thumbtime=2|thumb|Vidéo explicative: Qu’est-ce que la maladie de Parkinson?, 1:58

La maladie de Parkinson (abrégée « Parkinson », ou MP) porte le nom de James Parkinson, un médecin anglais ayant publié la première description détaillée de celle-ci dans An Essay on the Shaking Palsy en 1817. C'est une maladie neurodégénérative irréversible d'évolution lente. Caractérisée par une perte progressive de neurones dopaminergiques, cette maladie chronique affecte le système nerveux central (SNC) et provoque des troubles progressifs d'ordre moteurs, cognitifs et comportementaux. La « Triade parkinsonienne » regroupe les trois principaux symptômes moteurs de la maladie : akinésie, rigidité plastique et tremblements de repos. C'est le second trouble neurodégénératif le plus fréquent après la maladie d'Alzheimer. La démence associée à la maladie de Parkinson est plus courante dans les stades avancés de la maladie.

Ses causes sont encore mal connues, mais on estime qu'une combinaison entre facteurs génétiques et environnementaux joue un rôle. Le tableau clinique est majoritairement la conséquence de la perte de neurones du (ou « substance noire ») et d'une atteinte des . La maladie débute habituellement entre 45 et et 1 % des personnes de plus de 60 ans en sont atteintes. La maladie de Parkinson se distingue des syndromes parkinsoniens qui sont généralement d'origines diverses, plus sévères et répondent peu aux traitements.

Aucun remède à la maladie de Parkinson n'est connu, son traitement est symptomatique. Les traitements de première intention sont l'administration de levodopa (L-DOPA), les inhibiteurs de monoamine oxydase B (MAO-B) et les agonistes dopaminergiques. Ces traitements médicamenteux perdent en efficacité avec la progression de la pathologie et produisent des effets secondaires dont des mouvements involontaires et des désordres comportementaux. D'autres formes de prises en charge (kinésithérapie, orthophonie, etc.) ont montré leur efficacité. En France, les agriculteurs ayant manipulé des pesticides pendant au moins 10 ans sont susceptibles d'être pris en charge à 100 % et d'être indemnisés.

Physiopathologie et anatomopathologie alt=Molécule de la dopamine.|vignette|244x244px|Molécule de la dopamine. alt=Localisation de la substance noire dans le cerveau.|vignette|Localisation de la substance noire dans le cerveau. La physiopathologie de la maladie a été éclairée par la découverte de nombreux gènes impliqués dans des formes rares de la maladie. La maladie de Parkinson n'est pas liée à la maladie d'Alzheimer. Dans la maladie de Parkinson, un déficit de dopamine apparaît dans certaines structures du cerveau et notamment de la substance noire. La substance noire est un noyau du mésencéphale émettant une grande partie de la dopamine vers le reste du cerveau. La dopamine est un neurotransmetteur appartenant aux monoamines et plus précisément aux catécholamines. Elle sert de messager chimique entre deux neurones, synthétisée dans une terminaison axonale puis libérée dans la fente synaptique en réponse à un influx nerveux. Elle effectue son action de manière métabotropique au sein du système dopaminergique via les récepteurs dopaminergiques, ces derniers pouvant appartenir à deux grandes familles dites « famille D1 » ou bien « famille D2 ».

Les altérations cérébrales dues à la maladie de Parkinson ne se limitent pas seulement à la sphère dopaminergique ; de nombreux systèmes de neurotransmetteurs (sérotoninergiques, cholinergiques, glutamatergiques, adénosinergiques, noradrénergiques ou encore adrénergiques) sont également atteints. Le dérèglement du système dopaminergique par dégénérescence des neurones dopaminergiques dans la pars compacta du locus niger est néanmoins caractéristique de cette maladie ; c'est elle qui induit les principaux symptômes de la maladie de Parkinson.

Les processus biologiques suspectés d'entraîner la perte neuronale sont multiples : dysfonctionnement mitochondrial, apoptose, accumulation de protéines neurotoxiques et stress oxydant affectant la réparation de l'ADN neuronal lors de stress physicochimiques du neurone ; l'hyperactivation inappropriée de la protéine Cdk5 () normalement présente dans les neurones, supprime l'enzyme APE1 (voir Endonucléase) nécessaire à la réparation de l'ADN, ce qui peut conduire à la destruction de neurones. En 2003, il a été montré que la voie Cdk5-APE1 était perturbée chez des patients victimes de la maladie de Parkinson ou d'Alzheimer. De même, une protéine mal conformée, l'α-synucléine, s'accumule anormalement dans les corps de Lewy et les neurites. Selon certains auteurs cette protéine aurait un comportement infectieux de type prion.

Stades de Braak pour la maladie de Parkinson sporadique vignette|Découpage en stades de Braak pour la maladie de Parkinson sporadique : Le jaune de la partie inférieure de l'image représente l'origine de la pathologie de Parkinson. Le rose et le violet représentent les zones atteintes au cours des stades 1 et 2. Le bleu représente les nouvelles zones atteintes en stades 3 et 4. Le orange représente le stade 5. Le jaune ocre de la partie supérieure de l'image représente l'implication du néocortex dans son ensemble et le stade 6. En 2003, Braak et collègues ont publié un modèle portant sur l'évolution de l'anatomopathologie et de la symptomatologie de la maladie de Parkinson sporadique. Ce modèle est issu de l'étude rétrospective de cas diagnostiqués (de manière incidente ou clinique) de la maladie de Parkinson et au travers de l'observation d'épaisses sections provenant de nombreuses régions cérébrales. Ce fut le premier modèle à inclure le bulbe olfactif au sein d'un modèle de l'évolution de la maladie de Parkinson. Ce modèle influent pour la neurologie a permis d'ouvrir des pistes de recherche sur la maladie de Parkinson prodromale, sur l'identification des personnes à risque de la développer, ainsi que sur ses biomarqueurs potentiels utilisable au cours des phases précoces.

