Lucienne Delyle, née Lucienne Henriette Delache, le Extraits de naissance et de décès, Les Gens du Cinéma. dans le arrondissement de Paris et morte le à Monaco, est une chanteuse française ayant enregistré de nombreux succès dans les années 1940 et 1950. Sa chanson Mon Amant de Saint-Jean (1942) est considérée comme un monument intemporel de la chanson populaire française.

Biographie

Née dans une famille aisée, Lucienne DelacheLégitimée sous le patronyme « Trinquier ». devient orpheline très jeune. Après le lycée, elle entreprend des études de préparatrice en pharmacieLucienne Delyle, hirondelle des faubourgs, movie-musical-world, 4 avril 2009..

Premier prix au radio-crochet

Passionnée par la chanson française des années 1930, elle pratique la chanson en amatrice sous le nom de scène de Lucienne Delyne (avec un « n », comme dans le nom de son actrice préférée, Christiane Delyne), avant d'opter pour un « l » (Delyle) à la place du « n » (Delyne).

En 1939, Jacques Canetti, directeur artistique de Polydor, remarque son interprétation du Fanion de la Légion lors du radio-crochet dont il est l'animateur sur Radio CitéElle obtient le premier prix.. Il engage aussitôt la jeune amatrice dans Le music-hall des jeunes, une émission présentant les jeunes talents.

Cette même année, ses premiers enregistrements, notamment la valse romantico-poétique Sur les quais du vieux ParisLucienne Delyle, dutempsdescerisesauxfeuillesmortes.net., la hissent au rang des chanteuses populaires françaises. Deux autres chansons, Elle fréquentait la rue Pigalle et Je n'en connais pas la fin, sont empruntées au répertoire d'Édith PiafBiographie de Lucienne Delyle, chantefrance.com.Philippe Laxague, Lucienne Delyle, radiopluriel.fr, 30 mai 2019.. Toujours en 1939, elle se produit sur scène à L'Européen et à l'ABC.

Collaboration avec Aimé Barelli

En 1940, elle rencontre le trompettiste de jazz et arrangeur Aimé Barelli (1917-1995), qui devient son compagnon et son meilleur collaborateur, composant pour elle des chansons mises en paroles par le grand parolier Henri Contet.

Années de l'Occupation

En 1941, elle chante Le paradis perdu avec l'orchestre de Raymond Legrand et produit sur la scène de l'Alhambra.

Léon Agel et Émile Carrara en 1942 proposent à Lucienne Delyle Mon amant de Saint-JeanLe Saint-Jean en question est inspiré du nom d'un village de l'Oise, Saint-Jean-aux-Bois, où Carrara avait séjourné., . Elle fait de cette valse musette un des plus grands succès des années d'Occupation, non sans susciter des jalousies chez ses consœurs, telle Édith Piaf qui dissuade ses compositeurs de travailler pour la nouvelle venue.

La chanson passera la barrière du tempsDictionnaire des musiques, Encyclopaedia Universalis, 2015, 1393 p., étant classée dans la dressée par la Fnac en 2005 Table ronde du 27 novembre 2010 sur la place des femmes dans la chanson aujourd'hui en France, interventions de Véronique Mortaigne, Lola Lafon, Cécile Prévost-Thomas et Yves Bigot, lehall.com, 2011, p. 16..

En 1942, la chanteuse interprète Nuages, la mélodie de Django Reinhardt mise en paroles par Jacques LarueMichel Dregni, Django : The Life and Music of a Gypsy Legend, Oxford University Paris, 2004, 344 p., p. 167 : ..

En 1943, elle se produit à Bobino accompagnée par l'orchestre de son amant Aimé Barelli : en quittant la salle, faute de taxis, ils prennent le métro, des voyageurs les reconnaissent et leur chantent en chœur Mon amant de Saint-JeanFabien Lecœuvre, Le petit lecœuvre illustré, Artège édition, 536 p. (n. p.) (rubrique « Mon amant de Saint-Jean »)..

En 1944, elle fait un tabac avec Malgré tes serments, adaptation française par Henri Christiné de I wonder Who's Kissing Her Now, de Joe E. Howard, Harold Orlob, Frank Adams et Will Hough (1909).

Années de l'après-guerre

Blanchie à la Libération par les comités d'épuration, elle voit sa carrière s'accélérer.

