Sarah Bernhardt, née le à Paris et morte le à Paris Acte (vue 28/31), registre des décès de l’année 1923 pour le , cote 17D 225, État civil numérisé de la ville de Paris., est une comédienne, peintre et sculptrice française. Elle est considérée comme une des plus importantes actrices françaises du .

Appelée par Victor Hugo « la Voix d'or », mais aussi par d'autres « la Divine » ou « l'Impératrice du théâtre », elle est considérée comme l'une des plus grandes tragédiennes françaises du . Première « étoile » internationale, elle est la première comédienne à avoir fait des tournées triomphales sur les cinq continents, Jean Cocteau inventant pour elle l’expression de « monstre sacré ».

Biographie Naissance vignette|Copie conforme, datée de 1857, de l’acte de naissance de Sarah (Archives nationales).. vignette|redresse|Plaque commémorative (erronée) au 5, rue de l’École-de-Médecine à Paris. vignette|redresse|Sarah Bernhardt et sa mère. Sarah Bernhardt naît le à Paris, au domicile de la sage-femme Charlotte Clémence Collé, situé au 5, place de l’École-de-Médecine (ancien arrondissement), emplacement disparu vers la fin du avec la construction de l’École pratique de médecine..

Sa mère, Judith-Julie Van HardOrthographié sans « h », selon les actes de naissance de Sarah et de ses sœurs. (1821-1876), surnommée « Youle » (diminutif allemand de Julie)..« Ayant toujours conservé un léger accent hollandais, elle prononçait son propre nom à l’allemande : Youlie. Et trouvant cela moins banal que Julie, presque tous ses amis l’appelaient Youle. » ., est une jeune Juive d’Amsterdam, fille d’un marchand de spectacles itinérant hollandais. et d'une mère allemande ; elle exerce d’abord le métier de modiste au Havre, puis devient courtisane à Paris, adoptant finalement le nom de Julie Bernhardt.

Son père, Édouard Viel (1819-1857), est un avoué havrais, bel homme et grand séducteur, emprisonné en 1855 pour malversations financières, qui meurt peu après à Pise. Sarah ayant toujours caché l’identité de son père, celle-ci reste longtemps ignorée du public, bien que quelques journalistes contemporains fassent allusion au « beau V. » ou évoquent une ascendance normande.

Ces indices ont permis d’établir définitivement en 2022 les origines de l’actrice grâce à la redécouverte d’un extrait de naissance datant de 1857, document sollicité par sa mère à la mort d’Édouard, dans l’espoir d’obtenir un legs pour sa fille.

Longtemps incertaine du fait de la destruction en 1871 des archives de l’état civil, la date de naissance de Sarah Bernhardt a été longuement débattue et même fixée de façon erronée au sur une plaque commémorative apposée rue de l’École-de-Médecine. On a également évoqué la rue Saint-Honoré ou le 22, rue de La Michodière.

Pour prouver sa nationalité française et obtenir la Légion d’honneur en 1914, Sarah avait fait établir par décision de justice, le , un acte de naissance rétrospectif fondé sur son certificat de baptêmeActes nos 211-212 rétabli par jugement du 23 janvier 1914 (vue 7/31), registre des naissances de l’année 1914 pour le arrondissement, État civil numérisé de la ville de Paris., document aujourd’hui reconnu comme comportant plusieurs erreurs. Baptisée à Versailles en 1856, elle reçoit les prénoms de Sara Marie HenrietteRegistre paroissial de la cathédrale Saint-Louis, Versailles.

« L’an 1856, le a été baptisée par nous soussigné chapelain de la communauté de Grandchamp dûment autorisé par l’Évêque de Versailles, dans la chapelle de la dite communauté, Sara, Marie, Henriette, née à Paris arrondissement le , fille de M. Édouard Bernhardt, demeurant actuellement au Havre, rue des Arcades , et de Judith Van Hard demeurant à Paris rue St Honoré 265. Le parrain a été M. Régis Lavolée, rue de la Chaussée d’Antin 65 à Paris, représenté par M. Nicolas Murcier, rue Saint- Honoré 24 à Versailles et la marraine Anna Van Hard veuve Bruck, tante de l’enfant. »

La place de l’école de médecine n’était pas dans le mais dans le arrondissement ancien (actuel ). Le prénom du père est exact, mais le nom Bernhardt est celui de Julie. Van Hard est le nom de la mère de Julie. L’adresse d’Edouard est exacte, elle correspond à son étude d’avoué, celle de la mère est exacte. La date de naissance est fausse. Le parrain (que Sarah détestait) ne s’est pas déplacé. Et la tante est allemande..

