Zinovi Alekseïevitch Pechkov ou Pechkoff (en , ; à Nijni Novgorod - à Neuilly-sur-Seine.) est un général et diplomate français d'origine russe, ainsi que le frère aîné du révolutionnaire et homme politique russe Iakov Sverdlov.
Le protégé de Gorki Né sous le nom de Yeshua Zalman Sverdlov (nom russifié : Zinovi Mikhaïlovitch Sverdlov, Зиновий Михайлович Свердлов), le futur Zinovi Pechkoff voit le jour au sein d’une famille juive de Nijni Novgorod. Son père Mikhaïl Izraïlevitch (1846?-1921) est un chaudronnier et graveur sur cuivre itinérant relativement prospère, lui-même originaire de la région de Białystok, en Pologne, aux confins des frontières actuelles biélorusse et lituanienne. Sa mère, Elisabeth Solomonovna Averbach (1864-1900), est apparentée aux familles commerçantes d’une cité qui connaît depuis le début du un vigoureux développement économique.
La génération de Zinovi est emblématique de la destinée des familles juives situées au contact des empires centraux à la charnière des . En effet, des huit enfants connus de Mikhaïl et d’Elisabeth, une partie s’établira en Russie soviétique tandis que le reste, ayant fait le choix de l’émigration, fera souche, après un passage en Europe occidentale, aux États-Unis. Ainsi, Sarah, la sœur aînée, née à Polotsk près de Vitebsk en Biélorussie en 1876, émigre à New York dès 1913. Elle y décède en 1947. Zinovi, le plus âgé des garçons, né en 1884, est suivi par Iakov, futur collaborateur de Lénine. Après ces deux frères au destin singulier et opposé, viennent plusieurs garçons et filles qui se sépareront à leur tour par la politique et l’émigrationOn compte ainsi outre Sarah, Zinovi, Iakov, Sophie (décédée en 1951 à Saratov), Veniamin (cf note plus bas), Sore (décédée en 1964), Lev (décédé en 1914 en Russie), Benjamin (décédé en 1940 aux États-Unis)..
Peu enclin à suivre des études, prêt dès son adolescence à toutes les aventures, le jeune Zinovi traîne dans les rues de Nijni Novgorod, aux lisières de la légalité, fréquentant des voyous alors nombreux au bord de la Volga. En 1896, le salut vient de sa rencontre avec un personnage qui possédait sans doute des liens avec la famille Sverdlov sans qu’on connaisse la nature exacte de ces relations. Originaire de la région où il est assigné à résidence (Nijni Novgorod, sa ville natale, est à au nord d’Arzamas où il est exilé), Maxime Gorki prend sous sa protection le jeune Zinovi dont il voit sans doute une sorte de double de sa personnalité et un reflet décalé de son propre parcours. Leurs chemins ne vont plus se séparer.
Sverdlov adopte l’idéalisme et la foi dans le progrès social de son ami, lequel partage résolument l’existence des humbles, matière respectée et célébrée de son œuvre. Gorki organise des réunions, promeut ses idées un peu partout en Russie avec une énergie peu commune. Sorte de secrétaire, « homme à tout faire », Zinovi lui apporte un soutien aussi fervent qu’efficace. Il partage les arrestations, les emprisonnements décrétés par un régime d’autant plus hostile que Gorki est alors au début d’un immense succès dans et hors de Russie, succès qui s’appuie sur une critique radicale de l’autocratie. Sous la férule de son mentor, le jeune homme, peut-être sur le conseil de Stanislavski, s'essaie à Moscou au théâtre, à l’écriture. Il collectionne aussi les conquêtes féminines et s’ouvre au monde alors qu'il n'a que quinze ans.
right|thumb|170px|Gorki vers 1900.
