Le SEPECAT Jaguar est un avion militaire de conception franco-britannique dont la version monoplace est destinée à l'attaque au sol et la version biplace à l'entraînement avancé. Mis en service en 1973, il a été construit à un peu plus de utilisés par six pays, dont l'Inde qui l'a construit sous licence.

Conception Au début des années 1960, la France et le Royaume-Uni sont tous les deux à la recherche d'un avion d'entraînement avec des capacités d'attaque au sol. Bien que les cahiers des charges respectifs soient différents, les besoins sont cependant rapprochés et un premier protocole d'accord entre les deux pays est signé en . Le projet 121A proposé par Breguet Aviation est retenu en 1965 et, l'année d'après, Breguet fonde avec British Aircraft Corporation (BAC) la coentreprise SEPECAT chargée de concevoir puis de fabriquer en série le futur avion.

Le , à la demande du gouvernement français, la Société des avions Marcel Dassault rachète Breguet Aviation et doit prendre en charge le programme Jaguar. bien que la société eût proposé en concurrence un Dassault Mirage 5 biplace..

Jaguars A, B, E, S Deux prototypes de chaque version sont construits, dans l'ordre : biplace d'entraînement pour la France (Jaguar E, premier vol le ) ; monoplace d'attaque pour la France (Jaguar A ) ; monoplace d'attaque pour le Royaume-Uni (Jaguar S désignation anglaise GR.Mk.1, ) ; biplace d'entraînement pour le Royaume-Uni (Jaguar B désignation anglaise T.Mk.2, ).

Lorsque le premier appareil de série sort des chaînes de montage, fin 1971, les deux pays ont finalement changé d'avis et la mission d'attaque est devenue prioritaire : tant la France que le Royaume-Uni ont commandé chacun , répartis en et . La production en série est partagée à parts égales, chaque pays fournissant une moitié des pièces et assurant l'assemblage final des appareils qui lui sont destinés. Les réacteurs Rolls-Royce Turbomeca Adour étaient construits par Rolls-Royce pour les avions anglais, et par Turboméca pour les avions français.

Les premiers Jaguar A sont livrés avec des réacteurs Adour 101 d'une poussée maximale de , rapidement remplacé par l'Adour 102 plus puissant et doté d'une postcombustion "modulée" qui peut s'enclencher progressivement dès 80 % de la poussée maximale à sec. Ce système avait initialement été développé pour le Jaguar M. Les autres versions reçoivent directement l'Adour 102.

Malgré leur cellule commune, les versions utilisées par les deux pays n'ont ni les mêmes canons (DEFA pour les Français, Aden pour les Anglais) ni la même avionique. Les avions français étaient équipés d'un radar Doppler de navigation, d'un système de contrôle de tir, d'un système d'alerte radar, et d'une caméra panoramique OMERA 40 sous le nez, complétée plus tard par un télémètre laser. Les monoplaces français peuvent également emporter une nacelle de désignation laser. De leur côté, les avions anglais disposaient d'un système de navigation et d'attaque plus performant, d'un afficheur de défilement de carte, d'un détecteur d'alerte radar formant une barre au sommet de la dérive, et d'un système laser dans le nez assurant la télémétrie et la détection d'illumination.

Jaguar M En supplément, la France réalise un prototype désigné Jaguar M, destiné à son aéronautique navale et modifié pour opérer depuis un porte-avions. Il fait son premier vol le et effectue plusieurs campagnes d'essais : appontages simulés sur piste à Nîmes-Garons, tests sur une catapulte au sol au Royaume-Uni, puis essais en mer à partir du porte-avions Clemenceau. Cette version est cependant abandonnée début car le Jaguar s'avérait sous-motorisé. Ce prototype est visible au musée de l'aéronautique navale de Rochefort..

