Gabrielle Chasnel, dite « Coco Chanel », est une créatrice de mode, modiste et grande couturière française, née le à Saumur et morte le à l'hôtel Ritz de Paris.

Célèbre pour ses créations de haute couture, et pour les parfums qui portent son nom, elle est à l'origine de la maison Chanel. Des médias la qualifient de « symbole de l'élégance française »..

Certains de ses choix personnels sont controversés, en particulier ses positions et fréquentations pendant l'Occupation allemande en 1940-1944.

Biographie Enfance vignette|upright=1|Coco Chanel en marinière en 1928. vignette|upright=1|Vitrail cistercien de l’abbaye d'Aubazine dont les entrelacs auraient inspiré le logotype de la maison Chanel.

Née le , à du soir, à l'hospice de Saumur tenu par les sœurs de la Providence, Gabrielle ChasnelCoco Chanel qui a donné plusieurs versions de son enfance, notamment qu'elle est née le (le « 5 » étant son chiffre fétiche) et que, sa mère, trop fatiguée par l'accouchement, dut payer trois employés de l'hospice pour déclarer sa naissance à la mairie de Saumur, sous le nom de Gabrielle Chasnel (avec un S). est issue d'une lignée de marchands forains cévenols, de Ponteils-et-Brésis près d'Alès.. Née hors mariage, elle est la deuxième fille d'Henri-Albert Chasnel (dit Albert), un camelot originaire de Nîmes (Gard), âgé de vingt-six ans à sa naissance, et d'Eugénie Jeanne Devolle (dite Jeanne), couturière originaire de Courpière (Puy-de-Dôme), âgée de dix-neuf ans. Ils vivent tous deux au 29 rue Saint-Jean à Saumur. et se marient le , un an après sa naissance.

Jeanne Devolle a eu cinq autres enfants : Julia-Berthe (1882Archives départementales de l'Ardèche Acte de naissance dressé à Aubenas le 11/09/1882, vue 76-1910Archives de Paris Acte de décès dressé le 02/05/1910 au 10 arrondissement, vue 16 (l'acte indique une date de naissance erronée)) Alphonse (1885AD Puy-de-Dome N°20 page 49 le 15 mars 1885 à Issoire -1953Voir la mention marginale de l'acte de naissance qui indique : décédé à Valleraugue le 22 février 1953), Antoinette (1887, AD Puy-de-Dome N°51 page 100 le 13 juin 1887 à Issoire-1920), Lucien (1889AD de la Creuse N°62 page 41 le 15 avril 1889 à Guéret-1941) et Augustin (1891AD du Puy-de-Dôme N°26 page 287 28 mai 1891 à Courpière-1891AD du Puy-de-Dôme N°88 page 323 26 novembre 1891 à Courpière ). Très peu d'éléments sont connus sur l'enfance de Gabrielle Chanel, dont elle a très peu parlé, si ce n'est qu'elle se mura dans la solitude et ne se sentit pas aimée par son père aigri, qui reprochait à son épouse chétive et à ses enfants de l'avoir empêché de mener la vie de succès, dont il rêvait. Cela n'empêcha pas Gabrielle de vouer une véritable adoration à ce père bourru, volage et souvent absent.

La mère de Gabrielle meurt le , à Brive-la-Gaillardehttp://185.60.24.226:81/4DCGI/Web_RegistreChangePage/ILUMP21847 Acte de décès de Jeanne Devolle N°58 page 498 Sur les traces corréziennes de Coco Chanel, à l'âge de , épuisée par ses grossesses successives, la tuberculose et le travail qu'elle effectuait sur les marchés de Paris dans le froid« Coco Chanel – Un parfum de solitude et de réussite », Le Portail des Antiquaires.. La jeune fille n'a alors que douze ans.

En , son père la place, ainsi que ses deux sœurs (de 8 et 13 ans) à l'orphelinat de l'abbaye cistercienne d'Aubazine en Corrèze. et il aurait confié Alphonse et Lucien à l'Assistance publique qui les aurait placés comme garçons à tout faire dans des familles de cultivateurs.

