Le Front de libération du Québec (1963-1972), mieux connu sous le nom de FLQ, est le nom collectif utilisé par plusieurs réseaux clandestins et cellules autonomes qui prônaient l'action directe, souvent violente, pour réaliser ou promouvoir l'indépendance du Québec.

Certaines de ces cellules ont été responsables d'actes qualifiés de terroristesJulien Paré, Front de libération du Québec, Bilan du siècle, Université de Sherbrooke, 9 mars 2005, consulté en ligne le 11 mai 2008..La Loi antiterroriste et ses effets : point de vue d'universitaires canadiens, Ministère de la Justice du Canada. Leurs actions, dont près de , causèrent dix morts et une quarantaine de blessés.

Les cibles des attaques du FLQ comprenaient notamment des entreprises en grève ou en lock-out, des banques, l'armée canadienne, la Gendarmerie royale du Canada, le consulat des États-Unis à Montréal, le ministère du Travail, la bourse de Montréal ainsi que le riche quartier de Westmount, enclave anglophone au sein de la ville de Montréal.

Contexte

À cette époque, le contexte particulier du Québec donne plusieurs raisons à ce groupe de nature indépendantiste de faire son apparition dans le paysage politique de la province. Sur le plan social, les mauvaises conditions de travail des ouvriers québécois, le déséquilibre économique entre les anglophones et les francophones et la hausse du taux de chômage, sont au nombre des raisons qui ont poussé certaines catégories sociales, tant ouvriers, chauffeurs de taxi qu'intellectuels à se révolter. Puis, sur le plan politique, la montée de la pensée souverainiste et la Révolution tranquille ont contribué à cette montée du FLQ. De plus, les situations politiques de quelques pays d'Europe et d'Afrique ayant acquis leur indépendance ont inspiré et donné espoir aux nationalistes québécois.

Histoire

Origine

Le Front de libération du Québec a été fondé au début de l'année 1963 à Montréal par trois individus issus du Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN) et du Réseau de résistance. Selon Gabriel Hudon, le FLQ est né d'un autre mouvement, le Réseau de résistanceGabriel Hudon, Ce n'était qu'un début. Ou la petite histoire des premiers pas du FLQ.. Il raconte qu'il est entré en contact avec un groupe radical lors de son implication au sein du RIN. Il a rencontré d'autres membres dans l'appartement d'un individu qu'il surnomme « X ». C'est là qu'il fait la connaissance de Raymond Villeneuve et de Georges Schoeters. À la suite de la réception d'une lettre destinée aux membres du Réseau qui affirme : , Hudon, Villeneuve et Schoeters se retirent du mouvement pour fonder le Front de libération du Québec.. C'est à ce moment que les cofondateurs s'allient aux membres révolutionnaires indépendantistes, formés par le socialiste Raoul Roy. Denis Lamoureux, Pierre Schneider et François Gagnon deviennent donc de facto les cofondateurs de ce mouvement qui allait ébranler le Québec.

Les membres du premier réseau s'organisent et sont entraînés sous l'égide du Belge Georges Schoeters, qui a par la suite été condamné, le , à de prison pour son implication au front.

Première vague Le Front de libération du Québec frappe pour la première fois dans la nuit du au en attaquant simultanément à la bombe incendiaire trois casernes militairesLe Royal Montreal Regiment à Westmount, le Victoria Rifles dans le centre-ville de Montréal et le Bataillon de Châteauguay du régiment des Fusiliers Mont-Royal, dans Côte-des-Neiges de Montréal. Sur les murs, un sigle peint en rouge : F.L.Q.. Les médias diffusent un bref communiqué revendiquant le triple attentat. Intitulé Avis à la population de l'État du Québec, le communiqué déclare : « L'indépendance du Québec n'est possible que par la révolution sociale». Environ une semaine plus tard, un premier vol de dynamite est commis sur un chantier de construction du métro de Montréal suivi d'un autre sur le chantier de la future station Laurier.