Enfance Sarah Bernhardt a au moins trois sœurs et souffre longtemps de la préférence de sa mère pour sa jeune sœur Jeanne-Rosine, également comédienne. Délaissée par Youle qui choisit la vie mondaine à Paris, elle passe une petite enfance solitaire chez une nourrice à Quimperlé où elle ne parle que le breton. Puis, en 1853, elle est envoyée en pension au couvent du Grandchamp à Versailles, où elle étudie jusqu’en 1858.. Elle y devient mystique catholique.. Elle y joue son premier rôle : un ange dans un spectacle religieux... Elle y organise sa conversion à la religion catholique, reçoit le baptême chrétien en 1856 et envisage de devenir religieuseElle ne reniera cependant jamais ses origines, comme l’indiquent le choix de son nom de scène et ses prises de position. Cf. lettre à M. Jouvin citée dans ..

Pendant son séjour au couvent, elle est atteinte d’une pleurésie qui la laisse entre la vie et la mort pendant selon ses Mémoires. Cette épreuve lui donne le goût du macabre, tant sur la scène que dans la vie privée, d’où sa propension à l’âge adulte à s’entourer de qui nourrissent ses méditations morbides.. Elle rentre en en convalescence à Paris chez sa mère qui engage une gouvernante, , pour parfaire l’éducation de Sarah. L’amant de Youle, le duc de Morny, suggère, lors d’un conseil de famille, de mettre Sarah au Conservatoire malgré la volonté de l’adolescente de retourner au couvent et d’y prononcer ses vœux. Le soir même de ce conseil, son parrain et sa mère l’envoient assister à une pièce au Théâtre-Français dans la loge ducale. Elle découvre sa vocation de comédienne à cette occasion..

C’est alors que son nom aurait été francisé en « Bernard ». Elle quitte vers la vie monacale et passe le concours du Conservatoire où elle est reçue. ..

Elle prend aussi des leçons d’escrime dont elle tirera profit dans ses rôles masculins comme Hamlet..

Débuts et engagement à la Comédie-Française vignette|redresse|Sarah Bernhardt dans Le Passant (1869) de François Coppée. vignette|redresse|Sarah Bernhardt dans Ruy Blas (1872) de Victor Hugo. Elle entre en 1859 au Conservatoire d’art dramatique de Paris sur la recommandation du duc de Morny dans la classe de Jean-Baptiste Provost.. Sortie en 1862 avec un second prix de comédie, elle entre à la Comédie-Française, mais en est renvoyée en 1866 pour avoir giflé une sociétaire, , celle-ci ayant elle-même violemment bousculé sa sœur Régina qui avait marché sur sa traîne..

À cette époque, la police des mœurs compte Sarah parmi galantes » soupçonnées de prostitution clandestineFiche de Sarah Bernhardt, registre des dames galantes, Paris SAM Série BB, registre , citée dans (cf. notice de Florence Rochefort dans Clio , 2007) et (cf. notice : ).. Mère célibataire, elle devient en effet demi-mondaine et se laisse entretenir par des clients généreux pour pouvoir élever son fils Maurice, mais aussi pour se payer les accessoires de théâtre, tenues de ville ou tenues de soirée pour les pièces contemporaines qui restent à cette époque à la charge des acteurs.

Elle signe un contrat avec l’Odéon en 1866.. Elle y est révélée en 1869 en jouant Le Passant de François Coppée, où elle joue un travesti. : le troubadour Zanetto.

La guerre franco-allemande de 1870 met sa carrière en pause. Lorsque la Prusse assiège Paris, que la nourriture est rationnée et que le nombre de blessés augmente continuellement, elle obtient de transformer l'Odéon en hôpital de campagne. Durant l'hiver 1870-1871, elle demande en personne à pouvoir faire brûler les décors et les sièges afin de réchauffer les blessés. Parmi eux figure un jeune homme de dix-neuf ans, un élève de l'École polytechnique du nom de Ferdinand Foch. Lorsqu'il quitte l'Odéon, il lui demande un souvenir. Celui-ci prend la forme d'une photographie dédicacée : ...

