Catane ( ; ) est la deuxième ville de Sicile derrière Palerme, en superficie comme en population. Située sur la côte est de la Sicile, au bord de la mer Ionienne et au pied du volcan actif de l'Etna, elle se hisse à la place des villes les plus peuplées d'Italie et sa métropole, la plus densément peuplée de l'île, regroupe 58 communes pour un total de . La population de la ville proprement dite s'élève à , ce qui en fait la première commune italienne ne disposant pas du statut de chef-lieu régional.
Fondée en 729 av. J.-C. par des colons chalcidiens venus de la cité voisine de Naxos, Catane contribue à l'épanouissement civilisationnel de la Grande-Grèce dont elle conserve moult vestiges. D'importante cité romaine puis byzantine, elle est conquise par les Arabes au et reconquise par les Normands. Elle ne regagne de sa superbe en tant que foyer de culture et d'arts que sous le règne de la dynastie aragonaise sur le royaume de Sicile, dont elle accueille la cour ainsi que la première université de l'île fondée sous le règne d'Alphonse V en 1434. Berceau d'hommes illustres, les compositeurs Vincenzo Bellini et Giovanni Pacini ainsi que les écrivains Giovanni Verga, Luigi Capuana, Federico De Roberto et Nino Martoglio y naquirent.
Son histoire est ponctuée de catastrophes géologiques qui l'ébranlent jusque dans ses fondations : presque intégralement rasée par un tremblement de terre dévastateur en 1169 ; une éruption de l'Etna génère d'abondantes coulées de lave qui ont bien failli l'engloutir en 1669, suivies d'un nouveau séisme qui entraîne des destructions considérables vingt-quatre ans plus tard.
Cœur industriel, logistique et commercial de l'orient sicilien, Catane dispose, en dépit de son statut officieux de « deuxième cité de Sicile », du premier aéroport de l'île et cinquième à l'échelle nationale, Catane-Fontanarossa. Sa morphologie urbaine est le fruit de la reconstruction quasi-totale initiée à la suite des catastrophes naturelles de la seconde moitié du The Reconstruction of Catania after the Earthquake of 1693Dictionnaire universel d'Histoire et de Géographie, édition, éd. Hachette, année 1860. La ville offre à ce titre un témoignage exceptionnel de l'exubérance de l'architecture baroque tardive ayant eu cours à cette époque, et son centre historique figure depuis 2002 sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO aux côtés de sept autres villes du Val di Noto (Caltagirone, Militello in Val di Catania, Modica, Noto, Palazzolo Acréide, Raguse et Scicli).
En 2016, lAssociazione nazionale Italia Liberty lui décerne le prix de Best LibertyCity (« cité Art nouveau de l'année ») afin de mettre en avant son patrimoine Liberty remarquablement bien conservé.
Géographie
Localisation
Catane est positionnée sur la côte orientale de la Sicile, sur le golfe homonyme dans la mer Ionienne, entre les villes de Messine () et Syracuse (). Son centre se situe à du sommet de l'Etna. Palerme, à l'ouest de l'île, se trouve à plus de .
Topographie Le territoire municipal est étagé entre les contreforts montagneux de l'Etna au nord et le terrain essentiellement plat de la plaine de Catane au sud. Cette vaste plaine agricole ('a Chiana), la plus étendue de Sicile, est irriguée au sud par le Simeto, dont l'embouchure est constituée en 1984 en une réserve naturelle couvrant près de 2 000 hectares (Oasi del Simeto).
Strabon juge l'emplacement de Catane au pied de l'Etna comme relevant à la fois d'une malédiction et d'une bénédiction. En effet, si les éruptions parfois violentes du volcan ont maintes fois détruit la cité au fil des âges, les cendres qui s'en échappent enrichissent le sol de la plaine et le rendent particulièrement fertile, optimal pour la viticulture.
Le golfe d'Ognina, au nord de la ville, correspond au mythique « port d'Ulysse » (le ou cité par Pline l'Ancien), où le héros et ses compagnons accostèrent sur la terre du cyclope Polyphème.