Carrière en France Dans l'armée de l'Air, le Jaguar se voit confier les missions suivantes : attaque au sol classique à l'aide d'une panoplie de bombes, roquettes dont la Zuni ; attaque de précision avec des armes guidées laser (missile AS-30L, bombes guidées laser) ; frappe nucléaire tactique avec la bombe AN-52Le 25 juillet 1974, un Jaguar A effectue un largage réel d'une bombe AN-52 sur le site d'essais de Moruroa (voir essais nucléaires français) ; attaque antiradar avec le missile AS-37 Martel ; guerre électronique avec des nacelles externes CT 51 de brouillage. En rôle secondaire, il peut également effectuer des missions de reconnaissance (avec une nacelle ventrale RP 36P contenant 3 caméras) et de chasse à moyenne/basse altitude.

+ Unités françaises équipées de Jaguar Escadron Période Localisation Mission principale 1/7 Provence 1973-2005 Saint-Dizier Frappe nucléaire jusqu'en 1993 puis assaut conventionnel 2/7 Argonne 1974-2001 Saint-Dizier Entraînement 3/7 Languedoc 1973-2001 Saint-Dizier Frappe nucléaire jusqu'en 1993 puis assaut conventionnel 4/7 Limousin 1980-1989 Istres Frappe nucléaire 1/11 Roussillon 1976-1994 Toul Assaut conventionnel 2/11 Vosges 1976-1996 Toul Guerre électronique 3/11 Corse 1975-1997 Toul Assaut conventionnel 4/11 Jura 1978-1992 Bordeaux Assaut conventionnel 3/3 Ardennes 1977-1987 Nancy Attaque anti-radar

À la fin des années 1990Le GPS n'a été mis en service que depuis 1993, les Jaguar français seront équipés d'un GPS, non connecté au système de navigation mais qui permet cependant de le recaler manuellement. L'armée de l'Air a retiré du service ses derniers Jaguar le , le dernier escadron encore opérationnel (le 1/7 Provence) recevant alors les premiers Rafale l'année suivante.

Carrière au Royaume-Uni vignette|Exposition en 2010 au Tate Britain d'un ancien Jaguar de la Royal Air Force installé par Fiona Banner. Durant leur carrière, les Jaguars anglais ont subi plusieurs programmes de mise à jour. En 1983, certains avions (75 Jaguar GR.1A et 14 T.2A) furent équipés d'un nouveau système de navigation plus précis incluant une centrale à inertie et un nouvel ordinateur de bord, dans lequel les missions pouvaient être programmées à l'aide de cartouches mémoires. Ils reçurent ensuite des réacteurs Adour 104 offrant 10 % de puissance supplémentaire que les Adour 102 d'origine. Au début des années 1990, le détecteur d'alerte radar fut remplacé par un système plus performant et des rails d'emport pour missiles air-air furent montés au-dessus des ailes (héritage du Jaguar International).

Après la guerre du Golfe, quelques Jaguar (10 monoplaces GR.1B et 2 biplaces T.2B) furent modifiés pour emporter une nacelle TIALD (système combiné d'imagerie infrarouge et d'illumination laser), ce qui entraîna l'installation d'un bus de données interne, la modification du viseur tête haute et du poste de pilotage. Après la guerre de Bosnie, un programme désigné Jaguar 96 aboutit à la version GR.3 comprenant les modifications du GR.1B complétées par un système mains sur manche et manette (acronyme HOTAS en anglais) et un système de navigation amélioré incluant un GPS.

En 2000 furent livrés les premiers Jaguar GR.3A avec un poste de pilotage compatible avec les lunettes de vision nocturne, le support d'un afficheur sur la visière du casque, et un nouveau système de planification des missions. Parallèlement, les biplaces T.2 furent portés au standard T.4 incluant certaines des modifications des GR.3 et GR.3A. Enfin, le réacteur Adour 104 fut remplacé par un Adour 106 plus fiable et offrant 6 % de puissance supplémentaire.

Alors que les modernisations effectuées devaient initialement permettre à la Royal Air Force de conserver ses Jaguar jusqu'en 2008, le dernier escadron équipé de cet appareil a été dissous le BBC NEWS | Royaume-Uni | England | Lincolnshire | Jaguar squadron disbanded early.

