Le théâtre de l'Odéon, dénommé depuis Odéon–Théâtre de l'Europe, est un théâtre français situé place de l'Odéon, dans le de Paris. Inauguré en , il accueille initialement la troupe du Théâtre-Français.

Depuis , il est l'un des six théâtres nationaux français. Son directeur actuel est Julien Gosselin (depuis le ).

Sur le plan architectural, il s'agit d'un théâtre à l'italienne avec des façades en style néoclassique. Il est classé au titre des monuments historiques depuis le ..

Son histoire est ponctuée par : deux incendies, en 1799 et 1818 ; la création publique du Mariage de Figaro en 1784 ; ou encore la direction de Jean-Louis Barrault et l'occupation des locaux lors des événements de mai 1968.

Histoire La première salle (1782-1799) Les projets vignette|left|upright=1.25|Façade du premier théâtre de l'Odéon.|alt=

En 1767, le marquis de Marigny, alors directeur des Bâtiments du roi, demande à Marie-Joseph Peyre et Charles De Wailly de travailler à un projet de nouvelle salle pour le Théâtre-Français.

Le , un arrêt du Conseil du Roi ordonne l'exécution du chantier sur le terrain du jardin de l'hôtel du prince de Condé, dont celui-ci souhaite se défaire afin de s'installer au palais Bourbon.

Deux autres projets sont alors élaborés : celui des architectes des Menus-Plaisirs du roi, Denis-Claude Liégeon et Jean Damun, soutenus par la troupe des Comédiens-Français, et celui de l'architecte de la ville de Paris, Pierre-Louis Moreau-Desproux. Mais Peyre et de Wailly l'emportent définitivement à l'automne 1778, grâce à la protection de Monsieur, frère du roi et du comte d'Angiviller, directeur général des Bâtiments du roi.

L'emplacement du théâtre est très légèrement modifié par rapport au projet initial, de manière à le rapprocher du palais du Luxembourg, demeure de Monsieur, frère du Roi, pour qu'il soit . Devant l'opposition des Comédiens-Français, le Premier gentilhomme de la Chambre leur signifie ..

Architecture et urbanisme Les travaux débutent en . Peyre est principalement responsable des extérieurs et Wailly des intérieurs. L'extérieur est d'une sobriété qui confine à l'austérité. Inspirée de Palladio, la façade originelle est flanquée de pavillons reliés par une arche, comme à la villa Pisani. De plan demi-circulaire, la salle du théâtre est la première salle « à l'italienne » dont l'orchestre (alors appelé parterre) est pourvu de bancs, alors que jusqu'alors le public assistait debout à la représentation. Cette innovation, qui répond aux théories nouvelles concernant l'architecture des théâtres, est vivement critiquée.

L'édifice est également conçu comme point focal d'un nouveau quartier, aménagé lui aussi sur les plans de Peyre et de Wailly : un faisceau de cinq rues (les rues Racine, de Voltaire - aujourd'hui Casimir-Delavigne -, de la Comédie - aujourd'hui de l'Odéon -, Crébillon et Regnard) convergent vers la scène du théâtre et aboutissent sur une vaste place semi-circulaire, qui dessert et met en valeur le bâtiment. Ce quartier offre des facilités de circulation et de stationnement remarquables pour l'époque.

Le théâtre jusqu'en 1789 La troupe de la Comédie-Française s'installe dans ses nouveaux murs le et la salle est inaugurée par la reine Marie-Antoinette le .

Le , l'aristocratie fait triompher. La Folle Journée ou Le Mariage de Figaro, de Beaumarchais, malgré l'avis contraire du roi qui en avait bien perçu le contenu subversif. « Je sais quelque chose de plus fou que ma pièce, c'est son succès » dira Beaumarchais. Le rôle de Figaro est créé par Dazincourt qui fut par ailleurs le professeur de la reine Marie-Antoinette.

Le comédien Talma fait ses débuts le .

La période de la Révolution

Par un décret de , l'Assemblée nationale rebaptise la salle « Théâtre de la Nation ». La loi sur la liberté des théâtres du fait perdre ses privilèges de répertoire à la Comédie-Française.

