La république de Novgorod (en , ) est un puissant État de la Russie médiévale, centré sur la ville de Novgorod, et s'étendant de la mer Baltique à l'Oural entre 1136 et 1478.
Histoire
Origine de Novgorod La Chronique des temps passés est la plus ancienne chronique de l'espace des slaves orientaux.
À partir des origines bibliques, la chronique commence le récit des évènements l'an 852. La chronique donne une ethnogenèse des slaves à partir d'un noyau originel situé sur le Danube. Dans la colonisation slave du nord-est de la Russie, elle distingue les différentes populations slaves, ceux établis le long du Dniepr, qui ont pris le nom de Polianes, ceux qui se sont établis dans la plaine, ou de Drevlianes, et ceux qui habitent dans les forêts. Ceux qui se sont établis près du lac Ilmen (appelé aussi Ilmer) ont conservé le nom de Slaves d'Ilmen ou Slovènes.
Différents peuples, baltes, caréliens et slaves sont installés dans la région de Novgorod. Les Varègues y arrivent dans le premier tiers du . Le premier site occupé est Gorodichtche, site fortifié vers 820. Novgorod, ou « Ville Neuve », apparaît sur les deux rives du Volkhov, émissaire du lac Ilmen qui aboutit au lac Ladoga et d'où sort la Neva, à deux kilomètres à l'aval, vers 900.
La Chronique des temps passés indique pour l'année 859 , pour l'année 862 : . Les deux frères étant morts deux ans plus tard, Riourik s'empare du pays. Riourik ne s'installe pas à Novgorod mais à Staraïa LadogaLes fouilles archéologiques permettent de dater la fondation de Staraïa Ladoga en 730-750 et était un des trois comptoirs scandinaves., à au sud du lac Ladoga. Il meurt en 879.
Oleg, peut-être son beau-frère, lui succède et prend en 882 la décision de descendre vers le Sud, s'empare de Smolensk, descend le Dniepr et arrive devant Kiev et dit : . Il continue plus au Sud et assiège Constantinople en 911.
Gorodichtche et Staraïa Ladoga sont détruits violemment dans les années 865-867Ce qui peut correspondre à ce qui est écrit dans la Chronique des temps passés pour l'année 862..
Gorodichtche et son château sont reconstruits vers 890-900, conservant sa prééminence politique jusque vers l'an mille, et jouant le rôle de position sûre pour le prince de Novgorod.
Novgorod se développe vers 950. Sur la rive gauche du Volkhov se trouvent la citadelle ou kremlin de Novgorod (Detinets), le quartier du Commun au sud-ouest, et le quartier de Nerevo au nord-ouest, une friche existe entre les deux quartiers, devenue plus tard le quartier d'Outre-Château. Sur la rive droite se développe le quartier Slavno au sud-est. Dans la partie nord-est va se développer le quartier des Charpentiers. Les deux rives sont réunies par le grand pont (Most Veliki) sur le Volkhov.
Formation et histoire de la république Les désirs de Novgorod de se séparer de Kiev se manifestent dès le début du . Les boyards de Novgorod sont les principaux tenants de cette séparation, avec le soutien de la population urbaine contrainte de payer un tribut à Kiev et de fournir des troupes pour les campagnes militaires.
Iaroslav le Sage (978-1054) est grand-prince de Kiev. Ses trois fils survivants, Iziaslav (1024-1078), Sviatoslav (vers 1027-1076) et Vsevolod (vers 1030-1093) vont être princes de Tourov, de Tchernigov et de Pereïaslav avant de se succéder comme grands-princes de Kiev. Ils vont chercher à placer leurs enfants comme princes de Novgorod : Mstislav Iziaslavitch (1057 ou 1064-1068), Sviatopolk Iziaslavitch (1078-1087), Gleb Sviatoslavitch (1069-1078), David Sviatoslavitch (1094-1095 ou 1096), Mstislav Vladimirovitch (1088-1094 et 1095 ou 1096-1117), Vsevolod Mstislavvitch (1117-1136).
Au début du , Novgorod commence à inviter différents knyazs (ducs) à diriger la ville sans demander l'avis des grands princes de Kiev.