De mi-2010 à début 2011, le Jaguar GR3 immatriculé XZ118 a été utilisé par l'artiste Fiona Banner pour une exposition au musée Tate Britain. L'avion avait été débarrassé de sa peinture puis poli comme un miroir, avant d'être exposé sur le dos au milieu d'une galerieTate Britain: Fiona Banner exhibition.

Ventes à l'export Les ventes à l'export ont été négociées et réalisées principalement par les Britanniques car, entre-temps, Breguet avait été racheté par Dassault Aviation qui préférait vendre son Mirage F1. Ainsi, British Aerospace obtiendra en 1980 une licence exclusive pour le marché international.

Une version spécifique a été développée pour l'export : le Jaguar International, qui fit son premier vol le . Basée sur les Jaguar GR.1/T.2 anglais, elle dispose de réacteurs Adour 804 offrant 32 % de poussée supplémentaire (soit 47,4 kN) et d'une avionique différente suivant les pays. Cette version peut également emporter deux missiles air-air montés sur des rails posés sur les ailes en extrados, possibilité qui sera par la suite ajoutée aux Jaguar anglais. SEPECAT proposait enfin une sous-version destinée à l'attaque antinavire, équipée d'un radar Agave dans le nez et pouvant tirer le missile antinavire Sea Eagle.

vignette|Un Jaguar de la Force aérienne indienne Exportations Des dizaines d'avions furent exportées vers l'Équateur (12), au sultanat d'Oman (24), en Inde (40) et au Nigéria (18) : Oman a mis à jour ses Jaguar à deux reprises (au standard GR.1A à la fin des années 1980, puis au standard GR.3A à la fin des années 1990Oman buys British fighter jets) tandis que, pour des raisons budgétaires, le Nigéria a non seulement renoncé à acquérir 18 Jaguar supplémentaires, mais a également retiré les exemplaires en service au début des années 1990.

Fabrication sous licence en Inde Le plus gros client à l'export pour le Jaguar est l'Inde. À la recherche d'un avion d'attaque au sol depuis la fin des années 1950, ce pays avait d'abord développé le HAL HF-24 Marut qui ne put jamais recevoir de moteurs assez puissants et était dépourvu d'avionique digne de ce nom. Démarchée dès 1968, l'Inde signa finalement en une commande pour 130 Jaguar, incluant un contrat de fabrication sous licence pour et un transfert de technologie. La Royal Air Force devait former les premiers pilotes de la Force aérienne indienne et louer à l'Inde 20 appareils, en attendant qu'elle reçoive ses Jaguar (nommés localement Shamsher, soit « épée de justice »). En attendant son remplaçant, l’Inde a décidé de moderniser ses 120 avions de combat Jaguar datant des années 1980 aux standards du . En modernisant ses Jaguar, l’Inde prolonge leur durée de vie jusqu’en 2030..

Un premier escadron indien fut déclaré opérationnel en , suivi d'un second un an plus tard, après l'arrivée des fabriqués par la SEPECAT. La production locale, confiée à Hindustan Aeronautics Ltd., commença par l'assemblage à partir de pièces fournies avant de se poursuivre par une fabrication entièrement indienne à l'exception des réacteurs. Au total, cinq escadrons furent équipés progressivement de 1980 à 1991. L'un d'eux reçut 12 Jaguar IM équipés de radars Agave et destinés à l'attaque maritime ; l'Inde est le seul pays à avoir mis en service cette version.

Équipés de réacteurs Adour Mk 811, les Jaguar indiens ont subi trois programmes de remise à niveau, désignés DARIN (centrale à inertie, afficheur de défilement de carte, système de navigation et d'attaque intégrés autour d'un bus de données), DARIN II (intégration d'un GPS, remplacement du système d'alerte radar, ajout d'un lance-leurres) et dans les années 2010 DARIN III avec une suite avionique de navigation et d'attaque avancée. En 2004, l'Inde avait produit environ 100 Jaguar localement et devait en fabriquer encore une vingtaine, pour un total de (avec ceux fabriqués par SEPECAT) dont les derniers sortent en 2007 dont une partie destinée à compenser les avions perdus depuis le début des années 1980, qui représentent un tiers du total..