De sa liaison avec Aimé Barelli, naît, en , une fille qui tentera une carrière dans la chanson sous le nom de Minouche Barelli (1947-2004)Jacqueline Strahm, Montmartre : beaux jours ... et belles de nuits, Éditions Cheminements, 2001, 300 pages, p. 30 : Biographies des principales personnalités françaises décédées au cours de l'année, Hachette, 1964, p. 81 (Fiche de Mme DELYLE (Lucienne)..

En 1948, elle chante Boléro écrit par Henri Contet et composé par Paul Durand.

L'année suivante, elle met à son répertoire une des premières compositions de Charles Aznavour (C'est un gars).

La nouvelle Lucienne Delyle vignette|301x301px|Portrait de Lucienne Delyle par le Studio Harcourt en 1955. Avec les années 1950, la chanteuse coupe et teint en blond ses longs cheveux et se fait refaire le nez. Ses chansons prennent un tour plus joyeux et le succès est toujours au rendez-vous. En 1950, elle chante J'ai rêvé de vous, en 1952 Ça marche (en duo avec Aimé Barelli), en 1953 Domino et en 1955 Les Orgueilleux et Gelsomina (un de ses plus gros succès).

En 1954, Bruno Coquatrix fait appel à elle, ainsi qu'à son compagnon Aimé Barelli, pour la réouverture de l’Olympia, le jeune Gilbert Bécaud assurant la première partiePierre Perret, A Capella, Cherche Midi, 2011, 328 pages (version Google, non paginée) : .

En 1956, elle est lauréate de l'Académie du Disque grâce à son interprétation sans égale de Java (paroles d'Eddy Marnay et musique d'Emil Stern)Almanach du disque, 1957, p. 204.. Cette même année, elle passe à Bobino, puis à nouveau en 1957, année qui la voit partir chez Barclay.

Dernières années

Sa carrière décline à la fin des années 1950, en raison d'une leucémie. Elle donne, en novembre 1960, une dernière série de concerts, en compagnie d'Aimé Barelli, sur la scène de Bobino, où elle fait un tabac alors que la profession, constatant le changement radical intervenu dans la musique populaire avec l'irruption des yéyés, prévoyait un four. Toujours en , Aimé Barelli, son compagnon depuis 1944, l'épouse N° du document : 2746-3 Légende : Lucienne Delyle (1917-1962), chanteuse française et Aimé Barelli (1917-1995), musicien français, lors de leur mariage, novembre 1960, Studio Lipnitzki/Roger-Viollet..

En 1961, elle enregistre Je suis seule ce soir, reprise de la chanson créée par Léo Marjane en 1941.

Elle s’éteint en avril 1962 à Monte-Carlo, dans la principauté de Monaco. Elle est inhumée au cimetière de Caucade de Nice (Alpes-Maritimes).

La chanteuse éclectique

Selon Le Dictionnaire universel des créatrices, elle a abordé à peu près tous les genres et tous les styles, de la chanson réaliste à la valse musette, en passant par la chanson sentimentale, la chanson jazzy, parfois teintée d’influences exotiques. Antoinette Fouque, Mireille Calle-Gruber, Béatrice Didier, Le Dictionnaire universel des créatrices, Illustré par Sonia Rykiel, Éditions des femmes, 5022 pages, fiche de Lucienne Delyle..

Pour Boris Vian, si Lucienne Delyle est au sommet de son art , elle est tout aussi talentueuse dans les chansons comme Merci, Ça me suffira, Dans le bleu du ciel bleuBoris Vian, La Belle Époque, Le livre de Poche, 2013, 320 p. (livre électronique, non paginé)..

La chanteuse intimiste

Tel critique voit en Lucienne Delyle une de cabaret qui, devant un orchestre ou un simple piano, , spectacle couramment rencontré dans les films de l'époque mais qui frise la perfection avec Lucienne Delyle.