Pendant son séjour de six ans à l'orphelinat, elle aurait développé ses compétences en couture et aurait vécu une vie austère et rigoureuse, ce qui aurait laissé une empreinte durable sur son style futur. Elle se serait inspirée du lieu pour créer des vêtements aux lignes épurées et harmonieuses : à l'instar de l'architecture sobre et géométrique de l'abbaye aux couleurs neutres, comme le noir et blanc de l'habit des sœurs et des pensionnaires, qui leur permettait de se mouvoir librement, comme la tenue qu'elle portait elle-même, sombre, avec col blanc et lavallière, ainsi que la couleur beige, comme celle des murs.

Elle se serait également inspirée, pour créer son logo, des pavements anciens des sols et des « C » entrelacés des vitraux de l'abbatialeDocumentaire Passion patrimoine : du Lot-et-Garonne à la Corrèze de Marie Maurice et Franck Dhelens, émission Des racines et des ailes, reportage sur l'abbaye d'Aubazine, 13 avril 2011.Une légende veut qu'elle ait découvert ces lettres, lors d’un séjour dans les années 1920 au château de Crémat (« C C ») de son amie Irène Bretz, une riche américaine..

Ce séjour de Gabrielle à Aubazine n'est toutefois pas établi et aucune preuve matérielle n'en existe. Dans un ouvrage paru en , Henri Ponchon montre, à l'aide des recensements, qu'au printemps 1896 (âgée de 13 ans), Gabrielle Chanel vit alors à Thiers, rue Durolle, chez Anaïs Clouvel, cousine germaine de sa mère. Gabrielle Chanel, âgée de douze ans, y est « bonne d'enfants et domestique »Consultable sur Internet : site des archives départementales du Puy-de-Dôme.. Tout cela reste conforme à ce qu'elle confie à Paul Morand, Louise de Vilmorin, Marcel Haedrich… . Ces faits sont confirmés par les descendants actuels d'Anaïs Clouvel. La légende d'Aubazine aurait été créée par Edmonde Charles-Roux dans son livre L'Irrégulière, et reprise par la suite par tous les biographes. Il est vrai qu'à Aubazine a bien séjourné une Chanel, Adrienne Chanel, tante et meilleure amie de Gabrielle Chanel , mais seul le nom d'Adrienne Chanel figure sur les recensements de 1896 d'Aubazine.

À 18 ans, pour échapper à un mariage forcé, et sans pour autant aspirer au noviciat, Gabrielle Chanel se rend chez sa tante paternelle Louise Costier à Moulins et s'inscrit chez les chanoinesses de Saint-Augustin de la congrégation Notre-Dame, où elle se perfectionne dans le métier de couseuse. N'ayant pas les moyens de payer les frais de scolarité, elle y est admise avec le statut de pupille et elle y est traitée différemment des élèves plus riches. Elle retrouve dans cette pension de jeunes filles sa tante Adrienne, qui a presque le même âge qu'elle, et, surtout, la même ambition de sortir de sa condition.

En 1903, devenues habiles à manier le fil et l'aiguille, elles sont placées par les dames chanoinesses, en qualité de couseuses, à la maison Grampayre, atelier de couture spécialisé en trousseaux et layettes.. Ce séjour à Moulins reste également controversé. Pas plus qu'elle n'aurait été à Aubazine, elle n'aurait séjourné à l'institut Notre-Dame, selon Henri Ponchon. Coco Chanel n'aimait pas évoquer ce séjour à Moulins« Quand je parlais de Moulins, Coco devenait sourde », a écrit dans son Coco Chanel..

Gabrielle devient « Coco » Vers 1907-1908, très courtisée, Chanel ne veut pas partager le sort anonyme des « cousettes », et recherche un avenir meilleur. Elle fréquente alors le Grand café, lieu chic de la vie moulinoise, où elle croise des officiers du de chasseurs à cheval stationné dans la capitale bourbonnaise. Aujourd'hui l'ancienne caserne abrite le Centre national du costume de scène. Elle les suivra dans un autre café-concert de la ville, la Rotonde. Bientôt, elle ose pousser la chansonnette et se met à rêver de music-hall. Âgée de vingt-quatre ans, elle se produit en spectacle devant les officiers qui la surnomment , parce qu'elle a pour habitude de chanter Qui qu'a vu Coco dans l'Trocadéro ? (paroles Félix Baumaine et Charles Blondelet, musique d'Édouard Deransart).