En 1791, l'interdiction par Suard de la pièce de Marie-Joseph Chénier Charles IX, provoque un conflit entre les comédiens fidèles au roi et ceux favorables à la République, ce qui conduira au départ de ces derniers en , menés par François-Joseph Talma, pour la nouvelle salle du Théâtre de la Liberté et de l’Égalité (l'actuelle Comédie-Française) au Palais-Royal. Georges Danton aurait dit :

Pour la plupart arrêtés durant la Terreur, les comédiens restés au Théâtre de la Nation sont finalement libérés à la chute de Maximilien de Robespierre, et retrouvent en leur théâtre devenu entre-temps « Théâtre de l'Égalité », pour des représentations données (décret du .), dans une salle transformée par la destruction des loges en amphithéâtre égalitaire tendu de draperies bleu-blanc-rouge. Mais les dissensions dans la troupe entraînent la fermeture du théâtre dès la fin . Les royalistes en rébellion contre la Convention nationale y tiennent leurs réunions.

Il rouvre le , sous la direction de l'entreprise de spectacles Dorfeuille & Cie, rebaptisé « Odéon », en référence aux odéons de la Grèce antique, et dans l'idée d'y créer .. En c'est la faillite. Dorfeuille n'aura laissé qu'. Charles-Barnabé Sageret rachète le bail le . Il dirige déjà deux salles, le Théâtre Feydeau et le Théâtre de la République, et projette de reconstituer la troupe des Comédiens-Français en réunissant les trois théâtres, les comédiens y jouant alternativement. Devant le rythme des représentations, les acteurs se révoltent contre leur directeur à la mi-. À la suite de l'incendie survenu le , tous les comédiens sont réunis dans la seule salle de la Comédie-Française, rue de Richelieu.

La deuxième salle (1808-1818) vignette|L'incendie de l'Odéon en 1818.|alt= Le théâtre de l'Odéon, cédé par Napoléon au Sénat (la charge ayant pris fin au ) et restauré à l'identique par l'architecte Chalgrin, rouvre en sous le nom de « Théâtre de Sa Majesté l'Impératrice et Reine ». Le privilège est concédé à Alexandre Duval. Louis-Benoit Picard lui succède en 1815, mais la salle est à nouveau détruite par un incendie le .

La troisième salle (depuis 1819) vignette|Affiche d'Eugène Grasset pour le Théâtre national de l'Odéon, 1890.|alt= alt=Action de l'Odéon Théâtre Royal, émise le 27 avril 1827, signée en original par le dramaturge Frédéric du Petit-Méré en tant que directeur (de février 1826 jusqu'à sa mort le 4 juillet 1827) |gauche|vignette|Action de l'Odéon Théâtre Royal, émise le 27 avril 1827, signée en original par le dramaturge Frédéric du Petit-Méré en tant que directeur (de février 1826 jusqu'à sa mort le 4 juillet 1827). Reconstruit par l'architecte Pierre Thomas Baraguay, adjoint de Chalgrin et architecte du palais du Luxembourg voisin, la nouvelle salle est inaugurée en et placée par sous la tutelle de la Comédie-Française, en tant que « Second Théâtre-Français ». Picard la dirige jusqu'en 1821.

L'année 1827, sous la direction de Thomas Sauvage, verra le triomphe d'une troupe de comédiens anglais qui fera dire à Berlioz .

Pendant les journées des « Trois Glorieuses », en , le théâtre est au centre de l'insurrection de la jeunesse révolutionnaire. .

En 1832, les arches de liaison sur les rues latérales sont démolies. Les deux bâtiments latéraux sont vendus et n'appartiennent plus au théâtre.

En 1848, Victor Hugo écrit : « L’Odéon est toujours désert. » Selon lui, « mettre un théâtre dans un quartier désert qu’on veut vivifier et s’imaginer qu’on y fera venir le public, c’est comme si l’on se figurait qu’en posant un poisson sur la terre quelque part, on y fera venir de l’eau. » D’autant, ajoute-t-il, que le faubourg Saint-Germain n’attire plus la population parisienne qui lui préfère les Tuileries, le Palais-Royal, le « boulevard de Gand » [aujourd’hui boulevard des Italiens]..

