L’affaire Seznec est une affaire criminelle célèbre dans laquelle Guillaume Seznec est reconnu coupable, en 1924, du meurtre de Pierre Quéméneur, conseiller général du Finistère, et de faux en écriture privée. Par la suite, le jugement a fait l’objet de quatorze demandes de révision entre 1925 et 2001Le chiffre varie selon les sources et les points de vue, allant de neuf pour l'avocat général près la Cour de cassation Jean-Yves Launay, à quatorze pour la Cour de révision – qui les a toutes examinées en su du dossier judiciaire – et l'avocat et écrivain Denis Langlois. Selon Denis Seznec, sa grand-mère aurait adressé de sa propre initiative de simples courriers au Garde des Sceaux, non accompagnés de mémoires de révision rédigés par des avocats, correspondance qui aurait été comptabilisée improprement au nombre des requêtes., toutes rejetées, malgré le combat mené par la famille de Seznec, sa femme d'abord, puis l'une de ses filles, puis son petit-fils Denis Seznec, et les larges campagnes menées en faveur de la révision de son procès.
L'affaire L'homme d'affaires et homme politique Pierre Quéméneur disparaît en 1923, pendant un voyage d'affaires qu'il effectuait en automobile avec Guillaume Seznec entre la Bretagne et Paris. Ce voyage avait pour objet, selon Seznec, la vente à l'Union soviétique de voitures Cadillac rétrocédées à la France par l'armée américaine après le premier conflit mondial. Seznec est rapidement soupçonné puis inculpé et condamné pour le meurtre de Quéméneur bien que le corps de celui-ci n'ait jamais été retrouvé. Lors du procès de Seznec, plusieurs témoins déclareront avoir croisé l'intéressé après la date présumée de sa disparition.
Seznec est également condamné pour avoir réalisé une fausse promesse de vente en double exemplaire, selon laquelle, trois jours avant sa disparition, Quéméneur lui aurait cédé sa propriété de Traou-Nez pour un prix très inférieur à sa valeur réelle.
Le procès de Seznec, au cours duquel cent-quarante-huit témoins sont entendus, dure huit jours et prend fin le . L'accusé est reconnu coupable « de faux en écriture privée et du meurtre de Pierre Quéméneur ». La préméditation étant écartée, il est condamné aux travaux forcés à perpétuité, alors que l'avocat général avait requis la peine de mort. Après le rejet de la quatrième requête en révision du procès, Seznec est conduit en Guyane, d'abord au camp de la Transportation de Saint-Laurent-du-Maroni le , sous le numéro 2000 ans d'histoire, présenté par Patrice Gélinet, France Inter, ., puis au bagne de l'Île Royale en 1928 et, de nouveau, à Saint-Laurent-du-Maroni en 1942. Plusieurs ouvrages attestent des conditions de vie très pénibles qui étaient celles du pénitencier installé en GuyaneMichel Pierre, Bagnards : la terre de la grande punition : Cayenne, 1852-1953, Paris, Autrement, 2000, 262 p..
Après la Seconde Guerre mondiale et la fermeture du bagne de Guyane, Seznec bénéficie d'une réduction de peine de dix ans, ce qui permet sa libération le et son retour en métropoleSa peine de travaux forcés à perpétuité avait été commuée en peine de vingt ans en 1938, cf. Denis Langlois, Pour en finir avec l'affaire Seznec, Paris, La Différence, 2015, . . Renversé par une camionnette, il meurt à Paris le des suites de ses blessures.
Protagonistes Guillaume Seznec
Joseph Marie Guillaume SeznecLe nom breton Seznec vient de l'hagionyme Sezni, saint originaire d'Irlande au . Cf. ., né le , à Plomodiern, dans le Finistère, et mort à Paris, le , est le fils d'Yves Seznec et Marie-Anne Colin, qui possédaient dans le hameau de Kernéol une ferme assez grande.. Son père décède alors qu'il n'est âgé que de six ans. Sa mère dirige avec autorité les sept garçons de la ferme et les deux servantes travaillant sur l'exploitation. Après des études médiocres, Guillaume quitte le collège à seize ans pour rejoindre la ferme familiale. Cependant, le travail de la terre ne le passionne pas ; il s'intéresse surtout à la mécanique.
Le , il épouse Marie-Jeanne Marc, fille de commerçants de Plomodiern. Le couple achète peu après un commerce de vente et réparation de bicyclettes situé sur la place de Plomodiern, en face de l’église. À l'époque où il effectue une période militaire à Châteaulin, sa femme donne naissance le 1908 à une fille prénommée Marie. Informé de l'événement par télégramme, Guillaume revient aussitôt chez lui, lorsque la grange voisine de son domicile est ravagée par un incendie. Il se précipite alors à l'intérieur de son magasin pour sauver ce qu’il peut de sa marchandise, lorsqu'un bidon d’essence explose, le brûlant au visage et aux mains, ce qui lui laissera de graves cicatrices.
Le , naît un deuxième enfant, qui reçoit le prénom de Guillaume, comme son père.
Avec les de dédommagements accordés par l’assurance, le couple Seznec achète un nouveau commerce en : une blanchisserie située à Saint-Pierre-Quilbignon, un faubourg de Brest. Le de cette même année, Marie-Jeanne donne naissance à un troisième enfant, Jeanne.
Quand éclate la Première Guerre mondiale, Guillaume, réformé en raison de ses brûlures, reste en Bretagne. L'armée, qui a réquisitionné les locaux, lui confie le nettoyage du linge d'une partie de la garnison de Brest. Un quatrième enfant, prénommé Albert, naît peu de temps après, le . Selon son petit-fils Denis et bien qu'il n'ait pas existé de poudrerie sur l'Île d'Ouessant, Seznec se serait porté volontaire pour y aller. Il y serait resté un an, période durant laquelle Marie-Jeanne aurait dirigé la blanchisserie.
