Mikhaïl Nekhemievitch Tal ( ; en ) est un joueur d'échecs letton né le à Riga (Lettonie), devenu soviétique comme la Lettonie en 1944, et mort le à Moscou (Russie). Il remporta le Championnat du monde d'échecs 1960 à 23 ans.

Champion du monde d'échecs de 1960 à 1961, Tal remporta aussi le Championnat du monde de blitz en 1988 et a été six fois champion d'URSS (en 1957, 1958, 1967, 1972, 1974 et 1978).

Champion d'URSS à vingt ans, en 1957, il conserva son titre l'année suivante et se qualifia pour le tournoi interzonal de 1958 qu'il remporta ainsi que le tournoi des candidats l'année suivante (1959). Par sa victoire, il obtint le droit d'affronter le champion du monde Mikhaïl Botvinnik. En 1960, il bat Botvinnik et devient à 23 ans le plus jeune champion du monde (son record de précocité ne fut battu qu'en 1985 avec l'avènement de Garry Kasparov à 22 ans). En 1961, il perdit son titre lors du match revanche contre Botvinnik. Après la perte du titre mondial, Tal disputa huit tournois interzones et participa à cinq cycles des candidats (en 1962, 1965, 1968, 1980 et 1985), mais ne réussit plus, après 1961, à se qualifier pour la finale du championnat du monde d'échecs.

Surnommé « le magicien de Riga », Tal avait une préférence marquée pour le jeu tactique et agressif, caractérisé par de nombreux sacrifices à risques. Réputé pour ses attaques, Tal privilégiait souvent l'instinct et la créativité aux dépens d'un calcul exhaustif et précis des variantesRobin Smith, Modern chess analysis, éd. Gambit, 2004, page38..

Fumeur et buveur invétéré, Tal a disputé des compétitions jusqu'à la fin de sa vie, malgré de fréquentes maladies contractées dès 1959. Joueur passionné, il lui arrivait de disputer des parties de blitz dans sa chambre d'hôpitalnotamment avec Bobby Fischer à Curaçao en 1962 et avec Anatoli Karpov après son opération, en 1970., et joua même des parties de compétition alité dans sa chambre d'hôtelDans The life and games of Mikhaïl Tal, il écrit, page 247 : Dans The magic of Mihaïl Tal, Gallagher écrit, , à propos du tournoi interzonal de Subotica, en 1987 : En 1988, lors de la deuxième ronde du championnat d'URSS, Arthur Youssoupov refusa d'affronter Tal dans sa chambre d'hôtel ; ce dernier fut remplacé dans le tournoi par Eingorn..

Tal détient deux des plus longues séries d'invincibilité : entre le et le , il joua 86 parties dans diverses compétitions sans perdre. Peu après, d' à , il fut invaincu pendant 93 ou 95 parties (le nombre varie suivant les comptages)Sergei Tiviakov revendique une série de 110 parties lentes sans aucune défaite réalisée en l'espace de onze mois entre 2004 et 2005, cf. Interview de Tiviakov sur Chessbase.com, juillet 2018 ; un record également revendiqué par le grand maître croate Bogdan Lalić, cf. « New in Chess invicibility list » sur le site Chessbase.com. En comparaison, Ding Liren a disputé en 2017 et 2018 une série de plus de 95 parties sans concéder de défaite.La page « Chess Records » cite une série de 104 parties remportée par le joueur américain , série plus longue mais mal documentée..

Un tournoi de grands maîtres, le Mémorial Tal, est organisé chaque année à Moscou depuis 2006 en son honneur.

Biographie et carrière Années de formation thumb|Maison où Tal vécut à Riga.

Né en Lettonie indépendante, à Riga, en , d'une famille juive, deux mois avant Boris Spassky, Tal devint Soviétique après l'annexion de son pays par l'URSS en 1944. Sa famille, juive, dut quitter Riga avant l'arrivée des troupes allemandes en 1941. Il apprit à jouer durant la guerre et fut rapidement remarqué pour ses aptitudes. En 1949 débuta une longue collaboration avec Alexandre Koblencs qui resta son entraîneur durant toute sa carrière.

Dans les années 1950, Tal orienta ses études vers la langue et la littérature russes, mais ce furent finalement les échecs qu'il choisit pour profession.