Ils se reverront lors de la Première Guerre mondiale, sur le front de la Meuse. Et il sera l'un des premiers à assister aux obsèques de son ancienne infirmière, en 1923.

Pendant le siège, apprenant que les Prussiens visent avec leurs canons le drapeau français qui trône au sommet de l'Odéon, Sarah Bernhardt prend tous les risques afin de l'en décrocher, se promettant de l'y raccrocher une fois la guerre achevée.

Elle triomphe dans le rôle de la Reine de Ruy Blas en 1872, ce qui la fait surnommer la « Voix d’or » par l’auteur de la pièce, Victor Hugo, à l’occasion d’un banquet organisé pour la centième représentation et .. Ce succès lui vaut d’être rappelée par la Comédie-Française dont elle est nommée sociétaire en 1875 ; elle y joue dans Phèdre en 1874 et dans Hernani en 1877..

Avec le succès, les surnoms élogieux se multiplieront : « la Divine »cf. , ., l’« Impératrice du théâtre ».…

Consécration et indépendance vignette|redresse|Caricature de Sapeck (1880) sur la démission de Sarah Bernhardt, qui était souvent croquée par les dessinateurs de presse pour sa minceur. vignette|redresse|Manuel Orazi, Sarah Bernhardt, 1895, affiche lithographiée.

En 1880, Sarah Bernhardt subit son premier échec avec la Comédie-Française, dans L’Aventurière d’Augier, une pièce médiocre qu’elle ne veut pas jouer. Elle décide alors de remettre sa démission avec l’institution le , avec copie de sa lettre au Gaulois et au Figaro. Elle doit payer cent mille francs-or (soit environ deux millions d’euros du début du XXIe siècle) en dommages et intérêts pour rupture abusive de contrat avec le « Français ». Après cet acte préméditéSarah Bernhardt signe en effet le contrat pour la tournée aux États-Unis avec son manager Edward Jarrett et l’imprésario américain Henry Abbey, dès le mois de . Cf. ., elle crée sa propre compagnie avec laquelle elle part en tournée dans le monde entier jusqu’en 1917, notamment en Angleterre et aux États-Unis où elle acquiert fortune et notoriété..

Première « star » internationale, elle est ainsi la première comédienne à avoir fait des tournées triomphales sur les cinq continents, Jean Cocteau inventant pour elle l’expression de « monstre sacré ». Dès 1881, à l’occasion d’une tournée de Bernhardt en Russie, Anton Tchekhov, alors chroniqueur au journal moscovite Le SpectateurLe Spectateur, , .., décrit malicieusement « celle qui a visité les deux pôles, qui de sa traîne a balayé de long en large les cinq continents, qui a traversé les océans, qui plus d’une fois s’est élevée jusqu’aux cieux », brocarde l’hystérie des journalistes « qui ne boivent plus, ne mangent plus mais courent » après celle qui est devenue « une idée fixe »..

Elle interprète à plusieurs reprises des rôles d’homme (entre autres Hamlet et Pelléas), inspirant à Edmond Rostand sa pièce L’Aiglon en 1900.. Elle se produit à Londres, à Copenhague, aux États-Unis (1880-1881) où elle affrète un train Pullman pour sa troupe et ses de malles, au Pérou (1886) où tous les billets pour ses représentations se vendent en , au Chili (1886) dont elle critique les habitants. et en Russie, notamment au théâtre Michel de Saint-Pétersbourg (en 1881, 1892 et 1908). Son lyrisme et sa diction emphatique enthousiasment tous les publics. Afin de promouvoir son spectacle, elle rencontre Thomas Edison à New York et y enregistre sur cylindre une lecture de Phèdre. Elle devient l’une des très rares artistes françaises à avoir son étoile sur le à Los Angeles.

Ajoutant au côté extraordinaire de ces tournées triomphales, Sarah Bernhardt joue en français, devant des publics qui, pour la plupart, ne comprennent pas cette langue.

Invitée en Australie en , elle se produit à Melbourne notamment, fait la connaissance d’Adrien Loir, neveu de Pasteur, avec lequel elle a sans doute une liaison..

Direction du Théâtre Sarah-Bernhardt