Frédéric de Hohenstaufen ( ; ), né le à Jesi (États pontificaux) et mort le à Castel Fiorentino (royaume de Sicile). est empereur des Romains de 1215 à 1250 sous le nom de , et le dernier roi de Jérusalem sous le nom de . Il est aussi roi des Romains, roi de Sicile, et roi de Provence-Bourgogne (ou d'Arles).

Grâce à ses bonnes relations avec la civilisation islamique, il mène à bien la sixième croisade et est le second seigneur d'Occident à reconquérir les lieux saints de la chrétienté, après Godefroy de Bouillon. Au cours de son règne, il connaît des conflits permanents avec la papauté et se voit excommunié par deux fois, le pape n'hésitant pas à l'associer à l'Antéchrist.

Frédéric accueille à sa cour des savants du monde entier, porte un grand intérêt aux mathématiques et aux beaux-arts, se livre à des expériences scientifiques et fait édifier des châteaux dont il aurait parfois tracé lui-même les plans.

Dernier empereur de la dynastie des Hohenstaufen, Frédéric devient rapidement une légende. De ses contemporains, il reçoit, sous la plume de Matthieu Paris, les surnoms de (la « Stupeur du monde ») et de « prodigieux transformateur des choses », au point qu'il fut présenté comme le Messie et qu'on attendit son retour après sa mort.

Biographie

Une enfance sicilienne (1194-1208) Il était le fils de l'empereur , de la maison de Hohenstaufen, et de Constance de Hauteville, elle-même fille de , premier roi normand de Sicile.

Sa naissance eut lieu en public, le , sous une tente dressée sur la place principale de Jesi pour prouver que Constance, alors âgée de quarante ans, était bien la mère de l'héritier. D'abord nommé Constantin par sa mère, il fut ensuite baptisé à Assise sous le nom de ses deux grands-pères, Frédéric-Roger.

Frédéric-Roger fut élu roi des Romains en 1196, à la demande de son père, afin d'assurer la continuité dynastique des Hohenstaufen au trône impérial. L'objectif de l'empereur était de transformer le royaume électif germanique en un empire héréditaire. Cependant, mourut brutalement en . L'impératrice s'imposa à la régence contre le sénéchal allemand Markward d'Anweiler, et fit couronner Frédéric roi de Sicile à Messine le . Elle mourut peu après, alors que n'était encore qu'un enfant de trois ans. Il fut élevé à Foligno par la femme de Conrad d'Urslingen.

Constance ne revendiqua pas les droits de l'enfant en Allemagne, conformément aux requêtes de . Les grands, soucieux d'éviter une minorité comme celle d', se tournèrent donc vers le frère du défunt, Philippe de Souabe, qu'ils élurent roi des Romains en 1198. Le pape lui suscita immédiatement un concurrent, le Welf . Frédéric-Roger, lui, était seulement roi de Sicile, comprenant alors l'île et la majeure partie de l'Italie méridionale.

Constance, en mourant, confia la tutelle de l'enfant et du royaume au pape jusqu'à sa majorité, lequel désigna un collège composé de prélats et du chancelier Gautier de Palear, évêque de Troia, pour diriger les destinées de l'île durant les dix ans de sa minorité, marquées par la révolte des musulmans et les luttes entre Allemands et alliés du pape.. Markward d’Anweiler revendiqua également la régence et la tutelle avec le soutien de Philippe de Souabe. Il captura Frédéric au Castello a Mare de Palerme en , et devint régent quelques mois jusqu'à sa mort, en 1202. Un autre seigneur allemand, Guillaume Capparone, lui succéda comme régent et garda Frédéric au palais royal de Palerme jusqu’en 1206.

, le jeune Frédéric débordait d'énergie — les chroniqueurs lui donnaient le surnom de « petit lion ». Il fit valoir sa majorité à l'âge de quatorze ans, et épousa Constance d'Aragon, âgée de onze ans de plus que lui, qui introduisit à la cour la culture de l'amour courtois. Le mariage avait été arrangé par le pape , dont le dessein était de mettre sur pied une grande expédition contre l'islam en Espagne et en Terre sainte. L'année suivante, le jeune roi de Sicile mena sa première expédition militaire dans le nord-est de l'île, afin de ramener l'ordre dans son royaume.

