Jugurtha (en berbère : , , du berbère : , « il les a surpassés » yugar-ten « il les a surpassés, il les a terrassés », Mohand Akli Haddadou, 2004.), né vers à Cirta — actuelle Constantine en Algérie moderne — et mort en à Rome, est un roi numide.

On le connaît principalement par des historiens romains tels que Salluste. Il s'oppose durant sept ans à la puissance romaine en , durant un conflit qui nous est connu sous le nom de « guerre de Jugurtha ». À la suite de la trahison de son beau-père, le roi , Jugurtha est livré aux Romains. En , il est exhibé lors du triomphe de Marius à Rome, et ensuite jeté en prison, dans laquelle il meurt rapidement.

Biographie thumb|Monnaie romaine avec, sur la face de droite, le triomphe de Sylla, avec Bocchus en position de soumission et Jugurtha enchaîné derrière le trône. Exposé au musée d'Alger.|200x200px Jugurtha est le petit-fils du roi numide Massinissa qui fut un grand allié de Rome durant les guerres puniques ; il reçut le titre d'« ami de Rome ».

Son père est Mastanabal, frère de Micipsa, tandis que sa mère est une esclave concubine.

En , à la mort de Massinissa, le royaume de Numidie fut divisé parmi les trois fils du roi, Micipsa, Gulussa et Mastanabal, par Scipion Émilien, à qui Massinissa avait donné le pouvoir d'administrer son territoire. Micipsa reçut, dans le cadre de son héritage, la capitale de la Numidie, Cirta (avec le palais royal et le trésor présent), Gulussa reçut la charge de l'armée et Mastanabal, l'administration de la justice.

Jugurtha se montre brave et courageux et les armées numides et romaines sont victorieuses lors du siège de Numance en APPIEN, L'Ibérique, .. Jugurtha se fait beaucoup d'amis à Rome (notamment le général Scipion Émilien) et c'est peut-être à la suite de pressions des Romains que Micipsa finit par l'adopter trois ans avant sa mort, ce qui en fait l'un des héritiers du pouvoir.

Rome oblige Micipsa, dernier fils de Massinissa, à partager sa part entre ses deux fils, Hiempsal et Adherbal, et le fils naturel de son frère, Jugurtha.

Guerre de Jugurtha

vignette|244x244px|Buste de Jugurtha gravé sur une intaille en améthyste Jugurtha, qui ne veut pas voir le royaume de Numidie divisé de cette manière, n'accepte pas la décision du Sénat romain. En outre, ses cousins ne l'apprécient guère et ne se privent pas de railler son ascendance peu glorieuse. La même année, Jugurtha fait assassiner Hiempsal, le plus jeune des deux frères. Le Sénat ne paraît pas offusqué par cet étrange décès et la Numidie est partagée entre Adherbal et Jugurtha. Les deux hommes continuent néanmoins à se faire la guerre jusqu'en , date à laquelle Adherbal est assassiné par Jugurtha après le siège de Cirta. En outre, ce dernier s'empare aussi de la cité, massacrant les commerçants romains qui s'y trouvent.

Rome accepte mal que ses ressortissants aient été massacrés et que Jugurtha veuille mettre en place un royaume de Numidie fort et uni.

En , Jugurtha, séjournant à Rome et ayant appris que son cousin , fils de Gulussa, s'y trouve lui aussi, le fait assassiner ; il reçoit aussitôt du Sénat l'ordre de quitter l'Italie (Salluste, Bellum Iugurthinum, 35, 4-9).

Peu après, vers la fin de la même année , a lieu la bataille de Suthul, au cours de laquelle les troupes menées par Jugurtha battent l'armée romaine.

Le consul Calpurnius est alors envoyé en Afrique du Nord. Le conflit dure jusqu'en , date à laquelle Jugurtha accepte de faire la paix. À Rome, les avis sont divisés sur la question numide : les optimates considèrent que la Numidie doit rester un royaume indépendant, les populares considérant au contraire que la Numidie est une propriété du peuple romain. Jugurtha est alors convoqué devant le Sénat romain. vignette|262x262px|Jugurtha, enfermé dans la prison de Tullianum, en Rome antique. C'est alors que le consul Postimius Albinus propose de régler le problème en donnant la couronne à Massiva, un cousin de Jugurtha. Ce dernier tue Massiva et s'enfuit. Les hostilités reprennent alors. Postimius Albinus ayant été vaincu par Jugurtha à la bataille de Calama, il est remplacé par un nouveau consul, Quintus Caecilius Metellus, qui gagnera son surnom de Numidicus au cours de cette guerre.

En a lieu la bataille du Muthul, qui oppose les troupes de Jugurtha aux légions romaines commandées par Quintus Caecilius Metellus. Au cours des escarmouches, les Romains subissent de très lourdes pertes, mais la bataille est indécise, les Romains étant sauvés de la défaite grâce à Caius Marius. C'est à cette occasion que brille pour la première fois le génie militaire de Marius.