Le , l'organisation fait exploser trois bombes : à l'édifice de l'Impôt fédéral, à la gare centrale de Montréal et sur une voie ferrée appartenant au Canadien National. L'attentat sur cette voie ferrée est découvert avant le passage du train transportant à son bord le Premier ministre du Canada John Diefenbaker. Le , de dynamite sont posés au pied la tour de transmission située sur le mont Royal. Une défectuosité technique empêche l'explosion. Le , dans une opération conjointe de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et de la police de Montréal, des dizaines de perquisitions sont effectuées contre des militants indépendantistes. Malgré l'absence de mandat d'arrestation une vingtaine de militants du RIN et de l'Action socialiste pour l'indépendance du Québec (A.S.I.Q.) sont arrêtées, détenus et interrogées notamment Raoul Roy, Édouard Cloutier et Jacques Lucques. L'événement est surnommé la « razzia du Vendredi saint » par les indépendantistes. Le , l'organisation diffuse le manifeste d'avril 1963 qui sera ignoré par les médias. Le , le RIN et l'ASIQ manifestent devant le quartier général de la GRC à Westmount en protestation contre la razzia. Des charges policières feront des blessés. Durant la nuit suivante, une bombe explose contre un mur du même bâtiment.

Le , le FLQ fait son premier mort. Wilfred O'Neil, gardien de nuit, est tué par l'explosion d'une bombe au centre de recrutement de l'Armée canadienne à MontréalSerge Gaudreau. « 21 avril 1963 - Explosion d'une bombe à Montréal », Bilan du Siècle, consulté le 22 mai 2009. L'organisation émet un communiqué expliquant que la mort du gardien de nuit était accidentelle :

En mai, deux opérations majeures ont lieu ; le , faites de quatre bâtons de dynamite sont déposées dans dix boîtes aux lettres du quartier huppé de Westmount. Cinq des dix bombes explosent vers . L'Armée canadienne se déploie et lance une inspection générale des boîtes aux lettres de Westmount. Le sergent-major Walter Leja perd un bras en essayant de désamorcer un des engins explosifs trouvé. Le , jour de célébration du Victoria Day, de dynamite explosent contre un mur de la salle d'armes du des services techniques de l'Armée canadienne à Montréal (nommé « opération Chénier » en l'honneur de Jean-Olivier Chénier). Le même mois, des bombes explosent également contre un mur de la caserne du régiment des BlackWatch à Montréal, au quartier général de la 11e Unité de service technique de l'Aviation royale canadienne située à Mont-Royal (100 000 $ de dégâts), à proximité des réservoirs de la raffinerie Golden Eagle situés à Pointe-aux-Trembles, à l'édifice des anciens combattants de la Légion royale canadienne à Saint-Jean-sur-Richelieu et une bombe est trouvée et désamorcée au bureau central des postes. A initiative de l'aile gauche de l'organisation, une bombe qui n'est pas amorcée, est déposée au siège social de l'entreprise d'exploitation minière Solbec Copper. Le , la ville de Montréal offre à quiconque fournira des renseignements menant à la capture de membres du FLQ, suivie le par le gouvernement du Québec qui offre .