Une hypothèse de ce modèle est que la forme sporadique démarre par l'intrusion d'un agent extérieur au sein du corps humain, son entrée se faisant soit par le système respiratoire (le nez) soit par le tractus digestif. Cet agent pathogène arriverait ensuite au système nerveux central et serait à la base de la formation des corps de Lewy. La présence de ces inclusions au sein du système nerveux périphérique et notamment entérique est utilisé comme argument pour supporter cette hypothèse. Les auteurs supposent également que la maladie démarre au sein du système nerveux entérique et n'atteint le système nerveux central qu'au travers du nerf vague. De plus, la pathologie cérébrale démarrerait au sein des noyaux moteurs dorsaux IX/X des nerfs vague et glossopharyngien. Le découpage de l'évolution de la maladie se fait ici en six grandes périodes appelées stades, chacun se rapportant à des structures neuronales ainsi que des symptômes spécifiques qui n'étaient respectivement pas atteintes ni présents au cours des stades précédents. Dans cette étude, le cortex cérébral ne comporte jamais d'inclusions de Lewy à moins qu'il n'y ait de lésions de la moelle spinale. En termes de symptomatologie, le type et la sévérité des symptômes sont liés à la progression au travers de ces différents stades. Les stades les plus précoces se caractérisent par des symptômes non moteurs tels que la constipation et la perte progressive de l'odorat. Les symptômes moteurs ne prennent part qu'à partir de la moitié de l'évolution (c'est-à-dire au cours des stades 3 et 4). Enfin, Braak et collaborateurs notent que les corps de Lewy sont typiquement localisés au sein de dépôts de lipofuscine ou de granules de neuromélanine.

Stade 1 vignette|Neurites de Lewy dans un cas de démence à corps de Lewy. Application de la teinte par immunohistochimie. Le stade 1 se caractérise par une implication plus ou moins limitée à la moelle allongée (medulla oblongata). La maladie démarre au sein des structures inférieures de la moelle spinale et du système olfactif. En particulier, le noyau moteur dorsal du nerf vague de la moelle allongée et du noyau olfactif antérieur sont affectés. Les « neurites de Lewy », qui sont des agrégats d'α-synucléine filiformes, sont plus prévalents que les corps de Lewy globulaires à ce stade.

Stade 2 vignette|Teinte positive à l'α-synucléine d'un corps de Lewy sur coupe histologique d'un patient atteint de la maladie de Parkinson. Tout comme le stade 1, le stade 2 se caractérise par une implication plus ou moins confinée aux territoires de la moelle allongée. En plus des atteintes observées au cours du premier stade, le stade 2 se caractérise par des lésions des noyaux du raphé du noyau réticulaire gigantocellulaire de la moelle allongée. La maladie évolue alors jusqu'à la moelle spinale, traversant des structures médullaires au locus coerelus dans le tegmentum pontique. De la même manière qu'au premier stade, les neurites de Lewy surpassent en nombre les inclusions à corps de Lewy. Ces premières lésions des stades 1 et 2 sont dites non répondantes aux agonistes dopaminergiques car elles n'ont pas encore trait à la substance noire. Une caractéristique clé de ce stade est l'apparition d'inclusions de Lewy dans les neurones de projection chargés en lipofuscine des noyaux caudaux du raphé et de la formation réticulaire. Les neurones de projection du complexe coerelus/sous-coerelus sont les premiers neurones chargés en neuromélanine du cerveau à développer des inclusions de Lewy.

Stade 3 Le stade 3 se définit par une atteinte principalement limitée au tronc cérébral inférieur et supérieur en l'absence de lésions corticales. Au commencement du stade 3, la maladie a commencé à émerger au sein de mélanoneurones de la substance noire et des inclusions de corps de Lewy commencent à se former dans la pars compacta de la substance noire. Les neurones chargés en neuromélanine développent typiquement des corps de Lewy à l'intérieur de leurs accumulations de neuromélanine, et on observe souvent l'apparition d'un groupe de petits corps de Lewy dans un seul périkaryon. Au cours de la deuxième moitié de ce stade, il y a progression des lésions dans le noyau de Meynert qui est un noyau du prosencéphale basal riche en neurones cholinergiques. Plus généralement, les neurones chargés en lipofuscine de noyaux magnocellulaires du prosencéphale basal commencent à être impliqués. Les structures affectées au cours des stades 1 et 2 commencent à développer plus de corps de Lewy.

Stade 4 Le stade 4 se définit toujours par une atteinte principalement limitée au tronc cérébral inférieur et supérieur. Toutefois, à la différence du stade 3, on y observe les premières affections du cortex via le mésocortex temporal antéromédial. Le stade 4 se caractérise par une destruction sévère des neurones dopaminergiques de la pars compacta. Les neurones chargés en neuromélanine des noyaux vulnérables de la substance noire sont alors considérablement atteints. Il existe également une implication de l'allocortex, mais le néocortex n'est pas affecté au cours de ce stade. En particulier, on peut observer la pathologie au sein de l'amygdale et des noyaux du thalamus. Des dommages significatifs sont causés aux noyaux olfactifs antérieurs et on observe une très nette implication des noyaux magnocellulaires du prosencéphale basal.

Stade 5