Champion de Lettonie à seize ans (1953) Tal participa pour la première fois au championnat de Lettonie adultes en 1951, il termina - en marquant 9 points sur 19. L'année suivante, en 1952, il finit , avec 10 points sur 17. En février-, il remporta le titre de champion avec 14,5 points sur 19. Cependant, en 1955, il ne fut que deuxième (14 / 19) et, en 1958, après avoir remporté deux titres de champion d'URSS, il termina seulement troisième avec 16,5 points sur 19. Après la victoire au championnat du monde, Tal ne revint au championnat de Lettonie qu'en 1965 : il remporta un deuxième titre avec 11 points sur 14 (+8 =6).

La conquête du championnat du monde (1957–1961) Champion d'URSS 1957 et 1958 thumb|left|Tal pendant une séance de simultanée à Amsterdam en 1959. En 1955, Tal termina - du tournoi baltique, disputé à Vilnius, qui faisait office de quart de finale du championnat d'URSS.

Sur le plan national, Mikhaïl Tal commença son activité échiquéenne à haut niveau à la fin de l'année 1955 quand, à 19 ans, il gagna la demi-finale du championnat d'URSS à Riga, puis, en janvier-, il finit - du championnat disputé à Leningrad. La même année, il finit - de la demi-finale du championnat (1956-1957), se qualifiant de justesse pour la finale qu'il remporta à Moscou, à vingt ans, en . La Fédération internationale des échecs lui décerna le titre de grand maître international à la fin de l'année.

L'année suivante, en 1958, il renouvela son exploit en remportant un deuxième titre de champion d'URSS.

1958-1959 : vainqueur du tournoi des candidats thumb|left|Mikhaïl Tal au tournoi des candidats en octobre 1959. Le deuxième titre de Champion d'URSS de Tal, en 1958, le qualifia pour le tournoi interzonal du cycle 1958-1960 de sélection pour le championnat du monde. Dès lors, il fit partie de l'élite mondiale des échecs qu'il ne quitta plus jusqu'à sa mort.

vignette|redresse=1|Vassily Smyslov et Paul Keres, respectivement et du tournoi des candidats en 1959. Sa première participation à un tournoi interzonal s'acheva par une première place au tournoi interzonal de Portorož de 1958 (+8, –1 =11). Ce succès le qualifiait pour le tournoi des candidats de 1959 qui devait déterminer qui affronterait Mikhail Botvinnik et lui disputerait le titre de Champion du monde. Le tournoi des candidats se jouait en quatre tours, Tal rencontrant quatre fois les sept autres participants. Il eut lieu dans trois villes de Yougoslavie (à Bled, Zagreb et Belgrade).

Tal termina premier avec 20 points sur 28 après avoir battu Vassily Smyslov (+2, –1 =1), Bobby Fischer (4-0), Svetozar Gligorić, Friðrik Ólafsson et Pál Benkő (+3, –0 =1), annulé avec Tigran Petrossian (+0, –0 =4) et perdu contre Paul Keres (+1, –3 =0).

Par cette victoire, Tal acquit le droit d'affronter Botvinnik en 1960.

Matchs de championnat du monde (1960 et 1961) vignette|Mikhaïl Botvinnik (assis au centre) et Tal (à droite) à l'aéroport d'Amsterdam-Schiphol en juin 1961.

À Moscou en 1960, le jeune Tal (23 ans) domina largement la légende des échecs soviétiques Mikhaïl Botvinnik (48 ans) 12,5 à 8,5 (+6, –2 =13) pour devenir le huitième champion du monde. Curieusement, les deux joueurs ne s'étaient jamais rencontrés devant l'échiquier avant la première partie de ce match. La différence d'âge (25 ans) et l'opposition de style entre le stratège, partisan de la méthode scientifique, Botvinnik et le Tal, a fait qualifier ce match de .

L'ex-champion du monde déchu avait droit à un match revanche. Quelques semaines avant ce match, Tal souffrit de coliques néphrétiques, subit une attaque cardiaque bénigneThe Magic of Mikhail Tal, et fut hospitalisé. Il ne put se préparer convenablement en vue du match-revanche. En conséquence, durant la revanche disputée à Moscou en 1961, il n'opposa pas une bien forte résistance à la préparation de Botvinnik qui récupéra son titre. Tal perdit +5, –10 =6.

Malgré cette lourde défaite, il ne perdit jamais l'espoir de reconquérir un jour sa couronne.

En 1978, il fit partie de l'équipe des secondants d'Anatoli Karpov lors du championnat du monde 1978 à Baguio.