La prise de pouvoir de l'enfant d'Apulie (1208-1225) En , le roi Philippe de Souabe fut assassiné. L'année suivante, en , le Welf fut couronné empereur à Rome par le pape . Il perdit peu de temps après la faveur du souverain pontife, en refusant de garantir l'intégrité des États pontificaux, et en lançant une expédition contre le royaume de Sicile, alors aux mains de Frédéric. Il fut immédiatement excommunié. De plus, le pape suscita contre lui l'opposition des Staufen et soutint à la diète d'Empire de Nuremberg de 1211 l'élection de comme roi des Romains. Alors qu'il s'apprêtait à franchir le détroit de Messine, Otton fut forcé de rebrousser chemin et de rentrer en Allemagne pour soutenir la lutte contre ses opposants.

En 1212, Frédéric fit couronner roi de Sicile son fils Henri, alors âgé de deux ans, rassurant ainsi le pape qui était hostile à l'union de la Sicile et de l'Empire. Il s'embarqua ensuite pour l'Italie, avec une modeste suite comptant plus de prêtres que de soldats, et prêta hommage à au nom de son fils le dimanche de Pâques. Il traversa l'Italie avec le soutien des Génois, passa par Pavie et Vérone, mais fut bloqué devant le col du Brenner par les troupes du duc de Bavière, allié des Welfs. Il contourna ce dernier en traversant la Suisse puis atteignit Constance, alors aux mains d'. La ville ouvrit ses portes à Frédéric, et Otton fut forcé de lever le camp. Frédéric rallia ensuite les princes de la Souabe et de la Haute-Rhénanie, en évitant les combats, tandis qu'Otton trouvait asile à Cologne. Frédéric fut confirmé comme roi des Romains par une grande assemblée à Francfort le , puis couronné en la cathédrale de Mayence le par l'archevêque , avec une copie des insignes impériaux, encore détenus par . Il avait au préalable scellé une alliance avec le royaume de France à Vaucouleurs, qui conduira à la bataille de Bouvines le , et à l'effondrement du camp ottonien. Otton y perdit son trésor, dont les insignes impériaux qui furent renvoyés à Frédéric par le roi Philippe AugusteAprès la bataille de Bouvines, Philippe Auguste dicta des lettres qui vont apprendre la victoire au prince Louis, à la ville de Paris et à , et fait parvenir à ce dernier l'aigle dorée et le dragon impérial après avoir donné l'ordre de les réparer. Gérard Sivéry, Philippe Auguste, Perrin, 2003, .. Reconnu par tous les princes, Frédéric fut à nouveau sacré roi des Romains à Aix-la-Chapelle le par l'archevêque de Mayence. L'élection fut reconnue par au quatrième concile du Latran.

Lors du couronnement d'Aix-la-Chapelle, Frédéric utilisa le manteau de couronnement de , qui devint alors le manteau de sacre des empereurs, l'un des insignes impériaux utilisé par la suite jusqu'au par quarante-sept empereursLe manteau est aujourd'hui conservé dans la Schatzkammer (chambre du trésor) de Vienne avec les autres insignes et le trésor des rois de Sicile..

Le pape couronna finalement empereur à Rome en 1220. Cela devait être la fin de l'entente entre l'Empire et la papauté puisque n'avait pas l'intention de séparer ses deux héritages, la Sicile maternelle et la Germanie paternelle. Frédéric renouvela le serment d'allégeance envers la papauté et confirma le versement d'un tribut annuel de d'or par la Sicile. Il réaffirma sa volonté de se rendre en Terre sainte, et promit un départ en . Toutes ces promesses lui permirent d'asseoir son pouvoir solidement.

