L'Amour des trois oranges, op.33 (en , Lioubov k triom apelsinam) est un opéra en un prologue et quatre actes (dix tableaux) de Sergueï Prokofiev d'après la pièce de Carlo Gozzi, L'Amore delle tre melarance (1761).
L'opéra fut créé en version française en 1921 (livret de Prokofiev et de ) et représenté en russe le 18 février 1926 au Théâtre Mariinsky de Leningrad et le 19 mai 1927 au Théâtre Bolchoï de Moscou. La marche de l'opéra est sans doute le passage le plus connu de l'œuvre. Le scherzo aussi a acquis une certaine popularité.
Historique Le drame de l'opéra est basé sur (1761), pièce écrite sous forme de fiaba (conte de fées) de Carlo Gozzi, lui-même inspiré par le conte populaire des Trois cédratsin : issu du recueil napolitain Le Conte des contes (1634-1636 ; récit n° V-9) de Giambattista Basile.
On ne dispose d'aucun document étayant l'affirmation selon laquelle Guillaume Apollinaire aurait fait découvrir la pièce au célèbre et révolutionnaire metteur en scène Vsevolod Meyerhold. Popularisée, voire institutionnalisée en France, cette thèse est contredite par des documents et la correspondance de Meyerhold prouvant que c'est en réalité l'historien du théâtre Sergeï Ignatov (ru) qui lui envoya et fit découvrir l'œuvre de Gozzi dès décembre 1911.
Fasciné par ce texte, Meyerhold en fit le cœur d'un projet théâtral d'avant-garde : en 1914, il créa sa propre revue théâtrale qu'il nomma précisément L'Amour des trois oranges, et y publia une adaptation modernisée de la pièce sous forme d'un scénario-canevas de spectacle. C'est ce scénario que Meyerhold transmit à Prokofiev le 21 avril 1918, alors que la Russie sombrait dans la guerre civile, en poussant le compositeur à en faire un opéra.
Lors de son voyage d'exil aux États-Unis de mai à septembre 1918, Prokofiev commença son travail en concevant la structure de l'œuvre à bord du navire S.S. Grotius en août 1918, avant d'atteindre New York le mois suivant. À son arrivée à Chicago, au début de l'année 1919, le projet s'accélèra lorsque le directeur de la , Cleofonte Campanini, lui passa officiellement commande. Prokofiev s'attela immédiatement à l'écriture, et malgré une grave scarlatine, acheva le livret en russe et l'intégralité de la partition musicale le 1er octobre 1919. Les artistes de la compagnie ne maîtrisant pas le russe, le livret fut traduit en français par Prokofiev et la soprano .
Toutefois, la mort subite de Campanini en décembre 1919 gela le projet. Au cours des deux années suivantes, la production subit un report puis une annulation complète, provoquant un désastre financier pour le compositeur qui survit à peine grâce à ses récitals de piano. Le spectacle approchait alors 80 000 dollars de l'époque (plus d'un million de dollars actuels) pour des décors extravagants signés Boris Anisfeld, suscitant un tel engouement que des producteurs d'agrumes de Floride tentèrent d'acheter des droits publicitaires exclusifs dans le hall du théâtre. Ce fut finalement la célèbre diva Mary Garden, nommée directrice en 1921, qui sauva in extremis la production. Les répétitions restèrent orageuses, donnant lieu à une dispute de vingt minutes entre le compositeur et le producteur pour déterminer si le Prince malade devait cracher ou éternuer.
Lors de la création à l' à Chicago, le 30 décembre 1921, sous la direction du compositeur, l'œuvre remporta un brillant succès public face à une salle comble qui tonna d'applaudissements, même si l'accueil glacial des critiques américains traditionalistes, déroutés, bloqua l'essor de l'opéra.
L'ouvrage fut ensuite représenté à New York (14 février 1922), en allemand à Cologne (14 mars 1925) et Berlin (9 octobre 1926), en russe à Léningrad (18 février 1926) et Moscou (19 mai 1927).
La France dut attendre le 27 juin 1956 pour voir la première représentation de L'Amour des trois oranges, par le Théâtre national de Ljubljana, au Palais Garnier, avant l'entrée au répertoire à l'Opéra de Paris (Opéra-Comique) le 9 février 1983.
La version française a le grand mérite pour le spectateur francophone de permettre une bonne compréhension des dialogues, sinon de l’histoire elle-même. En effet, basé sur le conte de Carlo Gozzi, le livret entremêle plusieurs intrigues, introduit des personnages féeriques et de la Commedia dell’arte, pour atteindre un niveau de loufoquerie rarement vu à l’opéra.