Les tentatives de reconquête (tournois interzonaux et matchs des candidats) 1962-1965 : finaliste des candidats vignette|redresse|Mikhaïl Tal en 1962.

Après qu'il eut perdu le titre de champion du monde en 1961, Tal participa au tournoi des candidats de 1962, à Curaçao. Son état de santé l'obligea à se retirer après trois tours (21 parties). Il n'avait alors marqué que 7 points (+3, –10 =8).

thumb|left|Tal pendant le tournoi interzonal de 1964 à Amsterdam.

Lors du cycle suivant (1964-1966), la Fédération internationale le dispensa de disputer un tournoi zonal et le sélectionna pour le tournoi interzonal. Au tournoi interzonal d'Amsterdam, en 1964, il termina - ex æquo avec Larsen, Spassky et Smyslov (+11 =12). En 1965, au cours des matchs des candidats, il battit Portisch (+4, –1 =3) en quart de finale, puis Larsen (+3, –2 =5) en demi-finale avant de perdre en finale contre Spassky (+1, –4 =6).

1968-1969 : demi-finaliste des candidats gauche|vignette|redresse|Mikhaïl Tal en 1968. vignette|David Bronstein (à gauche) contre Tal à l'interzonal de 1964.

Son statut de finaliste du cycle précédent lui évita de disputer le tournoi interzonal de Sousse, en 1967, et Tal fut directement qualifié pour les matchs des candidats. En 1968, il élimina Gligoric (+3, –1 =5) en quart de finale des candidats, mais fut battu par Kortchnoï (+1, –2 =7) en demi-finale. Puis, en 1969, en prévision d'un possible désistement d'un candidat au cours du cycle suivant et afin de le pallier, il dut disputer contre Larsen un match pour la troisième place, match qu'il perdit (+1, –4 =3).

De graves ennuis de santé empêchèrent Tal de participer au tournoi interzonal de 1970 : lors du championnat d'URSS d' qui était un tournoi zonal, Tal, qui avait retardé une opération du rein, termina - et fut éliminé. Un mois après, en , Tal se faisait opérer d'un rein et commença une nouvelle phase de sa carrière.

1973-1980 : quart-de-finaliste des candidats thumb|Tal à Wijk aan Zee en 1976. Sélectionné en 1972 grâce à son classement Elo, Tal fut de retour au tournoi interzonal de Léningrad en . Encore mal rétabli après une nouvelle hospitalisation, il finit à une décevante - place (+6, –5 =5).

Tal recouvra sa forme passée au tournoi interzonal de Bienne en 1976 avec une - place (+6, –1 =12) qui lui permit de disputer un match-tournoi de barrage. À l'issue de celui-ci contre Tigran Petrossian (=4) et Lajos Portisch (+0, –1 =3), il fut éliminé et ne participa pas aux matchs des candidats de 1977.

En 1979, il écrasa la concurrence au tournoi interzonal de Riga où, devant son public, il remporta la première place avec 2½ points d'avance sur le second (+11 =6). En 1980, il fut éliminé dès les quarts de finale par Lev Polougaïevski (+0, –3 =5).

1982-1990 : cinquième du tournoi des candidats thumb|Tal (debout à droite) au tournoi de Wijk aan Zee en 1982. Jan Timman est assis à gauche. À Moscou en 1982, l'année du début de l'ascension de Garry Kasparov qui remporta le tournoi interzonal, puis le championnat du monde, Tal termina à la - place (+4, –1 =8), manquant ainsi les deux places qualificatives pour les matchs des candidats (prises par Kasparov et Beliavski).

Au tournoi interzonal du cycle suivant, à Taxco, en 1985, il s'adjugea la (+5 =10), se qualifiant ainsi pour le tournoi des candidats de Montpellier. En , à Montpellier, il finit - (+3, –1 =11) ex æquo avec Jan Timman et fut éliminé après un match de départage contre ce dernier (+1, –1 =4). Timman fut qualifié car il avait obtenu plus de victoires au cours du tournoi.

À l'interzonal de Subotica, en 1987, Tal finit à la - place (+6, –1 =8) et fut éliminé. Sa défaite contre l'avant-dernier du tournoi l'empêcha de remporter la première place.

Lors de son dernier tournoi interzonal à Manille, en 1990, qui était un système suisse, Tal termina à la - place avec 6,5 points sur 13Nicolas Giffard, Le guide des échecs, ..

Victoires au championnat d'URSS (1967-1979 et 1991)