En Allemagne, où il ne séjourna que deux fois, il mena une politique de concessions aux princes afin de concentrer son attention sur la Sicile.. Il accorda à quatre-vingt-dix évêques et abbés royaux, une charte, la Confoederatio cum principibus ecclesiasticis de 1220, dans laquelle il confirma l'abandon des droits de dépouille ; il renonça aussi à influencer les élections, à exercer ses droits régaliens sur les territoires ecclésiastiques comme la construction de châteaux, les tonlieux, etc. En 1222, il fit couronner son fils roi des Romains lors d'une cérémonie à Aix-la-Chapelle. L'archevêque de Cologne, Engelbert fut désigné pour exercer la tutelle de l'enfant et le gouvernement de l'Empire.

En Sicile, il organisa à Capoue en une réunion des grands barons afin d'imposer un retour au statu quo existant à la mort de . Ainsi, les titres attribués, terres distribués et les châteaux édifiés depuis la mort de , furent retirés, restituées et confisqués, dans les Pouilles puis à Malte et en Sicile. L'empereur abolit les privilèges commerciaux aux Génois et des Pisans, reprit le contrôle des ports et des productions de sel, de fer, de soie et de soufre. Il s'intéressa également à l'agriculture en relançant l'exploitation de la canne à sucre, du henné et de la palmeraie de Palerme.. En concentrant entre ses mains la majorité des terres agricoles de Sicile, les ports de l'île, et les monopoles de production de sel, de soufre, de fer et de soie, il est sans doute l'un des plus riches souverains d'Europe. Il fonda en 1224 l'université de Naples qui devint le centre de formation des futurs fonctionnaires impériaux en Sicile et en Italie. Il réalisa enfin l'unité religieuse du royaume en confinant les Sarrasins de Sicile à Lucera..

Frédéric doit son surnom d'« enfant d'Apulie » (puer Apuliae) à son attachement pour l'Italie du Sud ; en effet, « Apulie » est alors une synecdoque désignant l'ensemble du royaume de Sicile, et plus précisément la partie continentale du royaume, où il passa la majeure partie de sa vie<ref name=Cuozzo>Errico Cuozzo, « et le Mezzogiorno », , Presses universitaires de Caen, 2017. </ref>. Il délaissa la capitale, Palerme, et s'installa à Foggia où il fit construire un nouveau palais royal en 1223.. La région offrait un terrain favorable à son activité de prédilection : la fauconnerie. Frédéric n'effectua que deux séjours en Allemagne (1212-1220 et 1235-1236), laissant ensuite le gouvernement à son fils . La ville de Capoue accueillit vingt des vingt-six sessions de la Magna Curia impériale, ainsi que les assises de 1220, tandis que Foggia concentra l'essentiel des séjours impériaux.

La sixième croisade (1225-1230) vignette|gauche|L'itinéraire de la sixième croisade (1228-1229). vignette|Miniature représentant la rétrocession de Jérusalem à Frédéric par le sultan Al-Kâmil.

Lors de son couronnement à Aix-la-Chapelle, Frédéric avait promis au pape de partir en croisade. Son vœu reprenait en fait celui de son grand-père Frédéric Barberousse qui lui aussi était parti en croisade, et de son père . Mais son échec devant la résistance des communes lombardes en 1225-1226 retarda son départ. Or, la papauté espérait desserrer l'étau que faisait peser l'empereur du Saint-Empire sur ses États pontificaux en éloignant l'ambitieux souverain..

Veuf de Constance d'Aragon depuis , et sur proposition d', il épouse Isabelle de Brienne, alors âgée de quatorze ans, fille de Jean de Brienne, roi de Jérusalem. Au lendemain du mariage célébré en la cathédrale de Brindisi le , retira à Jean de Brienne le titre de régent et promit le départ de la croisade en .

Cependant Frédéric ne parvint pas à honorer sa promesse. Une épidémie frappa le corps expéditionnaire massé à Brindisi en . Le landgrave Louis de Thuringe, qui était censé diriger l'expédition, succomba également à la maladie en septembre. Frédéric décida alors d'ajourner la croisade. Mais le pape , fraîchement élu, prit à la lettre les promesses signées à San Germano par l'empereur et excommunia ce dernier le .

vignette|Frédéric recevant des messagers de Saint-Jean-d'Acre. Miniature du . vignette|Les États latins d'Orient en 1240.