Sarah Bernhardt, engagée en 1862 à la Comédie-Française à sa sortie du Conservatoire, avait fait ses débuts à l'Odéon dans le rôle d'Aricie du Phèdre de Racine donné pour la fête de l'Empereur le . Mais c'est en 1869, dans un petit acte de François Coppée, Le Passant, qu'elle entre, sous le costume du « chanteur florentin », dans sa glorieuse carrière. En 1870, pendant le siège de Paris, elle obtient du Ministère de la guerre l'autorisation d'installer une ambulance militaire dans le foyer du théâtre. La République proclamée, l'Odéon rouvre ses portes. En 1872, Sarah Bernhardt triomphe dans Ruy Blas de Victor Hugo, avant de rejoindre la Comédie-Française. Charles de Chilly, directeur du théâtre, meurt en fêtant la centième de la pièce. Félix Duquesnel lui succède.

Soucis de confort et sécurité occuperont le dernier quart du : la scène et la salle sont chauffées par deux immenses calorifères, les foyers sont garnis de portraits de comédiens, bustes et médaillons ; on construit une terrasse d'évacuation pour le public. Duquesnel s'illustre par la création de pièces nouvelles et le soutien aux jeunes auteurs, justifiant ainsi le bien-fondé de la subvention de l'État, « seule garantie contre les tentations d'entreprises facilement lucratives » ; il inaugure également les matinées classiques du dimanche après-midi.

Le triomphe du règne de Paul Porel (nommé en 1884), homme de théâtre complet et charismatique, c'est la création en 1885 de l'Arlésienne d'Alphonse Daudet sur une musique de Georges Bizet avec l'orchestre Édouard Colonne, spectacle qui renflouera cinquante ans durant les caisses du théâtre, à chaque période difficile.

Directions : 1892-1896 : Émile Marck et Émile Desbeaux 1896 : Paul Ginisty et André Antoine qui démissionne 17 jours après sa nomination 1896-1906 : Paul Ginisty 1906-1914 : André Antoine

thumb|Les Truands.

Paul Ginisty monte plusieurs pièces de Georges Mitchell dont L'Absent (1903), pièce en 4 actes avec une musique de scène de Fernand Le Borne, pour laquelle son auteur sera récompensé en 1905 par l'Académie française. Mais le grand succès de sa direction sera Le Chemineau de Jean Richepin, créé en . Paul Ginisty instaure le principe des conférences lors des matinées classiques.

À la suite de l'incendie de la Comédie-Française en , la troupe des comédiens-français s'installe à l'Odéon qui se transporte au théâtre du Gymnase jusqu'à l'été suivant. En , Firmin Gémier remporte un gros succès avec sa composition du "colonel Brideau" dans La Rabouilleuse, pièce d’Émile Fabre d'après Balzac. Andrée Mégard, dans le rôle-titre, y triomphe également.

En 1907, sous la direction d'André Antoine, le théâtre comporte 1400 places. « Le second Théâtre Français doit être un instrument d'enseignement et d'éducation littéraire. J'en veux faire une de ces scènes à vaste répertoire peuplées des plus grandes œuvres. Enfin je trouverai là un terrain d'expériences pour la mise en scène, l'interprétation, les éclairages, la figuration … » Antoine crée un comité de lecture pour constituer un répertoire moderne. Durant les 7 ans de sa direction, le fondateur du Théâtre Libre s'imposera comme la grande figure du théâtre officiel. Sa mise en scène de Jules César de Shakespeare en , avec ses 525 figurants et plus de 70 machinistes (De Max en Marc-Antoine, Duquesne en Jules César) marquera l'histoire de la mise en scène française.

Paul Gavault succède à Antoine jusqu'en 1921. Pendant toute la durée de la guerre il s'efforcera de préserver l'activité du théâtre et les appointements des artistes.

Nommé en 1921, Firmin Gémier s'attache à la modernisation du bâtiment en accord avec ses préoccupations artistiques : nouveau jeu d'orgue électrique et suppression de la rampe. Il ne renonce pas pour autant à ses activités de comédien, son interprétation de Shylock dans Le Marchand de Venise restera légendaire. Instigateur du Théâtre National populaire dès 1920 et fondateur de la Société Universelle du Théâtre, son souci sera de toujours accompagner les évolutions du théâtre en France, d'ouvrir le répertoire aux pièces nouvelles des auteurs vivants, ainsi qu'aux classiques étrangers. Enfin côté public, Gémier élargit les séries d'abonnements et cherche à maintenir les tarifs les moins chers de Paris.