En 1918, le régiment stationné jusqu'alors à Brest est transféré à Morlaix ; la famille Seznec suit. Le couple se porte acquéreur d’une scierie désaffectée située à la sortie de la ville, à Traon-ar-Velin. Ils vont y résider pendant une longue période.
vignette|Maison des Seznec à Morlaix (photographie publiée dans Le Petit Parisien du 2 juillet 1923). La blanchisserie de Saint-Pierre-Quilbignon reste en activité jusqu'à ce qu'elle soit la proie des flammes en 1922, alors que l’un des frères de Marie-Jeanne, Charles Marc, s'apprête à la racheter à Guillaume, un accord ayant été conclu pour un paiement échelonné. Les échéances de paiement n'étant pas arrivées à leur terme au moment de l'incendie, Seznec en est encore le propriétaire et perçoit d'indemnités de l’assurance. Ce deuxième incendie paraît suspect à certains et fait jaser : la question sera posée lors du procès de 1924 d'incendies volontaires provoqués pour percevoir frauduleusement des primes à l'assurance.
C'est à cette époque que Seznec, qui projette de remettre en activité la scierie de Traon-ar-Velin, fait la connaissance de Pierre Quéméneur, conseiller général du Finistère. Ce dernier, bien que négociant en bois, aurait surtout été intéressé par un stock de couvertures que Guillaume avait acheté dans les stocks américains laissés après la Première Guerre mondiale et qu'il comptait revendre avec de substantiels bénéfices.
En 1923, après d’importants travaux, la scierie de Traon-ar-Velin reprend ses activités et Seznec devient maître de scierie. L'entreprise emploie une douzaine d’ouvriers. Deux personnes servent fidèlement la famille : Angèle Labigou, l'employée de maison (comptant parmi les quatre-vingts créanciers de l'affaire quand elle sera liquidée), et Sanson, le chauffeur (qui s’occupe des machines et des véhicules).
Pierre Quéméneur
Pierre Quéméneur, pour l'état-civil Pierre QuéménerLa presse ayant adopté d'emblée la graphie Quéméneur, c'est celle-ci qui continue à être employée., né le à Commana (Finistère), près de Landivisiau, est un entrepreneur et homme politique français dont la disparition, en 1923, est à l'origine de l'affaire Seznec.
Ses parents tenaient une petite ferme. En 1903, la propriété a été vendue et le jeune homme a acheté à Saint-Sauveur, dans le canton de Sizun, avec son frère et deux de ses sœurs, une petite maison comportant, au rez-de-chaussée, un modeste débit de boissons. Il a alors vingt-six ans, de l'ambition et le désir de sortir de sa condition et de réussir. Élu conseiller municipal en 1914, il fait du commerce, en vendant un peu de tout (vin, cidre, alcool, bétail, charbon de bois, etc.).
Il se lance ensuite dans le commerce du bois (achat aux paysans et aux forestiers, fourniture de poteaux pour les mines). La Première Guerre mondiale qui éclate va l'aider, comme beaucoup, à passer au stade supérieur. Le génie militaire consomme en effet une très grande quantité de poteaux de mine pour consolider les tranchées.
Les hostilités terminées, Pierre Quéméneur est devenu un homme riche. Maintenant international, son commerce s'étend à l’Angleterre, à la Sarre, à la Belgique, etc. Des bateaux chargés de poteaux de mine vont et viennent entre Le Havre et l’Angleterre.
C’est alors qu’il achète Ker-Abri, une demeure bourgeoise qui domine Landerneau. Avec ses tourelles à clochetons pointus, elle ressemble à un château. Il acquiert également à Plourivo, près de Paimpol, le domaine de Traou-Nez. Il s'agit d'une magnifique propriété comportant de sapins. Il en confie la gestion et l’exploitation à son frère Louis, qui le sert fidèlement. Lui-même s’installe au manoir de Ker-Abri, en compagnie de sa sœur Jenny, qui tient la maison. Son autre sœur, Marie-Anne, s’est mariée en 1920 avec Jean Pouliquen, clerc de notaire à Pont-l'Abbé. Quéméneur lui a prêté pour lui permettre d'acheter une étude, prêt non encore remboursé.
En 1919, l'entrepreneur est élu conseiller général du Finistère dans son canton natal.
En compagnie de ses pairs, les notables, c'est un client assidu des bons restaurants de la région. À Morlaix, il fait partie d’une sorte de club, le Cercle des arts, où se retrouvent notamment des notaires, des chefs d’entreprises, des pharmaciens et des médecins de la régionIl convient de souligner que le portrait de Quéméneur parvenu jusqu'à nous se fonde moins sur le souvenir de ses proches que sur ce qui a été écrit à propos de l'affaire. Or cette abondante littérature peut être considérée comme sujette à caution quant à sa neutralité en raison du parti pris dont elle a souvent fait preuve, dès les années 1920, en faveur de Seznec..
Après la guerre, Quéméneur lie connaissance avec Guillaume Seznec, qui envisage de remettre en activité la scierie de Traon-ar-Velin. Il ignore tout des dettes dont est l'objet celui qui devient son associé. Même si Quéméneur est négociant en bois, les deux hommes discutent du stock de couvertures de l'armée américaine que Seznec a acquis et qu'il compte revendre avec de substantiels bénéfices.
Débuts de l'affaire : mise en relation des deux hommes et voyage