Les plages de Catane alternent entre sable doré (la Plaja) et sable noir (la « petite rade » de San Giovanni Li Cuti). L'expression dialectale « li cuti » correspond aux « aiguisoirs » et peut désigner des « rochers » ou des « affiloirs », lieux propices au riblage et à l'érosion des écueils.
Hydrographie Son port, dans lequel se jette le fleuve côtier (et partiellement souterrain) de l'Amenano, juste au sud de la piazza Duomo, prend la forme d'une faucillePierre Lévêque, « Les colonies chalcidiennes de la côte orientale », La Sicile, Presses universitaires de France, « Nous partons pour », 1989, p. 261-278. . Le fleuve canalisé ressurgit à la fontaine de l'Amenano, chef-d'œuvre en marbre blanc surnommé « acqua a 'llinzolu » (« eau des draps ») par les lavandières de Catane, situé entre la Pescheria (marché aux poissons) et la place de la cathédrale.
Juste à l'extérieur des remparts occidentaux, le fleuve alimentait autrefois le lac de Nicito, tari par la coulée de lave lors de l'éruption de 1669. La rue du même nom (via Nicito) commémore l'emplacement de ces eaux disparues.
Climat
vignette|left|Figuiers de Barbarie et roche volcanique sur le littoral.
Catane et sa plaine bénéficient d'un climat méditerranéen à été chaud (Köppen : Csa), (Trewartha: Cshl), appellation d'autant mieux appropriée au climat de la ville qui connaît des étés parmi les plus longs, chauds et secs d'Italie. Et pour cause, les peuvent être amplement dépassés en raison du sirocco qui souffle fréquemment sur Catane. Généralement, la température diurne varie toutefois entre 30 et et il se peut qu'aucune goutte d'eau ne tombe de toute la saison estivale.
Les hivers sont très modérés (températures diurnes moyennes entre 12 et ) même si la ville enregistre une amplitude thermique nocturne assez prononcée relativement aux autres villes littorales de cette latitude ; les gelées nocturnes, aussi rares soient-elles, ne sont pas impossibles et la neige peut se montrer abondante sur les hauteurs de l'Etna (mais pas sur la ville, qui est justement abritée des vents du nord par l'ombre orographique du volcan). Les chutes de neige les plus récentes à Catane ont eu lieu les , et , mais la dernière ayant réellement persisté et blanchi le sol remonte au . La plupart des précipitations annuelles sont concentrées entre octobre et avril, accentuant la division de l'année entre une saison humide et une période de sécheresse intense pendant les mois d'été. Catane reçoit environ de pluie annuellement, mais cette quantité peut varier considérablement d'une année sur l'autre, oscillant parfois entre et seulement .
Le record absolu de froid, -7 °C, a été enregistré à la date du février 1962. À l'inverse, le 24 juillet 2023, la température a atteint un pic de 47,6 °C.
Morphologie urbaine Le noyau originel à partir duquel la cité se développe se trouve sur une éminence du monte Vergine (49 mètres d'altitude) née d'une éruption préhistorique de l'Etna datée d'il y a près de 10 000 ans avant le présent et correspondant à l'actuelle piazza Dante Alighieri, où se dresse désormais le monastère de San Nicolò l'Arena. Le site bénéficiait de sa position surélevée offrant une relative protection face aux invasions maritimes ainsi que de la proximité d'un cours d'eau, l'Amenano, séparé de la terrasse d'Acquicella (15 m) par une vallée encaissée qui sera comblée par les coulées de lave de l'éruption de 1669. La colline de Santa Sofia (303 m), qui semble répondre à la première sur le plan topographique, accueille de nos jours la « citadelle universitaire », près de la route de Gravina di Catania, commune populeuse de la banlieue catanaise.
Voies de communication et transports gauche|vignette|Aéroport de Catane-Fontanarossa. vignette|Métro de Catane. vignette|Plan du métro de Catane. vignette|Porto Ulisse à Ognina. Selon une enquête, les Catanais passent en moyenne par jour dans les transports en commun, la plupart du temps pour se rendre sur leur lieu de travail ou en revenir. 13 % des usagers des transports urbains voyagent plus de par jour. Le temps moyenne d'attente à un arrêt ou une station est de , tandis que 46 % des usagers attendent généralement plus de chaque jour. La distance moyenne que les gens parcourent habituellement en un seul trajet de transports en commun est de , et seuls 3 % d'entre eux dépassent .