Caius Marius est soutenu par les populares, Caecilius Metellus étant le patron de Marius. Caecilius Metellus gagne le siège de Thala, mais est battu lors du siège de Zama. Metellus parvient à repousser Jugurtha jusqu'en Maurétanie. Cependant, il est relevé de son commandement en au profit de Marius. Ce dernier remporte de nouvelles victoires contre Jugurtha à Cirta et à Capsa, l'actuelle Gafsa. Mais il devient rapidement évident que Rome ne peut vaincre Jugurtha.

Chute gauche|vignette|201x201px|La capture de Jugurtha En , à la faveur d'un guet-apens, Jugurtha est livré aux Romains par Bocchus, son beau-père et jusque-là, son allié.... Sylla ayant réussi à convaincre ce dernier d'acheter la paix en livrant lui-même Jugurtha.. La Numidie est partagée : sa partie occidentale est attribuée à Bocchus, roi de Maurétanie, le reste est laissé sous l'autorité d'un roi vassal de Rome. Bocchus reçoit le titre d'« ami de Rome ».

La Numidie n'est pas annexée. Elle est cependant étroitement surveillée en devenant un royaume client de Rome. Les Romains placent sur le trône Gauda, fils légitime de Mastanabal. Marius est alors réélu consul en puis reçoit les honneurs du triomphe lorsqu'il retourne à Rome. Quant à Jugurtha, il est probablement exécuté par strangulation ou, selon certaines sources d'époques, mort de faim dans la prison de Tullianum, à Rome, vers vignette|Jugurtha figurant sur la liste de détenus de la prison Mamertine (Tullianum) à Rome, avec la mention : “mort de faim”|266x266px

Le conflit entre Rome et Jugurtha nous est surtout connu grâce à la Bellum Iugurthinum de l'historien romain Salluste.

Personnalité Jugurtha est dépeint par les historiens romains (donc des adversaires), comme étant un guerrier brave jusqu’à la témérité, menant des opérations de guérilla dans lesquelles il excelle mais n’hésitant pas à engager de vraies batailles, comme il l’avait appris des Romains en Espagne, sachant en même temps conduire une diplomatie complexe auprès du Sénat romain et de Bocchus, roi de Maurétanie, dont il obtint l’alliance. Mais à ces avantages s’ajoutent des traits de caractère particulièrement odieux : il méprise ses adversaires et sacrifie sans vergogne tout conseiller ou compagnon d’armes qui a cessé de plaire. Intelligent, ambitieux, il commet des erreurs de jugement aux conséquences catastrophiques pour l’avenir du royaume de Numidie..

Postérité vignette|Jugurtha sur un billet de 1000 Dinars algériens. Figure sur les billets de banque algériens l’effigie de Jugurtha aux côtés d'Abdelkader, dont les épopées sont souvent mises en parallèle Une montagne à Kalaat Senan en Tunisie, lieu d'une bataille entre Jugurtha et Marius, porte désormais son nom : la Table de Jugurtha.. De nos jours en Algérie, les expressions dénigrantes comme Backhèst biya (tu m'as fait honte) ou wejh el Backhes (tronche de Bokchss) feraient référence à la trahison 2000 ans plus tôt de Bocchus envers Jugurtha. Un astéroïde découvert par l'astronome sud-africain Cyril V. Jackson porte son nom, le (1248) Jugurtha. Un poème, Jugurtha, écrit par Arthur Rimbaud, lui est consacré. L'histoire de la guerre de Jugurtha a été romancée dans Tullianum, en kabyle, par Amer Oulamara. Une série de bande dessinée historique belge, en 16 tomes, inspirée de l'histoire de Jugurtha, a été publiée entre 1967 et 1995. Lorsqu'il était à l'Elysée, le président Valéry Giscard d'Estaing possédait une braque de Weimar nommée Jugurtha..

Notes et références

Annexes

Bibliographie Salluste, La Guerre de Jugurtha (traduction Nicolas Ghiglion), Éditions Allia, 2017, 140 , (lire en ligne) Jean Amrouche, L'Éternel Jugurtha, L'Arche, , Paris, 1946. Haouaria Kadra, Jugurtha. Un Berbère contre Rome, éd. Arléa, Paris, 2005. Jugurtha, série de bandes dessinées publiée de 1975 à 1995. Barbara Saly, Jugurtha, l'ennemi de Rome, , roman historique, éd. Édilivre Coup de coeur Collection, Paris, 2011. Martine Dal Zotto, Jugurtha, la Numidie et Rome, éd. des Cent Chemins, Paris, 2018. Idir Tas, Les derniers jours de Tullianum / The last days of Tullianum, Les Editions du Net, 2016.

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Liens externes

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