L’année 1902 est une date charnière dans les vies croisées de Gorki et de Sverdlov. Elle marque, avec la présentation sur la scène du théâtre d'art de Moscou de la pièce Les Bas-fonds, le premier triomphe de l’écrivain. Au même moment, son élection à l’Académie de littérature événement public important, s'ajoute à un autre plus privé, l’adoption à Arzamas, sous le rite orthodoxe, du jeune Zinovi. Pour contourner la loi qui limite les déplacements et les établissements des Juifs dans l'empire, mais aussi pour marquer son lien avec l’écrivain, Zinovi Sverdlov se fait baptiser le dans l’église de la ville. Il change officiellement de nom, adoptant le véritable patronyme de Gorki, Pechkoff, celui-ci étant son parrain officiel.
Voulant éviter l’enrôlement dans les armées impériales au moment de la guerre russo-japonaise en 1904, Zinovi Pechkoff part à l’étranger. Après la Finlande, l'Angleterre, la Suède, il finit par s'établir au Canada où il exerce de nombreux petits métiers. Peu de détails sont connus de cette vie errante sinon ceux que les lettres adressées à Gorki permettent de connaître. La révolution de 1905 et ses soubresauts poussent l’écrivain à l’exil. En , Zinovi retrouve son ami sur un quai de New York, premier pas d’une tournée où les foules se pressent pour écouter ses conférences. Malheureusement, l’opinion américaine d’abord charmée par les capacités oratoires de Gorki, auxquelles le truchement de Pechkoff donnent un relief pittoresque, est rapidement retournée lorsqu’elle apprend, sans doute informée par la police tsariste, que l’écrivain voyage non pas avec sa femme mais avec sa maîtresse, Maria Andreïeva. Persona non grata, il faut à Gorki, qui est expulsé de son hôtel, trouver un pied à terre improvisé à New York. Dès octobre, il quitte les États-Unis pour l’Italie, laissant Zinovi sur place.
right|thumb|160px|Gorki et Chaliapine.
Après une année d’errance à travers le Pacifique, par San Francisco et la Nouvelle-Zélande, Pechkoff rejoint son père adoptif en Italie en . Cette époque est celle de « l’École de Capri » particulièrement formatrice pour lui car se pressent à la villa Blaesus de nombreux intellectuels et artistes (Chaliapine, par exemple, déjà rencontré en Russie) mais aussi tous les révolutionnaires bolchéviques alors exilés généreusement reçus par l’écrivain qui assume tous les frais de ces séjours dans lesquels théorie et action politique s’associent quotidiennement pour le plus grand danger de l’empire tsaristeCf. note 1 de l'article Bazarov..
Zinovi, plus que jamais secrétaire de Gorki, organise cette vie collective, veille aux détails, profite aussi pleinement des rencontres exceptionnelles dont il est le témoin. Il côtoie Lénine qu'il apprécie peu et dont il indiquera plus tard que ses relations avec Gorki étaient compliquées par des opinions souvent divergentesUne note de Zinovi Pechkoff après une conversation avec Gorki en indique ainsi que : .. C’est à cette époque, en Citation de Gorki dans une lettre à son épouse en : ., alors qu'il séjourne à La Spezia chez , sans qu'on en connaisse les détails exacts, qu'il épouse la fille d'un colonel cosaque, Lydia Bourago (1889-1966) cinq jours après la première rencontre. Il émigre avec elle aux États-Unis où il peine à se faire une situation. Peu après, la séparation est consommée. De ce court mariage, Pechkoff a eu une fille, Élisabeth, dont le destin reste mal connuCette épouse était peut être apparentée au colonel Alexandre Bourago, héros de la guerre de 1878 contre la Turquie, mort en 1883. Elle est parfois citée sous le nom de vicomtesse de Combette. Sa fille Elizaveta Pechkoff aurait été mariée à Ivan Markov, ambassadeur de l'URSS à Rome, liquidé en 1937 par Staline..