En 1136, les boyards et les principaux marchands obtiennent l'indépendance politique. Le , ils détrônent le prince Vsevolod Mstislavvitch, fils de Mstislav Vladimirovitch et petit-fils du grand-prince de Kiev Vladimir II Monomaque, et le gardent prisonnier deux mois, puis il est accueilli à Pskov. Ils décident de faire appel à (en 1136-1138), fils d'Oleg Sviatoslavitch prince de Tchernigov.
À partir de 1136, les règnes des princes de Novgorod sont courts : 33 princes entre 1136 et 1199, puis 24 changements de princes entre 1200 et 1264. Selon la Première chronique de Novgorod pour l'année 1196 : .
Les Novgorodiens vont s'opposer à l'arbitraire des princes et développer l'institution du vétchéLa Première chronique de Novgorod cite le premier vétché en 1016., assemblée des habitants de Novgorod où les décisions importantes sont prises, réunie de plus en plus souvent à partir de 1209.
Des villes comme Staraïa Roussa, Staraïa Ladoga, Torjok ou Orechek se placent comme vassales de Novgorod.
Au milieu du , la ville de Pskov commence à revendiquer son indépendance. Novgorod doit la reconnaître au , en 1348. Pskov devient alors également une république.
Expansion du pays de Novgorod vers l'est et le nord vignette|upright=1.4|Victoire de Novgorod sur André Bogolioubski À la structure en cinq quartiers de la ville de Novgorod correspond le système d'administration du pays de Novgorod en cinq cinquièmes (Chelogne de part et d'autre la rivière Chelon en rive gauche de la rivière Lovat, Derevo en rive droite de la Lovat au nord du lac Seliger et en rive gauche de la rivière Msta, Bejetsk en rive droite de la rivière Msta, Onega jusqu'à la baie d'Onega et la Dvina septentrionale, Vodes qui va du golfe de Finlande par la Neva jusqu'au nord du golfe de Botnie, la péninsule de Kola et la mer Blanche), chaque quartier ayant la responsabilité d'un cinquième.
Novgorod entreprend de s'étendre à l'est et au nord-est entre le et le et de s'assurer le contrôle des terres jusqu'à la mer de Barents et le détroit de Iougor au nord de l'Oural à partir de 1193.
Dans cette expansion du pays, Novgorod va se heurter à l'opposition d'André Bogolioubski, grand-prince de Vladimir-Souzdal pour le contrôle du bassin de la Dvina septentrionale dont la troupe est battue en 1169, puis du prince de Tver et enfin du grand-prince de Moscou.
La région est co-administrée par Novgorod et Moscou en 1368.
En 1371, des Novogorodiens selon la Quatrième chronique de Novgorod ou des ouchkouïniki de Novgorod (selon la Chronique de Nikon) prennent les cités de Kostroma et Iaroslavl.
En 1386, le conflit entre Novgorod et Moscou se conclut par une amende payée par Novgorod.
Vassili Dmitrievitch, grand-prince de Moscou, prend le contrôle du bassin de la Dvinia septentrionale en 1398.
Conquête de la péninsule de Kola Au , les Pomors (Russes de Norvège), venus des rives de la baie d'Onega et de la basse vallée de la Dvina septentrionale, découvrent la péninsule de Kola, avec sa richesse en gibier et en poissonAdministrative-Territorial Divisions of Murmansk Oblast, . Ils organisent des campagnes de chasse et de pêche régulières et entreprennent du troc avec les Lapons. Ils baptisent cette partie du littoral de la mer Blanche « côte de Tersky » ou Terre terskaïa. Vers la fin du , les chasseurs pomors explorent toute la côte septentrionale de la péninsule jusqu'au Finnmark (au nord de la Norvège), poussant les Norvégiens à entretenir une flottille dans cette zone. Les Pomors appelèrent ce littoral Mourman — corruption de Normands. Les chasseurs pomors sont bientôt rejoints par les collecteurs de tribut de la république de Novgorod : la péninsule de Kola est ainsi graduellement annexée à Novgorod.
Un traité passé en 1265 entre Iaroslav Iaroslavitch et Novgorod mentionne le « Volost de Tre » (), qu'on retrouve cité jusqu'en 1471 dans les actes.
Hormis Tre, des documents de Novgorod datant des mentionnent le Volost de Kolo, frontalier de Tre, approximativement le long d'une ligne allant de l'île Kildine au cap de la péninsule de Tourii. Ce Volost de Kolo s'étendait à l'ouest de cette ligne, alors que celui de Tre était à l'est.