Elle est convoitée par de nombreux jeunes garçons fortunés ou titrés, comme le riche Étienne Balsan, officier et homme du monde qui vient de quitter l'armée pour se consacrer à l'élevage de chevaux et aux courses. Il lui fait découvrir la vie de château au domaine de Royallieu près de Compiègne, resté célèbre pour son histoire pendant la Seconde Guerre mondiale ; si Balsan fut peut-être son amant, il fut toujours son ami..

Pendant près d'un an elle apprend les codes et les usages de la haute société, mais l’idylle ne dure que quelques mois : elle se rend compte qu’elle ne l’aime plus, elle s'ennuie et pleure. Elle a vingt-cinq ans et nulle part où aller. Sa première révolution vestimentaire, elle l'invente avec les tenues équestres qu'elle porte à cheval, non pas en robe amazone mais en jodhpurs de peau, cravate et bandeau dans les cheveux.

vignette|redresse=1.0|Chanel dansant avec Boy Capel par Sem.

La fréquentation des relations de Balsan lui fait cependant rencontrer l'Anglais Arthur Capel, surnommé ; elle devient sa maîtresse en 1909 et le suit à Paris, où il lui offre sa première boutique. Capel est un homme d'affaires qui fait ensuite fortune dans les frets charbonniers durant la Grande Guerre, et un homme de cheval possédant une écurie de polo. Cette histoire d'un amour irrégulier (il épouse malgré tout une Anglaise) et sincère sera tragiquement et brutalement interrompue le quand Boy trouve la mort dans un accident de voiture, alors qu'il se rend à Monaco où l'attend sa femme. Coco Chanel est bouleversée du décès de celui qui a été également son mentor.

Une modiste à contre-courant vignette|redresse=1.0|Chapeau créé par Coco Chanel en 1912. Gabrielle Chanel ne reste cependant pas inactive. Mettant à profit les rudiments, enseignés à Moulins, du maniement du fil et de l’aiguille et de l’initiation prodiguée par Lucienne Rabaté, célèbre modiste du moment, elle se confectionne de petits chapeaux originaux qu’elle pose très bas sur son front. Pour assister aux mondaines courses de chevaux, elle n’arbore pas les robes des grands couturiers, mais ses propres réalisations. Jeune femme charmante, mais au style décalé, tantôt écolière en tenue sage noire et blanche, tantôt garçonne n’hésitant pas à porter polo, cardigan, jodhpurs et pantalons, elle invente déjà un nouveau style, une nouvelle allure. Ses créations avant-gardistes, très sobres, contrastent avec celles que portent les élégantes de l’époque.

En 1909, sur les conseils de Boy Capel, son artisanat débute boulevard Malesherbes, dans la garçonnière parisienne de son protecteur Étienne Balsan. Les chapeaux qu'elle propose à ses clientes sont des déclinaisons de ceux qu'elle fabrique pour elle-même et qui, au château de Royallieu, près de Compiègne, ont séduit ses amies, des demi-mondaines qui fréquentaient le lieu. Balsan ne croit pas à un succès commercial.

vignette|redresse=1.0|Caricature de Sem.

N'ayant pas de formation technique, ni d'outils de fabrication, dans un premier temps Chanel achète ses formes de chapeaux dans les grands magasins, puis les garnit elle-même, avant de les revendre. La nouveauté et l'élégance de son style font que, très vite, elle doit faire appel à sa cousine Adrienne et à sa sœur Antoinette pour la seconder. Ses créations de chapeaux, débarrassées des grandes plumes d'autruches ou autres froufrous volumineux, commencent à être appréciées pour leur simplicité et leur sophistication.

Ouverture des premières boutiques