Résumé L’opéra retrace les aventures d’un prince très peureux que Truffaldino, spécialiste en farces et attrapesCe personnage est basé sur l'Arlequin de la commedia dell'arte., est chargé de guérir par le rire. Il est aidé par le pitoyable mage Tchélio qui s’oppose à l’efficace Fata Morgana, sorcière associée à Léandre et Clarice (ils veulent prendre la place du prince lorsqu'il mourra). Fata Morgana impose au Prince la conquête de l’amour des trois oranges, gardées par une horrible cuisinière. Le Prince y parvient avec l’aide de Truffaldino et les oranges font place à trois belles princesses dont deux meurent rapidement de soif. Grâce à l’intervention du chœur des « Ridicules », la troisième jeune fille, la princesse Ninette, est sauvée de la mort. Mais alors que le Prince s’en va pour lui chercher une robe digne de la cour, elle est transformée en rat par Fata Morgana aidée de son esclave Sméraldine. Après quelques ultimes péripéties, la princesse Ninette retrouve la forme humaine et épouse le Prince.
Personnages
Équipe artistique de la création Sergueï Prokofiev : direction musicale Jacques Coini : mise en scène Boris Anisfeld : décors et costumes
Distribution
+ Distribution de la création mondiale (30 décembre 1921) Rôle Tessiture Création mondiale(Auditorium Theatre, Chicago, 30 décembre 1921)Direction : Sergueï Prokofiev Le Prince ténor José Mojica Le Roi de Trèfle, père du prince basse James Francis La Princesse Clarice, nièce du roi mezzo-soprano Irene Pavloska Léandre, Premier ministre du roi baryton-basse William Beck Truffaldino, jongleur ténor Octave Dua Pantalon, conseiller du roi baryton Désiré Defrère Tchélio, magicien protecteur du roi basse Hector Dufranne Fata Morgana, sorcière protectrice de Léandre soprano Nina Koshetz Linette, princesse enfermée dans l'orange contralto Philine Falco Nicolette, princesse enfermée dans l'orange mezzo-soprano Frances Paperte Ninette, princesse enfermée dans l'orange soprano Jeanne Dusseau La Cuisinière basse enrouée (travestie) Constantin Nikolay Farfarello, démon baryton James Wolfe Sméraldine, servante noire de Fata Morgana mezzo-soprano Jeanne Schneider Le Héraut basse Le Maître de cérémonie ténor Lodovico Oliviero Les Ridicules, les Tragiques, les Comiques, les Lyriques, les Têtes vides, les Médecins, les Petits Diables, les Courtisans chœur Chœurs de la Chicago Opera Association
Notes et références
L’orchestre est particulièrement fourni : cordes, 1 piccolo, 2 flûtes, 1 cor anglais, 3 clarinettes, 3 bassons, 6 cors en fa, 3 trombones, 1 tuba, timbales, grosse caisse, triangle, tambour, tam-tam, clochettes, xylophone, 2 harpes.
Discographie sélective OrchestreChœurDirectionMarqueAnnéeOrchestre de Radio MoscouChœur de Radio MoscouDzhemal DalgatPeriod (Thrift Edition)1950version russeOrchestre de l'Opéra de LyonChœur de l'Opéra de LyonKent NaganoVirgin Classics1989version françaiseOrchestre du théâtre de KirovChœur du théâtre de KirovValery GergievPhilips Classics2001version russeOpéra et ballet australienChœur de l'Opéra d'AustralieRichard HickoxChandos Records2005version anglaise
Adaptations À partir de son opéra, Prokofiev a composé une suite orchestrale, op. 33bis, comprenant six mouvements (durée : de 15 à 20 minutes) et créée à Paris le , ainsi qu'une transcription pour piano de la Marche et du Scherzo, op. 33ter (1922).
Les six mouvements de la suite sont : 1. Les Ridicules (Vivo). Il s'agit d'un condensé des scènes où apparaissent ces personnages. Aussi cette pièce ne se trouve pas dans l'opéra. 2. Le Magicien Tchélio et Fata Morgana jouent aux cartes (scène infernale) (Allegro moderato - Più mosso). Il s'agit de la danse infernale des diablotins autour de la partie de cartes des deux protagonistes. 3. Marche (Tempo di Marcia). Elle revient plusieurs fois dans l'opéra, notamment lors des scènes avec le Prince. 4. Scherzo (Allegro con brio). Décrivant la fuite du Prince et de Truffaldino après que Fata Morgana leur a ordonné de voler les trois oranges. 5. Le Prince et la Princesse (Andantino - Poco più mosso - Tempo I). Le duo d'amour entre les deux personnages mais sans cesse troublé par les commentaires des Ridicules. Ce passage a été entièrement recomposé et reste éloigné de la partition originale. 6. La Fuite (Allegro - Andante assai - Allegro con brio). Correspond à la scène finale : la fuite des comploteurs, aidés de Fata Morgana. Prokofiev a modifié la fin pour terminer la suite brillamment en reprenant le thème de la fuite.
Discographie sélective de la Suite, op.33bis OrchestreDirectionMarqueAnnéeNational Symphony OrchestraLeonard SlatkinRCA Victor (BMG Classics)1998Orchestre national de FranceLorin MaazelSony Classical1991
Articles connexes Les Trois Cédrats, conte de Giambattista Basile
Liens externes
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