Il retourne en 1913 à Capri où il reprend ses activités auprès de Gorki, lequel peu après, profitant de l'amnistie offerte par l'empereur aux écrivains coupables de délit d'opinion, rentre en Russie. La guerre mondiale surprend Zinovi en Italie en . Comme en 1905, il n'a aucune envie de servir le tsar. Sans qu'on puisse en connaître les raisons profondes il se rend au consulat de France à Gênes pour s'engager dans la Légion étrangère.
Le héros de la Légion étrangère Guidé vers le poste de recrutement de Nice, il est incorporé le comme « engagé volontaire pour la durée de la guerre » (EVDG) (la guerre est déclarée depuis le 3) au bataillon de marche du étranger. Deux mois suffisent pour équiper et former les volontaires en ce début de conflit. Pechkoff qui s'est distingué est nommé le . Dans les premiers jours de novembre, il part pour le front en Champagne. Nommé caporal le , il commande une escouade. Quelques jours plus tard, en , lors des combats menés par sa division devant Arras, il est grièvement blessé. Lors de la prise de CarencyLe régiment de Pechkoff, comme son jumeau le de marche de Légion étrangère, accueille de nombreux Juifs russes rassemblés dans ces deux unités et qui se distingueront dans les batailles de la Somme et de l’Artois. L’attaque de Carency en est un fait d'armes sanglant pour ces volontaires car les pertes y sont lourdes., une balle lui fracasse le bras alors qu'il est à la tête de ses soldats.
Soigné près du front, il doit à son énergie de trouver son salut vers l'arrière. Réussissant à emprunter un train, il se retrouve à l'hôpital américain de Neuilly où l'amputation le sauve, in extremis, de la mort. Décoré (il a reçu la médaille militaire le et la croix de guerre), le caporal Pechkoff est ensuite réformé puis pensionné. Il repart alors pour l'Italie. Introduit dans la haute société où il fait sensation, il présente des conférences sur les horreurs de la guerre, conférences probablement inspirées des séances organisées avec Gorki quelques années plus tôt et qui ont un grand succès public. Il retrouve ensuite Paris. Le , Pechkoff signe un nouvel engagement, « pour la durée de la guerre » comme . Il est détaché à la d'État-Major. À Paris, il rencontre Philippe Berthelot, le secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, qui saisit ce que ce jeune mutilé bardé de décorations peut apporter en termes de propagande auprès des pays neutres, en premier lieu aux États-Unis, région que Pechkoff connaît bien, puis au Canada.
Convaincu de l'intérêt de cette stratégie, le ministre des Affaires étrangères, Briand envoie Zinovi auprès de l'ambassadeur de France, Jusserand, avec le grade d'« interprète de (lieutenant) à titre temporaire pour la durée de sa mission ». Au titre de cette charge, il est placé en sursis d'appel jusqu'au Décision ministérielle du .. Au bout de neuf mois, Pechkoff rentre à Paris mission accomplie. En , le président Wilson fait voter la déclaration de guerre par le Sénat. Les États-Unis rejoignent les alliés dans le conflit.
À cet instant, l'attention diplomatique se porte sur le continent européen. Promu « officier interprète de » (capitaine) le , Pechkoff assiste aux évènements qui plongent la Russie dans la révolution. En mai, le gouvernement envoie une mission auprès du Gouvernement provisoire. Il est alors sollicité pour l'accompagner, l'objectif étant pour la France de convaincre le nouveau pouvoir russe de poursuivre la guerre contre l'Empire allemand. Ce retour aux sources est pour Zinovi l'occasion de renouer avec son pays natal et sa famille. Par son frère Iakov il a des contacts avec les Bolchéviques mais ne partage en aucune manière leur point de vue. Il voit aussi probablement son frère VienamineNé en 1886, mort en 1956, commissaire général aux chemins de fer soviétiques, lequel avait fait des séjours aux États-Unis avant la Révolution d'Octobre. et ses sœurs restées en Russie, tous favorables à la révolution. Les contacts avec Gorki sont froids mais ce climat ne remet pas en cause la solide amitié qui lie les deux hommes.