L'interprète de chansons de films

Lucienne Delyle a interprété nombre des chansons de films, notamment : Dans mon cœur - mélodie hongroise (1939), du film Retour à l’aube d'Henri Decoin (1938)), Le Paradis perdu (1941) (du film Paradis perdu d’Abel Gance (1940)), Schön war die Zeit (1941) (du film Sérénade de Willi Forst) (1941), Je sais qu’un jour (1941), du film de Rolf Hansen, Un grand amour (1942) interprété avec Zarah Leander, C'est trop beau pour durer toujours (du film Le Bienfaiteur (1942) d'Henri Decoin, Deux petits chaussons (1952) (Terry's Theme, du film Les Feux de la rampe, en anglais Limelight, de Charlie Chaplin (1952)), Si toi aussi tu m’abandonnes (1952) (Do not forsake me, oh my darlin''', du film Le Train sifflera trois fois, en anglais High Noon, de Fred Zinnemann (1952)), Quel temps fait-il à Paris (1953) (du film Les Vacances de Monsieur Hulot de Jacques Tati (1953), Sur le pavé de Paris (1953) (de La Fête à Henriette de Julien Duvivier (1952)), Ton sourire est dans mon cœur (1954) (adaptation française par Henri Contet de Smile, thème du film Les Temps modernes de Charlie Chaplin (1936)), La Fontaine des amours (1954) (du film éponyme, en anglais Three Coins in the Fountain, de Jean Negulesco (1954)), La Valse des orgueilleux (1955) (du film Les Orgueilleux d'Yves Allégret (1953)), Gelsomina (1955) (du film La Strada de Federico Fellini (1954)), Le Rififi (1955) (du film Du Rififi chez les hommes de Jules Dassin (1955)), La Rose tatouée (1956) (du film La Rose tatouée de Daniel Mann (1955), avec Burt Lancaster), Amour, castagnettes et tango (1956) (Hernando's Hideaway, thème phare de Pique-nique en pyjama, en anglais The Pajama Game, de Stanley Donen et George Abbott (1957)), Mon oncle (du film éponyme de Jacques Tati (1958)).

En revanche, elle n’a jamais doublé vocalement des actrices à l’écran.

Discographie partielle

Direction d'orchestre et arrangements (1939 à 1961) : Aimé Barelli, Mario Bua, Marcel Cariven, Raymond Legrand, Paul Mauriat, Jacques MétéhenSous son vrai nom Jacques Météhen chez Gramophone, ou sous le pseudonyme de John Ellsworth chez Columbia (pour des questions de contrats) (cf. le livret du double CD Le front populaire, Ed. Frémeaux & Associés)., Armand Migiani.

1939 Sur les quais du vieux Paris, paroles de Louis Poterat et musique de Ralph Erwin (la première version sous le nom Lucienne Delyne avec Gus Viseur et la deuxième sous Lucienne Delyle. Elle fréquentait la rue Pigalle, paroles de Raymond Asso et musique de Louis Maitrier (reprise après Édith Piaf) Prière à Zumba, adaptation française par Jacques Larue et musique d'Agustín Lara Je n'en connais pas la fin, paroles de Raymond Asso et musique de Marguerite Monnot Dans mon cœur - mélodie hongroise, paroles d'André Hornez et musique de Paul Misraki, du film Retour à l'aube d'Henri Decoin, 1939 Sans y penser, paroles de Jean-Marie Huart et musique de Norbert Glanzberg., disque Columbia EMI

1940 L'orgue chantait toujours, paroles de Louis Poterat et musique de Pierre Zeppelli La Java du bonheur du monde, paroles de Raymond Asso et musique de Marguerite Monnot Valse de minuit, adaptation française par Louis Poterat et musique d'Agustin Lara C'est drôle, paroles de Louis Poterat et musique de Lawrence Je crois aux navires, paroles de Jacques Larue et musique de Marguerite Monnot

1941 Le Paradis perdu, paroles de Roger Fernay et musique de Hans May, du film Paradis perdu d'Abel Gance (1940) Sixième étage, paroles de Serge Veber et musique de Georges van Parys Le reste est sans importance, paroles de Jacques Larue et musique d'Alec Siniavine Y'a pas de refrain, paroles de Maurice Vandair et musique de Marguerite Monnot Viens demain, paroles de Jacques Larue et musique de Louiguy Fumée, paroles d'Henry Bataille et musique de Jean Jal Je sais qu'un jour, paroles d'Henry Lemarchand et musique de Michel Jary

1942 Mon amant de Saint-Jean, paroles de Léon Agel et musique d'Émile Carrara Refrain sauvage, paroles de François Llenas/Pierre Hiegel et musique de Francis Lopez Nuages, paroles de Jacques Larue et musique de Django Reinhardt J'ai tout gardé pour toi, paroles et musique de Johnny Hess/Maurice Vandair La Valse blonde, paroles de Camille François et musique de Nadyval Tu m'oublieras, adaptation française par Roger Vaysse et Lucien Lagarde, musique de José Manuel Sentis Un toit qui penche, paroles de Jacques Larue et musique de Lutèce