Infrastructures routières Catane est reliée par autoroute aux deux autres grandes villes de l'île, Palerme (autoroute A19) et Messine (autoroute A18) ainsi qu'à Syracuse (autoroute Catane-Syracuse), Gela et au sud de l'île. Le périphérique de Catane est le plus grand raccord autoroutier de l'île.
Transports urbains Le métro de Catane, ouvert en 1999, ne possède pour l'heure qu'une seule ligne longue de reliant les stations de Nesima, à l'ouest de la ville, et Stesicoro. Un prolongement est prévu de la ville satellite de Paternò à l'aéroport de Fontanarossa.
Desserte ferroviaire Il existe quatre gares ferroviaires (la principale, Catania-Centrale, est notamment desservie par les lignes Messine-Syracuse, Catane-Gela, Catane-Palerme) en plus de la gare de Nesima de la ligne dite (ligne à voie étroite de qui fait le tour de l'Etna et grimpe jusqu'à d'altitude avant de redescendre sur la côte au niveau de Giarre-Riposto au nord).
Desserte aérienne La ville dispose d'un aéroport international, Catane-Fontanarossa, qui porte aussi le nom de Vincenzo Bellini depuis 2007. C'est le principal aéroport de Sicile.
Transport maritime Le port de Catane est le point de départ d'une ligne de ferry vers Naples.
Toponymie
Katane, village sicule vignette|281x281px|Monnaie de Katánē ().vignette|278x278px|U Liotru, symbole de Catane qui lui a valu son nom sous la domination arabe.Nom d'origine donné à la ville par la population autochtone de Sicile, les Sicules, qui se traduit par « râpe, racloir, couteau à écorcher, écorcherie » ainsi que, in extenso, « lieu âpre, territoire tranchant et raboteux, sol rêche », à mettre en relation avec les décors de lave du panorama et de sa collocation géographique aux pentes de l'Etna. Le biographe grec Plutarque confirmera cette interprétation.
Katánē (Κατάνη [katánɛː]), colonie grecque Version hellénisée du toponyme des Sicules. Pour une brève période, sous la houlette du tyran syracusain Hiéron , elle fut appelée Αἴτνη (Aítnē ou Ætna), période sous laquelle fut frappé le tétradrachme d'Ætna, réputé pour être la pièce de monnaie la plus chère au monde.
Catina [ˈkatɪna] ou Catana [ˈkatana], cité romaine Formes latinisées du nom grec. La première a eu majeure fortune pour l'assonance et la féminisation du vocable catinus, qui possède un double sens. Il peut signifier soit « écuelle, bol », soit « baie marine ou golfe ». Les deux sens trouvent leur justification évidente dans la position naturelle de la ville, « enfoncée sur la lave comme une couronne » et « située à proximité du golfe de Catane ». Tetrapolis (« les quatre villes ») fut employé cérémonieusement afin de commémorer le premier arrangement urbanistique des colonies chalcidienne et latine (constituées de quatre agglomérations originairement distinctes) jusqu'à leur inexorable fusion : la Demetria, la Luna, lAetnapolis et la Civitas.
Appellatifs arabes sous l'émirat de Sicile, aux Balad-al-Fil (بلد الفيل, « village, territoire de l'éléphant » par Al Idrissi), Madinat-al-Fil (مدينة الفيل, « cité de l'éléphant » par Al-Muqaddasi), dans les deux cas en référence à la même sculpture en pierre de lave épousant la forme de l'animal éponyme érigée de nos jours sur la fontaine de la piazza Duomo, Wadi Musa (وادي موسى, « rivière de Moïse », nom arabe du fleuve Simeto), Qaṭāniyyah, (قطانية, légumineuses qui prédominaient dans les champs de la plaine de Catane jusqu'à l'arrivée au pouvoir des Aghlabides, qui supplantent massivement les cultures traditionnelles par celles des agrumes dans toute la Sicile). C'est de ce dernier toponyme, qui découle des précédents, que la ville tient son nom contemporain.
Du bas Moyen Âge à nos jours