Croisades suédoises et baltiques La première croisade suédoise est menée entre 1155 et 1157 par le roi Éric IX de Suède dit Éric le Saint et l'évêque Henri d'Uppsala entraînant l'intégration dans le royaume de Suède du pays des Suomis à l'ouest de la Finlande et des Hämes. Les Nogorodiens supportent mal cette nouvelle autorité et lancent des contre-attaques en 1186 et 1187. Johannes, archevêque d'Upssala, est tué après le pillage de Sigtuna le . Des sources du indiquent que les agresseurs sont des Caréliens et des Russes. Cette agression entraîne l'arrêt des relations commerciales entre Novgorod et les Varègues qui ne sont reprises qu'après un accord en 1191 ou 1192.
La deuxième croisade suédoise est conduite par le jarl Birger Magnusson en 1238-1239 au pays Häme. Les Suédois débarquent sur la Neva en 1240. Ils sont battus par Alexandre Nevski, le , à la bataille de la Neva. Alexandre Nevski est prince de Novgorod depuis 1236. Il remporte la bataille du lac Peïpous le contre l'ordre de Livonie qui occupait la ville de Pskov. Son fils, Dimitri, conduit une expédition contre Dorpat en 1262. Un accord est conclu renouvelant celui de 1191-1192.
Pendant la troisième croisade suédoise, les Suédois tentent de prendre le contrôle des fleuves du golfe de Finlande. Ils fondent le château de Vyborg en 1293, ils tentent de bloquer le passage entre le lac Ladoga et la Vuoksi en 1294, et construisent un fort près de l'estuaire de la Neva en 1300. Novgorod ne réagit qu'en 1318. Novgorod s'empare d'Åbo et probablement du château épiscopal de Kuusisto, attaque le comté de Finnmark et le Hålogaland en 1320. En 1323, Novgorod fonde une forteresse de l'île de Orechek sur la Neva. La paix est prise par le traité de Nöteborg, le qui définit pour la première fois la frontière entre la Suède et Novgorod dans l'isthme de Carélie. Le traité de Novgorod est signé entre Novgorod et la Norvège dans le Finnmark. Des combats ont lieu entre Suédois et marchands de Novgorod en 1337.
Une quatrième croisade suédoise est une offensive menée par le roi Magnus IV de Suède à partir de 1348 en prenant Orechek, mais il échoue en 1349. Vyborg est pris par les Russes en 1350. Un échange de prisonniers est organisé à Dorpat qui est la fin des passes d'armes entre la Suède et Novgorod pendant un siècle.
Conflit avec les Norvégiens Dès le , la nécessité de formaliser la frontière entre la république de Novgorod et les pays scandinaves commençait à s'imposerAdministrative-Territorial Divisions of Murmansk Oblast, : les Russes de Novgorod, comme les Caréliens venus du sud, n'avaient-ils pas déjà atteint la côte de l'actuel raïon de Petchenga ainsi qu'une partie de la côte de Varangerfjord près de la Voryema ? Or, les Lapons étaient soumis au paiement d'un tribut. Les Norvégiens, de leur côté, essayaient eux aussi de prendre le contrôle de ces terres, déclenchant des conflits armés : en 1251, une guerre entre les Caréliens, les Russes de Novgorod et les serfs du roi de Norvège s'achève par la création d'une mission de Novgorod auprès de la couronne de Norvège.
D'autre part, en 1251, un premier traité est ratifié par la Norvège à Novgorod à propos des terres lapones et de la collecte des impôts : les Sames devraient désormais payer tribut à la fois à Novgorod et à la Norvège. Selon les termes du traité, les Russes de Novgorod peuvent percevoir tribut des Sames jusqu'au fjord de Lyngen à l'ouest, et les Norvégiens prélèvent un tribut sur tout le territoire de la péninsule de Kola à l'exception de la moitié orientale de la côte de Tersky ; ce traité de 1251 ne définit pas d'autre frontière.
Il débouche sur une brève période de paix, mais dès 1271, les chroniques relatent des attaques de Russes de Novgorod et de Caréliens en Finnmark et dans le nord de la Norvège. Elles se poursuivent jusqu'au .