Le , une réunion stratégique de huit leaders a lieu à l'appartement du responsable de la propagande, . Il y est décidé d'une réorganisation plus sécuritaire des , la création d'un « comité central », la création de cellules spécialisées (hold-up, réquisitions d'armes, attentats à la bombe) et d'une aile militaire distincte nommée l'Armée de libération du Québec (A.L.Q.). Des contacts sont pris dans le but de créer un « camp d'entraînement » au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Jean-Jacques Lanciault, un des participants à la réunion était en contact avec la police. Grâce aux informations qu'il fournit, les forces policières arrêtent Gabriel Hudon, Raymond Villeneuve, Georges Schoeters, Jeanne Pépin-Schœters, , Jacques Giroux, François Gagnon, Pierre Schneider, François Mario Bachand, Gilles Pruneau, Roger Tétreault, André Garand, Richard Bizier, Eugénio Pilote, Yves Labonté, François Giroux, Alain Gabriel, Alain Brouillard, Claude Savoie, Jean Cloutier, Alain Brunelle, Réjean Lachapelle, Michel Massicotte, et démantèlent le premier réseau du FLQ. Lanciault touchera la prime de . Un comité d'aide aux détenus, le Comité Chénier, sera créé a l'initiative de Bernard Smith, un des dirigeants du RIN. Le , neuf felquistes sont condamnés à des peines de prison Gabriel Hudon, fondateur et fabricant de bombes du F.L.Q. : douze ans de prison. Raymond Villeneuve, fondateur et recruteur-chef du mouvement : douze ans. Georges Schoeters, celui qui se représenta lui-même comme coordonnateur : dix ans. Jacques Giroux, le photographe au chômage qui déposa la bombe O’Neil : dix ans. Yves Labonté, recruté au restaurant du coin pour accompagner Giroux : six ans. , celui qui mit sur pied l’opération à Westmount : quatre ans. François Gagnon, celui qui véhicula les autres d’une boîte aux lettres à l’autre : trois ans. Richard Bizier, celui qui fit le moins mais parla définitivement le plus : six mois. Jeanne Schoeters, qui suivit son mari, une nuit, dans son aventure : sentence suspendue. et 5 autresGilles Pruneau, Mario Bachand. Roger Tétreault, André Garand, Pierre Schneider sont en fuite.Serge Gaudreau. « 7 octobre 1963 - Dévoilement des peines obtenues par des membres du Front de libération du Québec », Bilan du Siècle, consulté le 22 mai 2009. Les derniers prisonniers du premier réseau sont libérés fin 1967.

Malgré le démantèlement du réseau et les arrestations, les attentats continuent. Le , une explosion renverse le monument de la reine VictoriaQuébec. Le , une explosion sous le pont ferroviaire du Canadien Pacifique près de Kahnawake paralyse la circulation fluviale durant quelques heures. Les lettres F.L.Q. sont peintes en rouge sur le pont. Dans la nuit du au , de dynamite sont volés sur un chantier de construction de l'autoroute des Laurentides. Le , la voie ferrée près de Sainte-Madeleine est dynamitée et une bombe est déposée près du manège militaire de la rue Craig dans le Vieux-Montréal. Deux jours plus tard une bombe est désamorcée par le sergent Léo Plouffe sous le trône de la statue de la reine Victoria à l'université McGill. Début mai, les membres de la cellule responsable du dynamitage de la voie ferrée à Sainte-Madeleine sont arrêtés au lendemain d'un vol de de dynamite sur un chantier de construction du métro. Des perquisitions menées par la Gendarmerie royale du Canada et la Sûreté du Québec ont lieu à Montréal et dans un chalet de Saint-Damase, près de Saint-Hyacinthe. Jean Castonguay, Omer Latour, Georges Laporte, Jacques Prévost et Normand Hurtubise sont appréhendés. de dynamite, , une machine à polycopier, des tracts et des exemplaires de La Cognée sont retrouvés au chalet. Accusés de possession d'armes et d'explosifs et du dynamitage de la voie ferrée à Sainte-Madeleine, Castonguay et Latour seront condamnés à de prison et Laporte à .

Groupe de Résistance du Québec

Une petite cellule indépendante qui prend le nom de Groupe de Résistance du Québec allume plusieurs incendies durant l'été 1963 ; à la caserne des Fusiliers Mont-Royal et à celle du Régiment de Maisonneuve, à l'édifice de la Légion royale canadienne à Laval-Ouest et dans un abri des chemins de fer nationaux sur l'Île Bigras. Le , de la cellule sont arrêtés. L'un des membres est Jacques Lanctôt, , qui participera à l'enlèvement de James Cross en 1970. Lanctôt et Guy De Grasse, passeront trois mois et demi à la prison de Bordeaux avant d’être condamnés à deux ans de prison avec sursis et Richard Bros soupçonné d’être le leader sera condamné à de pénitencier.

Armée de libération du Québec Durant l'été, un groupe d'étudiants d'Outremont et un groupe de jeunes travailleurs de l'Est de Montréal s’unissent pour fonder l'Armée de libération du Québec (ALQ). Certains sont issus du Comité de libération nationale et la plupart du RIN ou de l'Action socialiste. Certains ont des liens avec le premier réseau notamment Jean Gagnon et Robert Hudon qui avaient chacun un frère emprisonné.