent dans la partie orientale de la cour : elles sont simples ou géminées, en plein cintre ou rectangulaires. En revanche, l'état de la ruine n'est pas suffisant pour en déduire l'agencement des ouvertures dans la partie occidentale.

Les ouvrages avancés

Les ouvrages avancés se situent au pied du haut château à l'angle sud-est de l'éperon rocheux. Ils comprennent d'est en ouest trois parties principales : le bastion, le jardin et la cour avant.

Le bastion présente un mur incurvé vers l'extérieur du château. Au sud-est se dressait une tour d'angle. Celle-ci constituait la seule protection de l'accès au puits avant la construction du bastion au .